jeudi 28 décembre 2017

En Sindo a l'IME / Tonton Sindo à l'Institut Menorquí d'Estudis

Per a na Sarah, na Laura i en Martí Guasteví

Les barques jeuen damunt ses platges.
Sa platja fosca des Racó,
sa platja clara des palau.

Silenci d'or i de passes lentes,
xerram sense deixar de mirar es mur.
Què pensaries, Sindo, si mos veiessis

aquí, dempeus, devora sa biblioteca
plena des teus versos. Quant de temps
fa que no et veig, mon conco adorat?

Penso amb admiració en sa nostra família
que et va portar aquí a xerrar sense mai
pronunciar un mot. Tot just a jeure amb

ses barques dormides, el mar de blau intens
i, al fons, es campanar que tantes vegades
vas cantar, antes de fondre't amb la sorra.

***

Les barques reposent sur les plages.
La plage sombre du Racou,
la plage claire du palais.

Silence d'or et de pas lents,
nous discutons sans cesser de regarder le mur.
Que penserais-tu, Sindo, si tu nous voyais

ici, debout, près de la bibliothèque
pleine de tes vers. Depuis combien de temps
ne t'ai-je vu, toi, mon oncle adoré ?

Je pense avec admiration à notre famille
qui t'a conduit ici pour discuter sans jamais
prononcer un mot. Juste pour reposer auprès

des barques endormies, la mer au bleu intense
et, au fond, le clocher que tant de fois
tu as chanté, avant de te te fondre dans le sable. 


mercredi 27 décembre 2017

El rastre gris del plugim lleuger / La trace grise de la pluie légère

No plou encara, els vesins caminen lentament
pel carrer ample. Els mir des de la finestra
opaca. No em veuen. Capcots.

Sent el soroll de ses rodes negres sobre el
quitrà moll devora sa casa de l'amic Paco.
Deixen un rastre gris. Memòria d'una nit freda,

en espera de l'any que ve. Confiança en el tracte
dels homos i de ses dones que ja preparen ses pastes
per omplir-les dels tresors de la terra: espinacs,

pinyons, porc capolat. S'apropa el berenar en el bar
del poble on les tastarem, tot llegint amb parsimònia
les pàgines primes des diari, de rastre gris i lleuger.

***

Il ne pleut pas encore, les habitants marchent lentement
dans la large rue. Je les regarde depuis la fenêtre
opaque. Il ne me voient pas. Tête basse.

J'entends le bruit des roues noires sur le
goudron mouillé près de la maison de mon ami Paco.
Elles laissent une trace grise. Mémoire d'une nuit froide,

dans l'attente de l'année prochaine. Confiance dans la relation
avec les hommes et les femmes qui déjà préparent la pâte
pour la farcir des trésors de la terre : épinards,

pignons, porc haché. Bientôt nous déjeunerons dans le bar du 
village où nous les goûterons, tout en lisant parcimonieusement
les pages minces du journal, à la trace grise et légère.

lundi 25 décembre 2017

Batec marí / Battement marin

El batec del meu cor és de mar.
Mar fosc, veu a veu. De la costa
del nord quan s'allunya l'any .

Tanco el ulls i m'hi retrobo. Deix
sa llengua estimada i recuper s'altra,
adorada. Viaig entre dues terres,

dues llengües, funàmbul atrevit que
resisteix a l'embat de les ones abans
d'adormir-se, content, amb son estimada.

***

Le battement de mon cœur vient de la mer.
Une mer sombre, voix à voix. De la côte
du nord quand l'année s'en va.

Je ferme les yeux et je m'y retrouve. Je laisse
la langue que j'aime et je récupère l'autre,
adorée. Je voyage entre deux terres,

deux langues, en funambule audacieux qui
résiste au coup de tabac avant de
s'endormir, content, auprès de son amour.

mercredi 20 décembre 2017

Un gilet de laine

Je ne vous parlerai pas de celle qui le portait,
voici trois ou quatre ans. Elle vit dans le cœur
de ceux qu'elle a guidés.

D'elle, je ne connais qu'une photo discrète, un
instantané où elle ne pose pas. Elle est, et le 
temps peut bien s'écouler, entre automne et

printemps. Sous une fine chaîne d'or qui barre 
un chemisier sombre, elle porte un gilet épais,
fermé d'un gros bouton beige. Nul souci de plaire

ou de se faire remarquer. Le gilet délimite la
scène intérieure, dans une demeure où il ne fait
pas toujours chaud. La maille est serrée, les plis

s'y marquent sous l'épaule. En forçant le regard,
on croirait entendre la pendule au salon. Douceur
de la laine, buvard des confidences et de brèves

ou longues conversations. Tiédeur de la pelote qui
trouve enfin un sens au terme du tricot en enrobant
d'un voile clair la plus unique des humanités.

