vendredi 1 mars 2024

Le Romain de Bordeaux

J'ai négligé de lire
le plus savant de nous.
J'ai préféré le vivre
un peu plus chaque jour.

Maximes de son cru,
citations ciselées,
j'ai cueilli sans compter,
au hasard des rencontres.

Je revenais toujours
à la Pléiade havane,
et à la bienveillance
du Romain de Bordeaux.







Puits d'inspiration

Et le mois est venu
que l'on n'attendait plus.
Ce simple mois de mars,
au soleil des horloges.

Il s'est glissé soudain
dans une nuit sans rêves
pour ouvrir lentement
une nouvelle page.

Trente-et-une journées
avec leurs nuits en blanc.
Un puits d'inspiration
pour funambule en herbe.

Les trois couleurs de mars

De l'infini du huit,
au printemps renaissant,
en passant par les ides,
c'est un mois de couleurs.

Le violet du huit mars,
la parole des femmes
le souvenir de vers
qui en moi sont entrés.

Le rouge de César,
assassiné soudain,
par son fils adoptif,
en proie à la folie.

Et le vers du printemps,
surgi d'entre ces gouttes
que nous espérons temps,
à la fin de l'hiver.




Marcejant ja

I doncs marcejarem,
entre vent i tempesta,
cap a la flor d'abril.

El mes es partirà,
el quinze de les idus,
entre festeig i mort.

Vindrà la primavera,
entre milers de gemmes
i naixerem de nou.

jeudi 29 février 2024

Vivre à propos

Vivre. Et vivre à propos.
Telle est mon ambition,
que je dois à Montaigne,
mon maître de Bourdeaux.

Mais qu'il est difficile
de suivre ce précepte
quand il est si facile
de se laisser aller.

Les plaisirs insolents,
les colères soudaines
et le melon coiffé
font bien des chausse-trappes.

Par chance, il y a le ciel
et le chant d'un oiseau,
le rire d'un enfant
et les vers à venir.

El vostre lis vermell

Als alumnes de 2n de batxillerat
de l'Institut Ramon Muntaner 
i a la seva professora Marta

Al cor del vostre pati,
enmig de l'escaquer,
de tantes cases òrfenes,
he vist florir un lis.

Una flor elegant
de sis pètals vermells,
com per marcar el ritme
del versos que escriureu.

Ni tan sols l'he plantat,
no portava cap llavor.
Les llavors han sorgit
dels vostres ulls en pau.

El vermell de la flor
és fruit de les sangs vostres,
tan dignes als meus ulls
que els vull retre homenatge.

Guardeu sempre aquest lis,
dintre del vostre cor,
perquè no ve dels altres
sinó del vostre amor.



Un café, je vous prie / Un cafè, per favor

Un café, je vous prie, bien chaud
Sans sucre, je vous prie
Si amer qu'il me tienne
Éveillée pendant que tous les autres dorment
Ainsi-je puis-je t'écrire, poème
Ainsi puis-je jouir de la solitude
Nocturne, du pouvoir de la parole
Tandis que j'entends au loin pleurer un enfant
Ou, qui sait, une chatte dans les chaleurs de février
Le plus puissant, vociférant amour
Félin ou la caresse d'un vers
Avant les ides de mars

Rosa Miró, traduit du valencien
par Michel Bourret Guasteví

Un cafè, per favor, ben calent
Sense sucre, per favor
Tan amarg que em face estar 
Desperta mentre tots dormen
Així puc escriure't, poema
Així puc gaudir de la soledat
Nocturna, del poder de la paraula
Mentre escolte al lluny un nen que plora
O, potser, una gata en el zel de febrer
El més potent, clamant amor
Felí o la carícia d'un vers 
Abans dels idus de març

Un homme affable

À E. F.

Sous un chapeau de pluie,
pareil à notre terre,
un homme affable vint
partager mon café.

Négligeant le vacarme
de la salle bondée,
il sortit de son feutre
des fleurs de mon passé.

Je reconnus hagard
des noms de mon quartier,
des courses enfantines
et le ciel de juillet.

Mystère des mains

J'aime tacher mes mains
du noir de cette nuit
et les chercher en vain
au bout de mes dix doigts.

Des papillons nocturnes
qui frôlent le plafond
ou d'amples raies manta
au fond des océans.

Mes mains sont un mystère
quand j'entreprends d'écrire.
L'une est un encrier,
l'autre porte la plume.

Désir de café

C'est comme un port sans ombre,
ce désir de café.
Une bouche béante
dans la nuit sans étoile.

Un saint sans figurant

Un jour surnuméraire...
Quel délice insomniaque.
De fèves et de rires,
le vingt-neuf février.

Il unit les contraires,
en étirant le fil
des jours du vieil hiver
qui n'en voulait pas tant.

Il double Valentin,
en surenchérissant,
pour être de l'amour
un saint sans figurant.

mercredi 28 février 2024

Les travaux et les jours

J'aime tes mains usées
par les travaux des jours,
les soins que tu prodigues
et le fardeau des heures.

Quand tu sors dans le froid,
si prodigue en gerçures,
tu les gantes de laine
et me dis au-revoir.

Alors j'attends le soir,
pour leur rendre un hommage
et leur prêter les miennes
devant l'âtre fumant.

Retourner à l'écrit

Retourner à l'écrit
après le blanc des heures,
la soudaine agraphie
devant la maladie.

Retourner à l'écrit
dans le jour qui s'éclaire
et le soleil qui point
du cœur de l'oranger.

Retourner à l'écrit
pour offrir aux amis
un peu de cette terre
que je sens sous mes pieds.

D'una cuina d'hivern

De terrissa andalusa,
dos platets separats.
Uns ciurons amb tomàtic.
Uns popets cuits amb ceba.

Al costat l'un de l'altre,
com la cara i la creu.
Els sabors essencials
d'una cuina d'hivern.

O, actor shakespearià,
no dubtis en casar
tan bonica parella
d'enemigues famílies.














© Jordi Odrí

Rrose

Lumière dans la nuit,
la rose et sa clarté.
Un drapé de pâleurs
qui séduit le regard.

C'est l'étoile du Nord,
le point de salvation
des marins égarés,
en proie à l'inquiétude.

Perfection de la fleur
qui se sait passagère,
et, en un tournemain,
résume notre monde.














© Tomeu Pons

Accordéon des mois

Et février s'achève
dans les pleurs d'un enfant,
d'un enfant de son île 
que le printemps attend.

Demain viendra le jour
qui anticipe mars.
Un jour d'action de grâce
pour penser aux amis.

