samedi 29 février 2020

Veille

Au fond de la poche,
silence de quelques grains,
l'amour vit et veille.

Estimar-te / T'aimer

Estimar-te en silenci, mentre
em passejo mentalment per la
ciutat dels prodigis. Amb tu.

Deixar descansar la llengua 
apresa de les converses de l'avi
i de la mare. Rebutjar la llengua

de cada dia, espasa d'or i diamants
i refugiar-me en les paraules creuades.
De diamant i d'or, però mai d'espasa.

***

T'aimer en silence, cependant
que je me promène mentalement
dans la ville des prodiges. Avec toi.

Laisser reposer la langue
apprise des conversations de mon grand-père
et de ma mère. Repousser la langue

de tous les jours, épée d'or et de diamants
et me réfugier dans les paroles échangées.
De diamant et d'or, mais jamais d'épée.

Le marché voilé

à Miquel Mariano Vadell,
mon maître en gastronomie.

Samedi matin, à Mahon. Des lambeaux
de coton dans le ciel bleu azur.
La foule se presse dans le marché

aux poissons. J'imagine mes amis
y partageant le vermouth sur des
chaises pliantes en toile verte.

Heures longues, de repos et de
savoureux devis. On partage de
petites soubressades grillées

qui graissent le bout des doigts
d'une huile orangée. La presse
s'étale que l'on préserve un brin,

sans vraiment y croire. Nouvelles
proches et déjà caduques. Magie des
langues croisées, à jamais épousées.

vendredi 28 février 2020

Poèmes

Ils sont cinq-cents, garçons et filles,
à attendre. Patiemment collectés, leurs
poèmes arrivent au jury, dans des tiroirs

ombreux. Courts ou longs, noirs ou colorés,
minutieusement décorés ou sans nulle guirlande,
ils s'agitent doucement, comme le sable se presse

dans l'étroite gorge du sablier. Incompréhensible
classement qui les criblera et laissera, au fond
du tiroir de l'oubli, le souffle bref d'un élève ravi.

Un verre

Un verre mince et froid, dont
le galbe épouse les doigts qui,
lentement, avec une infinie

confiance, lui donnent leur chaleur.
Un verre vide qui s'ennuie peu à peu,
somnole sous la tiédeur digitale et

se surprend de l'arrivée soudaine d'un
flot de dorure glacée. Du Tariquet. Ou
un Picpoul franc. Les doigts ne goûtent

et le convive est ailleurs, qui discute.
Le verre tangue. Paquebot à la verticale
sans les glaçons titanesques du pôle.

Murs

Murs érodés qui perdent le crépi.
Ciment disjoint, briques roses
comme léchées par la pluie lente.

Touffes grêles, aux tiges dures et
aux racines invisibles, qui vivent
de l'arène qui peu à peu se dépose.

Rien derrière. Nul toit, nul parquet,
le vent sur le parking en construction
et les voyageurs qui courent vers le train.

Je ne te demande rien

Je ne te demande rien
et la route glisse,
et la route crisse...

Tes mains sur le volant
rêvent à des soirs ombreux
et à de clairs matins.

Tu ne diras rien et fredonnes,
la semaine en sa fin, ton cœur
s'apaise et écoute son battement.

Comme le ferait une oreille amie,
une page aimante, le pétale libre
d'un coquelicot du chemin.

jeudi 27 février 2020

Rue des Saules

Les saules n'y sont plus.
Au bout, de longs roseaux,
que peigne la pluie, ferment

la rue. Peu de voitures, nul
promeneur. Le gravillon gras,
d'ennui, joue aux osselets.

Volets clos, les maisons basses
quémandent le regard. Le mien
glisse sur leur crépi gris.

À un jet de caillou, le fleuve
charrie limon et branchages. Dans
la rue des Saules, l'amour sourit.

lundi 24 février 2020

Dóna'm / Donne-moi

Dóna'm els teus llavis
pintats, tan brillants
com morenes salvatges.

No parlis, acluca els ulls,
els lleparé i me n'aniré
begut pels camins frondosos.

Allí, a les fosques, viuré
la teva mirada benèvola i
la teva paraula de seda.

***

Donne-moi tes lèvres
maquillées, aussi brillantes
que des murènes sauvages.

Ne parle pas, ferme les yeux,
je les lécherai et je m'en irai
ivre sur les chemins touffus.