Si us plau / Je t'en prie

Si us plau,
no em deixis.
Pas encara.

Queda't un moment.
Paraules imaginades
mentre la mà fregava

el cristall fred del bus
que se n'anava cap als barris
alts. Recordo aquests dos que

s'acomiadaven i no sabien com
fer-ho. Queia un lleuger plugim,
com a la poesia d'un amic car,

mentre em decidia a deixar-los enrere.
Fabra i Puig se m'empassà amb els passos
precipitats dels viatgers anònims i callats.

***

Je t'en prie,
ne me laisse pas.
Pas encore.

Reste un moment.
Paroles imaginées
cependant que la main frôlait

la vitre froide du bus
qui s'en allait vers les quartiers 
hauts. Je me rappelle ces deux-là qui

se disaient au-revoir et ne savaient comment
s'y prendre. Une pluie légère tombait,
comme dans la poésie d'un ami cher,

cependant que je me décidais à les laisser derrière moi.
La station de Fabra i Puig m'engloutit dans les pas
pressés des voyageurs anonymes et silencieux.

Tête d'homme

Le heaume qui découpe le visage
arrondit la figure
et les yeux qu'on lui voit
lui donnent l'air triste.
Schéma d'une figure
gravée au burin,
faite de contours simples :
union du nez et des cheveux.
Un cavalier nostalgique ?
L'esquisse d'un homme vil ?
Autant d'options, autant de reflets
de qui le regarde fixement.

Jordi Julià, Marques de mains,
traduit du catalan par M. Bourret Guasteví



procession trompeuse

Et surtout faisons bonne mine
la procession gagne l'intérieur
et c'est un départ erroné
que d'écrire à l'encre sympathique
en croyant qu'elle ne laisse pas de trace
alors que la blessure est si nette
dans ce désert rempli de mirages
il convient de faire de la tromperie un artifice
s'imprégner d'essences
en remontant la côte dans sa descente

Ismael Pelegrí i Pons, De l'animal qui s'impose,
traduit du catalan par M. Bourret Guasteví

Enllaçat / Enrubanné

He deixat enrere la llengua
estimada, les passes amb els amics,
la febre dels sopars. M'he obligat

a escriure els mots del quotidià
com qui agafa el tren per la feina
i s'hi adorm, per fi, sense esma.

M'he tret l'abric honest pesat,
la seva foscor protectora i he
acariciat el detall lluminós

que a França sembla mentida. Un
llaç groc, ample i esfilagarsat.
Me l'enduc per tot arreu, callat,

per recordar que, si bé me moc,
cantussejant per la costa coneguda,
alguns, sincers, per amor estan tancats.

***

J'ai laissé derrière moi la langue
que j'aime, les pas avec les amis,
la fièvre des dîners. Je me suis obligé

à écrire les mots du quotidien
comme on prend le train pour le travail
et on s'y endort, enfin, essoufflé.

J'ai retiré mon manteau, sombre et lourd,
son obscurité protectrice et j'ai
caressé le détail lumineux

qui en France semble insensé. Un
ruban jaune, large et effiloché.
Je l'emporte en tout lieu, silencieux,

pour rappeler que si moi je me déplace,
en fredonnant sur la côte connue, d'aucuns,

sincères, pour leur amour sont enfermés.

D'autres instruments

Il nous faudrait d'autres instruments
pour mesurer le cours du temps. Foin
des montres digitales et des annonces

d'aéroport. Je veux de discrètes clepsydres
s'écoulant de nos baisers mêlés, des sabliers
de doigts, les tiens, les miens, goûtant chaque

grain avant de le laisser filer. Un cadran comme 
un plateau d'apéritif, avec des aiguilles émoussées
pour tricoter des écharpes à porter en silence.

Il nous faudrait d'autres instruments, vois-tu.
Mais, en attendant, remise ta montre dans son gousset
et donne-moi tes lèvres qu'en moi il fait si soif.

J'ai rêvé

J'ai rêvé d'une ville atlantique,
au levant ou au couchant, une ville
sacrée, à l'amorce d'un estuaire,

avec sa pluie ventée, l'appel d'un 
autre monde, la nostalgie des pas
laissés en arrière, le sel sous 

la langue avant la soupe brûlante.
C'était une ville neuve, construite
après un cataclysme, lisse,

prématurément usée par la pluie qui
caresse les visages aimés, lissant
les rides et même les sourires.