Accordéon des mois
qui se tend vers l'été,
faisant naître en chacun
la foi et l'espérance.

mardi 27 février 2024

Lèvres

Elles sont épaisseur,
épaisseur de la vie.
Les lèvres d'un sourire,
les lèvres d'une plaie.

Le doigt y prend sa force
et la langue son encre.
Elles sont les concierges
d'une maison loquace.

Desséchées par la fièvre,
elles gonflent au matin,
quand les voiles font cap
vers la félicité.

Rage

Je n'aime pas la rage
qui se croit éternelle
et n'outrepasse guère
le rouge de son voile.

C'est un transport violent,
jamais un sentiment,
une compagne vaine
qui s'invite en volant.

Regardez donc l'orage,
sur les Causses en septembre.
C'est d'une autre portée
que la minable rage... 

Arme au nid

Insensible aux saillies
des élèves âgés,
la tromboniste avoue
qu'on ne l'y prendra plus.

La coulisse de cuivre
se débine en coulisses
et la scène se vide
des pitres facétieux.

Bien pauvre musicienne
qui plastronne aujourd'hui,
tout juste après avoir
rendu son arme au nid.

Permanence érodée

Et, même au bord de l'eau,
le continent demeure,
dans chaque grain de sable.

Manoirs abandonnés,
rongés par l'érosion
et les pleurs des partants.

Murailles orgueilleuses,
oubliées tout-à-coup,
avant de s'effondrer.

Un chien au PMU

Au chien de Flam

J'aimerais exprimer
des choses toutes simples.
L'hébétude d'un chien
au cœur d'un PMU.

La laisse détachée,
il va de table en table,
cherchant des philosophes
amateurs de Ricard.

Le poil ébouriffé
et ses grands yeux ouverts
sur l'étrange théâtre
des hommes réunis.

Els versos més sonors

Paraules de la nit
que surten a l'atzar,
llargament mastegades
per la boca dormint.

Del cau de la consciència,
l'aigua s'ha retirat,
deixant a descobert
les consonants rocoses.

I, qui ronca no sap
que, en ensordir el món,
ha donat al poema
els versos més sonors.

lundi 26 février 2024

Sonnet de la virgule

C'est comme un trait de plume, qui grifferait le blanc,
un accent d'encre brune, inscrit sur le vélin.
Parmi les déliés, elle recherche le plein,
et, pour fuir le rapide, elle préfère le lent.

J'aime cette virgule qui rythme mes pulsions.
J'y vois surgir parfois l'ombre de ton sourire,
le cercle de tes cils aiguisant mon désir
qui devient oriflamme de mon autre nation.

Marque typographique, amande d'encre amère,
elle est la non-voyelle, sans être consonante
et, contre toute attente, aime se laisser faire.

L'espace n'y peut rien, qui gère mal l'attente.
Quand les sons n'y sont pas, alors s'imprime l'encre
et, pour rester au port, je jette enfin mon ancre.

Mots fleuris

Et si les mots n'étaient
que des fleurs de l'été,
gardées au fond des poches,
pour affronter l'hiver.

Le souvenir serein
des journées de bonheur,
dans le vieux cabanon
qui jouxte les chevaux.

Usées par les caresses,
les fleurs se parcheminent,
faisant jaillir des vers
qu'on partage aussitôt.

Un viatge de dilluns

A en Paco i a sa seua família

Un viatge de dilluns,
un acomiadament,
un ventolí de roses
cap al sud del camí.

Gentil himne a la vida,
passada i per venir.
Units dins del silenci,
els familiars caminen.

Els seguiré de cor,
arrelat a la terra
d'on l'homenatjaré
amb flors del meu jardí.

Escates

Escates de peix viu,
mirall de tot el llac.
Calidoscopi nou
per descobrir els núvols.

Fregant la superfície,
juguen amb el cel baix,
sense saber que un dia
ploraran en un plat.

Escates de peix mort,
nostàlgia de joies,
d'un imperi llunyà
que fregaran aviat.

Atzavaraflorida

Des eaux l'immensité,
du livre la réserve.
Mon blog est un ouvrage
qui progresse à rebours.

Il y manque des pages
les jours de grande peine,
quand le soin des amis
mobilise mes mots.

Un lieu de rendez-vous,
un café du commerce,
espace-temps commode
pour y planter ma tente.

L'agave est une plante
qui se nourrit de peu,
puisant dans ses réserves,
la fleur qui la couronne.













© Anaïs Bourret Cauquil 

El plec del plaer

Has sentit parlar
del plec del plaer?
Cinc dits de la mà
donant benvinguda,
tot traient la son.

Un coixí

Coixí de sines teves:
el repós de l'insomne.
Una illa inesperada,
enmig de la foscor.

Així neixen els versos
del final de febrer,
de la tendresa clara
dels teus pits adormits.


dimanche 25 février 2024

Dos abrics de bracet

La tassa i el tassó...
Dos abrics de bracet,
quan encara és de dia.

El cel n'és testimoni.
Anònima parella,
que busca l'escalfor.

Del mar ve la durada,
de la gavina el cant
que s'hi uneix en silenci.



Una família unida

Una família unida
un dissabte, al migdia.
Una família unida
al cor de Casa Olívia.

Hi falta una senyora
que els reuneix a tots,
amb flaire d'un dinar
de conill amb cargols

Ah bona jovanalla
que té el seu somriure,
tot pensant en els jocs
que faran en sortir.

Trois odes à Juanita

In memoriam

I

Je l'ai connue huit ans,
entre deux années fastes,
généreuses d'un jour
à tant d'autres ôté.

Son regard était vif
et son sourire doux.
Elle avait du Levant
l'accent et les manières.

Je connaissais son fils
mais c'est en la voyant
que je sus aussitôt
d'où venait leur bonté.

II

Elle allait dans la ville,
éclairée de blancheur,
en prenant son panier
pour faire son marché.

Des produits de saison,
le goût de cette terre
qui est née de la mer
pour enchanter les hommes.

Un jour elle rencontra
ma mère par hasard.
On aurait dit deux sœurs
au sortir de l'office.

III

Je devais la veiller,
chaque nuit que Dieu fait.
Dans une chambre blanche,
sentant bon le café.

La maison était calme,
riche de souvenirs.
D'une vie toute simple,
simplement généreuse.

Je devais la veiller,
chaque nuit que Dieu fait,
mais ce ne fut qu'un jour
que je n'oublierai pas. 

vendredi 23 février 2024

Un lent balancier

C'est un lent balancier,
étranger à la ville.
Il suspend au plafond
ses rêves de durée.

Un objet insolite,
assemblage curieux
de pièces de couleurs,
vouées aux détritus.