Là, dans l'obscurité, je vivrai
ton regard bienveillant et
ta parole de soie.

Has deixat?/ As-tu cessé ?

Has deixat d'escriure,
en català, la llengua
del teu cor?

He deixat passar dies i
setmanes, ventades agres
i pluges despietades.

He obert poemaris prims
i tancat enciclopèdies
gruixudes.

He deixat que em cridi
la llengua, els mots humils
dels savis pescadors.

***

As-tu cessé d'écrire,
en catalan, la langue
de ton cœur ?

J'ai laissé passer des jours et
des semaines, des rafales aigres
et des pluies impitoyables.

J'ai ouvert de minces recueils de poèmes
et refermé des encyclopédies
épaisses.

J'ai laissé la langue
m'appeler, les mots humbles
des sages pêcheurs.

Plaisirs infimes

De petits poissons frits
et le gravier qui crisse.
Pour moi tout est délice
et l'horizon sourit.

Derrière la frontière
au bas de l'escalier,
je connais un café
pour y prendre une bière,

avant que de rêver
au très vieil autorail
qui, par delà le mail,
invite à cheminer.

La mer

La mer encore est froide,
qui nous attend en son rivage.
Les amandiers fleurissent et

les échancrures dévoilent la peau
laiteuse. Le sel frise sur les galets,
nos doigts fourmillent de se serrer

et nos pieds, déjà nus, longent du
Lion le golfe étincelant. Ta bouche
est framboise et tes cheveux jonquilles.

La mer murmure. Nulle marée, nulle houle.
Elle attend, patiemment, dans l'odeur
fantasmée des sarments embrasés.

Madame Gevrey

Un nom de Bourgogne
vif, sang artériel,
de la conversation

et une culture rare.
Madame Gevrey goûte
la vie, à petites

lampées goulues. Quelques
vers et la voilà sur les
routes du Sud, en quête

d'une main et d'un regard.
L'infortune est derrière,
tout est prétexte à ravir.

D'humbles bugnes sucrées,
grasses à souhait. Une
épaisse anthologie brochée

et la volonté jamais ébréchée
de lire à haute voix des vers.
Des vers toujours recommencés.

Un capitaine au long cours

Il contrôle les omnibus ridés,
de la Provence aux Pyrénées,
mince dans sa tenue marine,

la casquette vissée comme un
officier de marine. La barbe
taillée court. Le vieil autorail

tangue et menace de verser. Il
n'en a cure et se maintient droit
sans jamais s'assurer aux montants.

Aux arrêts, il sort et regarde au
loin, cherchant la mer encore si
lointaine. Il pense déjà à l'eau

froide dans l'anse de Portbou et à
la petite catalane qui l'attend pour
voguer vers l'horizon. Au long cours.

La fiancée

Il est grand, courbé, la démarche
hésitante. Toute une vie de labeur
et d'aigreurs. Un mauvais mariage,

le culte du devoir, du point du jour
à la nuit noire. Les articulations qui
craquent et le corps qui n'en peut plus.

L'EHPAD comme un refuge. La désorientation
première. Le silence. Plus de récriminations.
Et la rencontre inattendue, l'amour qui naît,

comme une bulle crève enfin à la surface du vin
frais. À plus de quatre vingt-dix ans. Les gestes
petits, délicats, les pauvres mots de chaque jour

qui deviennent de flamboyants étendards. Et puis
la maladie subite de la fiancée toute neuve,
déplacée dans un autre établissement.

L'attente patiente, le coup de fil intimidé, chaque
semaine, dans le bureau de la psychologue aimante,
entre le café brûlant et les gâteaux secs.

Toute une vie de labeur, de sacrifices et de désamour.
Et, sur le tard, ce coquelicot qui s'ouvre, tiède,
dans la main ridée. «- À demain ?» «Oui, à demain»...

jeudi 20 février 2020

Tièdes cervoises

à Valérie, Jean-Yves et Rémi

La réunion a pris fin,
dans le local poussiéreux.
La table immense n'éblouit

plus, l'heure est à la bière,
au Drapeau Rouge. Épaisses
pintes troubles. Stout ramassée.

On se presse sur la bergère, d'un
autre temps, aux coussins sans fin.
La bière est fraîche et les cœurs

chauds. De la cervoise. Tiède.
Comme dans les temps reculés.
Les frites brûlent les doigts.

