samedi 19 janvier 2019

Le silence de l'ami

La façade est d'or et le ressac gravillonne. Il n'est pas de marée
au village des délices.

Un peintre y reposait ses fredaines passées. Un homme et une femme de l'origine du monde font la tendre

expérience, Volets clos, les langues chatoient. Mon ami est silence.
À mes oreilles. Seulement.

jeudi 17 janvier 2019

La forme est couleur

Sur la peinture de Thierry Vicente

- Qui hais-tu ?
- je ne hais pas
et même je ne suis

presque pas. La forme
est couleur dans les bras
de l'enfant, sur le banc,

et les ombres dessinent
mon enfance qui n'est plus.
- Alors, qui es-tu ?

- Je ne sais. Regarde mes toiles
tendues, derrière est l'entrelacs
des fils de fer qui m'inspire.

La vie. Eva. E la nave va...

mardi 1 janvier 2019

Bon any nou / Bonne année

Tres paraules petites,
l'alè de sa vida. Curtetes,
rodones, plenes d'amistat.

Les solc escriure amb pau i
les dibuix amb es meu somriure
de cel blau, illenc i de ressol

etern. Any rere any, passa rere
passa, l'U de gener, per mi,
és un cant sense lletra. Música

pura i gestos parsimoniosos. Records
tan bells com es caminar lent i xerraire
de sa senyora Pons cap al final des carrer.

...

Trois petits mots,
un souffle de vie. Courts,
ronds, emplis d'amitié.

J'ai l'habitude de les écrire dans la paix
et je les dessine avec mon sourire
de ciel bleu, îlien et de reflet de soleil

éternel. Année après année, pas après 
pas, le premier janvier, pour moi,
est un chant sans parole. Une musique

pure et des gestes parcimonieux. Des souvenirs
aussi beaux que la démarche lente et bavarde
de Madame Pons en route pour le bout de la rue.


lundi 31 décembre 2018

D'un bout de l'année

De l'éphéméride patiemment effeuillée,
ne demeure qu'une mince feuille froissée
par mes doigts implorants. Tant de trésors

d'amitié offerts, de Paris en Provence,
de Languedoc en Catalogne et Baléares, ont
fait trembler mes mains et de joie pleurer

mes yeux pour que je frissonne à l'approche 
de l'an neuf. Saura-t-il de la famille et des
amis m'apporter le doux commerce ? J'en fais le

serment solennel, avant de m'enivrer au vin de
pêche et de raisin blanc. Puis de ma manche, je
tire l'éphéméride que m'a offerte de Vinsobres

un poète ami.

lundi 10 décembre 2018

Nervures

Sous le papier ivoire, reliant les lettres
serrées, épousées par les ligatures, des raies.

Fines, parallèles, cassant la linéarité du propos
et lui donnant structure, gracile architecture.

Nervures de la pâte séchant dans le bac, lentement,
avant l'empreinte grasse et le massicot soudain.

Relief du long processus qui des linges portés, usés
devenus chiffons elimés, baignés, triturés, broyés,

a produit ce papier si fin au toucher de vélin. Nervures
où, un jour, je choisis de t'écrire. Pour ne plus te quitter.

jeudi 6 décembre 2018

Une violette de Toulouse

Noyé dans le sucre, le reflet
mauve a perdu la grâce de la brise,
il accroche le regard avec ses vagues

airs de trèfle à quatre feuilles.
Rien n'y fait, croit-il, jusqu'au
moment où, intime prestidigitation,

la main, agacée par le sucre qui fond,
le jette à l'aveuglette dans la bouche.
Et le pétale, gourmand, de s'envoler...

mardi 4 décembre 2018

Una veu melodiosa / Une voix mélodieuse

«La Fueguiña fue el tibio sol 
de nuestras esquinas.» (Juan Marsé)

Imaginada, necessitada, una veu
de la que ja no puc prescindir.

Reflexos de safir clar d'entre 
les aigües fosques de la cova.

La sento a la nit quan em truca,
l'escolto, me l'empasso tota i si

li contesto ben poc, no és per
mandra o desinterés, sinó perquè

s'ha convertit en el tebi sol de
les meves cantonades imaginades.

***

Imaginée, appelée, une voix
dont je ne peux plus me passer.

Des reflets de saphir clair d'entre
les eaux sombres de la grotte.

Je l'entends la nuit quand elle m'appelle,
je l'écoute, je l'avale toute et si

je ne lui réponds que peu, ce n'est pas par
paresse ou désintérêt, mais parce qu'elle

est devenue le soleil tiède de
mes coins de rues imaginés.

lundi 3 décembre 2018

Un peu en cinq

Je te le promets :
jamais un baiser
dans la nuit glacée.

Mais toujours ma main
posée sur tes seins
aux doigts de raisin.

Pas une parole
ni même une obole,
mon amie corolle.

L'amour s'est invité

L'amour s'est invité dans ta nuit sage
de coton et d'organdi. Froissement du drap,
frôlement d'une main que le rêve a inventée.

Fine, ingravide, toute en pulpe et en sillons
et qui épouse ta peau sans jamais t'étouffer.
Une main chaude contre la froideur soudaine

de l'aube et les cris sourds des insomniaques
esseulés. Une main de plaisir et de rondeurs,
prompte à t'effeuiller et à devancer la rosée

du matin, à feuilleter le livre de tes plis et
à modeler de ses doigts la tendre croisée des
chemins. Le reste ne m'appartient pas.

Des renoncules

Un souvenir, si clair en son centre.
Un bouquet de renoncules jaune d'or
tenant à peine dans son vase d'eau

claire sur la toile cirée d'un humble
séjour. Personne, pas un bruit. Si ce
n'est le tic-tac lancinant d'une pendule

que je ne verrai pas. Les pétales, gonflés
et pommés, semblent insensibles au temps
qui court et les fera choir légèrement,

disjoints, sur la toile blanche. Une image
du bonheur et l'envie soudaine, valéryenne,
«des cris aigus des filles chatouillées».