mardi 31 janvier 2023

Granota i sargantana

Granota i sargantana,
en un cel fred i estrellat.
Grassonetes les dues.

Ball llarg d'ulls tancats.
Mil ulls les estan mirant,
des del cel estrellat.

Sargantana i granota,
figures de terra bona.
I de somnis fugissers.















© Gumersind Gomila (terrissa)
© Éric Talavan (fotografia)



La nena fa mates

La nena fa mates,
concentrada.
Taral·larejant.

L'estic mirant,
no se n'adona.
Ballen les xifres

i ella les combina.
Tot li sembla fàcil.
Un ocell creua el cel.

lundi 30 janvier 2023

Une lessive de mots

J'aime ces mots qui pendent, comme au vent la lessive.
Feuilles ou cartoline, ils invitent à lire,
à courir les rayons, avant de bien choisir
l'ouvrage exceptionnel, caché sur la coursive.

C'est comme un ballet lent, une danse muette,
le souvenir des mains qui pour vous ont écrit,
traçant, sur le carton, toute une librairie,
un univers secret, de thym et de sarriette.

Ainsi s'offrent à vous des trésors indicibles
qu'on ne peut raconter mais qu'on se plaît à lire,
instants d'éternité où rien n'est impossible :

valets battant leurs maîtres, poètes triomphant,
vert coucher de soleil, tempêtes de lard frit,
et, sur la ville d'Elne, le souffle de Paris.



Octosyllabes désirés

J'aimerais bien écrire en huit
mais l'impérieux six me retient
et le douze m'invite à la fuite,
quand le vers de dix pieds revient.

Allez, nonobstant ces fâcheux
ou ces esprits parfois chagrins,
je me lance, et leur dis adieu
ou, plus prudemment, à demain.

L'essence d'autrefois

Que ne suis-je une éponge pour boire les senteurs
que le monde insolent, pour moi, inventorie.
Escalier silencieux. Cruelle est l'aporie
qui entrave mes mots, et si douce est la moiteur

des mets qui se mitonnent. Un ragoût aux olives
ou une dafina, cinquante ans de ma tour
s'écoulent en bouffée. Un instant pour toujours ?
Ma langue est si pauvre et l'éponge lascive...

Je l'imagine tiède, glissant entre mes doigts,
chargée de ces odeurs qui s'en vont à jamais
Des paroles d'accord, mais moi je veux des faits.

Et pour vivre cela, je casserais ma plume
et userais mes pieds à courir le bitume
afin de retrouver l'essence d'autrefois.

Lectures en veu alta

Lectures en veu alta,
a la biblioteca. Silenci,
rialles. La mestra parla

de camells i cavalls.
Un món llunyà i proper.
Màgia de la paraula.

Sento girar les pàgines.
La mestra exagera i riu.
La història esdevé altra.

dimanche 29 janvier 2023

La noia del nas vermell

Quan s'obre lentament
l'armariet de caoba,
espero pacientment
la màgica maniobra.

Sorpresa imaginada:
un llibre de poemes,
un platet de fabada?
La millor de les gemmes:

La Isabel constipada
amb uns poemes seus.
La ment ben atipada
per més de mil museus.

I ja no vull res més.
Un bonic nas vermell
és musa de bon pes
que em guardo en el palmell.

Tout un monde désuet

En marge de ta ville, s'échauffent des tracteurs,
des modèles anciens, lents et ripolinés.
Des chevaux de labour et des outils ruinés.
Tout un monde désuet qui reste dans nos cœurs.

Je suis à Montescot, bien loin de cette ville,
je me plais à revoir des souvenirs anciens.
C'était il y a un an, les enfants marchaient bien,
derrière les chars lourds, les petits decauvilles.

Leurs cheveux se couvraient de confettis glacés,
de serpentins sans âge ; la foule s'amassait,
le long de la musique qui jamais ne cessait.

Le retour près de l'âtre finit par enliasser
les images glanées avec des friandises
que tu tiras bientôt de ta vieille remise.

samedi 28 janvier 2023

Sot pied de nez... ou pied de sonnet ?

J'aime la mortadelle, et l'andouillette aussi,
me mettre un nez de clown et faire l'abruti,
écrire des sonnets, comme on joue du clairon,
en respectant le mètre mais pas toujours la rime.

Alors si vous devez, me pendre à la courtine,
que ce soit bien serré car je pèse mon poids
et si jamais passait sous la vieille lanterne
un évêque ruiné, donnez-lui mon gousset.