J'en ai fait mon horloge,
un jour de février,
voulant goûter du monde
chaque noble seconde.



Qu'il est beau... / Que bonic...

Qu'il est beau de jouer à se cacher
À se couvrir le visage du voile du souvenir
Ainsi, si je ne te vois pas, tu ne me vois pas
Et j'esquisse un raccourci dans la nuit sans étoiles
Et je coupe par la plage, seule
Et j'écoute la mer qui jamais ne se tait
Et je lui explique mon désir
Et là dans la solitude du sable j'écris un vers

Rosa Miró Pons, traduit du valencien
par Michel Bourret Guasteví

Que bonic jugar a amagar 
Cobrir-se la cara amb el vel del record 
Així, si no et veig, no em veus 
I faig drecera a la nit sense estrelles 
I talle per la platja, sola 
I escolte la mar que mai no calla 
I li explique el meu desig 
I allà en la solitud de l’arena escric un vers 

Pauvre petit soldat

Deux trous au côté gauche,
pauvre petit soldat,
qui t'endors au matin
et ne rêveras plus.

Les courses dans les vignes.
Le sourire des filles.
Un demi-panaché,
au sortir du lycée.

Tant de plaisirs paisibles
qui ne reviendront plus.
Pourquoi toi et pas moi,
qui vieillis inconscient ?

Uns bunyols de Quaresma

Al Quim i a les Lídies

Uns bunyols de Quaresma
per preu d'unes paraules.
Un regal delicat
a l'hora del dinar.

Una manera dolça
de prolongar l'horeta
passada a l'institut
amb alumnes atents.

Una fugacitat,
el valor de la vida,
compartida al febrer,
al cor de l'Empordà.



jeudi 22 février 2024

Pièce blanche

C'est une pièce blanche,
un cube de silence
où je rêve parfois 
de marcher à l'envers.

Virginité du plâtre,
ignorant les semelles
qui chaque jour s'en vont
conquérir leur pitance.

En son centre, une ampoule,
un talisman de feu.
Le guide énamouré
des amants d'absolu.

Le cahier de ta peau

J'aime la page blanche
qui joue avec les draps.
Odorant palimpseste
sur la route des rêves.

Mes doigts sont porte-plume
à l'encre déliée.
Et quand je vois ta page,
je me fais tout petit.

J'aime la page vierge
qui attend le matin.
L'épaisseur de ta peau
est déjà un cahier.

Art menor

Un got de llet glaçada,
amb un gelat de nata.

Una ploma discreta
amb un somriure en va.

Els diccionaris callen
davant de l'art menor.

Tremolor inspirada

Dins la nit sense son,
el poema és talaia.
Tremolor inspirada
a l'hora sense busques.

mercredi 21 février 2024

Un don au monde

À Sophie

Elle est l'amie fidèle,
jouant entre trois langues,
et couvant son enfant
d'une douce attention.

Elle est curieuse en tout
et, sous sa bonhomie,
elle cache sa culture
que je sais des plus riches.

Elle est l'amie fidèle,
un sourire à la vie,
qui célèbre aujourd'hui
son don à notre monde.

Barques de fullaraca

Barques de fullaraca,
tan blaves d'esperança,
sense cap capità
ni humil mariner.

O aneu un dimecres?
Al fil de l'aigua bruta
cap a la mar salada
o cap als aiguamolls.

Barques de fullaraca,
xicotes adormides,
en espera del ball
que us farà dansar.














© Rosa Miró

Mixa pels carrers

La mixa toca terra,
tota blanca la mixa.
Sota el seu pelatge
la vida va girant.

Ella espera gatets,
tan negres com el pare,
tan blanquets com la mare.
Ai! la mixa pels carrers... 














© Rosa Miró

Rouge faucille

À Clinton

Il est des grains de sang
échappant au modèle.
En forme de faucille
et non de sphère en paix.

Je connais un enfant
qui vit avec ces grains,
voilant son beau sourire
quand approche la crise.

Pourvu que la recherche,
dans sa sagesse immense,
découvre pour Clinton
un remède durable.

Avant l'inévitable

Il y a cette tendresse
des gestes retenus,
des portes qui se ferment
sur les corps dévoilés.

Il y a comme une grâce
à suspendre parfois
le désir impétueux
au regard qui s'en va.

Alors les peaux se donnent
en rêves partagés
et la vie continue
avant l'inévitable.

Fièvre

Quand la fièvre vous prend,
au milieu de la nuit,
une fièvre sournoise
qui fait trembler le corps,

Le crâne devient gong
ou carillon de cuivre
et les doigts s'engourdissent
au lieu de versifier.

C'est alors que l'on sent
l'incroyable fortune
de continuer à vivre,
en prenant un cachet.

Feuille blanche

Où est la feuille blanche
où s'écrivaient des vers,
à l'encre sympathique ?

Est-elle sur la table,
au milieu des assiettes
et des verres en carton ?

Elle est dedans ton cœur
qu'elle tapisse de soie,
en l'inondant de joie.

A peu de matinada

YERMA.-  ¿No tomas un vaso de leche?
                              García Lorca

Un got de llet calenta
per conjurar l'insomni.
L'escala està glaçada
i la casa silent.

La llet és un mirall
de les hores passades.
que l'insomne transforma
en versos delicats.

Tant de bo siguin moltes
les glopades nocturnes,
riques d'encontres breus,
a peu de matinada.

Minorquin à Paris

Vingt-et-un février,
dans la ville lumière.
Un homme aux yeux brillants
retrouve ses semblables.

Bateleurs de parvis,
saltimbanques fauchés.
Une cour des miracles,
offrant son paletot.

Quand le soir se fera
sur les Grands Boulevards,
ils donneront dans l'ombre
leur cœur et puis leur voix.

Heroïcitat pretèrita

Un grapat de monedes,
velles i rovellades,
trobades a la platja
del Desembarcament.

Peces americanes
de la Gran Depressió.
Res més. Ni qualque casc,
ni trossos d'uniforme.

Un grapat de monedes
per comprar un gelat,
deixat en una platja
una tarda de juny.

mardi 20 février 2024

Un vaixell embargat

Un vaixell embargat.
Embarrancat en terres
de ningú. Isolat.
Amb el buc ben corcat

pels ocells rapinyaires
d'un banc de la contrada.
A poc a poc s'ensorra
l'antic rei de les mars

que convocaba amics
a pesques fabuloses
i s'adormia al port
al cap de la jornada.



Presenta't a la nit

Presenta't a la nit,
enmig del meu insomni,
aixeca el meu llençol
i xiuxiueja baix.

Mon llit és un cau blanc,
una cova lleugera,
un diccionari mut
a recer del món nou.