Je l'ai rêvée et m'en suis fait écharpe
pour affronter la nuit. Dans mes oreilles,
sous un fil léger, des guitares, un accordéon

et des voix épousées d'éternels voyageurs
qui jamais ne se couchent et savent qu'il
est toujours, quelque part, une ville à rêver.

À l'aube

À l'aube, il ne pleut plus,
les grêlons de naguère, tout ronds,
se sont cachés dans les hautes herbes

et de là, ils veillent sur la nuit des
haleurs harassés, si proche encore.
Argentine lumière, désormais fondus,

les grêlons attendent le soleil qui les
enfilera, un à un, sur une corde à linge
qui flottera au vent de nos amours amies.

Ne les réveille pas, laisse-les au chanvre
rêche se mêler, l'assouplir, en faire une
pelote pour ta chatte favorite. La prune.

La lune. La lune tout endeuillée s'en va
à cloche-pied et tu ne peux la suivre.
Qu'importe. Ma voix t'arrive. Peu à peu.

mardi 19 décembre 2017

Buste féminin

Si tu dessines ma grâce
c'est que tu me veux avec toi,
si l'un de mes gestes vient d'un autre,
c'est en toi que tu m'as emmenée.
Je porte une couronne de jute
liée par des voiles de tulle
sous le menton
et mon petit corps de velours.
Mes cheveux s'éparpillent
dans un dessin diffus.
Je ris parce que tu me regardes,
et je réjouis ton ennui.

Jordi Julià, Marques de mains
traduit du catalan par M. Bourret Guasteví


Afaita'm / Rase-moi

Era el dia de Sant Joan.
Fa anys. Una generació.
Ciutadella feia olor de

suor de cavalls i de dies
inacabables. Reia una noia
pels carrers quan, de cop i

volta, l'aturà un home baixet,
prim, amb barba fosca i arrugues
ronyoses. Li cridà «afaita'm»,

una, dues, tres vegades, brandant
una Gillette i l'escuma d'una
cervesa barata. Reia la nena,

volia fugir però s'hi quedà, sense
esma, o gairebé, concentrada.
I començà la tasca inaudita

d'afaitar aquest llumet apagat.
Mentrestant, al balcó, una amiga
seva els mirava, immòbil, sense

immutar-se. Passaren minuts. Les arrugues
anaven desapareixent i la dona del balcó
reconegué el seu germà petit, demacrat,

que havia tornat a l'illa a descansar una
mica, ja afaitat, i a ajeure's abans de
morir-se a la terra dels avantpassats.

***

C'était le jour de la Saint-Jean.
Il y a des années. Une génération.
Ciutadella embaumait la

sueur des chevaux et les jours
interminables. Une jeune fille riait,
dans les rues, quand, tout à coup

un petit homme l'arrêta,
mince, avec une barbe sombre et des rides
crasseuses. Il lui cria : "Rase-moi».

Une, deux, trois fois, brandissant
un rasoir et la mousse
d'une bière bon marché. La gamine riait

elle voulait s'enfuir mais elle resta,
souffle coupé, ou tout comme, concentrée,
et elle entreprit la tâche inouïe

de raser ce feu follet éteint.
Pendant ce temps, sur son balcon, une de ses 
amies les regardait, immobile, sans

un mot. Des minutes s'écoulèrent. Les rides
s'effaçaient peu à peu et la femme du balcon
reconnut son frère cadet, étique,

qui était revenu à l'île pour s'y reposer
un brin, rasé, et se coucher avant
de mourir sur la terre de ses ancêtres.

Provisionalitat

M'agrada la fragilitat. Fins i tot,
m'és una necessitat com una bufanda
de color de riu xinès en ple hivern.

Passo un parell de dies a la ciutat
que més he estimat a la meva vida.
Hi camino entre lent i ràpid, sense

cap objectiu sinó el de trobar-m'hi amb 
amics únics. Ahir van ser un company de
tota la nostra vida tan breu, cult, delicat,

estudiós de poesia i amant de les persones.
Mitja horeta després, una amiga que feia
tants anys que no havia vist -si la vaig

arribar a conèixer!-. Vam xerrar molt, sense
cap límit. Curiosament, a la conversa, van entrar
les seves mares. Solidesa enmig de la provisionalitat.

A la nit, vaig sopar amb d'altres amics, deliciosos.
Amics profunds, entre teatre, belles arts i escriptura.
M'acompanyava una ampolla de xampany francès. 