J'aime la fricadelle et les chatouilles aussi.
Rêver de Zanzibar sans jamais y aller,
commencer un roman puis me lever d'un bond,

pour taquiner la muse qui me juge infidèle,
dansant entre deux langues, le cœur sur l'hexamètre,
et adorant Nerval, pendu à la Lanterne.

Il est un rythme ancien...

Tu as laissé partir, pour un temps incertain,
tes sonnets ficelés, dans un joli recueil,
et voilà qu'ils te manquent. En feras-tu ton deuil ?
Je parierais que non, à juger ton entrain.

Il est un rythme ancien qui jamais ne te lâche,
te réveillant matin pour te quitter le soir,
te poussant à écrire, de l'encre la plus noire,
jusqu'à t'obnubiler, sans que tu ne te fâches.

Alors n'hésite pas, et vogue la barcasse,
tu as pris des poissons, qui nagent dans ta nasse.
De tant les regarder, tu en perds l'appétit.

Tu te croyais serein mais tu prends le tournis,
les comptant six par six, sur tes doigts de pécheur,
sans accent circonflexe, car ainsi va ton cœur.



Ram de vida, ram d'amor

Ram de fulls vermells
i, a dintre, fulles
i molsa, tot un bosc.

Una tieta fa anys,
somriu, estreny,
olora. Temps suspès.

Ram de vida, ram d'amor.
Vuitanta alenades llargues. 
I un cor. Un sol. Solet.



Rellotge de sorra

Penso en tu, acluco els ulls
i deixo que m'amari la foscor
iodada. Aleshores sento entre

els dits com es va esmicolant
el marès rocós. Grans, granets
de sorra rossa com ta pell

endevinada dessota el llençol.
Dits com busques. Hores lentes,
saboroses. Rellotge de sorra.

Correfred

Han deixat la pólvora
a les capses fosques
per reparar i millorar.

És un correfoc estàtic,
un correfred essencial
per preparar la temporada

que començarà aviadet.
Sota llambordes, la platja.
I dessota l'Hamlet?






















© Yannick Malafosse

Thao vingt-trois

Vingt-trois minutes de l'année vingt-trois.
Théo est né qui m'apparaît sur l'écran et
que je ne quitte pas des yeux. Émotion rare

que ne peuvent décrire les vers. À la toute
fin de janvier, comme pour mieux exprimer
la patience dans le début d'une année,

comme dans celui d'une vie. On pense au judo,
bien sûr. Aux premières chutes et victoires.
Mais surtout à la joie de vous trois.

Matilde de la Colla

Us confessaré una cosa: fins ahir, Matilde
era, per a mi, Mathilde de la Mole, la més
preciosa entre els personatges de Stendhal.

Però, en veure-la d'enxaneta, coronant el
castellet format pels seus pares m'ha vingut
la idea de dedicar-li una novel·la...

Però, malauradament soc poeta i no pas
novel·lista. Li demanaré a la Roser, a veure
què en pensa... I us ho diré! Per molts anys!



Angular

Al James, model d'integració lingüística

Gira el fotògraf en torn de l'eix
i la construcció humana pren
una altra forma.

Al peu, protector, amb mocador
vermell del Riberal, en James fa
de gran sacerdot silenciós.

Angles distints, llocs intercanviables,
cadascú al servei de le comunitat.
Un Rubik's Cube humà?



Verticalitat inversa

Al Ryan, pilot d'avió

Diuen que, quan cau en picat,
amb les ales replegades, el falcó
és molt més ràpid que un avió.

Triangle invers, els falcons verds,
a poc a poc, es van desprenent de
la feixuga gravetat i s'enlairen.

Moment exquisit de solidaritat
humana. Cadascú al seu lloc,
obrant per al conjunt. Aeri.





Com un arbre de pau

Com un arbre de pau, d'entesa
i de concòrdia serena, un mes
després de Nadal, Airenou

torna a falconejar. Camises
de colors, arc de Sant Martí
delicat i eficaç. Sota genolls

dels baixos, proteccions blaves.
Modernitat bona amb tradició.
Per molts anys, falcons!

















© Marie Lopez

vendredi 27 janvier 2023

Tres verges veres

A punt d'afalconar-se, ja agafades
de la faixa, tres verges, de cor
i d'ànima, donen el tret de sortida

d'una nit d'assajos, que les veurà,
sobtadament, equipar-se, o almanco,
entrar a fer part de la tècnica...

Homenatge senzill i sincer d'un home
que ha deixat la camisa blanca per
entrar a llur servei... virginal.



Si...

