samedi 11 avril 2026

Quatre vegades deu

Quatre vegades deu

trenta-nou més un sol.

La Marta és jugadora

de nombres i guarismes.


Avui farà quaranta,

quaranta anys de presència

al món on un sol pot

aportar tant alhora.


I l’arbre s’ha cobert

de fulles de paper

amb el nom dels seus fills

i de la casa entera.


Gaudim els quaranta anys

de la nostra cunyada

amb uns mots emmarcats

de colors i passió.















il·lustracions: Roser Blàzquez

Desdoublement

T’estimo en català

et je t’aime en français.

Desdoblament estrany

que je lis sur tes lèvres.


Car mes mots sont les tiens

quan bec de les paraules

que m’ensenyes rient

sans penser à demain.


M’agrada aquest present

qui s’allonge toujours,

a cavall de l’Albera

où nous rêvons parfois.


No tenim avenir

car nous le dessinons

amb nostres mans creuades

sur l’encre de nos mers.


Tu m’as appris à vivre

sans penser à demain.

I tu m’has regalat

l’eternitat dels mots.

Découverte à distance

J’ai goûté à distance
les enregistrements
effectués par mon frère
dans la nuit de sa cave.

Les heures avaient passé
et il devait dormir
mais la nuit m’invitait
à lui prêter l’oreille.

Alors j’ai découvert,
sous les mots de notre oncle,
l’essence de sa voix
affranchie du présent.

Cinéma dédoublé

Je t’ai vue à l’écran,
tu étais à mes côtés,
regardant sur l’écran
cet autre toi jouer.

Vertige du profil
que je sentais bien là
vivant par le regard
les fêtes de naguère.

Et j’ai aimé sentir
ta main qui m’étreignait
cependant que la toile
avalait tes pensées.

vendredi 10 avril 2026

Teatre novelesc

Un teatre a les fosques.

Dues dones xerrant...

I ja s’obre l’escrit,

ensenyant les tramoies.


Dues hores ben plenes

de veus i de lectures.

S’han reunit els clubs

per compartir passió.


Un divendres d’abril

al fons de la colònia;

ja sento respirar

els obrers d’aleshores,


assajant pastorets

per inventar un món

que esdevindria el nostre

al fil de les lectures.




Dans l'austère recoin

Dans l’austère recoin

de son sous-sol ombreux,

mon frère s’est livré

au plus beau des hommages.


La lecture en français

des vers de Gumersind,

poète et céramiste

qui nous unit tous deux.


Tous deux ou bien tous trois

tant ses langues voyagent

au cœur de la famille,

par delà le trépas.


Le trépas de ses sœurs

et de sa nièce aimée,

notre chère maman

qui semble l’écouter


depuis le haut du ciel

ou l’anse de Collioure

où se mirent les eaux

de notre mer à tous.




Flamenc blanc

El petit flamenc blanc,

un ocell de peluix.

El mirall dels monts clars

vorejant les salines.


El rosat li vindrà

quan es faci més gran,

captant dels molts fotògrafs

l’objectiu despietat.


Mes de moment gaudeix

de la blancor de sal

i del respecte intacte

d’un fotògraf curiós.
















foto: Stefan Hollein

mercredi 8 avril 2026

Terrassa de l'abril

Han fet caure parets,

les parets de fredor,

i n’han creat de noves,

de fulles i cel blau.


Terrassa de l’abril,

terrasse du printemps.

S’hi beuen galopins

amb un rall renovat.


Un poeta assentat

els acaba de dir

que cal escriure aviat

unes noves fafades.













foto: Fafa

Les musées de mon père

Les musées de mon père
lentement, visités
puis rangés dans un meuble 
les uns contre les autres.

Des musées de papier
aux photos qui jaunissent
et que je n’ose ouvrir
de crainte d’y verser.

Les musées de mon père,
son goût pour la culture
et mes doigts orphelins
des pages qu’il aimait.



Sœur Florine

La blancheur de la fleur,
de la fleur de farine…
Ainsi j’ai vu l’habit
de notre sœur Florine.

Et j’ai suivi ses doigts
guidant sur le papier
les chants à la mémoire
du Christ ressuscité.

Plus tard je l’ai suivie
dans un repas de fête,
parlant avec ma bru
sur les coups de midi.

Elle s’en est allée,
bien avant l’Angélus
vers sa communauté
pour prier avec nous.

vendredi 3 avril 2026

Civet de l'ombre

C’est un civet de l’ombre

qui mijote à feu doux.

Du sanglier en pièces

fondant dans de la bière.


De la Guinness si sombre

qu’on oublie qu’elle existe,

quand les soirées de matchs

finissent dans la nuit.


La viande s’attendrit

au contact de la bière

et le vent du midi

s’inspire de l’Irlande.




Esmorzar de divendres

Esmorzar de divendres

al costat de la bota.

Dues copes de vi

en mig de porquejades.


Fuet i cansalada

ja ballen de bracet,

esperant la vinguda

d’un paté de bolets.


Un matí qualsevol

amb amics dels millors.

El molt generós Franck

i l’elegant Bernard.




Un bouquet d'ici-bas

C’est un bouquet de fleurs

qui a longtemps séché

contre les poutres sombres

de notre bon café.


Il a pris les senteurs

des civets qui mijotent

et les éclats de voix

des habitués heureux.


Semaines de silence

en haut du brouhaha...

Et voici que des muses

le tirent ici-bas.


Il connaîtra bientôt

d’autres fleurs de Palau.

Des amours de ruisseau

et le vent de la plaine.




Le Christ est parmi nous

Et inclinato capite, emisit spiritum...


Le Christ est sur la croix,

il ne lui reste plus

qu’un peu de temps à vivre

en haut du Golgotha.


Et partout dans le monde,

des enfants, des vieillards,

des femmes et des hommes

se préparent à le suivre.


Dans la folie d'un homme

qui brûle les églises,

viole les hôpitaux

et arrache les ponts.


Le Christ est parmi nous.

Il est sur notre terre,

dans l’orient d’une mer

que l’on croyait de paix.