samedi 5 septembre 2026

Has anat

Has anat a la pelu.

Li has deixat cabells

uns cabells de carbó

amb qualque fil d’argent.


I amb aquests cabells

he trenat una trena,

una trena de mots

per escriure’t a la nit.


Has anat a la pelu,

a baix del teu vilatge,

al costat de les herbes

que em criden a venir.

Has dormit

Has dormit al sofà,
al sofà de l’encontre,
aquest de les converses
que ens han fet el que som.

Has oblidat el temps
el sol cru del dissabte
d’un dia de setembre
a dalt del Canigó.

Has dormit al sofà
fins a la meva mà
que t’escriu un poema
que llegiràs després.

Trente décembre

On le sait lui et moi. Et aussi ma meilleure
amie et ma famille la plus proche, je l’ai
dit à mes collègues de théâtre et aussi
celui de la compta et sa secrétaire, c’est
clair. Ah ! Et l’ami de mon copain et je suppose
qu’aujourd’hui aussi mon beau-frère. Je ne sais pas
qui d’autre le sait parce que certaines
des personnes à qui j’ai demandé de ne pas le dire
le diront peut-être. De sorte qu’exponentiellement
tu es déjà là, arrivant, dans le monde sous forme d’idée qui
enchante les cœurs, au-delà de la prudence.
Et en moi, tu es un mystère, le mystère le plus grand
du monde.

Iris Hinojosa Pérez,

traduit du catalan par

Michel Bourret Guasteví

Précipice

Comme un silence ancien

que le corps reconnaît

la mer insiste

avec son chant féroce

de loin

le bruit d’une caresse

comme le battement d’un cœur

qui agite les rivières

le sang frappe

la rive

et au rythme de l’inépuisable

l’infini surgit

comme une mère

la pierre

accueille nos corps

et nos ombres

sans rien attendre en retour

seulement

qu’elle sache rentrer à la maison.


Iris Hinojosa Pérez,

traduit du catalan par

Michel Bourret Guasteví

Naissance

De l’écume en fusion
et sous un ciel d’acier,
sont nés deux oiseaux rouges
au bec bien acéré.

La coquille s’effrite
sous la force du sang
qui bat à l’encolure
des oiseaux appariés.

Or l’homme est tout petit
qui se tient en silence
droit et imperturbable
malgré cette menace.

Le temps n'existe plus
dans ce pays hagard.
Que peut bien craindre l'homme
sinon de disparaître ?

















© Joseph Maureso

Dans les bras de Laura

Des fleurs dans le regard

et des fleurs dans les bras.

La nature domptée

par de la gentillesse.


La pousse en liberté

sous un regard paisible.

Elle sait bien que l’heure

viendra pour chaque fleur.


Et des tiges aux pétales,

un même soin pour toutes.

Pour toutes et chacune

dans les bras de Laura.





jeudi 3 septembre 2026

Ombre et couleur

Mais que l’ombre est jolie
qui a perdu sa couleur
en se penchant pour boire
sur un Polaroïd.

La voilà plus épaisse
ayant goûté du vent
les senteurs de lavande
et de menthe poivrée.

J’aime cet éphémère
saisi par une amie
au milieu du mois d’août
au creux de son jardin. 















© Marion Zibelli

La jeunesse d’un frère

Un frère et une sœur.

Une sœur e(s)t son frère.

La jeunesse d’un frère

par sa sœur Antoinette.


Les huiles se mélangent,

la patine est la même.

Le superflu s’efface.

Seul l’essentiel demeure.


Le profil Gomila

et le cou dégagé.

Noblesse naturelle

des natifs de notre île.























© Antònia Gomila Guasteví

collection particulière

Scala hominorum

Una escala dels homes
i no pas del bon Déu.
Una escala senzilla
de fusta i de claror.

I dins de la pujada,
el quadret elegant
d’un ocell dibuixat
per l’oncle Gumersind.

Homenatge bonic
del meu germà Alain
a l’illa de Menorca
que tenim dins del cor. 















© Alain Bourret


mercredi 2 septembre 2026

Cor de poble

He trobat a faltar

els amics del meu poble,

els amics del vilatge

on he deixat el cor.


No pas el cor sencer,

tot just una meitat,

una meitat sucosa

com un albercoc roig.


L’altra la tinc aquí,

al centre del país,

a prop de l’estimada

que m’ha canviat la vida.





Preparació

Preparo una emissió
una emissió petita
sobre un bon poemari.

Vaig deixant els meus versos
per penetrar millor
en la carn de la llengua.

Una llengua distinta,
una llengua semblant
amb uns batecs de mots,

de paraules i síl·labes,
de silencis i blancs
que m’omplen de respecte.

Amnèsia rupestre

A l’Iris Hinojosa Pérez per inspirar-me


La meva mare

encara no sap

de les pintures rupestres

que li vaig dibuixar

a la paret uterina.

     Anna Gual


Jo no recordo res

de l’any cinquanta-nou.

De l’embaràs matern

al nord del meu país.


Jo no recordo res

dels passejos eterns

per avingudes amples

pensant en Perpinyà.


Jo no recordo res

de les danses passades

dins del racó calent

del seu ventre amagat.


Mes recordo la mare

i cada any compartit,

des de la juventut

a la nostra vellesa.


I ara que no la tinc

li voldria parlar

de pintures rupestres

que li vaig dibuixar.

mardi 1 septembre 2026

Magie en couleur

La magie de l’artiste,
c’est la disposition
des couleurs sur la toile,
des objets à leur place.

J’aime, quand je regarde
des tableaux achevés,
penser à ces moments
de silence harmonieux.

C’est alors que je vois,
dans la chaleur d’un bleu,
un peu de ce passé
qu’il m’a réinventé. 

















© Toni Veres

Performatif

Le geste se suspend

au bout de la peinture,

tout contre le crépi,


pour demander aux hommes

-à certains d’entre nous-

de suspendre leur crime


et ne jamais reprendre

les coups et les blessures

infligés à leurs sœurs.


Une peinture rouge

et des traits maladroits

…d’une force terrible.


Passant, regarde et pense

à ces fleurs délicates

qui naîtront sur ces murs


ou dans les rues muettes

le jour où je verrai...

des femmes siffloter.

















© clarabassolsv