samedi 19 octobre 2019

De musique, les mains

Baguettes de bois clair
ou cordes épaisses d'acier,
ses yeux sont dans ses mains.

Ses yeux et ses oreilles.
Du port, l'iode grasse cesse
de monter. Sans mot dire,

ses mains l'ont écartée.
C'est un temps bref, précieux,
aux touches myriadaires.

Les amis se croisent, taiseux,
sauf le chanteur, la chanteuse,
qui portent leur voix à tous.

Bientôt, les instrument seront
remisés, les salles éteintes. Mais 
ses mains continueront de chanter.

Autour d'huîtres

D'amour elle a souffert. Beaucoup.
Le souvenir de l'égoïsme peine à
s'en aller. Le printemps la surprend

dans un port atlantique. Rencontre
rapide avec un cinéaste. Inattendue.
Ils conversent autour d'huîtres.

L'air est vif, le citron aigrelet.
L'homme est sympathique et disert.
Il la questionne sur sa vie récente.

Elle répond son mal-être. Le répand
en touches légères et acidulées.
L'homme de l'écran arbore un franc

sourire. «Tu es à un âge où tu bâtis
ta carrière. Fous-toi royalement des
échecs et fonce, fonce...»

C'était il y a un an, une éternité.
Un autre égoïste est venu. Un mystique
celui-là, elle l'a quitté. Et sourit.

Un regard et des mots

Le lit est bas et sombre.
La petite regarde dessous.
Elle croit avoir vu s'y cacher

un chat. Ou deux. Elle est souple
et gauche, parle peu, mais avec
cette passion que tu sais guider

d'une voix douce et amusée.
La petite ne parviendra pas
à débusquer les fugaces félins.

Mais elle conservera, dans la nuit
de coton, ta voix qui lui apprit
des chats l'auguste mélodie.

Mercenarios contra mi lengua

Os sacáis fotos y reís
mientras la ciudad
roja y gualda muere.

Os escucho chuleando
en traje de azul facha,
uniformados de vergüenza.

Pegáis y disparáis sin orden
ni concierto, es decir con
órdenes ajenas de odio

para con quien no habla
vuestra lengua de fuego.
Sin embargo yo, humilde

paseante, puedo hablar
en alto la vuestra cuando
se viste de azucenas.

Pegando, disparando,
mercenarios embriagados,
no la fareu callar. Ni un minut!

vendredi 18 octobre 2019

Mentre dorms / Pendant que tu dors

Mentre dorms, escolto el teu buf,
l'oloro i el deixo crear mons nous
sota els llençols apavaigats.

Començo a parlar-te en veu baixa,
et conto històries passades. Ric
i faig del meu somriure una tendra

carícia. Passa una hora. Sense una 
arruga. La nit se'n va a contracor.
Queda tant per fer i no té gens de

confiança en l'alba matussera. Sona
el despertador, com el gall de Sant
Pere. Comença un dia nou. De color.

***

Pendant que tu dors, j'écoute ton souffle,
je le hume et le laisse créer des mondes neufs
sous les draps apaisés.

Je commence à te parler à voix basse,
je te raconte des histoires passées. Je ris
et je fais de mon sourire une tendre

caresse. Une heure passe. Sans une
ride. La nuit s'en va à contrecœur.
Il reste tant à faire et elle n'a aucune

confiance dans l'aube grossière. Le réveil
sonne comme le coq de Saint Pierre.
Un jour nouveau commence. En couleur.

jeudi 17 octobre 2019

Tu as parlé

Tu as parlé la langue de mes mots
et j'ai cessé de les voir comme 
les miens. Tu les as vêtus de velours,

les as détachés, détaillant chacune de
leurs lettres, et je les ai découverts,
pauvres petits joyaux que le soir faisait

naître dans la lente passion des inflexions
échangées. Mystère des hiérogamies, l'ombre
claire d'un alphabet tout neuf.

Carrusel / Carrousel

De ferro, el ball pesat i viu
s'enduu la flor de la joventut.

A dintre, uns pares sense ulls,
cascs sords, armilles glaçades.

Contractats per a protegir la gent,
obliden la seva missió i ballen

una dansa de mort. Sang clara,ossos 
trencats, la pell amb d'altres marques

que els blaus tatuatges d'amor. Quan
deixareu de ballar, mercenaris pesseters?

***

En fer, la danse lourde et vive
emporte la fleur de la jeunesse.

À l'intérieur, des pères sans yeux,
casques sourds, gilets glacés.


Engagés pour protéger les gens,
ils oublient leur mission et dansent

une danse de mort. Sang clair, os
brisés, la peau avec d'autres marques

que les bleus tatouages d'amour. Quand
cesserez-vous de danser, mercenaires appointés ?



mercredi 16 octobre 2019

Comme un sable un peu grossier

La nuit est d'encre et les corps s'endorment.
Aveugles, des voix échangent, lentement.

Silences, phrasé grave, rires aigus. L'anodin
prend des teintes d'acajou et de vin d'Arbois.

Le grain des voix qui alternent fait songer à
un sable un peu grossier que l'on ferait glisser,

entre ses doigts, sous l'eau froide d'un griffe.
L'essence s'y glisse, vouivre insaisissable et

les êtres, appariés par l'échange, plongent,
tour à tour, leur main dans le froid gravier

vivifiant. Les empreintes s'émoussent et les
pulpes, déjà, se cherchent et ne se lâchent plus.

mardi 15 octobre 2019

De zèbre

De zèbre est ta robe et de vent tes semelles,
où cours-tu ainsi quand finit le lycée ?

Entre filles et garçons, sur des scènes étroites,
sombres ou clairsemées, tu déclines le grave sur
une large palette. Le lutrin de côté, tu arraches
les notes par poignées entières que tu distribues

par la suite aux passants égarés. Si j'étais martinet
c'est sur tes cordes que j'aimerais me poser.


Complétude

Le ciel est haut et le soleil le veut.
Le bleu tiède rosit et la mer s'apaise.
Elle ourle la rive d'une écume épaisse,

blanche pâte d'épeautre qui lève dans
le fournil. Le temps est à l'amour qui
naît et les oiseaux se taisent. Bientôt

le soleil sera haut et l'eau sera fraîche
dans les bues de terre vernissée. La belle
en versera une goulée au galant impatient 

et les échassiers, lentement, traverseront
l'horizon pour clore d'un trait l'orbe clair
d'un jour tendre au parfum d'infini.