samedi 24 août 2019

Clamouse

Au bout du faisceau jaune,
des gouttes de lumière par
centaines, en suspens.

Sous la main du guide, une
voûte naît, d'étoiles infimes
parmi les draperies d'aragonite.

Les nuques se cassent, les visages
s'unissent. Est-il autant d'yeux que
de gouttes en suspens ? Cristallines

humeurs dans l'humeur du cristallin.
Les épaules nues se rapprochent un brin.
L'éternité d'un instant. Un siècle ?

La vie de chacun est pliée mais pour la
grotte, ce n'est qu'une respiration. Neuf
cents mètres de galeries et tant de marches

humides. Une heure trente de parcours. Si peu 
dans une vie mais assez pour qui veut mesurer
son chemin à l'aune de l'humble temps de la calcite.


vendredi 23 août 2019

Unes estovalles d'hule groc / Une toile cirée jaune

a D. i D.

Fa anys que m'esperen, callades, brillants,
aquestes estovalles d'hule groc com el sol
d'estiu perpinyanenc. La mare hi fa lents 

mots encreuats, cap cot, i hi retrobo la fina
foscor dels llapiços dels néts que hi dibuixen
viatges impossibles, sense moure's del pis.

Al cor de la setmana, s'hi reuniren dues amigues,
portant el mateix nom de pena i d'alegria.
Entre la verdor cremant d'una sopa de carbassó

i el ball de la ceba d'un pollastre al vinagre
trossejat, no deixàrem de xerrar de tot. En català,
la llengua dels avantpassats que s'escrivia de groc.

***

Cela fait bien des années qu'elle m'attend, silencieuse et brillante,
cette toile cirée jaune, semblable au soleil de l'été
à Perpignan. Ma mère y fait de lents

mots croisés, tête basse, et j'y retrouve la fine
obscurité des crayons des petits-enfants qui y dessinent
des voyages impossibles, sans quitter l'appartement.

Au cœur de la semaine, deux amies s'y rassemblèrent,
porteuses du même prénom de peine et d'allégresse.
Entre le vert brûlant d'une soupe de courgettes

et la danse de l'oignon d'un poulet au vinaigre
en morceaux, nous ne cessâmes de parler de tout. En catalan,
la langue de nos aïeux qui s'écrivait en jaune.

mercredi 14 août 2019

Pluja d'estiu

Lentament la pluja
fa néixer bruixes de dol
i em deixa tot sol.

La table est vide

La table est vide et la salle est close.
Du festin, il ne reste plus que les marques 
brillantes de l'éponge de la domestique

éreintée, traces vives d'un escargot oublié.
Il y a quelques heures à peine, les enfants
s'ébrouaient entre les tables, un masque 

en carton sur le visage et les convives se 
frôlaient, immuables silhouettes au col raidi
et au nœud papillon noir. Cheveux gominés et

plaqués ou chignons ramassés. Les portes refermées,
il ne demeure plus de ce qui fut un festin, que ma 
voix incertaine et mon masque d'enfant.

Nuit d'un siècle

Les portes sont closes.
La nuit a été longue et délicieuse.
Paupières closes, lèvres serrées.

Au matin, une très légère gerçure
se rouvre à la première gorgée du
café brûlant. Tes rêves ? 

Tu n'en sais plus rien. Les draps,
jaloux, les ont enveloppés, comme
des fleurs coupées resserrées dans

un vase en carton brun. Tu as été
sans en être consciente et, à présent,
tu goûtes ces non-heures et tu bois

la noirceur amère à petites lampées
souriantes. C'est un matin d'été,
ce fut une nuit d'un siècle.

Le vent souffla fort, tu n'en sus rien,
paupières serrées, lèvres closes.
Pour toi, en silence, je l'éprouvai.

lundi 12 août 2019

El cau de la sirena / L'antre de la sirène

He llegit tants combats, a prop de casa
meva o força lluny de les meves passes
i no n'he fet cap, a recer del ventre

i del ben menjar. No obstant, com un noi 
del 74, m'he passat la vida buscant el cau 
de la sirena en mig de l'amar, caminant

pels carrers de la ciutat estimada. Res de mar,
l'aigua estancada d'uns llacs de fantasia
que l'estiu treu als ulls dels vianants extraviats.

