mercredi 22 juillet 2026

Jardin de mots

C’est un jardin de mots,
un jardin de syllabes,
en rangées de couleurs
qui se tiennent serrées.

Les pages en sont closes,
reliées étroitement,
sans possibilité aucune
de s’enfuir en riant.

Le silence est intense,
je les fixe longtemps.
et mes paupières entrouvrent
les reliures classées.

Et voilà que, soudain,
comme un vol de colombes,
les pages s’en envolent,
ivres de liberté.

Les pages sont légères
mais l’encre est de noirceur
et les mots s’en échappent
en lettres enchantées.




L’automne en été

L’été est si joli
et l’automne si proche.
L’orange des beaux jours
se teintera de mauve.

J’aime ces fleurs coupées,
joliement disposées
qui invitent à jouir
du temps qui nous entraîne.

et à faire une halte
en partageant l’offrande
d’un bouquet de l’été 
qui prépare l’automne.

















© Florissime

Mon jardin des délices

Mon jardin des délices

n’est pas miroir nuptial,

il jouxte ma maison

sans trop s’y attarder.


Si ses herbes sont folles

et son cumquat chargé,

mes pieds aiment y rêver

aux tiens qui batifolent.


Mon jardin des délices

ignore les cimaises.

Son musée est partout

et son temps infini.











© Jérôme Bosch

Tortu(r)es

Les tortues de l’été,
de Grèce ou bien d’ailleurs,
venues des temps anciens
aux cuirasses brunies.

L’entrechoc des amours
entre les herbes folles
comme une invitation 
à jouir de la vie.

Les tortues de la vie,
prière de l’été,
pour soigner la nature
et vaincre les tortures. 

Regarde le rivage

Que sont les siècles pour la mer ?
                                    Max Gallo

Regarde le rivage,
la mince incertitude
qui sépare les eaux
du sable qu’elles irriguent.

Et songe à l’horizon,
tout aussi incertain,
où le ciel se nourrit
de l’onde passagère.

Ainsi est notre vie :
la lisière incertaine
où le présent s’irrigue
des rêves à venir

et du passé enfoui
au creux de la menotte
de l’enfant que nous fûmes
et que nous recherchons.

Mon amie, mon amour,
ma tendre promeneuse
du rivage incertain
de l’été vingt et six.















photo : Olivier Goaoc

Sense majúscules

La grazia è la belleza del dubbio



La Gràcia del Senyor

és gràcia dels humans.

El amor de la vida

més enllà de l’Amor.


Deixem-nos de majúscules

i estimem els mots.

La seva carn saborosa

és carn de tots nosaltres.


Seguem a la butaca

i mirem una pel·li.

Hi aprendrem la sal

que guia nostres vides.






Père et fille

Le père avec la fille,
la fille avec le père.
La voix et la guitare
qui jouent et se mélangent.

Deux heures de lumière,
de sons et de bonheur.
Une flamme en un temps
qui embrasse deux vies.

La fille avec son père,
le père avec sa fille.
Et qui veut écouter
les sentira vibrer. 





mardi 21 juillet 2026

Por una cabeza

Por una cabeza 
que me figuré,
me dejé ensoñar
y no me desperté.

Entornando los ojos,
me fijé en los labios
del cartel de la chica,
la chica de Gardel.

Dejé entrar el ritmo
del tango argentino
hasta perder sentido
y volver al silencio. 




Matin de juillet

La mer est si étale

et toi si peu de choses.

Alors tu as pris tes palmes

pour te grandir un peu.


Ton épaule choisit

de briser le miroir

de l’onde mordorée

et de chercher l’obscure.


L’obscure profondeur

de la froideur salée

que ta nage néglige

car tu n’es pas plongeuse.


Tu nages le matin

pour remercier le jour,

en gagnant le levant

où la lumière naît.


Ainsi est ta journée

en son point de conscience,

la nuit ta libérée

des rêves de lourdeur.


