mardi 28 juillet 2026

Le soleil et la lune

Le soleil a rendez-vous avec la lune

mais la lune n’est pas là

et le soleil attend.

                                    Charles Trenet


Des géants de carton

de carton et d’étoffe,

portés par des garçons

qui dansent en marchant.


Et voici que la rue

devient scène d’amour.

Un amour platonique

entre êtres opposés.


Le soleil fanfaron

et la lune discrète.

Ces pôles opposites

qui guident nos chemins.





Σεβαστός

Il est le vénérable,

l’auguste compagnon,

la confiance intangible

sur le chemin de vie.


Et qu’importent les flèches

dont Dioclétien le frappa.

Son sourire survit

aux envieux de tout crin.


Il est d’une lignée

qui ignore la peur

et sait se retrouver

quand les temps sont mauvais.


Je le sais par sa sœur

qui m’en confia le nom

comme on ouvre un écrin

pour montrer un diamant.


















Gian Lorenzo Bernini, "Le Bernin",
                                Saint Sébastien


lundi 27 juillet 2026

Reis xifrats de la nit

Són els homes dels números,
els homes de les xifres.
Tenen entre les mans
el destí del sorteig.

Són uns mags de la veu,
de la veu i dels números.
Al cap i a la fi,
mestres de cambajons.

Qué seria nostra rifla
sense el parell d’amics?
En Louis, en Pascal,
reis xifrats de la nit.











photo : Philippe Farriol

dimanche 26 juillet 2026

Un pain d'un mètre quatre-vingts

Une fourmi de dix-huit mètres ?
Ça n'existe pas.
                            Robert Desnos 

Un pain de plus d'un mètre,
et même près du double,
pesant dix bonnes livres
et tenant dans huit mains,

est-ce que cela existe
dans la vie d'un village
où l'on sait bien manger
du matin jusqu'au soir ?

C'est un présent de Dieu
ou plutôt du bon Jacques,
notre fier boulanger
à qui rien ne fait peur.




Diumenge de rifla

És diumenge de rifla
al cafè dels amics.
Han preparat les taules
amb estovalles roges.

Veiem quan sortiran
els números premiats.
Sortejaran pernils
i d’altres coses bones.

Cambajons casolans
amb ampolles de vins.
Tothom en gaudirà
fins a finals del vespre.
























photo : Laetitia Defer

Espérance

        On m’a vu dans le Vercors

sauter à l’élastique.

   Alain Bashung



Quel est ce bruit de bottes

que vous n’entendez pas

et qui foule à ses pieds

nos mains, nos pauvres mains ?


Quelles sont ces deux faces,

d’un homme et d’une femme,

ces faces de carême

qui convoquent la haine ?


Et quel est ce sourire

qui se tait et espère

l’union des pauvres gens

face à la peste brune ?





Sens retrouvé

La force minérale,

la force échevelée,

la rondeur des rochers

et la folie des algues.


Où est la pesanteur

qui régissait tout ça ?

Et les points cardinaux

perdus aux quatre vents.


Donne-moi donc la main

et marche à mes côtés.

Nous donnerons au monde

le sens de nos pensées.


















© Joseph Maureso

Séduction

Tu as voulu séduire

le noble papillon,

alors tu as planté

des fleurs et des pensées.


Des pensées de bonheur

et des fleurs de concorde.

Des pétales dorés

comme notre soleil.


Et tu as vu soudain

le noble papillon

venir s’y reposer

en mêlant ses couleurs.















© Florissime

Rêve forain

Je rêve d’un manège

qui quitterait le dur

pour la plage brûlante

de Canet en Juillet.


Un manège d’images,

un carrousel étrange,

qui mêlerait soudain

les bleus qui l’environnent.


Le turquoise des eaux,

le sombre des Albères

avec ce bleu du ciel

qui invite à rêver.




Le café du dimanche

Le café du dimanche
est un café en grains
longuement préservés
dans un bocal de verre.

Du Moka d’Éthiopie
nostalgique des terres
austères et brûlées
où sont nés les humains.

Le café du dimanche
attend d’être moulu
puis d’être dégusté
sans cesser d’y penser.




J’aime dans les romans

J’aime dans les romans,

ces êtres anonymes

qui donnent à chaque page

l’illusion du réel.


Ces paysans crasseux

et dont le regard brille

pour exiger leur dû

au détour d’une phrase.


Ils sont un bon miroir

de l’humaine existence.

À l’aune de leur encre

j’avance et réfléchis.

On dit que le genêt

    À la mémoire de Carole Achache

On dit que le genêt
est la lueur vivace
qui croît au détriment
des plantes plus discrètes.

Ainsi fut Jean Genet,
lumière de nos lettres,
voleur peu scrupuleux
de ceux qui l’adoraient.

Je pense à Abdallah,
l’artiste de Pinder,
funambule gracieux
qui crut en être aimé.

Mais un jour il tomba,
une fois puis une autre,
du câble disposé
sous le grand chapiteau.

Condamné à la terre,
il en devint banal
aux yeux de ce Genet
qui n’aimait que l’unique.

Puis vint le désamour,
l’alcool et l’amertume.
Et ce filin plus rêche
duquel il se pendit. 




Objets du passé

Je ne bastis que pierres vives

ce sont homes.

Rabelais



Les objets du passé,

ces objets qui ont une âme

et que le temps écarte

et laisse de côté.


Objets d’un seul tenant

ou machines complexes

ayant perdu des pièces

au fil de leur usage.


Les objets du passé

sont pour moi pierres vives

sur le chemin des jours

que j’emprunte avec vous.