Presenta't a la nit
I queda't una mica.
Inventarem històries
I les viurem després.

A l'abast de la mà

Lo esencial carnavalesco no consiste 
en ponerse careta
sino en quitarse la cara.
                            Antonio Machado

A l'abast de la mà,
un món, una escriptura,
mirall dels mots antics
amb salabror present.

Tantes mans a l'abast,
fesomies distintes,
i tantes encaixades,
passades i a venir.

Qui diu que dels actors,
l'important és la cara,
careta maquillada,
i no aquestes mans?

Mans d'estrangulador
o d'amant complaent,
d'enginyera poeta
o d'escultora rica.

Santa trinitat

Sobre les estovalles,
de colors i motius,
la santa trinitat
d'un esmorzar de poble.

Dues llesques de pa negre,
amb bona melmelada,
un cafetó ben negre
i la ment en passió.

Ritual ben matiner,
quan bufa el vent de Nord,
portant inspiració
d'unes terres llunyanes.



Contraban deliciós

Amples bosses de súper
plenes de taronges...
Contraban deliciós
per creuar la frontera.

Són uns sols en petit,
uns jocs de mots volguts.
Tarragona taronja
abans d'Orange orange.

Fruites de Montescot,
dessota la ventada,
esperant el seu sucre.
I la cocció divina.

Une lettre en partance

Sur un coin de la table,
la lettre attend patiente
le pli dans l'enveloppe
et le bout de ta langue.

Écrite à l'encre bleue,
elle parle de poèmes
et de terres lointaines
à l'autre bout du monde.

Bientôt elle volera
vers le bout de ce monde
rond comme un des poèmes,
froid comme le lointain.

Un château de sable

C'est un château de sable
qui se dresse à Deauville,
dans l'humble perfection
du sable à l'eau mêlé.

Bientôt viendront les vents
et la lente érosion.
Des corniches d'argent
rien ne subsistera.

Et le château de sable
au sable reviendra,
attendant l'onde froide
de la proche marée.

Un so de lluna plena

El so de la taronja
caient a la nit fosca
és el meu baticor.

Un so de lluna plena
rodona i ben sucosa
al fons de la butxaca.

Els porticons tancats,
agraeixo el rellotge
de negra tramuntana.

I me'n torno a dormir
amb el cor ple de suc
de taronja caiguda.


Si...

Si tingués a les mans
El curs de l'existència
L'aturaria de sobte
Amb un soroll de claus

Corrent et buscaria
Al sud de les muntanyes
Per celebrar plegats
La suspensió del temps

Sense coma ni punt
Amb lletres capitals
Beuríem de la font
D'un món reinventat

lundi 19 février 2024

OMBRES

Ce vieux qui se promène seul avec un sac en plastique dans la poche et qui, incrédule, se voit répété mille fois dans les vitrines, cette homme, c'est moi.

© Jordi Odrí, traduit du catalan
par Michel Bourret Guasteví



Le voyeur du chemin de fer

Il n'avait jamais raté le moindre train, mais simplement il aimait s'asseoir sur le banc de la gare. L'odeur, les visages pressés, l'indifférence ou les larmes des adieux, les bruits de la locomotive et des wagons, les va-et-vient des urinoirs, le coup de sifflet, l'obscurité de la nuit ou le charme imprécis des petits matins, les sandwichs, les valises, l'odeur du cognac ou du café-crème, et même les jours de pluie... et l'intense bouffée de la vie.

© Jordi Odrí, traduit du catalan
par Michel Bourret Guasteví



Sous la pluie / Davall la pluja

Tandis qu'il pleut sur le balcon du présent
Je distrais mon ennui avec de vieilles photos fanées
Imparfaits d'un visage à la plainte muette
Toujours triste, amie du dehors et des jeux,
Nuit et jour abattu

Avec le temps on a compris
Les années restituent des mots inimaginables entendus

«Le jour où tu es née un cadeau est resté fermé au pied du lit»
Un ballon de football ?
Un train électrique, peut-être ?
Et entre les pleurs et la surprise la déception s'est installée
C'est une fille qui était née

Sur le balcon du présent le soir se hérisse comme un félin
Tandis que la pluie me renvoie les larmes que tu as cachées
Quand  nous jouions dans la rue aux poupées découpées dans du papier.

Rosa Miró Pons, traduit du valencien
par Michel Bourret Guasteví

Mentre plou al balcó del present
Distrec el tedi amb fotografies rovellades
Pretèrits imperfectes d’un rostre de lament mut
Sempre trist, amiga de barri i jocs
Nit i dia decaigut

Amb el temps ho vam entendre
Els anys retornen paraules escoltades inimaginables

«El dia que tu vas néixer un regal als peus del llit es va quedar sense obrir»
Una pilota de futbol?
Un tren elèctric, tal volta?
I entre els plors i la sorpresa s’impregnà la decepció
Va néixer una xiqueta

Al balcó del present la vesprada s’eriça com un felí
Mentre la pluja em retorna les llàgrimes que amagares
Quan jugàvem al carrer a les nines retallables de paper.

Une simple ballade

Et s'il n'était de description
que pour cacher ce que l'amour,
lent et délicat, ne sait pas dire.

Alors vient la voix, sur deux octaves
et une sobre base rythmique, hors de
toute métrique imposée.

Quand Sarah chante, les distances,
pareilles à des paravents chinois
s'affaissent d'un seul coup,

et deux prénoms s'unissent, uniques
et anonymes, afin que chacun fasse
sienne la leçon de cette simple ballade. 



Memento mori

Je remercie la vie
de m'offrir un peu plus
que ce qu'il m'échoyait.

Je remercie la vie
de me laisser vieillir
et voir dans le miroir
ma peau se desquamer.

Je remercie la vie
de me donner des mots
pour pouvoir te chanter.

Paüra

Més densa que la por
amb hiat d'estupefacte,
la paüra treu pit
quan estem tremolant.

I no hi ha mot que valgui
per esborrar d'un cop
la terrible paüra
que ho desvirtua tot.

Peur

Elle est signe de vie,
vertige abominable
qui terre les enfants
au-dessous des décombres.

Elle est aussi le signe
des amants d'absolu,
qui voient dans le miroir
un reflet qui les glace.

Le signe d'une vie,
inscrite en parallèle,
et qui donne à chacun
la paix avec la peur.

Mais que serait...

Que sont les siècles pour la mer ?
                                Max Gallo

Mais que serait la mer
sans le sable alangui ?

Mais que serait le sable
sans l'ombre des palmiers ?

Je sens l'hiver qui court
vers le printemps tout proche,

poussé par ces vents d'est
qui nourriront la vie.