On parle et on rit. Au loin,
un président, de tout son peuple 
haï, sent ses oreilles siffler.

On est bien. Merci, mes amis !


Vigilància / Surveillance

a Jordi

No diu res, o ben poc.
És poeta i espera. Confiat. 
Passen els dies. No escric.

I ell a l'aguait. Ja sap que
la meva vida és plena de nens
i trajectes, amb la pantalla

tancada. Una publicació. Una
segona. Tarda un poc i em veu
la papallona nova. Rosella!

***
Il ne dit rien, ou bien peu.
C'est un poète, il attend. Confiant.
Les jours passent. Je n'écris pas.

Et lui aux aguets. Il sait bien que
ma vie est pleine d'enfants et
de trajets, écran

fermé. Une publication. Une
deuxième. Il tarde un peu et voit
mon papillon neuf. Coquelicot !

mercredi 19 février 2020

Amètrica / Amétrique

a G. N.

Deixa els metres antics,
el càlcul lent, insistent
que li treu l'alè al mot

viu. Tanca els llibres del 
programa i vés-te'n ràpid
amb l'estimada pels camins

estrets i frondosos. Oblida
les hores llargues de l'estudi.
Aleshores entendràs l'amètrica

                                 de la vida.
                    
***

Laisse les mètres antiques,
le calcul lent, insistant
qui ôte le souffle au mot

vivant. Referme les livres du
programme et va-t'en vite
avec ton amoureuse sur les chemins

étroits et luxuriants. Oublie
les longues heures de l'étude.
Alors tu comprendras l'amétrique
                                       de la vie.
                   
               


Squales bleus

Derrière les hautes vitres,
les squales passent lentement,
inexpressifs, gorgés de passagers

atones. Frôlements immuables. Nul
désir dans l'éclat pelliculé orné
du chiffre de la ville. Je m'assieds

après de rapides salutations à mes
voisins de fortune. Lunettes épaisses,
nuques penchées sur des revues chemisées

ou des journaux emprisonnés dans une baguette
de bois sale. Non loin, une dame psalmodie
ce qu'elle lit, une autre se mouche dans un

mouvement tout aussi inintelligible. Les squales
continuent de passer à heure fixe. Nul ne les voit.
La vie n'est pas ailleurs, ni dans les textes

balayés du regard. Elle est là, dans les souffles
lourds et l'odeur douceâtre des corps échauffés.
La semaine est en son milieu. Les squales glissent.

dimanche 9 février 2020

Illa, en singular / Île, au singulier

Un dia, ja gran, una amiga em va demanar:
-Perquè t'agrada tant el peix? No vaig
saber respondre. No n'era conscient.

Portava el gust del mar dintre meu, des
de la llunyana infantesa en una costa
grisa del Nord on la gent solia menjar

eglefins fumats. Cada any, amb motiu
de l'aniversari del meu germà, la mare
treia del forn una greixera de llauna 

fosca, tallava patates i tomàtics, en 
feia un llit petit on descansava un animal
mansuet que em semblava dormit: una orada.

Quins sabors! quins plaers! Quant sol en
la trista ciutat portuària! Molts anys
després, la mare em diria que aquesta

recepta de perol de peix amb tomàtic li 
venia de la seva mare. Des d'aleshores,
porto el plat a dintre meu com una illa

singular.

***

Un jour, déjà âgé, une amie me demanda :
- Pourquoi aimes-tu autant le poisson ? Je 
ne sus répondre. Je n'en étais pas conscient.

Je portais en moi ce goût de la mer, depuis
ma lointaine enfance sur une côte
grise du Nord où les gens avaient coutume de

manger du haddock fumé. Tous les ans, pour
l'anniversaire de mon frère, ma mère
tirait du four un plat en tôle

sombre, elle coupait des pommes de terre et des tomates,
en faisait un petit lit où reposait un animal
paisible qui me semblait endormi : une daurade.

Quelles saveurs ! quels plaisirs ! Que de soleil sur
cette triste ville portuaire ! Des années plus
tard, ma mère me dirait que cette 

recette de plat de poisson à la tomate lui
venait de sa mère. Depuis lors,
je porte ce plat en moi comme une île

singulière.

vendredi 7 février 2020

Tot escoltant el Ronny Jordan

Beat and more beats. Groove. Pure
Caminen els teus dits. Arrogants.
Elegants. Ballen els meus pel teclat

negre amb unes taques blanques. Dos,
quatre amb les espatlles que es mouen
al compàs. Un. Dos. Ritme binari.

