mardi 23 juin 2026

Sous la photo, la plage

Les pleins, les déliés

et la main de Maia

retrouvant une langue.

Sous la photo la plage.


Dansent les majuscules,

coquillages pointus,

parmi les minuscules.

Sous la photo la plage.


La belle signature

qui ignore le mètre

pour embrasser le cœur.

Sous la photo la plage.









© Maia Flore

Cédrats

J’ai aimé les cédrats
jusqu’à la démesure.
L’épaisseur de leur peau,
l’acide de leur pulpe.

Je les ai conservés
dans des compotiers jaunes, 
dans l’espoir insensé
de les manger matin.

Je me suis résigné
en découpant leur zeste
en fines bandelettes
que j’enrobais de sucre.

Leur pulpe était dès lors
la Mer Morte en petit,
de sucre et non de sel,
attendant la cuisson.

Puis tu en as fait, pour moi,
de lourdes marmelades
afin de consoler
l’obsédé des cédrats.

Parle-moi...

Parle-moi de ces ombres

qui ont peuplé ta vie

ou qui la peuplent encore

quand la nuit te ravit.


Confie-moi leur sourire

et le grain de leur voix,

les chansons écoutées

et les peintures vues.


Parle-moi de la vie

que les ombres portaient

et qui ont fait un peu

de celle que tu es.

Si cantes ma cançó...

Yo no digo mi canción

sino a quien conmigo va.

    Romance del Conde Arnaldos



Demana’m una cosa

que no et pugui donar…

Dona’m d’aquesta lluna

la llum crepuscular.


Jo te la puc cantar

amb el seu brill de plata

mes no la puc tenir

ni te la puc donar.


Et demano l’alè

dels besos impossibles,

quan voreges el mar

pensant en el passat.


Te’l donaré d’un bes

si deixes la rutina

dels deures de la vida

i cantes ma cançó…

Rudérale

J’aime quand la nature,

un brin abandonnée,

perce le pavement

pour regagner sa place.


Et en lieu du coussin

qui attend les convives,

se dresse impunément

une tige vert clair.


J’aime voir la nature

réinventer les champs

et menacer ma place

pour regagner sa vie.




lundi 22 juin 2026

Un bouquet de fleurs jaunes

Que cette terre est belle.
                Maryse Bourret

Un bouquet de fleurs jaunes,
ce ces fleurs qu’elle aimait.
De sages immortelles
dans leur robe séchée.

Elles l’ont veillée dix mois
depuis la nuit d’été
où maman a quitté
ce monde qu’elle aimait.

Et voilà qu’elles repartent
à l’heure de fermer
le jaune appartement
où elle nous attendait.

Elles reviennent là-haut
pour perpétuer longtemps
les noces de maman
avec ceux  qu’elle aimait.

Le beau calendrier

Un beau calendrier,

sans chiffres ni journées.

Un tapis de nature

pour rythmer notre vie.


Un parterre de fleurs,

sauvages ou bien sages.

En bosquets ou bouquets

pour apprendre à rêver.


Avec des rudérales,

se frayant un passage

dans l’austère béton

ou sur l’asphalte tendre.


Nos vies sont des chemins

où poussent mille fleurs.

Des baisers échangés

au départ de ce monde.

Couseuse d’intérieurs

    À C. B-G


Son fil est un poinçon,
son aiguille des rêves.
Elle coud des terres brutes
pour en faire des œuvres.

Des œuvres pour séduire
les intérieurs discrets,
avides de couleurs
quand la lumière baisse.

Elle nous fait des cerises
échappées du panier
pour emplir le regard
des gourmands d’absolu. 

Et si l'immensité...

À M. F.

Et si l’immensité
tenait dans un regard ?
Le regard d’un passant
voyant une photo

et s’évadant soudain
vers des contrées si proches
qu’elles lui semblent lointaine
par leur unicité.

Ainsi est la photo
qui cueille du réel
une once de verdeur
pour en faire autre chose.

