samedi 25 juillet 2026

Carpe diem

Le temps s'en va, le temps s'en va, ma Dame,
Las ! le temps, non, mais nous nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame.
                                                                Ronsard

Cueille le jour, ma mie,
du matin jusqu'au soir,
et réserve à la nuit
tes réflexions sérieuses.

Enfourche ta monture
et va par les marchés
cueillir de notre terre
les fruits énamourés.

Regarde dans la glace
tes yeux qui y sourient
et oublie de ta peau
les rides qui s'y gravent.

De toi elles sont l'histoire
et je les aime ainsi.
J'y lis chacun des pas
qui t'ont conduite à moi.

Que belle est ta démarche
dans les rues de la ville.
Si tu t'y perds un jour,
attends-moi donc la nuit.





Sabbat du bouillon

Y levantando a los techos de los edificios, 
por arte diabólica, lo hojaldrado,
se descubrió la carne del pastelón de Madrid.
         Luis Vélez de Guevara, El diablo cojuelo


Laisse-moi regarder
un peu dans ta marmite
le fumet qui s'y cuit
à lents et gros bouillons.

On dit que tu y a mis
une vieille carcasse
d'une poule argentine
ou bien d'un gros poulet.

Puis que tu as dansé
dans ton petit jardin,
cueillant, de ci, de là,
légumes et herbettes.

Du sel noir de l'Islande
et du poivre de Corse
les ont rejoints soudain
avec de l'eau du puits.

C'est comme une forêt,
un bosquet de sorcière,
dont tu retireras
un nectar délicieux.

Il sera temps dès lors
de bien le réserver
pour y plonger des pâtes
de bonne dimension.

Des coudes de blé dur
et voilà le dîner
sur quoi tu danseras
avant de te coucher.




Sans qui tu ne serais

    La mer n’existe pas 

    Parfois nous la rêvons.

                Patrice Guirao


La mer est toute proche,

du côté du levant.

Elle garde de la nuit,

la fraîcheur de l’obscur.


Elle t’attendra longtemps

mais tu n’y iras pas.

Pas ce matin, du moins,

à l’horaire habituel.


Pourtant elle vit en toi

et tes épaules en parlent

sous la toile légère

de fleurs et de coton.


J’aime la mer absente

que chantait Art Mengo.

Cette étendue salée

sans qui tu ne serais.




vendredi 24 juillet 2026

Quelque chose à vivre

Caminante no hay camino,

se hace camino al andar.

            Antonio Machado



Que le présent est beau

et que la terre est belle,

tant qu’il reste à chacun

un quelque chose à vivre.


Une bouffée d’amour,

un sourire d’enfant,

la longue traversée

d’un passage clouté.


Nos pas ne sont rien d’autre

que la lente recherche 

de quelque chose à vivre

avant la nuit des mots.


Gondole

Le papier se gondole

sur la toile verdâtre.

Il en fuit le sérieux

jusqu’à perdre ses eaux.


C’est la fête à Collioure

et l’aquarelle danse,

la mer prend les couleurs

du drapeau catalan.


Le ciel est pointilliste

sous l’éclat des pétards.

Le quatorze juillet

s’invente des flonflons.















© Patrick Bieuvelet

Transfiguration

Merveille des couleurs

qui disjoignent le monde.

Bâtiments et clocher

nous montrent leurs figures.


Que l’aquarelle est belle

qui mêle les couleurs

et rappelle l’Ensor

des carnavals flamands.


Revenez au village

et regardez la baie

en pensant simplement

qu’elle fut transfigurée.






















© Patrick Bieuvelet

Voix

     À T. B.


Il est la voix qui manque,
la parole des justes,
qui court de main en main
et que le monde ignore.

Le monde des puissants,
accapareurs aigris,
qui négligent sa voix
en étouffant nos frères.

Cet homme est mon cousin.
C’est un homme quelconque,
la noblesse blessée
contre la bête immonde. 

Changer le monde

    Le monde est tout ce qui arrive.
 Wittgenstein


Tu changeras le monde,
tu le changes déjà.
Et tu rends leurs couleurs
aux enfants sans le sou.

Aux enfants sans espoir
que les bombes assaillent
et qui cherchent le vert
sous le rouge des chairs.

Tu es pétillement
de sons et de syllabes.
Funambule précieuse
entre les langues sœurs.

Ocellet lila

Ocell color de lila,
ocellet, ocellet,
has entrat en ma vida
i m’has omplert el cor

amb uns cants melodiosos
del mati a la nit,
per complaure als meus dies,
del matí a la nit.

Ocell color de vida,
ocellet, ocellet,
m’has regalat el lila
amb què t’escric avui.




jeudi 23 juillet 2026

Grande joie

C’est une grande joie
de voir tous mes amis
réunis en un soir
pour célébrer l’envie.

L’envie qui les anime
de porter les couleurs
des Nin’s de Palau XIII
plus fort et bien plus haut.

Au centre du village,
ils sont tous rassemblés,
autour du bon Fafa
et de notre Mairie.

J'ai vu souffler l'esprit
dans cette noble salle
avec une pensée
pour notre stade Vaills.




Voldria

Voldria un bon cafè,

un bon cafè de bar,

d’aquests que deixen rastre

dins de la tassa blanca.


Un bon cafè de màquina

i no pas un de sobre.

Una tassa amb història

per compartir amb tu.


No pas ara mateix

mes en una altra vida

que els cafès són els vincles

entre els seus molts amants.





Théâtre en petit

Un théâtre en petit.

Un jardin, une cour,

une courette à l’ombre,

un matin de juillet.


Un chat vient à passer.

Diagonale du fou.

Les ombres évoluent

et le noir s’illumine.


Ainsi est le théâtre :

un cadre et un acteur.

Les mots viennent après,

les mots de la passion.


Il suffit d’une cour

ou d’un chapiteau triste

qui s’ancre dans la terre

juste après le lever.

Bassal

Un bassal d’aigua verda

al mig del teu jardí.

Un mirall de Narcís

sense cap presumpció.


Formigueig de mil vides

dessota el teu esguard.

Uns insectes petits

que somnien com tu.


Uns minúsculs acròbates

pugnant pel seu futur,

terrible i atzarós.

com en velles naumàquies.

Bosquet

Un bosquet d’hortensias,

au cœur de la Bretagne.

Les pétales déclinent

les couleurs de leur ombre.


Le vert des prés non loin

et le bleu de la mer

ou du ciel dégagé

qui domine Crozon.


Je revis mes séjours

dans ce noble bosquet

et je songe à ces fleurs

qui bleuissent tout bas.





















photo : Olivier Goaoc

mercredi 22 juillet 2026

Jardin de mots

C’est un jardin de mots,
un jardin de syllabes,
en rangées de couleurs
qui se tiennent serrées.

Les pages en sont closes,
reliées étroitement,
sans possibilité aucune
de s’enfuir en riant.

Le silence est intense,
je les fixe longtemps.
et mes paupières entrouvrent
les reliures classées.

Et voilà que, soudain,
comme un vol de colombes,
les pages s’en envolent,
ivres de liberté.

Les pages sont légères
mais l’encre est de noirceur
et les mots s’en échappent
en lettres enchantées.