Per a celebrar una fantasia somiada. Cadascú contà
part de la seva vida i d'on era a l'actualitat.
Els mots es barrejaren i nasqué l'Arenalnaïs.

lundi 18 décembre 2017

Frega / Frôle

Frega els murs de la vila,
estimada. Els murs aspres
i grisos, verges de pintades.

Amb els dits, els teus dits
tan prims i tan sensibles.
I després, a la nit, dins de

l'habitació prestada, escriu'm
la ciutat a la pell, sense pressa.
I fes-me gaudir-ne. Lentament.

***

Frôle les murs de la ville,
mon amour. Les murs âpres
et gris, vierges de tags.

Avec les doigts, tes doigts
si minces et si sensibles.
Et ensuite, le soir, dans

cette chambre prêtée, écris-moi
la ville sur la peau, sans hâte.
Et fais m'en jouir. Lentement.

Un traducteur

Laisser la langue entrer,
dans le chuchotis du café.

Se dévêtir, la peau glabre,
et enfiler les habits froids

et humides du poète ami. Ne pas
se presser, laisser la langue et

le café entêtant les tiédir et les
mouler à notre peau. Se jeter ensuite,

tenter, puis refuser le respect du
mètre, en garder quelques uns comme

ces monuments anciens qui bordent le
chemin. Comprendre enfin que c'est

dans cette alchimie inouïe que se situe
l'étroite appartenance à la terre aimée.

De Minorque à Barcelone, quelques vers.

Après tant d'années passées
tu crois savoir la leçon
la clé de cette claudication
avec laquelle tu fais ta route
sans nul besoin de t'excuser
pour désempierrer le fleuve
c'est une tâche vaine
qui n'épargne pas les crues
et quand les rives s'inondent
tout finit par se noyer.

Ismael Pelegrí i Pons, De l'animal qui s'impose,
traduit du catalan par M. Bourret Guasteví.



Un passejant qualsevol / Un passant quelconque

He fugit dels passadissos del metro,
bruts i plens de cartells polítics,
he sortit a la quadrícula estimada.

Comte d'Urgell amunt. He alentit les
passes per a reconèixer els cantons
oblidats. De la sorra dels records,

he fet uns monuments per als anys que
se m'apropen. Trenta-cinc anys. Gairébé
trenta-sis. De passejos incansables per

la quadrícula estimada. Amunt i avall.
Entre mar i muntanya, Besós i Llobregat.
Recordo els cabells llargs i grassos,

la llengua recuperada, el passat escamotejat
per la dictadura, uns diaris que pregonaven
la terra -El País- i un present etern -Avui-.

De tots els colors de la nit, m'he fet una capa
groga, de llaços i llumets i he tornat a casa de 
l'actriu admirada, a dormir-hi, somiar i prendre forces.

***

J'ai fui les couloirs du métro,
sales et pleins d'affiches politiques,
je suis sorti dans le quadrillage aimé.

Ja'i remonté la rue Comte d'Urgell. J'ai ralenti
mon pas pour reconnaître les coins de rue
oubliés. Du sable de mes souvenirs,

j'ai fait des monuments pour les années qui
s'approchent. Trente-cinq ans. Presque
trente-six. De promenades infatigables dans

le quadrillage aimé. De haut en bas.
Entre la mer et la montagne. Et les deux fleuves.
Je me souviens des cheveux longs et gras,

de la langue récupérée, du passé escamoté
par la dictature, de journaux qui proclamaient
la terre -El País- et un présent éternel -Avui-.

De toutes les couleurs de la nuit, je me suis fait une cape 
jaune, de rubans et de feux follets et je suis revenu à la demeure
de l'actrice admirée, pour y dormir, rêver et prendre des forces.

Les rues sonores

Les rues sonores sous les pas,
le léger voile humide qui fait
briller la chaussée, Le halo
trouble qui entoure les enseignes.

Barcelone ne change pas que je descends
lentement. Rue de Muntaner le bar Vélodrome
m'attend, j'y dînerai d'un peu de viande de

pot-au-feu agrémentée d'artichauts et de champignons
poêlés. Au retour, dans l'appartement ami, tiède et
silencieux, un ruban jaune m'attendra. Avec des ciseaux
et de petites épingles à nourrice. Ma livrée de demain.

samedi 16 décembre 2017

Vorejaré / Je longerai

Vorejaré el mar i m'acompanyaràs.
A la Mar Bella, fosquet, deixarem
la llum del dia i els àpats opípars.

