samedi 25 avril 2026

Halo

  À des reflets d'argent
La mer
Des reflets changeants.
Charles Trenet

Je cherche le halo
qui sait tirer des toiles
une lumière juste.

La pureté du ciel
qui fixe le clocher
et donne à l’habitat
l’air d’une ribambelle.

Et, sous l’alignement,
la mer et ses paillettes.
Le cliquetis des vagues
allégeant le tableau.

J’ai trouvé la lumière
qui est née de la toile
en lente transparence.



© David Newcomb

Autoportrait

Étrange autoportrait

qui me parle tout bas

et arrête ma course

sur l’antique coursive.


J’y vois comme un Van Gogh

délaissant la Provence

pour le sel et l’anchois

de la Côte Vermeille.


L’infinie lassitude

d’un voyeur d’absolu

dessinant des virgules

au bout de son pinceau.


Et j’aime l’étendard

qui drape sa personne

d’un bleu atemporel

entre le ciel et l’eau.

















© David Newcomb

Jeu de bleus

Que j’aime le jeu tendre

des bleus de cette toile.

L’infini de l’azur,

l’épaisseur du crépi.


J’imagine le peintre,

la lenteur de ses gestes.

Ses interrogations

devant un paysage.


Le temple protestant

de la ville où il vit,

comme le point central

qui ménage les marges.


Comment une impression,

saisie dans l’air du jour,

peut-elle être à la source

de tant d’intemporel ?


Je reviens à la toile,

je pense à mon village

qui l’accueille au printemps

pour deux à trois semaines.














© David Newcomb

mercredi 22 avril 2026

Moviment perpetu

Han recreat la lluna
en la blancor del sostre.
Trencant la gravetat
pel cercle d’una roda.

Una roda de bici
sense goma ni frens.
El moviment perpetu
de les hores de goig.

No veurem la bombeta
que afaiçona les ombres.
Un llum provisional
de vidre i de calor. 



mardi 21 avril 2026

Franchir la distance

Sous la blancheur du masque,

tapie dans l’embrasure,

je sens naître la forme

qui s’appuie au balcon.


Les fréquences sont basses

qui tissent des visages

et ces visages parlent

du fond de leurs yeux creux.


La noirceur ne dérange

que l’étranger à l’art.

Qui aime se surprendre

franchira la distance...










photo : Christian Erre

Com neix un somriure

La costura és de fil,

la ferida és del cor.

Quanta bellesa neix

de tanta dissemblança.


La foscor aparent

és font d’interrogants.

La verticalitat

es fa horitzontal.


Ben prest neix el somriure

entre llavis de pell.

El somriure d’un cor

que surt de la negror.









© Marta Blàzquez

Le rugby des vacances

Les parents, les enfants,
le rugby des vacances.
Les âges se mélangent
mais le cœur est un seul.

Un samedi matin,
sous le soleil d’avril,
on jouera à toucher,
viens jouer avec nous.

Si tu es un enfant,
amène tes parents.
Et si tu es parent,
chausse donc tes crampons.



lundi 20 avril 2026

Sous les cimaises, les pages

Le livre est sur les murs
qui attend la reliure
et le séjour ombreux
derrière les tentures.

C’est un livre tout neuf
qui a quitté les presses
pour éprouver le souffle
des visiteurs du soir.

Bientôt viendra le temps
d’un autre vernissage,
son inauguration
sous les doigts des amants.



La cuina del pintor

La cuina del pintor
és cuina de colors.
Les taques de passió
amaren el paper.

Un alfabet senzill,
senzill i essencial
que m’ensenya a tastar
el gust de cada cosa.

Quan tanquin les comportes
de les meves rescloses,
voldria retrobar
la cuina del pintor.




















© Roger Cosme Estève

Fruïció

Han deixat la cocció

les cassoles de coure,

la lentitud del temps

amb el gust del guisat.


I s’han pres les vacances

amb plantes i colors,

com per anar gaudint

les presses del desig.


M’han ensenyat a viure,

a dalt del banc de pedra

la fruïció dels dies,

sense por de demà.












foto: Marta Blàzquez

L'or del cor

El coure és l’or del cor
que sap treure valor
de la mà que l’estima.

Silenci del mur blanc
de calç immemorial
I d’espera callada.

Els meus ulls ja s’amaren
en l’amor delicat
de qui sap estimar.











© Marta Blàzquez

Festejant al migdia

Me som enamorat

del cel blau de Sant Jaume

des del meu Rosselló

on visc la primavera.


Les muntanyes de sal

vorejant els camins

en un petit país

que no coneix fronteres.


Aviat nos anirem

a compartir paraules

i records dels vells temps

que nos uneixen tots.
















© Sal del Delta

Verre aimé

Mais que j’aime le verre 

des fenêtres fermées.

On le croit insensible

aux bruits de la cité.


Aux gens qui s’y promènent

et aux arbres qui offrent

de l’ombre à qui veut bien

s’arrêter un instant.


Mais que j’aime le verre

et ses couleurs qui changent,

du matin qui s’éveille

jusqu’au soleil couchant.




L'absolu de l'instant

Il est d’autres frontières

que les monts du lointain…

Des fleurs dans un beau vase

en sont l’exemple même.


Un buisson de couleurs

pour faire du réel

l’odorant marchepied

vers le rêve qui vole.


Le désir sans limite

de la beauté pérenne

dans la tiédeur du bois

ou la fraîcheur de l’eau.


Si les fleurs sont fugaces,

elles n’en sont que plus belles,

en fixant longuement

l’absolu de l’instant.
















photo : Séverine Kremer-Colmeneiro