mercredi 26 août 2026

La rosa i la frontera

    Al Ricard Ripoll

La rosa i la frontera
de pedra i formigó.
El tacte de la flor,
les ferides del dit.

Mes no té cap espina,
la nafra és del ciment
que uneix la frontera
i protegeix la flor.

M’han dit que escrius sovint
pensant en la floreta
amb tinta de sa sang
i ploma de sa tija















© Ricard Ripoll

Qui des deux ?..

Qui des deux est plus doux
le jeté de lit rose,
léger et velouté,

ou le pelage tendre
du félin qui s’endort
en se moquant de nous ?

Je pari pour les deux
et fais du noir et rose
tout tacheté de blanc...

...ton drapeau du bien-être.




Promesse

J’attendrai les oiseaux

au bord de la falaise.

Ces oiseaux messagers

qu’un jour tu m’envoyas.


Des colombes très pâles,

non des pigeons ramiers.

Oiseaux désorientés

que le hasard conduit.


Et pourtant j’attendrai.

Au bord de la falaise.

Ces oiseaux sans pitié

qu’un jour tu délaissas.

Besoin

J’ai besoin de t’écrire

ces mots que j’ignorais.

Tout ces mots que j’apprends

en feuilletant des livres.


Les mots les plus étranges

sont les mots quotidiens.

Je cueille l’épuisette

au détour d’un rayon.


Et, de fil en aiguille,

je remplis ma besace.

Pour toi je veux l’humide

qui glisse entre les doigts.


L’écrevisse dodue,

cachée entre les pierres

et le loukoum visqueux

tout au fond de la boîte.


J’ai besoin de t’écrire

et pour toi je sautille,

prenant garde au tombeau

où finiront mes mots.

Ulls tancats

    Uns ulls etílics avesats al perill.
                                Ricard Ripoll

Guardi tancats els ulls.
No els obriré pas.
Massa soroll afora.

Me toqui les parpelles.
Ja no són de vellut
ni som de poble fi.

Som deixat els amics
al cafè del vilatge
i no recordi res.

Guardi tancats els ulls.
I t’escriuré demà.
...Al dematí segur.

Libres cheveux

Des cheveux dans la main.

Libres cheveux d’été,

glissant entre les doigts

sans crainte de la coupe.


Et pourtant elle viendra,

sans jamais les restreindre,

endiguant leur parcours,

par touches délicates.


Écriture duelle :

les ciseaux d’un côté

et les cheveux de l’autre,

…pour retarder l’automne.

mardi 25 août 2026

A la terra

La barca és a la terra.

No s’ha volgut quedar

a l’aigua que s’adorm

o a la sorra molla.


Té ganes de fer gresca

amb tots els habitants.

Els pescadors d’anxoves

amb llurs dones de gala.


Per presumir encara

ha ensenyat la proa

amb una barretina

i xifra d’infinit.

















© Toni Veres

Le sang de la vigne

C’est le sang de la vigne
qui coule dans ta coupe.
Un sang épais et sombre
issu de tant de mains.

Les mains des vignerons
et les mains des cavistes
et voici que pour eux
tu t’apprêtes à trinquer.

Tu bois à leur santé
et aussi à la tienne.
À la santé des tiens,
à la santé des nôtres.












© Toni Veres

Restauració

Has restaurat la llum,
la llum i l’elegància
d’unes hores passades
fa anys i potser segles.

Uns segles de segons,
de minuts compartits,
vivint dins d’una casa
a la vora del mar.

Has restaurat la fe,
le fe en la pintura,
als ulls de qui medita
vora la teva llum. 












© Toni Veres / Xavi Rodés

Les pompeux cornichons

    In memoriam Noël Godin


Les pompeux cornichons,

les imbus de leurs pompes,

pensaient coasser gaiement

devant leurs affidés.


Mais c’était sans compter

la saillie pernicieuse

d’un humoriste belge

friand de performances


et sa crème fouettée

prestement projetée

sur l’ahuri heureux

imbu de sa personne.


Un nouveau philosophe,

vieillissant lentement,

en fit tout un fromage,

la mine dépitée.











Partage

J’ai partagé un temps,
une longue seconde,
le geste d’une femme
rentrant en elle même

et se coupant du monde
pour prier à sa guise,
en son for intérieur…
…en toute liberté.

De l’or à ses oreilles,
des boucles à ses cheveux
et l’élégance tendre
d’une main recueillie. 












© Denis Planes

Envol

C’est un envol de l’ombre.

De l’ombre à la lumière

d’un matin incertain.


Le papillon délaisse

la frondaison certaine

pour l’éther inconnu.


Il ne peut plus attendre

et déjà il s’envole

pour la lueur si proche.


Ses ailes transparentes

y perdront leur couleur

pour se fondre dans l’air.
















© Marion Zibelli

Lecture

J’ai lu sur un visage
les questions d’une vie.

Dans un regard courbé
sur le sol du foirail.

La veste est de coutil,
le cheveu est de chaume.

La peau est burinée
par les travaux des champs.

Si la bouche est fermée
c’est que les mots s’y gardent.

Des mots qui se retiennent
par crainte de l’oubli.

Ou bien par l’habitude
de compter lentement

avant de décider
la vente d’un bovin

ou l’achat d’un engin
dont le besoin s’impose. 














© Denis Planes

Repli

La bouche s’est tordue

en un quart de seconde

et les yeux sont ailleurs,

à la beauté intacte.


Si la photographie

est un art de l’instant,

ici elle nous suspend

au repli du modèle.


Si cette femme est belle,

et merveilleusement,

la torsion de sa bouche

l’embellit un peu plus.


Au-delà de la pose,

du portrait attendu,

j’y sens une conscience

qui échappe à l’ennui


et au détachement

pour fouiller en son sein

et y trouver, peut-être,

la clé de son repli.














© Denis Planes