Serem tu i jo, muts, somrients, lliures.
Caminarem lents, passarem davant de l'antic
Camp de la Bota. Olorarem la pòlvora negra

dels fusells y sentirem els crits de les
víctimes innocents. Com un homenatge a
tants homenots desconeguts, m'agafaràs

de la mà i em contaràs el cant de les sirenes,
més enllà d'aquest mar de petroli brut i tendre.
Serem tu i jo, muts, somrients, lliures.

***

Je longerai la mer et tu m'accompagneras.
Sur la plage de «Mar Bella», le soir, nous laisserons
la lumière du jour et les repas somptueux.

Nous serons toi et moi, muets, souriants, libres.
Nous marcherons lentement, nous passerons devant l'ancien
«Camp de la Bota». Nous sentirons la poudre noire

des fusils et nous entendrons les cris des
victimes innocentes. Comme un hommage à
tant de grands hommes inconnus, tu me prendras

par la main et tu me raconteras le chant des sirènes,
par delà cette mer de pétrole sale et tendre.
Nous serons toi et moi, muets, souriants, libres.

lundi 11 décembre 2017

Flux et reflux

La mer bat contre le rivage.
En silence. Et pourtant je l'entends
qui lèche la grève sèche où tu as
imprimé tes pas. Tu te lèves,

je te saisis par la cheville droite pour
que la mer s'imprègne de toi. Tu ris aux
éclats et t'échappes d'un bond. Moi, je feins

de dormir un brin. Je pense à ta peau, à son grain
parmi le sable blond. Je m'en fais une absente
pour mieux la retrouver. Un jour. Ou maintenant.

Si le cœur t'en dit. Ce cœur qui bat comme le flux
et le reflux séculaire qui nous unirent un jour,
deux voix cherchant leurs mots dans le discours des 
autres pour s'en faire une alcôve au charme désuet.

Buidor / Vacuité

De nit, els museus es deixen envair
per la penombra antiga. Ningú s'hi pot
retrobar, s'esborren els rètols. Dormen

els guàrdies i festegen els conservadors.
Sempre? No pas. Un dia, fa segles, fa hores,
uns altres guàrdies, guiats per un gat vell,

hi entraren amb armes i cadenes i s'endugueren
tot el que hi havia. Silenci. Buidor. Tristesa
de qui creu en la cultura. I la penombra antiga.

***

La nuit, les musées se laissent envahir
par la pénombre antique. Nul ne peut s'y
retrouver. Les affichettes s'effacent. Les gardiens

dorment et les conservateurs festoient. Toujours ? 
Que nenni. Un jour, il y a des siècles, il y a des heures,
d'autres gardes, sous la houlette d'un vieux renard,

y entrèrent avec leurs armes et leurs chaînes et emportèrent
tout ce qu'il y avait. Silence. Vacuité. Tristesse de
ceux qui croient à la culture. Et à la pénombre antique.


Peaux

La peau n'a pas de sexe, la peau n'a pas d'yeux,
la peau, ce sont des ergs et des regs ondulant
sous le vent, de brusques envolées, au hasard

d'un repli, puis une brume légère avec sa pénombre,
une rosée, puis deux, et la langue se fait saline.
Sous ta peau, mon doigt cherche l'épice. Oh la Dune

salace, le désert de Gobi. À peine ris-tu que ton vélo
t'emporte, gerçant ta peau cachée de tant de ridules
d'efforts. Attends, je t'en prie, ma peau déjà se ride.

Parle-moi

Parle-moi de la pluie, derrière la vitre,
parle-moi de cette eau qui voile ton regard,
laisse tes lèvres la goûter, avides, puis

m'en faire présent, en bulles irisées. La pluie
mêle à tes cheveux des milliers de ruisseaux
que ton amour tiédit avant qu'elle ne s'évente.

Déjà le train s'en va, déjà le train s'en vient,
et la pluie, perdue de t'avoir si vite délaissée,
fouette la vitre sale pour mieux cacher mes pleurs.

Sept de sept

Des fleurs glacées sous le plastique,
serrées les unes contre les autres
avant la prochaine rafale. La pluie

n'en finit pas de tomber sur la Madeleine
en ce lundi matin. Mon fils me raconte
l'histoire de l'ancien temple républicain

et je vois son pendant par delà l'obélisque
d'or et le fleuve. Le vent reprend, les fleurs
s'éparpillent et les fragiles supports se brisent.

