vendredi 24 juillet 2026

Gondole

Le papier se gondole

sur la toile verdâtre.

Il en fuit le sérieux

jusqu’à perdre ses eaux.


C’est la fête à Collioure

et l’aquarelle danse,

la mer prend les couleurs

du drapeau catalan.


Le ciel est pointilliste

sous l’éclat des pétards.

Le quatorze juillet

s’invente des flonflons.















© Patrick Bieuvelet

Transfiguration

Merveille des couleurs

qui disjoignent le monde.

Bâtiments et clocher

nous montrent leurs figures.


Que l’aquarelle est belle

qui mêle les couleurs

et rappelle l’Ensor

des carnavals flamands.


Revenez au village

et regardez la baie

en pensant simplement

qu’elle fut transfigurée.






















© Patrick Bieuvelet

Voix

     À T. B.


Il est la voix qui manque,
la parole des justes,
qui court de main en main
et que le monde ignore.

Le monde des puissants,
accapareurs aigris,
qui négligent sa voix
en étouffant nos frères.

Cet homme est mon cousin.
C’est un homme quelconque,
la noblesse blessée
contre la bête immonde. 

Changer le monde

    Le monde est tout ce qui arrive.
 Wittgenstein


Tu changeras le monde,
tu le changes déjà.
Et tu rends leurs couleurs
aux enfants sans le sou.

Aux enfants sans espoir
que les bombes assaillent
et qui cherchent le vert
sous le rouge des chairs.

Tu es pétillement
de sons et de syllabes.
Funambule précieuse
entre les langues sœurs.

Ocellet lila

Ocell color de lila,
ocellet, ocellet,
has entrat en ma vida
i m’has omplert el cor

amb uns cants melodiosos
del mati a la nit,
per complaure als meus dies,
del matí a la nit.

Ocell color de vida,
ocellet, ocellet,
m’has regalat el lila
amb què t’escric avui.




jeudi 23 juillet 2026

Grande joie

C’est une grande joie
de voir tous mes amis
réunis en un soir
pour célébrer l’envie.

L’envie qui les anime
de porter les couleurs
des Nin’s de Palau XIII
plus fort et bien plus haut.

Au centre du village,
ils sont tous rassemblés,
autour du bon Fafa
et de notre Mairie.

J'ai vu souffler l'esprit
dans cette noble salle
avec une pensée
pour notre stade Vaills.




Voldria

Voldria un bon cafè,

un bon cafè de bar,

d’aquests que deixen rastre

dins de la tassa blanca.


Un bon cafè de màquina

i no pas un de sobre.

Una tassa amb història

per compartir amb tu.


No pas ara mateix

mes en una altra vida

que els cafès són els vincles

entre els seus molts amants.





Théâtre en petit

Un théâtre en petit.

Un jardin, une cour,

une courette à l’ombre,

un matin de juillet.


Un chat vient à passer.

Diagonale du fou.

Les ombres évoluent

et le noir s’illumine.


Ainsi est le théâtre :

un cadre et un acteur.

Les mots viennent après,

les mots de la passion.


Il suffit d’une cour

ou d’un chapiteau triste

qui s’ancre dans la terre

juste après le lever.

Bassal

Un bassal d’aigua verda

al mig del teu jardí.

Un mirall de Narcís

sense cap presumpció.


Formigueig de mil vides

dessota el teu esguard.

Uns insectes petits

que somnien com tu.


Uns minúsculs acròbates

pugnant pel seu futur,

terrible i atzarós.

com en velles naumàquies.

Bosquet

Un bosquet d’hortensias,

au cœur de la Bretagne.

Les pétales déclinent

les couleurs de leur ombre.


Le vert des prés non loin

et le bleu de la mer

ou du ciel dégagé

qui domine Crozon.


Je revis mes séjours

dans ce noble bosquet

et je songe à ces fleurs

qui bleuissent tout bas.





















photo : Olivier Goaoc

mercredi 22 juillet 2026

Jardin de mots

C’est un jardin de mots,
un jardin de syllabes,
en rangées de couleurs
qui se tiennent serrées.

Les pages en sont closes,
reliées étroitement,
sans possibilité aucune
de s’enfuir en riant.

Le silence est intense,
je les fixe longtemps.
et mes paupières entrouvrent
les reliures classées.

Et voilà que, soudain,
comme un vol de colombes,
les pages s’en envolent,
ivres de liberté.

Les pages sont légères
mais l’encre est de noirceur
et les mots s’en échappent
en lettres enchantées.




L’automne en été

L’été est si joli
et l’automne si proche.
L’orange des beaux jours
se teintera de mauve.

J’aime ces fleurs coupées,
joliement disposées
qui invitent à jouir
du temps qui nous entraîne.

et à faire une halte
en partageant l’offrande
d’un bouquet de l’été 
qui prépare l’automne.

















© Florissime

Mon jardin des délices

Mon jardin des délices

n’est pas miroir nuptial,

il jouxte ma maison

sans trop s’y attarder.


Si ses herbes sont folles

et son cumquat chargé,

mes pieds aiment y rêver

aux tiens qui batifolent.


Mon jardin des délices

ignore les cimaises.

Son musée est partout

et son temps infini.











© Jérôme Bosch

Tortu(r)es

Les tortues de l’été,
de Grèce ou bien d’ailleurs,
venues des temps anciens
aux cuirasses brunies.

L’entrechoc des amours
entre les herbes folles
comme une invitation 
à jouir de la vie.

Les tortues de la vie,
prière de l’été,
pour soigner la nature
et vaincre les tortures. 

Regarde le rivage

Que sont les siècles pour la mer ?
                                    Max Gallo

Regarde le rivage,
la mince incertitude
qui sépare les eaux
du sable qu’elles irriguent.

Et songe à l’horizon,
tout aussi incertain,
où le ciel se nourrit
de l’onde passagère.

Ainsi est notre vie :
la lisière incertaine
où le présent s’irrigue
des rêves à venir

et du passé enfoui
au creux de la menotte
de l’enfant que nous fûmes
et que nous recherchons.

Mon amie, mon amour,
ma tendre promeneuse
du rivage incertain
de l’été vingt et six.















photo : Olivier Goaoc