Ce matin, le garçon était à nouveau là.
Il était assis sur le sable, bien calme, et il regardait la mer.
Je le voyais souvent, quand il sortait de chez lui.
Je l’avais vu au collège mais il était dans une autre classe.
Je me suis approché de lui.
―Salut.
―Salut. ―le garçon m’a dit bonjour et a recommencé à regarder la mer.
Je me suis assis à côté de lui, sur le sable.
―Qu’est-ce que tu regardes ?
―La mer.
―Est-ce que tu viens tous les jours ?
―Oui.
―Je m’appelle Martí.
―Moi, c’est Omer.
On est resté silencieux
jusqu’à ce que je lui demande :
―Est-ce que tu es déjà allé en bateau ?
―Oui.
―Moi, j’adore naviguer !
Mon grand-père a un bateau, tu sais ?
L’été on sort pêcher avec mes cousins,
ou on va se baigner dans une crique.
Mon grand-père me laisse piloter.
Quand je serai plus grand, je m’achèterai un bateau.
Si tu veux, je peux demander à mon grand-père si tu peux venir avec nous.
Tu vas te régaler !
Le garçon m’écoutait en silence,
sans arrêter de regarder l’horizon.
―Quand on trouve un endroit qui nous plaît, mon grand-père jette l’ancre
et alors on plonge tous dans la mer.
Si on regarde en bas, on voit un tas de poissons en couleurs
et les rochers et les algues.
Alors, Omer m’a regardé et m’a dit :
―Mes cousins habitent de l’autre côté de la mer.
Et mes grands-parents aussi.
Je me suis senti un peu honteux.
―Est-ce qu’ils te manquent ?
Le garçon a dit oui avec la tête.
―Désolé.
Au bout d’un moment je suis parti
parce qu’on m’attendait chez moi.
Il a continué de regarder la mer.
Je ne pouvais pas arrêter de penser à Omer
qui regardait la mer parce que sa famille lui manquait.
Au bout de quelques jours, je l’ai revu.
Il était, comme toujours, assis sur le sable.
Je me suis approché de lui.
―Salut, Omer. On dirait qu’il va pleuvoir aujourd’hui.
Omer a haussé les épaules.
―Ces dernier jours j’ai beaucoup pensé à toi.
Ça doit être terrible de laisser ta famille et tes amis
et quitter ton pays.
À moi aussi ils me manqueraient.
Omer m’a regardé pour me remercier et il m’a souri.
―Est-ce que tu as des frères et sœurs, Omer ?
Il a mis du temps à répondre.
Il prenait des galets et il les lançait dans l’eau.
―Oui, un petit frère.
Il s’appelle Adel. Je viens ici pour lui parler.
―Est-ce qu’il vit dans ton pays, avec tes cousins et tes grands-parents ?
―Non. Il vit dans la mer.
Et alors Omer m’a expliqué son histoire.
Il n’était pas venu en avion mais en bateau.
Un petit bateau plein de gens,
les uns sur les autres.
Il voyageait avec sa mère et son frère
qui était tout petit et qui a été malade pendant le voyage.
Il y avait des hommes qui se battaient.
Omer a dit qu’il a eu très peur.
Le bateau bougeait beaucoup avec les vagues
et ils étaient tous trempés et ils avaient froid.
Ils ont eu également très soif et très faim.
Le petit Adel est mort avant d’arriver à la côte.
Sa mère et lui pleuraient quand on l’a lancé dans la mer.
Maintenant, ils habitent à Calafell,
et c’est pour ça que chaque jour Omer va sur la plage,
pour parler avec le petit Adel.
Quand il a fini, j’avais un nœud dans la gorge.
Je lui ai passé un bras sur l’épaule
et, en silence, on a regardé ensemble la mer.
Depuis ce jour-là, quand je monte sur le bateau de mon grand-père,
je pense toujours à Omer et à son petit frère.
Et à toutes les personnes
qui habitent, comme le petit Adel, au fond de notre mer.
Roser Blàzquez, traduit du catalan par Michel Bourret Guasteví