Un chanteur y passa, naguère, accompagné des humbles
à blouson clouté et des dignitaires à cocarde. La pluie
redouble, la bouche du métro, non loin, nous avale enfin.


dimanche 10 décembre 2017

Six de sept

Il y a de la ruche
et de l'incubateur
dans cette toiture

saisie du dessous.
Silence, lumière
vive, peu de gens,

assis dans de hauts
fauteuils jaunes de
skaï inodore. Une

échelle attend sur
la coursive de bien
téméraires lecteurs.

La scène est en région
parisienne. Une ferme
délaissée s'est muée 

en un lieu fort coquet.
Une médiathèque dont le
lino couine sous les pas.

On peut y emprunter bien
des supports, comme l'on 
dit, de nos jours.

Je préfère y goûter le temps
qui passe. La ruche s'y montre
profuse et l'incubation règne.



samedi 9 décembre 2017

Cinq de sept

La lune est un halo froid.
À son approche, de vagues 
ombres. Pourtant, j'ai vu

la frondaison bouger et le
long immeuble de brique nue.
Le froid m'a saisi, en ouvrant

la coulisse. Dans mon objectif,
tout s'abolit comme s'abolit
le monde dans le sommeil éreinté

des femmes et des hommes de banlieue.
Et seul demeure, tutélaire, l'astre
sélène, et ses vapeurs insoupçonnées.


vendredi 8 décembre 2017

Quatre de sept

Le train avance, lent, lancinant,
seul mon dos en perçoit le tracas.

Le paysage s'est aboli, tout comme
mes compagnons de voyage. J'ai laissé

mes lunettes sur la tablette de formica
et mon portable dans sa besace. Sous

mes yeux, Margarit vit, dans le miroir
trompeur de l'expression première en

catalan et de l'auto-traduction en espagnol.
J'annote peu, je m'imprègne de ces mots dont

il dit qu'ils sont des roses coupées par ses
ciseaux rouillés. Ces roses dont le bouquet

m'est absent, je les présenterai à mes étudiants
dans une petite heure, déjà. Sauront-ils les apprécier

comme je les ai goûtées ? Plus bas, mes jambes sont
sages, tendues de toile de Nîmes sombre. La course

est pour un temps suspendue. Bientôt je m'élancerai
dans les rues, le sac sur le dos, les roses à la bouche.


jeudi 7 décembre 2017

Trois de sept

La porte s'est refermée sur le cagibi
aux mystères. Il est tôt, l'école approche.
Martí sait qu'il lui reste peu de temps.

Alors il déchire une enveloppe destinée
à son grand frère, en tire un petit lapin
crétin qu'il colle, à l'oblique.

Il penche la tête et repart en courant,
tout heureux de son larcin et de son
espièglerie. Les heures ont passé,

la maison est retombée dans un silence
gris, j'aperçois le petit lapin de guingois
et je pense à toi, Martinou ! 



mercredi 6 décembre 2017

Sans y penser

Sans y penser, l'amour s'est installé,
au fil des mots échangés, brefs ou infinis.
De nos visages nous ne connaissions que bien

peu. Quelques clichés anciens de toi en pied,
mon sourire barbu. Passent les jours, passent
les semaines et ce qui ne peut se dire se vit.

Il y a si longtemps, il y a si peu de temps.
Un exercice de style, appliqué, sous la férule d'un 
juge me l'a rappelé et je ne t'en ai que plus aimée.

Deux de sept

«Summa arbor»... Ovide n'en peut mais.
Au sommet des livres, plus nets en leur 
centre, est une fine feuille de papier

imprimé, sous verre encadré de deuil.
C'est une marque d'accueil qui te fut
offerte, de Tahiti, pour un menu service

rendu. Silence tutélaire qui semble aligner,
comme harengs en caque, Cendrars à la course
légère, Goffette et sa cuisine simple,

Martial, l'économe, et Roubaud ce prince des
poètes qu'il ne fut, pour être né trop tard.
Tant de livres que tu as caressés du regard,

la nuque un peu cassée par la hauteur avant
de les humer, au hasard d'une pêche hasardeuse.
Ton écriture s'en inspira en un discret hommage.

Puis tu oublias ces vers de si personnelles
circonstances sur un coin de table de café,
sans la tutélaire présence d'un papier tahitien.



Deux lettres

Deux lettres, à deux mois
d'intervalle. L'une te blesse
et te désoriente, que détient

un greffe sombre. L'autre m'est
un coquelicot, cette fleur qui
jamais ne se coupe, et que je 

t'offre pour alléger tes pas.
Double articulation : écrire
bien, d'une pensée raffermie,

et, en silence, apporter à l'aimée 
piétinée la chaleur d'une main 
qui pour toi a écrit.