© Rosa Miró Pons

Turgescence vive

Sensualité vorace
des langues exhibées.

De la verdeur de vierge,
naît la concupiscence.

Un brun huileux de jaune
pour attirer les mouches.

La fleur se fanera
puis elle se couchera

Mais en moi restera
sa turgescence vive.














© Tomeu Pons

Anys i panys

Tancaràs amb set panys
la porta del desig,
la porta fugissera
oberta al ventolí.

Tancaràs amb set anys
la porta del deler,
la porta voladora
oberta al francolí.

Tancaràs amb set danys
la porta del dolor,
la porta mitjancera
oberta al rodolí.

Les bones tietes

Era a Sant Galdric,
al final de la guerra.
Amb un cistell al cap
portaven força pedres.

Pedretes del camí
per fer-ne carreteres.
Incansables tietes
de capcirons quadrats.

I quan solc caminar
per carrerons estrets,
penso en la dignitat
de les bones tietes.

Plussoyer

Tendre coquetterie
des langues d'aujourd'hui.
Qui n'abondait jamais,
il plussoie désormais.

Bahlsen et Monsieur Plus
sur le bord du trottoir.
Au petit coup de cul,
préfère l'ostensoir.

Mais trêve de vinaigre,
de rejet suranné.
Au panurgisme ambiant,
répondons derechef :

mieux vaut un plussoyeur
que mille fossoyeurs
car qui plussoie matin
enterre son chagrin.

dimanche 18 février 2024

Marins perdus

À la mémoire de Jean-Claude Izzo

La lande échevelée 
reçoit mes équipages,
ces marins éperdus
qui ont quitté le large.

La bruyère les griffe
et le vent les assomme.
Que la Bretagne est triste
quand l'homme est esseulé.

Entre ciel et colline,
se cache un fier hameau,
espoir des matelots
qui n'ont plus d'eau pour vivre.

Llençol de desig

Tan blanc com una casa,
tan blanc és el llençol.
Una bandera verge
onejant al garbí.

La pluja inesperada
hi dibuixa uns estels.
Estrelles de cinc puntes
com flor de l'ametller.

Tan blanc com una espelma,
tan blanc és el desig.
una oda passatgera
cantussejant baixet.

Aporie de la traduction

À Colette Planas,
pour sa confiance

Sous la coquille dure
qui blesse les doigts gourds
se cache un fruit amer
à la douceur exquise.

Telle est la traduction,
anonyme servante,
brisant les noix coriaces
de ses deux mains rougies.

La saveur est amère
et lisses sont les mots.
Sans le texte à la source,
la traduction ne vaut.

Un modéliste ferroviaire

Il est l'homme des trains,
l'homme des paysages.
Il bâtit tout un monde
au creux de son foyer.

La lenteur est son aune
et la taille une alliée.
Il se fait Gulliver
pour soulever des gares.

Les lumières scintillent
quand il travaille tard
car c'est un ciel d'étoiles
qu'il bâtit ici bas.

On dit qu'il parle peu,
tant sa tâche l'occupe,
mais ses doigts font des vers
qui tournent en roulant.

Unes botes de cuir negre

Una bufetada contra els peus tendres
                                Rosa Miró Pons

Tendres botes del quinze anys
de cuir negre amb sis tacs
d'alumini punxant.

Botes per córrer ràpid
i empènyer la mêlée,
fins al final del joc.

A peu de llit estant
vigilaven el sol
i em feien somniar.

Un amandier

Un amandier en songe,
bordure du chemin.
Un bouquet de blancheur
pour retarder la nuit.

Des fleurs et des promesses,
de jolis fruits séchés,
pour les croquer plus tard
et se ressouvenir.

Un amandier qui songe,
silence du chemin.
Ton bouquet de blancheur
tendu avant la nuit.

Odanniversaire

À Marion G.

Je l'ai très peu connue.
Ballerine des cours.
C'est une amie fidèle
qui répand des sourires.

Dans la lueur dorée
d'un demi en terrasse,
elle distille ses traits
contre les injustices.

Le cœur dans les nuages
et le corps sur les routes,
elle est l'indispensable
que le matin attend.












© Marion Guarinos

DES FLEURS POUR DES PAPILLONS / FLORS PER A PAPALLONES

Et en un tournemain ma maison s'est remplie de papillons
Les glossates flottaient dans les pièces,
dansant des valses tristes.
D'aucunes, dans le creux de l'oreille, murmuraient un je-ne-sais-quoi.
Puis, en silence et en file, elles m'ont offert une fleur.

Sur chaque pétale un prénom.
Sur chaque prénom un oubli.
Sur chaque oubli un enfant.
Sur chaque enfant un deuil.

Il commençait à pleuvoir et
comme la plupart, j'ai pris mon parapluie.
J'ai enfilé mon imperméable et
je suis sorti dans la rue.
Derrière la porte, bien au dedans, ces pensées :

«Maudits instigateurs des exodes humains !
Soyez maudits à jamais !
Ainsi soit-il !
Amen !»

Là-bas, sur les plages de l'exil et de l'oubli
les femmes continueront à accoucher de fleurs pour des papillons.

Rosa Miró Pons, traduit du valencien
par Michel Bourret Guasteví


I en un rampell es va omplir ma casa de papallones
Les
glossata suraven per les estances, 
ballaven valsos tristos
Algunes, a cau d'orella, murmuraven uns no sé què
Desprès, calladament i en fila em van oferir una flor

En cada pètal un nom
En cada nom un oblit
En cada oblit un xiquet
En cada xiquet un dol

Començava a ploure
Com la majoria, vaig agafar el paraigua
Em vaig posar l'impermeable i
Vaig eixir al carrer
Darrere la porta, ben endins, uns pensaments:

«Maleïts provocadors d’èxodes humans!
Maleïts sigueu per sempre!
Que així siga
Amén !»

El millor paradís

El millor paradís
és aquell de l'instant.
el fulgor del sol nou
amarant-se en el mar.

Corona fugissera
d'un rei sense país.
Arrugues diminutes
a ras de l'aigua fosca.

El millor paradís
no s'ha quedat amb noltros.
Ja d'altres el veuran
en altres parts del món.














© Joan Verger de la Caixa B

Une sortie en vélo

Il y a ce cliquetis
qui ralentit la course
quand le corps se relâche,
cessant de pédaler.

Il y a l'odeur des prés
et le chant des oiseaux,
cette frange légère,
au sortir de la ville.

Il y a l'effort soudain,
l'inattendue grimpette
la goulée d'eau glacée
au terme du chemin.

samedi 17 février 2024

Le corps jubilatoire

 


El ben encaparrat

Una escletxa de llum
entre parets estretes.
La tebior d'un regal
del bon sol de febrer.

