mercredi 9 septembre 2026

Je voudrais

Je voudrais que tu sois la nuit

pour t’aimer dans les ténèbres.

                                              Apollinaire


J’aime penser à toi

quand la nuit me réveille

et me peint le passé

de nuances de gris.


J’aime m’imaginer

des nuitées sans contraintes

et des wagons pullman

filant vers Istanbul.


J’aime rêver de toi

ou bien rêver à toi,

en pliant la syntaxe

selon ma rêverie.

Un trobador de l’instant

Trobador de l’instant,

jo visc entre fronteres.

No soc gens cortesà,

bec de l’aigua que corre.


Els meus mots tenen segles,

els dono a tothom.

A tothom que me vulgui

acompanyar un xic.


Soc un trobador viu,

hereu del meu besoncle

i de la seva llengua,

aquella llengua clara.

L’ocell ferit

M’han regalat un llibre.
Un llibre nou i fresc,
en sortir de la impremta
on li han donat la vida.

Tot just enquadernat,
de cola encara humida.
L’he pres entre les mans
com un ocell ferit.

L’ocellet tremolava.
Li he donat calor.
La calor de l’alè
i de les meves mans.

No l’he volgut obrir.
No el volia trencar,
imaginant l’olor
del paper i la tinta.

Bellesa dels gravats
i força dels poemes.
Tant d’amor protegit
en un ocell ferit. 












© hereus de Gumersind Gomila

mardi 8 septembre 2026

Quan van trencar les portes

Quan van trencar les portes,
les portes i finestres,
van ensorrar els murs,
els murs i la teulada.

No quedava ningú.
Cap abric, cap peluix.
Cap somriure, cap cara.
Cap paraula gentil.

Van posar una reixa,
una reixa de ferro,
per fer una frontera
entre els morts que quedaven.

Quand l’infini s’invite

C’est ton anniversaire

et l’infini s’invite

auprès de ton sourire.


Car quand l’unité double

le chiffre des dizaines,

le sourire s’envole.


Et puis il y a ce jour

qui joue à cloche pied :

huit, neuf, sept, huit.


Un jour pour tes parents,

un jour pour ta maman,

il y a longtemps déjà.


C’était un vendredi,

le dit jour de l’amour,

juste avant le week-end.


En ce mardi de joie,

sous un soleil brûlant,

je leur rends un hommage.


Et puis je pense à toi

et à chacun des tiens

qui t’aiment et te célèbrent.

Tortugueta de mà

Tortugueta de mà,
tortugueta de tarda,
descansant en la mà
de la meva estimada.

Tortugueta bonica
nascuda dins dels camps
de l'illa de Menorca,
de terra i no de mar.

Tortugueta de mà,
un desig de l'amor
que ha deixat les muntanyes
per somniar vora el mar.








lundi 7 septembre 2026

En oubliant le lieu

Le lieu importait peu.

Ils s’étaient réunis

pour parler en français.


Si la table était ronde

et dans un bois très clair,

les paroles exultaient.


Car s’ils étaient bien onze,

c’était par un abus

de notre langue ancienne.


Car il y avait moins d’hommes

que de femmes attablées

au marché de l’échange.


J’ai saisi des accents

qui parlaient d’autres mondes

avec des yeux de braise.


Un médecin jonglant,

au fil de sa carrière,

entre les disciplines.


Unse Suissesse vive

me rappelant Rousseau,

non loin de sa frontière.


Les Émirats arabes

et le sud de l’Afrique

parlaient au Danemark.


Mais ce que j’ai aimé

en ce matin d’été 

c’était ma propre langue


… qu’ils m’avaient enseignée.









© Nancy

dimanche 6 septembre 2026

Je m’ouvrirai le ventre

 À mon fils Vincent, 

professeur


Pour aérer à l’intérieur

              Thomas Vinau


Je m’ouvrirai le ventre

-au figuré, bien sûr-

pour donner aux enfants

de jolies papillotes


Des chocolats farcis,

des guimauves coulantes,

deux trois pâtes de fruits

dans des papiers collants.


Je m’ouvrirai le ventre

sans bien le refermer.

Des fois que me viendrait

une faim de bonbons.

Regain

J’avais perdu ta voix;

ta voix sous ton sourire.

Tes inflexions de voix

sous tes regards fugaces.


Et puis tu n’es plus là

et tes yeux ne me voient,

pas plus qu’ils ne s’envolent

vers la lumière vive.


Alors j’ai retrouvé

ta voix dans nos deux langues

et cet air polisson

qui chuchotait tout bas.

Una ombra en el mirall

Una ombra en el mirall.

Una ombra del passat.

…O del futur potser?


Una figura tendra

d’una rosella lliure,

 d’una dona estimada.


Una ombra en el mirall

per regalar la veu

d’un poeta pianista.


Un cantant de les ombres

i de tantes presències

que el van acompanyant.





Regard

Tu as fermé les yeux

sur le jardin en friche.

Tu es l’intemporelle

étrangère aux passions,


aux rigueurs des saisons,

à la folie des hommes,

mais aussi à l’amour

des oiseaux sur ton front.


Tu as fermé les yeux

et voici qu’un regard,

en te photographiant,

nous conte ta beauté.
















© Andrée Deneuvis

Portée voyageuse

Une portée de câbles
qu’enchantent des oiseaux.
De sages hirondelles
déjà sur le départ.

Que m’importent les croches,
les rondes et les noires.
Mes notes véritables
viennent des messagers

qui parcourent les terres
et glanent à foison
le souffle de nos âmes
et nos regards aussi. 















© Andrée Deneuvis

Poeta de pobleS

Soc poeta de pobles,

de poble amb una S.

Escric a banda i banda

de l’Albera olorosa.


M’han donat dues llengües

que em criden al seu torn.

No sé quina triar,

és ella que s’imposa.


Soc poeta de pobles,

no gaire conegut,

sinó per les roselles

que veig per tot arreu.
















Laurette

À Laurette

Mais elle n'a pas vieilli,
elle est cette lumière
que donnent les cheveux
qui brunissent au vent.

Je mangeais un onglet,
elle savourait un thé.
Nous étions dissemblables
mais nous étions pareils.

On l'appelait Laurette,
je ne le savais pas.
Tant d'années ont passé
et voilà qu'elle revient.

Dans la lumière tendre 
des mots de ses enfants
et des photos d'amis
qui me la font connaître.

















samedi 5 septembre 2026

Has anat

Has anat a la pelu.

Li has deixat cabells

uns cabells de carbó

amb qualque fil d’argent.


I amb aquests cabells

he trenat una trena,

una trena de mots

per escriure’t a la nit.


Has anat a la pelu,

a baix del teu vilatge,

al costat de les herbes

que em criden a venir.