Ara per ara, quan s'acaba la feina i ja no em necessiten,
he fet d'uns mapes fronterers, entre Guineueta i
Can Peguera, la meva carta del tendre, on caminen

els dits en busca d'una esquena delejada com un quadern
tot just encetat. Miracle de la llum suau i dels colors
poc vius mentre el cor batega i no vol callar-se.

***

J'ai lu tant de combats, près de chez moi
ou bien loin de mes pas incessants
et je n'en ai mené aucun, à l'abri de mon ventre

et de la bonne chère. Toutefois, tel un jeune de
1974, j'ai passé ma vie à chercher l'antre
de la sirène au milieu de l'amour, marchant

dans les rues de la ville que j'aime. Nulle trace
de la mer, l'eau stagnante de lacs de fantaisie
que l'été retire aux yeux des passants égarés.

Et maintenant que le travail s'épuise et que l'on n'a 
plus besoin de moi, j'ai fait de cartes frontalières,
entre Guineueta et Can Peguera, ma carte du tendre,

où mes doigts cheminent en quête d'un dos désiré comme un 
cahier à peine entamé. Miracle de la lumière douce et des 
couleurs éteintes cependant que le cœur bat et ne veut se taire.


dimanche 11 août 2019

Un bouquet de couleurs

Vives et sages, elles tremblent
légèrement dans un bain de verdure.
On les dirait saillie du poing

débonnaire d'un géant de papier.
Que de lignes, que de vers blancs
ou rimés pour s'arrimer à un rêve

inversé. Présent délicat. Nuances
fines du crocus dans les yeux de
l'amante et la main de l'aimé.

samedi 10 août 2019

Buits els carrers / Les rues vides

Buits els carrers, camines lentament.
Sense rumb, sota un esguard amant.
La passió guia els teus passos

i li inventes uns barris que recuperes
de la teva memòria somiada. Porta, Congrés,
Vilapicina. Quitrà ardent, veus conegudes.

Una terrassa us acull amb la generositat
del mar en mirall. Escuma gelada, conversa
càlida. Frecs suaus sota la taula blanca.

***

Les rues vides, tu marches lentement.
Sans but, sous un regard aimant.
La passion guide tes pas

et tu lui inventes des quartiers que tu récupères
de ta mémoire rêvée. Porta, Congrés,
Vilapicina. Goudron brûlant, voix connues.

Une terrasse vous accueille avec la générosité
de la mer en miroir. Mousse glacée, conversation
chaleureuse. Doux frôlements sous la table blanche.

Trente ans et deux jours

à Xavier

Comme la barbe qui pousse dru
et tapisse de roux un visage
connu et aimé, je prise ce temps

qui donne du corps à un âge neuf.
La trentaine s'amorce, au cœur de
l'été, dans l'amour et l'amitié.

La tâche achevée, dans l'entrelacs
de voies patiemment imaginées,
en soleil autour de la capitale,

tu goûtes le plaisir simple d'une
mousse ou de deux dans un pub. Sophie,
Américaine d'un printemps, t'aura 

préparé une surprise, ou non. Qu'importe.
Chaque jour t'offre sa présence et son rire
et tu penses, un brouillard fugace devant

les yeux, à ce bus articulé dont la conduite
infernale te conduisit à naître de l'amour
de tes parents un jour au chiffre d'infini. 

dimanche 28 juillet 2019

La bien gardée

à M. F.

Les noms ont leur histoire
et la passion fait trembler
tes doigts.

Tu feuillettes un guide aux
pages cornées. Une édition
ancienne, bonne pour le pilon,

mais dont tu sais qu'elle guida
des voyageurs du dimanche vers
de nouvelles contrées.

Essaouira, où tes enfants rient
au soleil du couchant. L'antique
Amogdul, comme un verrou de roches

sur l'océan. La Mogador des marins
portugais, défiant les vagues froides
en quête de richesse. La boucle bouclée,

tu songes à ce feuilleton qui fut tant
pour toi, situé dans un château non loin
du lieu où tu demeures. Savais-tu en goûtant

aux amours des Gens de Mogador, que le destin
de la chair de ta chair t'y conduirait, comme
on tire la barque sur le rivage après l'avoir

emplie de poissons argentés ? Essaouira, Mogador.
Le Maroc et la France, par la chimie épousée.
Caresse le vieux livre, il l'a bien mérité.