Tu marcheras longtemps

sur ton clavier aveugle

et tes doigts rêveront

à l’onde où tu nageas.

lundi 20 juillet 2026

Tes pas ressuscités

Quand  je pense à mes rues,
j’y imagine tes pas.
Je ferme les paupières
et j’en sens le passage.

Et si nul ne les voit,
je dessine leurs traces,
leur contour et leur sens
sans déciller les yeux.

Les rues sous la chaleur
sont désertes de monde
mais moi j’y vois surgir
tes pas ressuscités.

De forquilla

Desplaçaren capella

per esmorzar plegats,

els amics de Can Fafa,

de forquilla, és clar.


Menjaren a la llauna

caragols casolans,

galtes a la brasa,

talls de pernil serrà,


pota i tripa cremant,

unes postres molt bones,

ensucrades o no,

per ultimar l’escena.


Begueren gots de vi

amb una birra freda.

Fou un matí de princeps

... o de reis andorrans.












foto: Philippe Farriol

Une foraine rêveuse

Elle tenait un manège,
tout contre le rivage,
donnant à chaque enfant
l’illusion du voyage.

Puis les enfants grandirent
et sa foi s’affadit.
Un piano l’attendait
vers un monde plus grand.

Un monde plein de livres
et de jolies chansons.
Des saxos et des basses
pour conjurer le temps. 

Synergies

Ce fut un beau moment

puis de bien belles heures

à converser ensemble

autour de Perelada.


Non pas le vieux châteaux

mais le cava glacé.

Aux parois de la pièce

des Ulf nous regardaient,


gagnant un fier relief

contre la cheminée.

Les propos étaient riches.

Nous parlâmes de tout.


Le soir n’avaient pas d’heure.

On parla de projets.

De synergies nouvelles,

nées de nos trois passés.

dimanche 19 juillet 2026

Arrière-cuisine en treizaines

À l’abri des regards,
tout contre le feu vif,
des treizaines s’affairent,
sans qui rien ne serait.

Ils sont vêtus de blanc
et travaillent à fond
pour donner à chacun
le meilleur de ce soir.

C’est au cœur de l’été
et de la canicule
qu’ils ont choisi de rendre
la soirée agréable.

Assis non loin du feu
et de ses serviteurs,
mes voisins m’apprendront
qu’ils sont venus exprès.

De Paris, de Belgique
ou de la Normandie,
ils viennent chaque année
célébrer les Broncos.

Il y a vingt ans déjà,
au cœur de notre lac
ils goûtaient les plaisirs
de cette paella.

Puis ils ont pris le pli
et depuis, chaque année,
ils rendent à notre Treize
l'hommage mérité.




Attente

L’attente d’un poète
un beau soir de l’été.
La fête se prépare
et les tables s’emplissent.

Nous serons bien trois-cents,
me dit un familier.
Je sens monter la fièvre
et gonfler les propos.

À l’ombre des platanes,
sans chapeau ni lunettes,
je goûte chaque instant
de la célébration.

À ma gauche, je sens
tout un club qui s’affaire
à parfaire le soir
en un vol de blancheur.

Des T-shirts par dizaines,
des visages connus
et l’odeur du repas
qui mijote et qui gonfle.

La fête sera belle
je n’en ai aucun doute.
Tout là haut dans le ciel,
ma mère nous regarde. 




samedi 18 juillet 2026

Natura viva

Quina foto més polida!

Sembla un bodegón,

una natura morta.


És ben bé el contrari.

Una natura viva,

un compendi del món.


Quatre copes de vi,

una ampolla mig buida,

pa, patè i ailloli.


Un fuet de Can Gabi

amb talls de botifarra

i tovallons tacats.


En torn del bodegón,

els amics reunits,

xerren sens cessar.


Esmorzar de forquilla

sense cap pretensió

mes amb filosofia.


El gust de la menjada

i dels viatges pel món

sens deixar el cafè.

















foto: Philippe Farriol