dimanche 26 juillet 2026

Un pain d'un mètre quatre-vingts

Une fourmi de dix-huit mètres ?
Ça n'existe pas.
                            Robert Desnos 

Un pain de plus d'un mètre,
et même près du double,
pesant dix bonnes livres
et tenant dans huit mains,

est-ce que cela existe
dans la vie d'un village
où l'on sait bien manger
du matin jusqu'au soir ?

C'est un présent de Dieu
ou plutôt du bon Jacques,
notre fier boulanger
à qui rien ne fait peur.




Diumenge de rifla

És diumenge de rifla
al cafè dels amics.
Han preparat les taules
amb estovalles roges.

Veiem quan sortiran
els números premiats.
Sortejaran pernils
i d’altres coses bones.

Cambajons casolans
amb ampolles de vins.
Tothom en gaudirà
fins a finals del vespre.
























photo : Laetitia Defer

Espérance

        On m’a vu dans le Vercors

sauter à l’élastique.

   Alain Bashung



Quel est ce bruit de bottes

que vous n’entendez pas

et qui foule à ses pieds

nos mains, nos pauvres mains ?


Quelles sont ces deux faces,

d’un homme et d’une femme,

ces faces de carême

qui convoquent la haine ?


Et quel est ce sourire

qui se tait et espère

l’union des pauvres gens

face à la peste brune ?





Sens retrouvé

La force minérale,

la force échevelée,

la rondeur des rochers

et la folie des algues.


Où est la pesanteur

qui régissait tout ça ?

Et les points cardinaux

perdus aux quatre vents.


Donne-moi donc la main

et marche à mes côtés.

Nous donnerons au monde

le sens de nos pensées.


















© Joseph Maureso

Séduction

Tu as voulu séduire

le noble papillon,

alors tu as planté

des fleurs et des pensées.


Des pensées de bonheur

et des fleurs de concorde.

Des pétales dorés

comme notre soleil.


Et tu as vu soudain

le noble papillon

venir s’y reposer

en mêlant ses couleurs.















© Florissime

Rêve forain

Je rêve d’un manège

qui quitterait le dur

pour la plage brûlante

de Canet en Juillet.


Un manège d’images,

un carrousel étrange,

qui mêlerait soudain

les bleus qui l’environnent.


Le turquoise des eaux,

le sombre des Albères

avec ce bleu du ciel

qui invite à rêver.




Le café du dimanche

Le café du dimanche
est un café en grains
longuement préservés
dans un bocal de verre.

Du Moka d’Éthiopie
nostalgique des terres
austères et brûlées
où sont nés les humains.

Le café du dimanche
attend d’être moulu
puis d’être dégusté
sans cesser d’y penser.




J’aime dans les romans

J’aime dans les romans,

ces êtres anonymes

qui donnent à chaque page

l’illusion du réel.


Ces paysans crasseux

et dont le regard brille

pour exiger leur dû

au détour d’une phrase.


Ils sont un bon miroir

de l’humaine existence.

À l’aune de leur encre

j’avance et réfléchis.

On dit que le genêt

    À la mémoire de Carole Achache

On dit que le genêt
est la lueur vivace
qui croît au détriment
des plantes plus discrètes.

Ainsi fut Jean Genet,
lumière de nos lettres,
voleur peu scrupuleux
de ceux qui l’adoraient.

Je pense à Abdallah,
l’artiste de Pinder,
funambule gracieux
qui crut en être aimé.

Mais un jour il tomba,
une fois puis une autre,
du câble disposé
sous le grand chapiteau.

Condamné à la terre,
il en devint banal
aux yeux de ce Genet
qui n’aimait que l’unique.

Puis vint le désamour,
l’alcool et l’amertume.
Et ce filin plus rêche
duquel il se pendit. 




Objets du passé

Je ne bastis que pierres vives

ce sont homes.

Rabelais



Les objets du passé,

ces objets qui ont une âme

et que le temps écarte

et laisse de côté.


Objets d’un seul tenant

ou machines complexes

ayant perdu des pièces

au fil de leur usage.


Les objets du passé

sont pour moi pierres vives

sur le chemin des jours

que j’emprunte avec vous.

Pour croire

Il me reste le vert,
le vert et cette écume
qui sort des profondeurs
de la feuille dressée.

Il me reste l'espoir
de le peinture belle,
de la peinture juste, 
pour oser espérer.

Il me reste la main
d'un humain engagé
au milieu de ses frères
pour croire en leur progrès.




















© Joseph Maureso

samedi 25 juillet 2026

Carpe diem

Le temps s'en va, le temps s'en va, ma Dame,
Las ! le temps, non, mais nous nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame.
                                                                Ronsard

Cueille le jour, ma mie,
du matin jusqu'au soir,
et réserve à la nuit
tes réflexions sérieuses.

Enfourche ta monture
et va par les marchés
cueillir de notre terre
les fruits énamourés.

Regarde dans la glace
tes yeux qui y sourient
et oublie de ta peau
les rides qui s'y gravent.

De toi elles sont l'histoire
et je les aime ainsi.
J'y lis chacun des pas
qui t'ont conduite à moi.

Que belle est ta démarche
dans les rues de la ville.
Si tu t'y perds un jour,
attends-moi donc la nuit.





Sabbat du bouillon

Y levantando a los techos de los edificios, 
por arte diabólica, lo hojaldrado,
se descubrió la carne del pastelón de Madrid.
         Luis Vélez de Guevara, El diablo cojuelo


Laisse-moi regarder
un peu dans ta marmite
le fumet qui s'y cuit
à lents et gros bouillons.

On dit que tu y a mis
une vieille carcasse
d'une poule argentine
ou bien d'un gros poulet.

Puis que tu as dansé
dans ton petit jardin,
cueillant, de ci, de là,
légumes et herbettes.

Du sel noir de l'Islande
et du poivre de Corse
les ont rejoints soudain
avec de l'eau du puits.

C'est comme une forêt,
un bosquet de sorcière,
dont tu retireras
un nectar délicieux.

Il sera temps dès lors
de bien le réserver
pour y plonger des pâtes
de bonne dimension.

Des coudes de blé dur
et voilà le dîner
sur quoi tu danseras
avant de te coucher.




Sans qui tu ne serais

    La mer n’existe pas 

    Parfois nous la rêvons.

                Patrice Guirao


La mer est toute proche,

du côté du levant.

Elle garde de la nuit,

la fraîcheur de l’obscur.


Elle t’attendra longtemps

mais tu n’y iras pas.

Pas ce matin, du moins,

à l’horaire habituel.


Pourtant elle vit en toi

et tes épaules en parlent

sous la toile légère

de fleurs et de coton.


J’aime la mer absente

que chantait Art Mengo.

Cette étendue salée

sans qui tu ne serais.




vendredi 24 juillet 2026

Quelque chose à vivre

Caminante no hay camino,

se hace camino al andar.

            Antonio Machado



Que le présent est beau

et que la terre est belle,

tant qu’il reste à chacun

un quelque chose à vivre.


Une bouffée d’amour,

un sourire d’enfant,

la longue traversée

d’un passage clouté.


Nos pas ne sont rien d’autre

que la lente recherche 

de quelque chose à vivre

avant la nuit des mots.