Serà pura immanència
o signe transcendent?
Només em veig cridar
a escriure una mica.

Soc ben encaparrat
quan em declaro incrèdul.
Quan cullo detallets,
somric a l'infinit.

Conversa declinant

Han parlat de l'amor,
després de les besades.
Boca de camagroc
i ditades de mel.

Parlaven una llengua,
sense preposicions.
Declinaven els noms
per mor de la distància.

Besades de vellut,
carones extasiades.
Vocals i consonants
esposades per fi.

Desig & Deler

Del desig al deler,
el cor batega fort
i la ment fa campanes.
Tan deliciosament.

Del deler al desig,
es clouen les parpelles
i s'aquieten els ulls.
Tan respectuosament.

Delícia del desig,
desídia del deler.
La força consonant,
el moll de les vocals.

Geografia íntima

Frontera dels cabells,
el bosc és tan a prop.
La pell és una senda,
el nas explorador.

Un frec de llavis closos
i l'alè silenciós.
Intimitat dels gestos
que fuig de la sintaxi.

Frontera de la pell,
l'orella tan a prop.
Els cabells una mata,
el nas explorador.

Ars poetica

Defugiré la rima
i seguiré el ritme

de la vida privada
que no coneix cap límit

i avança casualment,
a passes de tortuga
o saltets de pardal.

Em faré testimoni
del ventolí lleuger,

de la pluja violenta
i de la terra molla.

Un fil prim

De les meves lectures
he tirat un fil prim.
La lluna i les ombres
en una barca buida.

El silenci sobtat
quan s'apropa un ocell
sense posar-s'hi mai
amb gestos fugissers.

Dolçor de les imatges
i força de la ploma
que fa d'un ocellet
una estrella fugaç.

Uni Cité

Unis dans la cité,
malgré l'unicité.
Le combat est de tous
et les pleurs de chacun.

Prunelle de mes yeux,
tu défends les plus faibles
et ne peux être heureuse
quand les autres ont faim.

L'individualité
prend un hexasyllabe,
la souffrance d'autrui
ne se dénombre pas.

Ta seule appartenance
est à cette entreprise,
qui unit les humains,
sans en tirer profit.

Attente

J'attends, de l'ami Joan,
la photo du matin.
Les aléas du ciel
sur le port de Mahon.

C'est une attente sage,
une sage confiance.
Le seul questionnement :
la couleur dominante.

Le feu de la passion
ou la monotonie ?
L'épaisseur des nuages
ou la noirceur de l'eau ?

Tos ulls

He somniat en tos ulls,
tos ulls de porcellana,
de porcellana viva.

Per ells, tot ha passat.
La bellesa dels homes
i la por dels infants.

El maltracte abismal,
la fina tarongina
amb els llibres de text.

Són testimonis muts
de la desil·lusió
I d'un nou entusiasme.

vendredi 16 février 2024

Une visite au musée

J'ai ouvert la portière
de la Traction avant.
Sur le velours grenat,
la poussière régnait.

Mais rien ne subsistait
des années d'opulence,
du maître de céans,
fumant du tabac belge.

Pas plus que des enfants,
sautant sur les coussins,
à l'approche du soir
où viendrait le souper.

Tal volta les Marqueses

Tal volta l'oceà,
la mar de llunyania.
La crida del Ponent
i de la nit de roses.

Tal volta les Marqueses,
les illes de Llevant,
el refugi d'en Brel,
al llindar de la Mort.

Tal volta la dolçor
de la lluna propera,
el mirall dels teus ulls
pel palmell de la mà.



Supplique

Quand je n'écrirai plus,
quand ma main fatiguée
aura cessé de dire,

alors vous me lirez,
pendant quelques années,
puis l'oubli surviendra.

Mes vers sont grains de sable,
sur la plage des mots,
où j'ai de bons amis.

Il y a si peu de lettres
dans l'alphabet latin
et tant de bibliothèques

qu'on se plaît à rêver
à une éternité
de plaisirs et de songes,

où l'on dépasserait
les frontières des langues
...En les savourant toutes.

Au port / Al port

Il est des soirs au port
où les barques ouvrent les yeux.
Elles regardent les couleurs de la nature
et les humains.
Puis elles les referment
et la mélancolie caresse le bois.

Rosa Miró Pons
, traduit du valencien
par Michel Bourret Guasteví

Al port hi ha vesprades
on les barques obrin els ulls.
Miren els colors de la natura
i els humans.
Després els tanquen
i la melangia acarona la fusta.

Baticor

Com un ullal de llop,
salivant a l'aguait,
el cor enamorat
espera bategades.

Quan es tanquen els ulls
i es refreden les mans,
el ritme s'alenteix,
preparant la sorpresa:

la mossegada viva
de l'ullal afamat,
el baticor sobtat
de l'ensurt deliciós.



Els versos amagats

Els versos amagats
s'escriuen al fosquet,
sense ploma ni tinta,
rere els ulls adormits.

És un ball de paraules,
un vals inesperat,
que desperta el poeta
al mig de la nit fosca.

Allavons pren el mòbil
i tecleja ben prest,
tractant de recordar
els versos amagats.

Ma mer

Je ne suis pas marin
et la mer me fait peur
quand je sens le rivage
terriblement absent.

Je suis un promeneur
des rives sablonneuses,
cherchant des coquillages
au gré de mes pas lents.

Ma mer, c'est l'horizon
où la masse des eaux,
si sombre sous le ciel,
s'y unit à jamais.

Lèvres

Mes lèvres sur les tiennes,
en épousailles tendre.
Le sable du rivage
et l'écume des flots.

La frange est invisible
qui nous unit tantôt,
sous les pieds des enfants
courant au bord de l'eau.

Tes lèvres sur les miennes
et le soir qui se fait.
La mer devient violette
et le sable ocre noir.

Rêves

J'ai rêvé de tes mains
glissant sur mes épaules.
La tiédeur du velours
et l'odeur du jasmin.

J'ai rêvé de l'été
et d'un gazon vert tendre,
tout contre la rivière,
où poussait des carlines.

J'ai rêvé de ta bouche
pinçant légèrement
chacun des hexamètres
que pour toi j'écrirai.

Versos mariners

Amb la boca petita
mes els ulls ben oberts,
he començat a escriure
uns versos mariners.

A la vora del mar,
allunya del quitrà
de les grues del port,
espero el meu vaixell.

Una nau de pirates,
una barca petita.
De veles immenses
o de rems corquejats.

No m'importa el perfil
de la nau que m'espero.
Ja sé que vindrà plena
de versos mariners.

