mercredi 14 août 2019

Pluja d'estiu

Lentament la pluja
fa néixer bruixes de dol
i em deixa tot sol.

La table est vide

La table est vide et la salle est close.
Du festin, il ne reste plus que les marques 
brillantes de l'éponge de la domestique

éreintée, traces vives d'un escargot oublié.
Il y a quelques heures à peine, les enfants
s'ébrouaient entre les tables, un masque 

en carton sur le visage et les convives se 
frôlaient, immuables silhouettes au col raidi
et au nœud papillon noir. Cheveux gominés et

plaqués ou chignons ramassés. Les portes refermées,
il ne demeure plus de ce qui fut un festin, que ma 
voix incertaine et mon masque d'enfant.

Nuit d'un siècle

Les portes sont closes.
La nuit a été longue et délicieuse.
Paupières closes, lèvres serrées.

Au matin, une très légère gerçure
se rouvre à la première gorgée du
café brûlant. Tes rêves ? 

Tu n'en sais plus rien. Les draps,
jaloux, les ont enveloppés, comme
des fleurs coupées resserrées dans

un vase en carton brun. Tu as été
sans en être consciente et, à présent,
tu goûtes ces non-heures et tu bois

la noirceur amère à petites lampées
souriantes. C'est un matin d'été,
ce fut une nuit d'un siècle.

Le vent souffla fort, tu n'en sus rien,
paupières serrées, lèvres closes.
Pour toi, en silence, je l'éprouvai.

lundi 12 août 2019

El cau de la sirena / L'antre de la sirène

He llegit tants combats, a prop de casa
meva o força lluny de les meves passes
i no n'he fet cap, a recer del ventre

i del ben menjar. No obstant, com un noi 
del 74, m'he passat la vida buscant el cau 
de la sirena en mig de l'amar, caminant

pels carrers de la ciutat estimada. Res de mar,
l'aigua estancada d'uns llacs de fantasia
que l'estiu treu als ulls dels vianants extraviats.

Ara per ara, quan s'acaba la feina i ja no em necessiten,
he fet d'uns mapes fronterers, entre Guineueta i
Can Peguera, la meva carta del tendre, on caminen

els dits en busca d'una esquena delejada com un quadern
tot just encetat. Miracle de la llum suau i dels colors
poc vius mentre el cor batega i no vol callar-se.

***

J'ai lu tant de combats, près de chez moi
ou bien loin de mes pas incessants
et je n'en ai mené aucun, à l'abri de mon ventre

et de la bonne chère. Toutefois, tel un jeune de
1974, j'ai passé ma vie à chercher l'antre
de la sirène au milieu de l'amour, marchant

dans les rues de la ville que j'aime. Nulle trace
de la mer, l'eau stagnante de lacs de fantaisie
que l'été retire aux yeux des passants égarés.

Et maintenant que le travail s'épuise et que l'on n'a 
plus besoin de moi, j'ai fait de cartes frontalières,
entre Guineueta et Can Peguera, ma carte du tendre,

où mes doigts cheminent en quête d'un dos désiré comme un 
cahier à peine entamé. Miracle de la lumière douce et des 
couleurs éteintes cependant que le cœur bat et ne veut se taire.


dimanche 11 août 2019

Un bouquet de couleurs

Vives et sages, elles tremblent
légèrement dans un bain de verdure.
On les dirait saillie du poing

débonnaire d'un géant de papier.
Que de lignes, que de vers blancs
ou rimés pour s'arrimer à un rêve

inversé. Présent délicat. Nuances
fines du crocus dans les yeux de
l'amante et la main de l'aimé.

samedi 10 août 2019

Buits els carrers / Les rues vides

Buits els carrers, camines lentament.
Sense rumb, sota un esguard amant.
La passió guia els teus passos

i li inventes uns barris que recuperes
de la teva memòria somiada. Porta, Congrés,
Vilapicina. Quitrà ardent, veus conegudes.

Una terrassa us acull amb la generositat
del mar en mirall. Escuma gelada, conversa
càlida. Frecs suaus sota la taula blanca.

