samedi 2 mai 2026

Une boule d'ivoire

Sur un coin de tissu

et non un tapis vert,

la boule se repose

des parties du passé.


On dirait un beau jaune,

sorti de sa coquille

pour donner à la pâte

un peu d’onctuosité.


Et voilà qu’elle reprend

sans crier gare ou presque

l’humble tâche d’aider

à repriser les mailles.


Les mailles des chaussettes

ou bien leur fil d’Écosse,

comme faisait Maman,

il y a longtemps déjà.


Je songe à l’éléphant

qui, bien avant la guerre,

nous offrit sa défense

pour façonner la sphère.


La sphère jaune d’or

qui du Sud jusqu’au Nord

a uni chaque fil

de notre beau foyer.
















photo : Alain Bourret

vendredi 1 mai 2026

À un ami dans la tristesse

À un marquis qui se reconnaîtra...


Mais qui est cet ami

qui est dans la tristesse ?

C’est l’ami de chacun,

c’est l’ami de personne.


Ou plutôt des personnes

comme toi ou bien moi.

Il connaît la tristesse

qui nous enserre tous


et qui nous fait trembler

dans le vent de novembre.

Mais voici le printemps

et ses vents bienveillants.


La brise délicate

soufflant dans les pêchers

et donnant à chacun

une envie de baisers.

Dolça melangia

Al peu de cada arbust

el record de persones

que venien aquí

a resar per nosaltres.


Les tietes tan bones

amb alguna veïna.

I l’amena xerrada

preparant el capvespre.


Oh dolça melangia

de qui ve a l’ermita

a resar per aquelles

sense qui no seria.




jeudi 30 avril 2026

Sur la roue de la vie

Sur la roue de la vie,
tu as jeté des fleurs.
Des fleurs de ton jardin
comme un bel alphabet.

Et voici que surgissent
des lettres capitales.
Sept lettres majuscules
pour décrire le temps.

Le temps de tes voyages,
au-delà de nos mers,
et de ton imagination
qui en tire le suc. 
















photo : Ingrid Obiol

Au bout de chaque doigt

Mes doigts jetèrent des baisers.

                Guillaume Apollinaire


Je regarde mes mains

et je regarde l’onde

qui coule sous mes pas

le long de ce ruisseau.


Et je pense à ma mie

là-bas dans le village

qui coud des étendards

avec de vieilles dames.


Si j’ouvre mes deux mains

comme un drapeau de roses,

je sens sa douce aiguille

en coudre les couleurs.


Mais si je clos mes yeux,

s’envolent mes pensées.

Au bout de chaque doigt

se détache un baiser.

A la vora del llac

A la vora del llac,
comença la sequera,
com si la fullaraca
s’hagués begut l’estany.

Sobre el tronc de cada arbre
hi pugen cent arrugues
com unes serps resseques
dormint la migdiadeta.

A la vora del llac,
l’estiu ha començat
deixant a l’aigua verda
la vella primavera.














foto: Caroline Signy

mercredi 29 avril 2026

En lisant les liserons

Quel étrange alphabet

qui jonche nos prairies

d’hexagones petits

déclinant le violet.


Les lettres sont égales

qui composent des vers

qu’un poète étourdi

a perdus par erreur.


Et voici qu’aujourd’hui

y promenant ses pas

une passante amène

en a lu le poème.












photo : Caroline Signy

mardi 28 avril 2026

Au fil de l'eau

Quelle est cette corolle
qui s’écarte des autres
pour se mirer dans l’onde ?

Un amoureux transi
dont la peau transparente
frissonne sous le vent ?

Ou la plume fugace
d’un poète des berges
cherchant l’inspiration ? 













photo : Caroline Signy

Blancheur rosée

D’entre les feuilles vertes,

moroses et ombreuses,

des boutons se font jour

à la blancheur rosée.


Ce sont de doux pétales

qui craignent le soleil

et parfument le monde

d’odeurs insoupçonnées.


Que grâces soient rendues

aux amants de ces fleurs

et à qui les cultive

sans ménager ses heures.














photo : Caroline Signy

lundi 27 avril 2026

El mestre de vacances

No és pas mestre d’escola,

és mestre de vacances.

Només té dues nenes 

d’alumnes al matí.


Amb tota llibertat

dibuixen i fan trucs,

en una taula bona

de fusta envernissada.


Es prenen sucs de fruites

amb maduixes fresquetes,

tot esperant llur mare

sense parar de riure.

dimanche 26 avril 2026

Un arrosset de faves

Un arrosset de faves,
paella de Palau,
casament impossible
dels pèsols i les faves.

I vet aquí que opera
l’impensable alquimia
mitjançant embotits
al servei de l’arròs.

Una cocció molt lenta
i l’amor del Philippe,
camí de conquerir
el títol de campió.

No pas de la paella
ni de l’arròs de faves
mes d’un bon estofat
de faves de Palau.



Tailleurs de pain

Ils ont taillé le pain
le pain de notre terre
aux couleurs Sang et Or,
dans notre bon café.

Des tranches odorantes
pour complaire à chacun
et pour saucer un brin
les plats qui s’annonçaient.

Des travailleurs de l’ombre,
sensibles et dévoués
sans qui nous ne serions
que de pieux affamés.



El nostre president

El nostre president

fou un gran jugador.

Acaba de donar

un guardó molt preuat.


El titol de campió

del món de l’estofat

de faves de Palau…

De Palau de la Fava.


Li donarem les gràcies

com a bon president,

després d’una afartada

que nos ha encantat.














foto: Caroline Signy

Bona vida

Al Philippe Roig,

primus inter pares


Li demanava un mot

al final del dinar.

Me’n va regalar dos

amb generositat.


Bona vida, va dir,

posant al capdavant

l’adjectiu de bondat

com un agraïment.


Una lliçó de vida

que li serveix de guia.

Descartar la maldat

i guardar tot lo bo.












foto: Marie-Josée Robles