Un tast d'eternitat

Els versos tenen polpa,
tan suau i saborosa.
La carn d'un albercoc
i el suc d'una taronja.

A voltes tenen pell,
tan fina i olorosa,
com uns pètals de rosa
dibuixant una boca.

La llum de la blancor,
el brillant de la tinta.
Un tast d'eternitat,
imprès en una pàgina.

L'ancre des mariniers

J'ai lu entre les vers
l'amour du quotidien,
la saveur si subtile
des produits de la mer.

La barque est sur la plage,
et les filets tirés.
Sur l'étal du marché,
les yeux luisent d'argent.

Que l'on soit de la mer
ou de la terre ferme,
on se plaît à saisir
l'ancre des mariniers.

A l'estil gallec

Matisos de gris clar.
La riquesa infinita
no vol ser diamantina.
Argent d'aigua i de sal.

Silenci del port buit
a l'hora del cafè.
Ja neden lentament
els peixos platejats.

Atmósfera gallega
a la punta de l'illa.
Ja venen pescadors
amb posat mariner. 














© Joan Verger de la Caixa B

jeudi 15 février 2024

El gust del safrà fresc

Estalviaré la tinta,
escriuré amb saliva,
tan dolça i fugissera
a l'hora del dormir.

La llengua serà ploma
i la nit el tinter.
No vull cap escrivà,
la boca serà meva.

M'inventaré besades,
al sud de la frontera
per donar a l'humor
el gust del safrà fresc.

Cœur de mer / Cor de mar

Entre écume et sable
j'ai trouvé un cœur de mer,
dans le ciel un goéland
et dans les couleurs du soir
ton silence.

Rosa Miró Pons, traduit du valencien
par Michel Bourret Guasteví

Entre l'escuma i l'arena
m'he trobat un cor de mar,
en el cel un gavinot
i en els colors del capvespre
el teu silenci.

Sinus corporis

Hinc sinus Herculei si uera est fama Tarenti cernitur.
                                               Virgile, Énéide, 3, 548

Dolça corba del mar,
la caleta turquesa.
Sina de sorra tèbia,
llepada per les ones.

Sina del cos dormint
a l'ombra de les roques.
La teva pell tan clara,
la meva mà tan bruna.

Silenci de les corbes.
El desig a l'aguait.
A dalt una gavina,
a baix els nostres cossos.

mercredi 14 février 2024

Tot mirant Miró

 On ne voit bien qu'avec le cœur, 
l'essentiel est invisible pour les yeux.
                            Saint-Exupéry

Miro i no veig res.
Miró i ho veig tot.

Per una blanca vela,
voguen uns traços negres.

Quan vinguin els colors,
ballaran els teus ulls.

Han aïllat el quadre
i despertat les ments.

Llengües agermanades

Al Joan Pere Sunyer

Llengües agermanades,
més enllà de paratges,
pel tracte deliciós
dels amants de la terra.

Idiomes saborosos,
de girs superposats
i d'aculturació.
Cambajon, cambajó.

Es tanquen les parpelles,
al nas s'uneix l'orella.
Els mots són d'una flaire
que no coneix frontera.

Ulysse / Ulisses

Combien de fois ai-je rêvé de la torche du phare
Qui signale au loin ma ville, Ithaque
Combien de fois ai-je rêvé de mes pieds sur le chemin du retour
Sur la terre de mes enfants
Sur la terre de tes yeux, verts tels des prés de posidonies
Combien de fois ai-je imaginé tes lèvres, tes seins, ton ventre
Vingt ans et à chaque instant ton nom, Pénélope
Oui, j'ai vécu des passions, la prison, la luxure et les drogues
Oui, j'ai couvert des femmes et des désirs : Nausicaa, Circé, Calypso
Mais je t'ai toujours gardée avec moi, femme.
Toi, parmi les délires, les batailles, les sirènes et les monstres
Toi, parmi les Lotophages, les Lestrygons et les Cyclopes
Tu habitais en moi quand je suis descendu aux Enfers
Quand je me suis attaché au mât du navire
Aujourd'hui, face à toi habillé en mendiant
Prétendante héroïne de la patrie de mon père
Pour toi, fidèle et astucieuse tisseuse
Je banderai mon arc et je transpercerai de ma flèche les douze yeux des lances
Pour toi, pour moi, pour notre amour insatisfait
Je ne veux qu'ouvrir mes lèvres entre tes seins
Baiser tes iris émeraude, m'évanouir éternellement avec toi
Femme, ma joie, pardonne-moi !

Rosa Miró, traduit du valencien
par Michel Bourret Guasteví

Quantes vegades he somiat la torxa del far
Que assenyala al lluny el meu poble, Ítaca
Quantes nits he somiat els peus caminant aquest retorn
A la terra dels meus fills
A la terra dels teus ulls, verds com les praderes de posidònia
Quantes voltes he imaginat els teus llavis, els teus pits, el teu ventre
Vint anys i a cada instant el teu nom, Penèlope
Afirme, he viscut passions, presons, luxúries i encanteris
Afirme, he cobert dones i desitjos: Nausica, Circe, Calipso
Mes tu, sempre tu amb mi, muller
Tu, entre deliris, batalles, sirenes i monstres
Tu, entre lotòfags, lestrígons i ciclops
Tu habitaves en mi quan he baixat als inferns
Quan m’he lligat al pal de la nau
Avui, davant teu revestit de mendicant
Pretesa heroïna de la pàtria del meu pare
Per tu, fidel i astuta teixidora
Cenyiré l’arc i els dotze ulls de les llances traspassaré amb la fletxa
Per tu, per mi, pel nostre amor no gaudit
Només vull obrir els llavis entre les teues sines
Besar els teus iris maragda, esvanir-me eternament amb tu
Muller, la meua joia, perdona’m!

L'amoureux de l'amour

Je suis des audacieux,
audacieux de l'amour,
rétifs à tous ces saints
qui fêtent la routine.

Un sourire, une voix,
une course rapide.
Un autobus manqué
qui allait vers l'ennui.

Mon audace est infime
et je suis bien peureux
devant les jours qui s'ouvrent
sans que j'en sache rien.

Alors j'aime l'amour
et je lui rends hommage
en ce mois rallongé
par l'année bissextile.

Point de Saint Pâle entrain
pour le fêter céans.
Le vingt-neuf février
aura ma préférence.

mardi 13 février 2024

Martes y trece

Fue un dia cualquiera,
un día excepcional.
Almuerzo familiar
y juegos con los niños.

Nada sé de la suerte
que se compra en estancos.
La mía es muy sencilla:
vivo cada segundo

y confío en la belleza,
la gracia cotidiana,
el cariño contigo
y la frontera amiga.