Le dernier d'Ormesson

à la mémoire de Claude R.

Chaque année, pour Noël,
comme un rituel désuet,
ma mère feignait de douter

à l'heure d'acheter un présent
pour sa meilleure amie. Et, à
chaque fois, c'était la même

explosion de joie, comme un trait
de génie : «Le dernier d'Ormesson !»
On s'empressait de gagner Privat,

au cœur de la ville ancienne qui 
en tenait une pile toute prête,
gratifiant ma mère d'un sourire

à elle seule réservée. Longtemps,
je me suis demandé si le grand homme,
dans sa matoiserie, ne publiait pas

juste avant les fêtes afin de rallier
fidèles et incertains. D'Ormesson s'en
est allé rejoindre Claude qui l'aimait.

Un de sept

Le ballast, les traverses,
la parallèle lancinante
des rails étincelants.

Le cliché est flou et le
cadre inexistant. Seul,
un reflet, en bas, marque

la présence de la fenêtre
derrière laquelle opère
le photographe, muet.

Un train arrive en gare,
à son terminus. L'air,
glacé, ne surprend pas

encore. L'imprécision
est à la mesure d'une
vitesse qui jamais

ne me lâche, faisant de ma 
vie ferroviaire un assez
juste reflet de mes jours.


vendredi 1 décembre 2017

Tierra de nadie

T'imagines una terra de ningú,
un paisatge tan erm que els homes
no en voldrien més? Sense un arbre
ni un riu d'aigua fresca. Un entorn

buit, callat, sense un ocell ni un
bri d'herba. Sense un buf, un alè,
un flux de sons inconnexos, unes

paraules d'amor o de respecte mutu.
Deixa, per uns instants, la teva brotxa
de pintura groga i pensa-hi. Aquesta

terra erma, aquest paratge inhòspit, pot
ser el teu si deixes que et robin la llengua
i, setmana rere setmana, s'instal·len al teu lloc.

Quelques heures

Une après-midi, quelques heures
volées à la neige qui tombait
lentement par le carreau fermé.

La blancheur du drap était écume
sur nos lèvres rapprochées et les
doigts couraient vite sur l'étrange

coursive. Je dormis un brin. De toi,
mon souffle s'était gonflé et j'avais
fait de ta chemise un foc pour m'en 

aller voguer dans ces mers si chaudes
qu'on les dit un jour Sous le Vent. 
Un pleur imaginaire brisa la veille 

et nous nous enlaçâmes. La ville nous
sépara, un temps ; l'après-midi s'en était
allée et voici que débutait, enfin, notre soirée.

La dona de groc

a l'A-M.V

Te'n recordes, amiga nostra,
quan escribies la Dona de gris?
En parlàvem i jo veia com la teva

vida deixava rastres delicats en
les teves pàgines. Passaren setmanes
mesos, el llibre m'arribà a les mans

i al cor. El llegí dues vegades. Una
amb pressa i deler, l'altre amb la ment
tèbia i l'ajuda dels libres compartits.

Fou una delícia, com veure entrar els cars
amics camusians en una Barcelona que inventaves
més real que la que jo portava anys, àvid, recorrent.

Ara et toca a ti vestir-te de color, però no pas
de tistesa sinó de confiança i amor. Ja sé que t'has
comprat una bufanda groga. Apa, que et necessitem!

lundi 27 novembre 2017

Les dues serps del teu nom

Són dues. Amigues i alienes,
no es miren mai als ulls,ni es 
freguen les seves llengües agudes.

L'una és groga, com d'or fos, barrejat
amb sorra fina. L'altra és tan vermella
que es diria de sang fresca i verge.

Quan comença a fosquejar, arran de l'aigua,
trenen els seus cossos humits i silenciosos.
Només se senten els casacavells de les escames.

Remor celestial que necessita una altra llengua,
ultramontana i un combat de cada dia, la ment
en les arrels perdudes i, per fi, retrobades.

vendredi 24 novembre 2017

Quand tu sentiras

Sur quelques vers de Salvat Papasseit

Quand tu sentiras ma bouche,
s'approcher de la tienne, à pas
feutrés, retiens ton souffle,

ferme les yeux en découvrant
le drap. Je te prendrai toute et
ne voudrai te laisser. Le café

brûlant pourra bien attendre.
Je chercherai en son grain
refroidi la peau de ton épaule,

la tiédeur de ton cou. Tu dormiras
alors, clarté abandonnée à la main
ouverte, et je voyagerai heureux

dans chacun des sillons de ta paume
comme ces jeunes amants nés
à la passion, au tournant d'une nuit.

jeudi 23 novembre 2017

Une autre maison

Toute votre vie, vous avez marché,
de maison en maison, dans le même
village ou à travers la France.

