lundi 29 juin 2026

Oxygène

Ils sont mon oxygène,
disait une maman,
en parlant de sa fille
et de son grand garçon.

Ils sont mon oxygène
et ma raison de vivre.
Les enfants s’amusaient
de ses propos fougueux.

Mais quand ils se voyaient
ou s’écrivaient le soir,
un océan de larmes
les rapprochaient un peu.

Le respect e(s)t l’amour

Le respect et l’amour 
se tenaient par la main.
On les disait amis,
mais ils n’en avaient cure.

Ils étaient bien ensemble,
chacun à sa façon.
L’amour était chanson
et le respect raison.

Si l’amour pétillait,
le respect étudiait.
Mais voici que leurs mains
un jour se confondirent

et la raison chantait
quand l’amour étudiait.
Morale de l’histoire :
le respect est amour. 

Van Gogh à Palau

Il est une magie 
qui sait peindre de vert
les terres desséchées
des abords de Palau.

Et d'entre la verdeur
des tiges luxuriantes,
il pousse des bouquets
que l'on embrassera.

Les gerbes sont vos bras,
cueilleurs infatigables,
respectueux du terrain
et de sa travailleuse.

Noblesse de la tâche
qu'elle mène chaque jour.
Depuis potron-minet
jusqu'à la nuit tombée.

Et avec le sourire
et des mots qui font mouche,
sans jamais délaisser
une pointe d'accent.

Car elle n'oublie jamais
son pays des tulipes
ni les polders brumeux
couronnés de couleur.

Mais c'est au sud du sud,
dans le palais de verre,
qu'elle est notre Van Gogh
inventant la lumière.














photo : Stéphanie Vauzelle

Aquarelle de rue

Une rue d’aquarelle,

une rue de Collioure.

Un ciel de parapluies

bordant le bleu du ciel.


Si la rue est joyeuse,

elle semble désertée.

L’été est déjà loin,

c’est un octobre rose.


Voûte de parapluies

pour rappeler chacune.

Chacune des bouffées

qui s’y sont promenées.


Au centre de la rue,

quasi imperceptible,

un filigrane gris

nous parle d’une dame.


D’une dame estimable,

marchant dans cette rue,

au bras de son mari,

un samedi d’octobre.

















© LOUNA

La visite

À la mémoire de T.M
 
 
Visitant un vestiaire
de la main d’un ami,
j’ai vu des noms gravés,
il y a bien des années.

Et j’ai compris soudain
une conversation
du cœur de cet hiver
au comptoir du café.

Le chagrin de l’ami
parlant d’un disparu
et d’un porte-manteau
perpétuant sa mémoire.

dimanche 28 juin 2026

La petite voleuse de pommes

Elle volait une pomme
pour aller au lycée.
Une pomme fripée,
une pomme juteuse.

Elle aimait dérober
le fruit le plus commun 
et que l’on rejetait 
parce qu’il était passé.

Elle volait une pomme
en courant au lycée,
gagnant à chaque mètre
sa pleine liberté.

Dans la chaleur du soir

J’ai retrouvé un mot

que tu m’avais donné,

dans la chaleur du soir,

près de la voie ferrée.


C’était un mot tout rond,

comme un abricot rouge,

dans la chaleur du soir,

au terme du dîner.


Un mot de deux syllabes,

bref et délicieux,

dans la chaleur du soir,

juste avant le coucher


Et j’ai revu tes lèvres

qui le mémorisaient,

dans la chaleur du soir,

avant de le donner.


Le donner ou l’offrir

à ceux que tu aimais,

dans la chaleur du soir,

avant la nuit tombée.


Ce mot c’était passion,

le guide de ta vie,

dans la chaleur du soir

...ou le froid du matin.

Rose bonbon

Au sud de la grisaille,
dans un local fermé,
elle triait des cachets
couleur rose bonbon.

Sur les coups de six heures,
quand elle rentrait chez elle,
elle gardait dans son cœur
le rose des bonbons.

Un jour elle a quitté 
l’entrepôt gris souris
et a gagné le Sud
des bonbons plein les poches…

Grand saut pour rire

Sur fond de grand écran,

au bout de la soirée,

on prépare un grand saut

au rythme de l’orchestre.


Passant de main en main

le corps du malheureux,

ou de la malheureuse,

ressemble à un bateau


descendant un rapide

dans les Grandes Rocheuses.

Mais au bout est le rire

des amis réunis.




El paellador palauenc

Els nostre bon vilatge
té un paellador.
Un home de recursos,
el nostre carnisser.

Ahir va regalar
més de tres-cents platassos
amb un somriure immens
d’amant de bona vida.

I segur que al matí
d’aquest bonic diumenge
els amics s’han cruspit
la resta de l’arròs.




Apaisement

Les yeux ne mentent pas

qui courent entre les lignes

pour cueillir çà et là

des mots qu’on reconnaît.


Des mots de rien du tout

ou des mots d’une vie.

Le regard d’une amie 

qui court vers son travail


et les personnes seules

qui l’attendent en pensant

aux mots qu’elle leur dira

pour apaiser leur vie. 

Le rugby à quatorze

Le rugby à quatorze

est un sport délicieux.

Je l’ai vu qui naissait

au début de l’été.


Des joueurs enthousiastes,

treizistes et quinzistes,

jouant sur l’herbe verte

du stade Georges Vaills.