Un objet qu’on ne tient,
un objet qu’on embrasse,
le regard grand ouvert
sur ton imaginaire.

dimanche 21 juin 2026

Flamme d’argent

Une flamme argentique,
une flamme d’argent,
pour célébrer du jour
les noces avec la nuit.

Une flamme d’argent
comme un or refroidi
par la fraîcheur de l’aube
attendant ses grenats.

Ses grenats catalans
mariés avec cet or
qui donne à la Senyera
sa force et sa noblesse. 

Mans rellotges

    A la Rosa i a l’Armand


Els dits són les deu busques

d’un rellotge de mans.

D’un rellotge d’amor

que roda per la vida.


Han après a comptar

les busques de les mans.

I vet aquí que ensenyen

els gestos quotidians.


Els dits són les deus busques

que busquen sens trobar

el sentit de la vida

que encarnen sens cessar.

Course intemporelle

    À M.G et à sa famille


Aux natifs de l’été

et de son premier jour,

quelques mots de lumière

qui naissent de la nuit.


Je pense à vos parents

célébrant le solstice

par un regard nouveau

posé sur le berceau.


Aux natifs de l’été,

l’hommage de nous tous

qui dessinons de l’an

la course intemporelle.












Photo : Joan Verger (de Minorque)

Papallona d'estiu, senyora de Palau

Papallona d’estiu,
senyora de les flors.
Són les teves aletes
dels pétals el mirall.

Ja pot venir l’hivern,
ens guardarem al cor
els colors de les ales
que liben la calor.

Papallona d’estiu,
senyora de Palau,
invita els habitants
a collir les floretes.
















foto:  Nelly Beaujouen

Els amants del museu

No hi havia a Vàlencia 
dos amants com nosaltres, 
car d'amants com nosaltres 
en són parits ben pocs.
                 Vicent Andrés Estellés

Els amants del museu,
els amants de la vida.
La balconada fina
que s’obre a l’horitzó.

Ja no miren els quadres
Els quadres són onades
de pau i serenor
que els observen amb ganes.

Els amants del museu
han quedat estampats
a la dolça memòria
d’un amant de l’amor.















foto: llucia Palliser

Dia del pare. Dia d'estiu

El dia del pare
és un dia d’estiu.
El primer d’entre tots,
de llum i de bonança.

És un dia traçat
per la mà de ma filla.
Amb lletra blau marí
i amor de cor pur.

Canten els ocellets
com un cor de bondat,
la coral del Senyor
que em regala ma filla. 



samedi 20 juin 2026

Et le grain m'a parlé

Et le grain m’a parlé
de la légèreté
de ces êtres oiseaux
pareils aux vagues d’air.

La photo est immense
qui joue avec le blanc.
Et je me fais tréma
pour loucher, rien qu’un peu,

et chercher dans son grain
le mica et le quartz
des plages dénudées
de mon île adorée.

Mais le tréma me quitte
et j'embrasse des yeux
le corps évaporé
qui, lentement, s’envole.












© Maia Flore (fragment)

L'absolu de l'instant

Il y a la main qui trace
en tenant le poinçon
pour créer d’autres lettres
que celles que j’écris.

Il y a la main qui pousse
la machine imposante
et qui huile les pièces
qui se forment d’un coup.

Et ces mains sont les mêmes
qui étirent le temps
pour donner à l’objet
l’absolu de l’instant. 

Una lletra de fang (dona entre dos homes)

Una lletra de fang.
De fang, d’aigua i d’esmalt.
Una ploma d’acer
com un clau infinit.

El seu pare es fa mestre
de cal·ligrames vius.
De cireres, de cors
i d’ocells de la mar.

I quan passen els anys
sa filla es fa la mestra
del seu fill enfeinat
al taller familiar.

El fuster dels cinc duros

Amb vint-i-cinc pessetes

per única fortuna,

es presentà a la vila

després de ser soldat.


Era un jove eixerit

que encara no sabia

que passaria més

de cent anys entre noltros.


Finestres i persianes

de tota la Ribera

esperaven el gest

del fuster dels cinc duros.