jeudi 20 août 2026

Sang d’encre

Ce sang qui vous poursuit,
ce sang qui vous inquiète,
niché entre les lignes
de pages imprimées.

C’est le sang de chacun,
c’est le sang de nous autres.
Le sang de vos enfants,
le sang de la lignée.

Et si j’écris ce soir,
c’est pour le célébrer,
ce cher sang de notre encre
offert à vos pensées. 

Rêveries

Les rêveries d’un chat,

en marge de la fête.

Un chat qui se repose

en regardant l’artiste.


Si le masque est commun,

l’expression est unique

et les lèvres fermées

ont gardé leur secret.


Frappés sur la poitrine,

six petits cœurs rosés

prolongeront le rêve

au-delà du repos.


Le carnaval fini,

et le masque enlevé,

le petit chat d’un jour

fermera ses paupières.













© Denis Planes

Pour couronner la ville

Le clocher qui pensait

régler la vie des gens

en les aiguillonnant

de ses pointes acérées


s’est retrouvé marri

un soir de pleine lune.

Tout fin et efflanqué

comme un vil gringalet.


Plus une heure sonnant

les quarts et les demis.

Juste un silence d’or

pour couronner la ville.












© Denis Planes

Clown triste

Le clown est triste.

Le clown est gay.

Il a cette noblesse

des passants de la rue


Si son nez étincelle,

le reste est discrétion.

le léger maquillage

a prolongé sa barbe.


Son regard nous regarde

en un miroir profond.

Qui es-tu donc, passant,

pour oser le juger ?














© Denis Planes

Gay Pride, Sitges, 2019

Renaissance

J’ai vu renaître un monde
de liesse et de douceur.
De liesse silencieuse
et de douceur discrète.

J'ai regardé des prunes
se gorger d'eau de vie
et quitter la verdeur
pour l'ombre de l'oubli.

J'ai lu dans leurs bocaux
l'harmonie de la terre
et la main délicate
de celle que j'aimais.











© Marion Zibelli

Coucher sur le papier

Coucher sur le papier

des idées saugrenus,

d’étranges gribouillis

qu’on ne pourra pas lire.


Mémoriser le geste

et non ce qu’il veut dire.

Coucher sur le papier

notre corps harassé.


Et voir surgir des fleurs

de l’encre bleue séchée.

Les fleurs de l’espérance

que l’on croyait perdue.

Senzillesa

El meu món és senzill:

una posta de sol,

una taula de plàstic,

una llauna de birra.


Els espais són complexes,

no viuen sens el temps.

Beuen de tots els éssers

que hi seuen plaents.


El meu món és d’instants,

tot sol o compartits.

D’una nit que s’apropa,

nostàlgica del dia.





Origine

Nous donnerons au monde

ce qu’il n’a pas encore.

La chair de la beauté

découvrant son profil.


La pudeur infinie

d’une tête inclinée

délaissant le voilage

qui ne cache plus rien.


J’aime cette origine

bien moins tonitruante

que celle du vieux monde

qui fascinait Courbet.
















© Oscar Tebar

Profusion ordonnée

La profusion du monde

et l’ordre intemporel

d’un repas disposé

attendant les convives.


Porcelaine de Delft,

une nappe imprimée,

le bleu s’invite à table

pour rappeler le ciel.


Les couverts sont disjoints,

la fourchette s’appuie

sur un rebord du plat

nous faisant saliver.















© Jordi Moltó

Déclinaison

Tu as décliné les rouges,

les rouges et les roses,

pour faire de la femme

un patron de beauté.


Et les vicissitudes

s’envolent à l’instant.

Il n’y a que l’élégance

et le temps qui s’écoule.


Pourtant c’est une pose,

la pose d’un modèle.

Mais je sens que s’y exprime

le battement du monde.






















© Oscar Tebar

Puzzle

Un puzzle de couleurs,

de couleurs et de formes,

pour célébrer les vies

de notre Catalogne.


Ce sont des couleurs franches

que le temps adoucit

pour embrasser les heures

où nous vivons ensemble.


Si le stade est partout,

le Castillet demeure,

avec la Cathédrale,

notre bonne boussole.

















© Patrick Bieuvelet

Memento mori

Sous la gangue du masque,

je sens l’imperceptible.

Non pas le Cri de Munch,

la marque du vivant.


Cavité de la tombe

d’où sortait la parole.

Les yeux sont enfoncés

qui ne pourront plus voir.


Tournée vers l’intérieur,

la bouche attend l’obole

mais Charon est si loin

de la Lozère actuelle.


J’écris l’imperceptible

et je rends à l’empreinte

un peu de la présence 

de qui fut parmi nous.















© Denis Planes