dimanche 6 septembre 2026

Regard

Tu as fermé les yeux

sur le jardin en friche.

Tu es l’intemporelle

étrangère aux passions,


aux rigueurs des saisons,

à la folie des hommes,

mais aussi à l’amour

des oiseaux sur ton front.


Tu as fermé les yeux

et voici qu’un regard,

en te photographiant,

nous conte ta beauté.
















© Andrée Deneuvis

Portée voyageuse

Une portée de câbles
qu’enchantent des oiseaux.
De sages hirondelles
déjà sur le départ.

Que m’importent les croches,
les rondes et les noires.
Mes notes véritables
viennent des messagers

qui parcourent les terres
et glanent à foison
le souffle de nos âmes
et nos regards aussi. 















© Andrée Deneuvis

Poeta de pobleS

Soc poeta de pobles,

de poble amb una S.

Escric a banda i banda

de l’Albera olorosa.


M’han donat dues llengües

que em criden al seu torn.

No sé quina triar,

és ella que s’imposa.


Soc poeta de pobles,

no gaire conegut,

sinó per les roselles

que veig per tot arreu.
















Laurette

À Laurette

Mais elle n'a pas vieilli,
elle est cette lumière
que donnent les cheveux
qui brunissent au vent.

Je mangeais un onglet,
elle savourait un thé.
Nous étions dissemblables
mais nous étions pareils.

On l'appelait Laurette,
je ne le savais pas.
Tant d'années ont passé
et voilà qu'elle revient.

Dans la lumière tendre 
des mots de ses enfants
et des photos d'amis
qui me la font connaître.

















samedi 5 septembre 2026

Has anat

Has anat a la pelu.

Li has deixat cabells

uns cabells de carbó

amb qualque fil d’argent.


I amb aquests cabells

he trenat una trena,

una trena de mots

per escriure’t a la nit.


Has anat a la pelu,

a baix del teu vilatge,

al costat de les herbes

que em criden a venir.

Has dormit

Has dormit al sofà,
al sofà de l’encontre,
aquest de les converses
que ens han fet el que som.

Has oblidat el temps
el sol cru del dissabte
d’un dia de setembre
a dalt del Canigó.

Has dormit al sofà
fins a la meva mà
que t’escriu un poema
que llegiràs després.

Trente décembre

On le sait lui et moi. Et aussi ma meilleure
amie et ma famille la plus proche, je l’ai
dit à mes collègues de théâtre et aussi
celui de la compta et sa secrétaire, c’est
clair. Ah ! Et l’ami de mon copain et je suppose
qu’aujourd’hui aussi mon beau-frère. Je ne sais pas
qui d’autre le sait parce que certaines
des personnes à qui j’ai demandé de ne pas le dire
le diront peut-être. De sorte qu’exponentiellement
tu es déjà là, arrivant, dans le monde sous forme d’idée qui
enchante les cœurs, au-delà de la prudence.
Et en moi, tu es un mystère, le mystère le plus grand
du monde.

Iris Hinojosa Pérez,

traduit du catalan par

Michel Bourret Guasteví

Précipice

Comme un silence ancien

que le corps reconnaît

la mer insiste

avec son chant féroce

de loin

le bruit d’une caresse

comme le battement d’un cœur

qui agite les rivières

le sang frappe

la rive

et au rythme de l’inépuisable

l’infini surgit

comme une mère

la pierre

accueille nos corps

et nos ombres

sans rien attendre en retour

seulement

qu’elle sache rentrer à la maison.


Iris Hinojosa Pérez,

traduit du catalan par

Michel Bourret Guasteví

Naissance

De l’écume en fusion
et sous un ciel d’acier,
sont nés deux oiseaux rouges
au bec bien acéré.

La coquille s’effrite
sous la force du sang
qui bat à l’encolure
des oiseaux appariés.

Or l’homme est tout petit
qui se tient en silence
droit et imperturbable
malgré cette menace.

Le temps n'existe plus
dans ce pays hagard.
Que peut bien craindre l'homme
sinon de disparaître ?

















© Joseph Maureso

Dans les bras de Laura

Des fleurs dans le regard

et des fleurs dans les bras.

La nature domptée

par de la gentillesse.


La pousse en liberté

sous un regard paisible.

Elle sait bien que l’heure

viendra pour chaque fleur.


Et des tiges aux pétales,

un même soin pour toutes.

Pour toutes et chacune

dans les bras de Laura.





jeudi 3 septembre 2026

Ombre et couleur

Mais que l’ombre est jolie
qui a perdu sa couleur
en se penchant pour boire
sur un Polaroïd.

La voilà plus épaisse
ayant goûté du vent
les senteurs de lavande
et de menthe poivrée.

J’aime cet éphémère
saisi par une amie
au milieu du mois d’août
au creux de son jardin. 















© Marion Zibelli

La jeunesse d’un frère

Un frère et une sœur.

Une sœur e(s)t son frère.

La jeunesse d’un frère

par sa sœur Antoinette.


Les huiles se mélangent,

la patine est la même.

Le superflu s’efface.

Seul l’essentiel demeure.


Le profil Gomila

et le cou dégagé.

Noblesse naturelle

des natifs de notre île.























© Antònia Gomila Guasteví

collection particulière

Scala hominorum

Una escala dels homes
i no pas del bon Déu.
Una escala senzilla
de fusta i de claror.

I dins de la pujada,
el quadret elegant
d’un ocell dibuixat
per l’oncle Gumersind.

Homenatge bonic
del meu germà Alain
a l’illa de Menorca
que tenim dins del cor. 















© Alain Bourret


mercredi 2 septembre 2026

Cor de poble

He trobat a faltar

els amics del meu poble,

els amics del vilatge

on he deixat el cor.


No pas el cor sencer,

tot just una meitat,

una meitat sucosa

com un albercoc roig.


L’altra la tinc aquí,

al centre del país,

a prop de l’estimada

que m’ha canviat la vida.