L’ovale du ballon

et les bas sang et or

faisaient de ces moments

une fête indicible


que l’on a cru unique

mais dont je sais très bien

qu’après deux éditions

elle recommencera,


pour fêter chaque été

le respect des joueurs

pour les mille facettes

de notre cher rugby.




El gust de viure junts

Entre el prat de l’estadi
i els plàtans del sopar,
ha passat un vent tebi
de goig  i de passió.

Un moment dels més rars:
la comunió d’un poble
del rugbi a catorze
fins a les arrossades.

Aquesta festa grossa
no celebra l’estiu
sinó la bona gent
que viu en harmonia.

I penso a cadascú,
dels presents als absents,
que ha sabut retrobar
el gust de viure junts.



samedi 27 juin 2026

Les jeunes d’Argelès

Les jeunes d’Argelès,
sans argent, sans façon. 
Les jeunes d’Argelès,
venant en mobylette

dans la cité du verre
pour séduire les filles
timides et polies
qui aimaient les regarder.

goûtant leur liberté
d’hommes sans le sou
avec un cœur immense
et un regard de braise.

Et voilà qu’elles délaissent 
les jeunes de leur cru
pour unir leur destin
aux jeunes d’Argelès.

vendredi 26 juin 2026

Boustrophédon

J’aime le va et vient
de ma main qui sillonne
de la gauche à la droite
de la droite à la gauche.

Et mes doigts se font barque
sur le blanc du papier
pour m’inventer ta chambre
aux photos délavées.

Quand la page s’épuise,
puis le feuillet entier,
je tire de mon âme
mes pleins et déliés.

Sinistroverse

Les langues sémitiques
des frères ennemis,
de la droite à la gauche,
remontent le ruisseau.

Puisse l’encre des prés,
si fraîche et si paisible,
verdir la main des hommes
que la guerre a rougie.

De l’arabe à l’hébreu,
de l’hébreu à l’arabe,
la main écrit pareil
mais le cœur est absent.

Dextroverse

Et ma main à glissé
de la gauche à la droite
pour t’écrire l’amour
que pour toi je sentais.

Des vers courts et serrés
en bouffées régulières,
ma main rentrant à vide
après avoir écrit.

Puis ma main a cessé
et mon cœur soupiré.
Sur la tranche bleuie,
l’absence avait écrit.

Sans forcer le destin

Elle sait prendre part
au banquet des amis.

Elle sait apprécier 
le souple d’une étoffe

en pinçant de ses doigts
son épaisseur secrète.

Elle sait qu’elle ne sait pas
et ne s’élève pas

contre cette ignorance 
qui fonde sa sagesse.

Elle sait qu’on l’attend.
…Sans forcer le destin.

jeudi 25 juin 2026

La lune est dans son plein

La lune est dans tes mains

et ton corps s'y soumet.

La lune est la lumière

qui naît de l’Autre absent.


Silhouette du ciel

et du sable au coucher.

Nulle étoile là haut.

Pas un grain sur la plage.


Sage hiérogamie

du profil et de la lune.

Les horloges s’arrêtent.

La lune est dans son plein.

mercredi 24 juin 2026

Colla gomiliana

Una colla d’amics
a finals de la tarda,
tots d’esquena a la joia
recent inaugurada.

Artistes, professors,
amants de belles arts,
units per un somriure
nascut de l’ample mar.

Estan obrint l’estiu
de fang i de colors,
de versos compassats
en una o dues llengües.
















foto: Brigitte

mardi 23 juin 2026

Sous la photo, la plage

Les pleins, les déliés

et la main de Maia

retrouvant une langue.

Sous la photo la plage.


Dansent les majuscules,

coquillages pointus,

parmi les minuscules.

Sous la photo la plage.


La belle signature

qui ignore le mètre

pour embrasser le cœur.

Sous la photo la plage.









© Maia Flore

Cédrats

J’ai aimé les cédrats
jusqu’à la démesure.
L’épaisseur de leur peau,
l’acide de leur pulpe.

Je les ai conservés
dans des compotiers jaunes, 
dans l’espoir insensé
de les manger matin.

Je me suis résigné
en découpant leur zeste
en fines bandelettes
que j’enrobais de sucre.

Leur pulpe était dès lors
la Mer Morte en petit,
de sucre et non de sel,
attendant la cuisson.

Puis tu en as fait, pour moi,
de lourdes marmelades
afin de consoler
l’obsédé des cédrats.

Parle-moi...

Parle-moi de ces ombres

qui ont peuplé ta vie

ou qui la peuplent encore

quand la nuit te ravit.


Confie-moi leur sourire

et le grain de leur voix,

les chansons écoutées

et les peintures vues.


Parle-moi de la vie

que les ombres portaient

et qui ont fait un peu

de celle que tu es.

Si cantes ma cançó...

Yo no digo mi canción

sino a quien conmigo va.

    Romance del Conde Arnaldos



Demana’m una cosa

que no et pugui donar…

Dona’m d’aquesta lluna

la llum crepuscular.


Jo te la puc cantar

amb el seu brill de plata

mes no la puc tenir

ni te la puc donar.


Et demano l’alè

dels besos impossibles,

quan voreges el mar

pensant en el passat.


Te’l donaré d’un bes

si deixes la rutina

dels deures de la vida

i cantes ma cançó…