***

Les rues vides, tu marches lentement.
Sans but, sous un regard aimant.
La passion guide tes pas

et tu lui inventes des quartiers que tu récupères
de ta mémoire rêvée. Porta, Congrés,
Vilapicina. Goudron brûlant, voix connues.

Une terrasse vous accueille avec la générosité
de la mer en miroir. Mousse glacée, conversation
chaleureuse. Doux frôlements sous la table blanche.

Trente ans et deux jours

à Xavier

Comme la barbe qui pousse dru
et tapisse de roux un visage
connu et aimé, je prise ce temps

qui donne du corps à un âge neuf.
La trentaine s'amorce, au cœur de
l'été, dans l'amour et l'amitié.

La tâche achevée, dans l'entrelacs
de voies patiemment imaginées,
en soleil autour de la capitale,

tu goûtes le plaisir simple d'une
mousse ou de deux dans un pub. Sophie,
Américaine d'un printemps, t'aura 

préparé une surprise, ou non. Qu'importe.
Chaque jour t'offre sa présence et son rire
et tu penses, un brouillard fugace devant

les yeux, à ce bus articulé dont la conduite
infernale te conduisit à naître de l'amour
de tes parents un jour au chiffre d'infini. 

dimanche 28 juillet 2019

La bien gardée

à M. F.

Les noms ont leur histoire
et la passion fait trembler
tes doigts.

Tu feuillettes un guide aux
pages cornées. Une édition
ancienne, bonne pour le pilon,

mais dont tu sais qu'elle guida
des voyageurs du dimanche vers
de nouvelles contrées.

Essaouira, où tes enfants rient
au soleil du couchant. L'antique
Amogdul, comme un verrou de roches

sur l'océan. La Mogador des marins
portugais, défiant les vagues froides
en quête de richesse. La boucle bouclée,

tu songes à ce feuilleton qui fut tant
pour toi, situé dans un château non loin
du lieu où tu demeures. Savais-tu en goûtant

aux amours des Gens de Mogador, que le destin
de la chair de ta chair t'y conduirait, comme
on tire la barque sur le rivage après l'avoir

emplie de poissons argentés ? Essaouira, Mogador.
Le Maroc et la France, par la chimie épousée.
Caresse le vieux livre, il l'a bien mérité.

samedi 27 juillet 2019

Es retorn / Le retour

Passaren anys i panys
però poques monedes
de plata.

Allà, a sa terra fada,
pensava en es dos amics
seus. En Joan i en Paco.

Tenien sa mateixa edat
o gairebé. Un dia, reunits
a una terrassa de s'Esplanada,

sota sa mirada d'un altra Joan,
en Petrus, fotògraf, s'havien
inventat açò de Sa Caixa B,

per a burlar-se des corruptes
i enaltir s'amistat més forta.
Begueren sengles cerveses

i se n'anaren, es cor ple d'or.
Passaren anys i panys i es seu
record s'ha fet de plata.

***

Des tas d'années sont passées,
mais bien peu de pièces
en argent.

Là bas, sur la terre fade,
il pensait à ses deux amis,
Joan et Paco.

Ils avaient le même âge ou
peu s'en faut. Un jour, réunis
sur une terrasse de l'Esplanade

sous le regard d'un autre Joan,
Petrus, photographe, ils s'étaient
inventé un curieux nom de groupe,

les dessous de table, pour railler
les corrompus et exalter l'amitié.
Ils burent chacun force bière

et s'en furent, le cœur plein d'or.
Des tas d'années sont passées dont le
souvenir s'est tissé d'argent.



jeudi 25 juillet 2019

Les mots de l'ami

Par L.

Ta vue a baissé avec le soir,
alors tu me confies ta voix,
jusqu'à ce que la nuit se fasse.

Le chenal est calme, l'eau sombre.
Ce sont les dernières lueurs du soir.
Elle s'est assise au bord de l'eau,

un carnet entre les mains, et elle écrit.
Lentement, avec application. Un journal,
ou bien des vers. Elle est brune,

dans une robe verte qui jette un éclat
sage sur la rive désertée. Tu ignores
tout d'elle et tu la laisseras partir,

riche de la chaleur qui s'apaise et de 
la vie qui renaît sous la surface étale 
et au cœur de la berge buissonnante.