De petits appartements, des villas
lumineuses, à la ville comme aux
champs. Partout, vous avez laissé

votre odeur, ce parfum qui n'appartient
qu'à vous et qui fait rougir le serpolet
et pâlir la lavande. Le fumet de la daube

se réchauffant à petits bouillons sur un
coin de gazinière, l'entêtant parfum de
fleurs d'oranger des navettes façonnées

par vos mains ou celles qui vous accompagnaient.
Une autre maison vous accueille, aujourd'hui.
Oh non, pas celle où vous vous réunissez pour

écouter Marianne et vous abreuver à sa sagesse
souriante. Non, celle des aquarelles vives et
des poèmes légers. Toute votre vie, en un mot.

mercredi 22 novembre 2017

La solitude du grutier

La cabine est petite. De verre.
Le monde, à portée du geste de
la main, est inaccessible.

Il fait chaud malgré le givre extérieur. 
Il a gravi les soixante-dix degrés 
de l'échelle il y a si longtemps 

que le souvenir lui en semble flou. 
Ses gestes sont précis mais il a oublié 
le goût de la terre qu'il convoie.

Il est un rouage, un simple rouage,
et il ne le sait plus. Loin, si loin,
l'immeuble s'élève. Un autre grutier

dont la flèche est parfois parallèle
à la sienne y contribue. Il ne le
connaît pas. Se sent-il aussi seul que

lui ? Main gauche, main droite, le regard
froid. Fixé sur le geste du compagnon
d'infortune en bas, moins payé et qui rêve,

qui sait, à gagner les hauteurs et un meilleur
salaire. Sait-il, au moins, comme lui-même le crut, 
jadis, que le ciel ne se gagne pas du haut d'une grue ?

dimanche 19 novembre 2017

Una senyora / Une dame

Demà faré anys. A les tres de la tarda en punt.
Molts anys. No massa. No tant com el cumul dels 
anys dels meus fills adorats.

Demà faré anys. Encara em queda una mica de temps
per parlar-vos d'una senyora que alguns de vosaltres
coneixen: la Maryse, ma mare. S'acabaven les últimes

setmanes d'un deceni sense guerra -a ca nostra, almenys,
perquè pertot arreu, fins i tot per culpa nostra, el món
sagnava-. La Maryse havia deixat el cafè càlid dels seus 

pares per seguir el seu marit, com Déu manava, aleshores.
No va menjar gaire. Els primers anys van ser de molts estalvis
i pocs somriures. De mica en mica s'omplia la pica, m'estava

esperant, ben lluny de sa mare que patia malalties del cor.
Era un dijous, al vespre. A casa hi havia la seva cosina.
Xerraven, fumava la cosina, la mare l'escoltava enraonar.

Afora queia un lleuger plugim i es creuaven lents paraigues
foscos. La gent preparava la Sant Nicolau, Nadal quedava ben
lluny. Xerraven en maonès, açò m'imagin. T'estim tant, mare!

***

Ce sera mon anniversaire demain. À quinze heures pétantes.
J'aurai un certain âge. Pas encore le grand. Pas autant que 
la somme des années de mes enfants adorés.

Demain, ce sera mon anniversaire. Il me reste encore un peu 
de temps pour vous parler d'une dame que certains d'entre-vous
connaissent : Maryse, ma mère. C'étaient les dernières

semaines d'une décennie sans guerre -chez nous, tout au moins,
car partout ailleurs, et même par notre faute, le monde
saignait-. Maryse avait laissé le café chaleureux de ses

parents pour suivre son mari, comme il était alors de rigueur.
Elle n'a pas beaucoup mangé. Les premières années, elle a davantage
économisé que souri. Petit à petit, l'oiseau faisait son nid, elle

m'attendait, bien loin de sa mère qui avait une maladie de cœur.
C'était un jeudi, soir. Chez elle, il y avait sa cousine.
Elles papotaient, sa cousine fumait, ma mère l'écoutait bavarder.

Dehors la pluie tombait fine et de lents parapluies se croisaient,
sombres. Les gens préparaient Saint-Nicolas, Noël était encore bien
loin. Elles parlaient mahonnais, j'imagine. Je t'aime tant, maman !