jeudi 13 août 2026

Humaine signature

Je délaisse la pose, 

car je ne suis pas peintre,

et toutes les postures

qu’ont enseignées les maîtres.


Je recherche l’unique,

la personne dressée

qui a quitté sa couche

pour venir à l’école


offrir à son artiste

des fragments de son être

dont celui-ci fera

des traits à la sanguine.


Moi, je recherche un rire,

un pleur ou une toux,

l’humaine signature

d’une femme de dos.





















© Oscar Tebar

Audace

J’aime quand l’aquarelle

délaisse le pastel

et les tons délavés

de la peinture à l’eau.


Quand l’audace saisit

le peintre et son modèle,

ce roi de cœur riant,

ou ce cœur couronné.


Les couleurs brillent haut

à l’image des grafs

qui jalonnent les rues

de signatures vives.

















© Patrick Bieuvelet

L’absente retrouvée

Je retrouve l’Absente
dans les yeux de ma chair.
Mon frère et mon neveu
prenant un bon café,

sur les chaises tressées,
à l’ombre de la place
où nous allions naguère
avec notre maman.

Que doux est ce cliché
et ce très bel hommage
à celle qui occupe
le cœur de nous pensées.












photo : Alain Bourret

mercredi 12 août 2026

Contra fortificacions

Les fortificacions

han deixat el seu rastre

en l’entramat complex

de les nostres escales.


Per sort, quan cau la tarda,

a recer del bastió,

venen enamorats

a donar-se besades.


Abraçades fugaces

o petons majestuosos.

Han guanyat amb escreix

el combat per la vida.

















© Jordi Molto

Cendres de divendres

    In Memoriam A. G.


Cendres. Dia de Cendres.

Cendres del divendres,

d’un divendres d’agost,

a recer del mur fosc.


Cendres d’una vida

passada a les fosques

de la vida dels altres

i dels cants admirats.


Cendres. Dia de cendres.

De cendres miracleres

d’on florirà la gespa

d’un futur sense tu.

L’amour était si grand

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire 

J’ai vu tous les soleils y venir se mirer.

                                                                            Louis Aragon


L’amour était si grand
et le cadre petit
que ton regard a bu
les franges de la toile.

Si j’étais géomètre,
je ferais de ton nez
l’arête d’un palais
où m’étendre serein

et de tes lèvres closes
un divan de douceur
pour m’enivrer du bleu
que distillent tes yeux. 



© Oscar Tebar



Lettera pudorosa

Ton corps est une lettre

d’un alphabet ancien.

Beauté cunéiforme,

tu te casses et tu es.


Que j’aime la caresse

de ton pied sous la cuisse

qui inverse mes sens

à l’heure de te lire.


Et ta croupe convoque

ma vue sinistroverse,

de la droite à la gauche

pour sentir tes cheveux.


Du sein à la pliure

du coude délicat,

en passant par l’aisselle

à peine dévoilée.


Tu es pour moi pudeur.

Une lettre secrète

qui s’inscrit sur le drap,

avant de disparaître.
















© Oscar Tebar

Marche libertaire

Il marche sur des ruines,
des décombres sans nom
et l’or des vidangeurs
est sa seule atmosphère.

Il est toute rougeur,
de sang et d’espérance.
Il marche fier et droit,
écrasant le rebut.

Il va de droite à gauche,
sans crainte des limites
du tableau de l’artiste,
merveilleux libertaire.
















© André Robèr

Intranquillité

C’est l’intranquillité

qui accouche des mots 

que le sommeil ne veut

accepter dans tes rêves.


Alors tu quittes le lit 

et sors dans la nuit grise

pour y trouver cette encre

que l’insomnie exige.


C’est l’intranquillité

qui exprime ton corps

et rend à ta personne

l’ombre qui lui manquait.

Marche nocturne

Elle marche dans les rues.
Elle ne court pas, elle marche.
Pour écarter le mal
qui enserre ses jambes.

Qui est cette marcheuse
qui marche dans les rues
et sent l'apaisement
dans sa marche nocturne ?

Elle est mon autre moi,
mon ombre dans la nuit.
Et quand elle se recouche,
je rêve qu'elle remarche.

mardi 11 août 2026

Androgyne

Pourquoi te définir
quand tu fuis mon regard ?

La finesse des traits,
une petite boucle.

La clavicule nette,
le torse qui s'affirme.

Un mollet bien galbé,
l’autre qui disparaît.

Pourquoi te définir,
quand tu es qui tu es ?
















© Oscar Tebar

Ecce mater infansque

Le sein est déjà plein

qui attend ton enfant.

L’autre déjà se donne

sous ton regard aimant.


Si le trait semble flou

et le fond incertain,

c’est que la scène est là :

dans ton allaitement.


Ta chevelure épaisse,

couverte de sueur,

recouvre ton visage

dont je ne vois les traits.


Aujourd’hui tu es mère.

La femme en toi repose

qui, bientôt, je le sais,

m’offrira son regard.















© Oscar Tebar