FidéliToi / Fidel a tu

Ce ne fut qu'un temps de réflexion
Une simple pause
Un abandon consenti
Bref

Tu m'as attendue aimant
Dans mes doigts caressants et mes paroles de velours
Les rythmes de chanson, les strophes oubliées
Tu confiais. Tu tires des années la certitude
De la fidélité, du désir et de l'amour que je te déclare.

Tu connais ce que je garde dans des pipettes et des flacons
Bien à l'abri de mon âme-alambic
Musette de vers en conserve
Garde-manger de ce que la voix, la plume et le cœur
Comme un tout holistique recommencera à écrire

Et maintenant, entre des plaintes fébriles, tu ne cesses de répéter :

—elle ne m'avait pas quitté
—elle ne m'avait pas abandonné
—elle recommencera à écrire des vers

Ce ne fut qu'un temps de réflexion
Une simple pause
Un abandon consenti
Bref pour elle et pour moi...
Pour moi ce fut une éternité

Rosa Miró
, traduit du valencien 
par M. Bourret Guasteví

Tan sols ha estat un temps de reflexió
Només una pausa
Un abandó consentit
Breu
Has esperat amatent
Dels meus dits carícies i paraules vellutades
Ritmes de cançons, estrofes oblidades
Confiaves. Saps amb la certesa dels anys
De la fidelitat, del desig i de l’amor que et declare

Coneixes allò que guarde a dins de pipetes i de flascons
Ben endins de l’ànima-alambí
Carner de versos en conserva
Rebost d’allò que la veu, la ploma i el cor
Com un tot holístic tornarà a escriure

I ara, entre planys febrosos no cesses de repetir:

—ella no m’havia deixat
—ella no m’havia abandonat
—ella tornarà a escriure versos

Tan sols ha estat un temps de reflexió
Només una pausa
Un allunyament consentit
Per a ella breu i per a mi...
Per a mi ha estat etern

Ametller, de la branca al mot

Un amor d'ametller,
un amor de flor blanques.
Branques de roure vell
i pètals d'infinit.

Fugacitat del temps
en la branca tallada
per la mà d'un poeta
que mira cap al sud.

La flor es marcirà
i cremaran la branca,
mes sempre brillarà
la paraula ametller.




Un petardet pels carrers

Ha vingut a la costa
des de terres llunyanes,
bressol del món humà.

Ha vingut sense res
a regalar-nos tot.

Li diuen el Pillet
perquè ho pilla tot,
de la pau i tenebres.

Ha vingut sense res
a regalar-nos tot.

És un petard de luxe,
un nen de sis anyets
amb inquietuds immenses.

Ha vingut sense res
a regalar-nos tot.

Sang de llevant

Sang de llevant, tan pura
i, suaument, lluminosa.
Ens vens de Palestina
on la llum és de cendres

i els núvols de sudari.
Cel de llevant, pro nobis
ora
, i torna al món vell
on t'esperen infants.

Ja no volen sang bruta
ni nafres com a firmes.
Senzillament desitgen
el nostre cel de sang.














© Joan Verger de la Caixa B

Jazz

De vellut el tenor.
Fusta vella del baix.
Compàs de bateria.
Ja toca el gran Ben.



Tes pas

J'aime entendre tes pas,
sonores dans les rues.
Rapides, décidés,
frappant le goudron dur.

Des pas de magicienne
qui appellent la pluie,
comme font les indiennes,
en regardant le ciel.

Tes pas closent mes yeux
et déjà je m'envole,
dans la nuit qui s'étire.
Pour mieux les écouter.

lundi 12 février 2024

Pavane andorrane

Années soixante-dix,
nous allions en Andorre.
La descente en roue libre
et le tabac pour rien.

D'entre les alcools forts,
mon père choisissait
des albums inconnus
dont il faisait son miel.

Deodato bien sûr,
l'arrangeur brésilien,
jouant des continents,
comme on monte à la corde.

Les années ont passé,
mon père a disparu.
Ses pipes odorantes
et son désir d'ailleurs.

Mais j'ai gardé en moi
la nostalgie d'alors.
L'œil et la loupe ronde
d'Eumir Deodato.

Quand la voix se fait jour

Esclaves du papier,
les mots prennent vigueur,
quand la main qui les porte,
les confie à la voix.

Alors survient l'accent,
qui joue avec le timbre,
donnant à chaque son
un univers de sens.

Et la feuille se ferme,
aux yeux de l'auditeur.
Il n'est plus de lecteur
quand la voix se fait jour.

Dolçor de febrer

A en Ramon

Un bon amic fa anys.
És un home de bé,
amant de passejades
i de plaers senzills.

És un pare paràs,
un model sense dir-ho.
Camina entre fronteres
atent al so del vent.

I quan torna de França,
és per portar als nostres
l'accent de l'Occitània.

La fuite / La fugida

Je t'abandonnerai la nuit
Mon sombre mutisme me servira de guide
Saisie par le battement de la peur
Je guetterai la nouvelle lune et
Je fuirai

Pendant que tu ronfles tes alcools
Et que ton haleine amère
Empuantit la taie d'oreiller
Habillée en noir
Me fondant dans la nuit
Je fuirai

J'ai
Tout
Préparé

Je me maquillerai les yeux en noir
Les lèvres en noir
Le visage en noir
Je déferai la corde qui étouffe mon cœur
Je brûlerai le suaire que tu as caché
Sous la dalle de ton effroyable domination
Et, parmi les ombres et en toute hâte,
Avant que le coq ne s'éveille,
Je fuirai

Rosa Miró, traduit du valencien
par M. Bourret Guasteví


T’abandonaré de nit
La fosca mudesa em farà de guia
Copsada pel batec de la por
Guaitaré la lluna nova i
Fugiré

Mentre ronques etanols
I el teu amarg alè
Embrute la coixinera
Vestida de negre
Confosa en la nit
Fugiré

Ho tinc
Tot
Disposat

Em pintaré els ulls de negre
Els llavis de negre
La cara de negre
Deslligaré la maroma que m’ofega el cor
Cremaré el sudari que tens amagat
Davall la llosa del teu espantós domini
I, entre ombres i de pressa,
Abans que el gall no espavile,
Fugiré

dimanche 11 février 2024

Una vuelta al pasado

Una vuelta al pasado
de la mano de Eduardo.
Un viaje con permiso
por la vieja ciudad.

Con nombres conocidos,
triunfaban las calles,
verdaderos actores
de la nueva novela.

Sardónica escritura,
en medio del bullicio,
de pluma misteriosa
y mirada de lince.