Beat. Bit. Byte. Zero. U. Vuit. Torno
als llatins. Vocal breu. Vocal llarga.
Quatre minuts del Ronny. On és la catifa

voladora? No em queda temps i el Ronny ja
se'n va anar, fa anys. Vocal breu. So llarg.
So What. Quan vegis el Miles, dóna-li records...

****
Beat and more beats. Groove. Pure
Tes doigts marchent. Arrogants.
Élégants. Les miens dansent sur le clavier

noir avec des taches blanches. Deux,
quatre avec les épaules qui bougent
en cadence. Un. Deux. Rythme binaire.

Beat. Bit. Octet. Zéro. Un. Huit. Je reviens
aux Latins. Voyelle brève. Voyelle longue.
Quatre minutes de Ronny. Où est le tapis

volant ? Le temps me manque et Ronny est
déjà parti, ça fait un bail. Voyelle brève. Son long.
So What. Quand tu verras Miles, donne-lui mon bonjour...


Avant

J'aime ces heures qui précèdent
l'arrivée des enfants, petits
et grand. Apaisée, la maison

s'offre à la disposition et à
une rapide toilette. Douceur
de la musique, appel de l'écrit,

courses oubliées, passées en revue,
un programme se dessine que l'on 
défera au gré des rires et des envies.

À Béziers, Perpignan ou Teyran, là où
il fait bon vivre sans rien attendre
car attendre ce n'est pas vivre.

Un damier de lettres

Un pré carré vert, saupoudré
de cases de couleur, à même
la table, dans l'attente des

vieux habitués de l'après-midi.
Sur le côté, une bourse close
qui fait teinter la fausse ivoire

des lettres à placer. Le café chaud
sent bon qui convoque à s'asseoir.
La séance commence et les mots,

du passé, resurgissent. Pourquoi
pensé-je soudain à Perec et à sa
Disparition, tant je vois qu'est

rare la voyelle la plus fréquente ?
Le jeu est un prétexte et dans ce
cadavre-exquis d'un autre âge,

les mots disposés sont moins l'indice
d'un triomphe que l'occasion, un temps,
de détricoter le passé. À l'envi.


Le canapé rouge

Peu à peu la maison se disjoint,
comme les pièces d'un jeu de bois.
Les caisses s'emplissent et se ferment,

Les tableaux décrochés taisent leur
regard en exhibant leur châssis terne,
les matelas empilés ont perdu le sommeil.

Seul demeure, solide sur le sol glacé,
le canapé rouge et ses coussins, un verre
de vin et la tendresse d'un regard bleu.

S.O.S.

à Sylvie, précieux regard sur le monde

Une barre d'immeuble.
Large, haute, massive.
Du verre et du béton.

Les centaines de fenêtres
qui, ailleurs, éclairées,
disent la vie, la pauvre vie,

sont, ici, le combat de chaque
heure pour préserver l'existence.
Ballet aléatoire, quand le jour

décline, au gré des prises de
service. Et voici qu'hier soir
les fenêtres s'animent et lancent

au monde, par delà les artères
vrombissantes et l'air plombé
de dioxine, un message désespéré :

S.O.S.


La coronela / La colonelle

És una coronela, amb uniforme,
parla amb solemnitat després
de l'horror dels atemptats.

Lentament, amb parsimònia,
sense estalviar cap detall.
Vol desaparèixer totalment

rere la terrible funció.
El cap de l'estat ha parlat
ara li toca la seva part,

més tècnica. Milions la miren
estupefactes, sense veure-la,
fixant-se en xifres que ja

no volen dir res. A la capital,
famílies destrossades ploren.
Jo, callat, miro la coronela.

En aquest instant precís, encarna
tota la humanitat, anys de vida,
educació, lluita. I convivència.

***

C'est une colonelle, en uniforme,
elle parle avec solennité après
l'horreur des attentats.

Lentement, parcimonieusement,
sans épargner aucun détail.
Elle veut disparaître totalement

derrière sa terrible fonction.
Le chef de l'État a parlé,
c'est à présent son tour,

plus technique. Des millions la regardent
stupéfaits, sans la voir,
les yeux rivés sur des chiffres qui

ne veulent plus rien dire. Dans la capitale,
des familles détruites pleurent.
Moi, silencieux, je regarde la colonelle.

À cet instant précis, elle incarne
toute l'humanité, des années de vie,
d'éducation, de lutte. Et de vie en commun.

Distopia / Dystopie

Havien perdut la llengua
i caminaven cap cot pels
carrers estrets i buits.

Sense saludar-se ni quasi
mirar-se. Un poble apagat,
de pell grisa, sense llavis,

corrent a la fàbrica per a
construir-hi maquinetes rares
amb un manuel d'ús escrit amb

jeroglífics incomprensibles
per uns ulls cada vegada més
petits i enfonsats.

Un dia, no sortiren de casa.
En perdre la llengua, anys
enrere, s'havien ofegat.

***

Ils avaient perdu la langue
et marchaient la tête basse dans
les rues étroites et vides.

Sans se saluer ni presque
se regarder. Un peuple terne,
à la peau grise, sans lèvres,

courant à l'usine pour
y construire de drôles de bidules
avec un mode d'emploi écrit en

hiéroglyphes incompréhensibles
par des yeux de plus en plus
petits et enfoncés.

Un jour, ils ne sortirent pas de chez eux.
En perdant la langue, des années
en arrière, ils s'étaient étouffés.

Pauvreté

C'était l'un de ces petits magasins
humbles où l'on fait la queue sans
jamais protester, ni presque parler.

J'étais dans la file, plié par la toux,
quand je les vis devant moi, entourés
de pauvres victuailles, empressés,

ne sachant où ranger cette profusion
soudaine et presque obscène. La femme,
petite, l'œil vif, le cheveu gras,

peinait à introduire sa carte dans le
lecteur. L'homme, le cheveu maigre,
les joues percées,en clown triste,

rivalisait d'acrobaties pour faire
tenir le tout dans un landau que je
croyais vide. Et, au milieu, compagnon

d'infortune de Marie et de Joseph, un
petit Jésus des années vingt. Rougeaud,
lèvres closes, le regard noir et déjà

endurci. Le lecteur n'accepta la carte 
qu'à la troisième tentative, comme si
l'argent des pauvres n'avait pas la

même valeur. Le landau bougea sur la 
droite puis ils partirent. Le matin 
était de coton sale. Nulle cloche.

mercredi 5 février 2020

Mouvement

Le mouvement est lancé, malgré 
la fièvre, le peignoir bleu,
l'étrange sudation.

Face à l'écran, je choisis les
lettres, les assemble, les retire,
les combine autrement.

Le jeu reprend et, au dehors, fidèle,
le quotidien attend son lot régulier
d'hommages petits et ronds, comme

ces galets de l'enfance qui peignaient
d'or l'humble Lentilla et me conduisaient
à éprouver mes mollets de son torrent glacé.

Juste

Juste quelques mots
pour revenir aux poèmes,
dorés osselets.

Anniversaire

à F. A.

La semaine est en son milieu
et le jour se coupe en deux.
Froissements de mousseline
sous les doigts.

La vie continue de couler et,
non loin, les amandiers fiers
ornent leurs branches grises
de fleurettes étoilées. Déjà.

Amorce du mois le plus court,
rallongé d'un jour cette année.
Un regard clair sourit, d'une 
eau neuve et pourtant attendue.

Notre amie célèbre sa naissance,
la douce lumière sur le ventre
de sa mère, il n'y guère de temps.
Le quotidien est de joie et,

dans le silence de la demeure,
ses chats attendent un hommage,
trois fois rien, une caresse
gantée. Eux aussi renaissent.

dimanche 2 février 2020

Chandeleur

Un dimanche matin,encore sombre
et silencieux. Le lait tiédit 
dans la jatte étroite.

Il attend de lier discrètement
ses amis sédentaires. L'œuf tiède,
la farine légère, le beurre coulant,

le sel et le sucre en combat inégal.
La jatte,égueulée, demeure impassible,
elle sait que viendront l'heure sûre,

le poignet décidé à combattre grumeaux
et écumes parasites avant que d'écrire,
d'une poêlée habile, une histoire claire,

en pages rondes comme un soleil de pauvres.
La maison alors s'animera et les enfants,
émerveillés, entameront le court mois de février.