Si em donessis el so de la nit,

si em donessis el si de la nota,

si em donessis el niu d'allà sota...

mercredi 25 janvier 2023

De Rimbaud l'Ophélia

Pourrai-je vous garder mes chers alexandrins
que je tenais serrés tout ce mois de janvier ?
La senteur des oranges, la paix de l'olivier,
m'invitaient à le faire, contre le Sanhédrin.

Mais l'assemblée des mots, faussement disparate,
a ses lois décennales qu'il est dur de briser :
un spontané factice ne se peut remiser.
Parole du bon peuple, loin des aristocrates.

Tout en hochant la tête, en feignant d'accepter,
je préserve le droit, pour taquiner la muse,
de séduire le rythme et de m'y adapter.

Car c'est dans la contrainte que je danse et m'amuse,
suivant le bon conseil de mon maître Julià,
ou, par-delà la mort, de Rimbaud l'Ophélia.

Midi le juste

J'aime midi le juste qui tranche la journée
en quartiers savoureux, en amènes portions.
Valéry le chantant, aimait le lire en dix,
moi je résiste aux rimes pour l'allonger en douze.

Solaire le cadran, décimale l'horloge.
Un même résultat, par des voies différentes.
Et quand je crois créer, je ne fais qu'imiter
mon maître le Sétois, qui aimait tant les femmes.

La feuille l'attendait, dès le petit matin.
La moustache en bataille, il humait l'air des flots,
si éloignés de lui, au Collège de France.

Mon écran silencieux le cherche sans relâche
et si j'écris parfois c'est en songeant aux mots
dont il peignait l'azur et amusait la langue.

Les gants de mon père

Encore froids de la nuit et de l'obscurité
de la boîte à gants, ils s'ajustent aux mains,
comme si c'étaient les siennes.

La chaleur s'installe dans l'habitacle et je sens
leur timidité qui se désagrège et la confiance
qui, peu à peu, s'installe entre nous jusqu'à

me réchauffer tout-à-fait. La course finie,
je les retire. Mes mains embaument le parfum
de mon père et sa chaude présence en été.

mardi 24 janvier 2023

Odalumnada

No hi ha tortell ni gerds,
que puguin igualar
les paraules dels grans,

quan aquests els reciten
vers seus i contes purs,
com una obra conjunta.

No hi ha gerds ni tortell,
sinó trenta somriures
de grans i molt menys grans.

Plaisir simple

Aux élèves de Maillol et d'Arrels et à leurs enseignants

C'est un plaisir tout simple : il consiste à entendre,
de jeunes lycéens dans une maternelle.
Ils offrent aux petits, et sans qu'on leur rappelle,
leurs contes et leurs vers qu'ils ont osé reprendre.

De retour au lycée, les yeux sur le mobile,
ils avaient donné forme à leurs balbutiements.
Histoires fabuleuses, avec princes charmants,
sorcières à balais, aux champs comme à la ville.

Je les crois empruntés mais ils sont enchantés,
déclamant en riant leurs bien jolis récits
Les petits sont ravis, et les grands sont assis,

comme s'ils voulaient ainsi abolir la frontière
ou l'étrange artifice qui les rendait si fiers
et, voilant leur sourire, les privait de chanter.

No vagis mai

No vagis mai al port
sec de l'atzar.

Deixa que la pluja
amari la terra

i que la terra estimi
la pluja.

No vagis mai al port.
Plora. Ell vindrà.

Runes

Runes. Secrets tracés
d'une main malhabile
dans le grès tendre.

Lettres bâtons. Miroir
inverse de la douceur
ronde des doigts.

Écrire, ne pas transcrire.
Laisser infuser le mystère
de la passion.

lundi 23 janvier 2023

Ratolins rosegant

Ratolins rosegant els mots de l'amistat,
dues noies s'han assegut a la biblioteca.
No llegeixen llibres ni fullegen revistes,

mes els seus ulls brillants em van parlant
de personatges descoberts a l'atzar de lectures
de novel·les antigues i de poemes nous.

Qui d'elles o d'ells és el més saborós, el més
fructífer? No ho sé, però, en mirar-les de reüll,
ja em van entrant ganes de treure'n un poema.

Un professeur flâneur

À Ismael

Il flâne dans les livres, et dans les rues aussi.
Son sac n'est jamais vide, il l'emplit de nos mots,
cueillis à la sauvette, quand il sort du boulot.
Aussi bien en vadrouille que dans la classe assis,

il a l'œil aux aguets et l'ouïe vagabonde.
Et s'intéresse aux livres et aux communiqués,
s'attaque aux reportages, parfois alambiqués,
de la radio française, ou de TV5 monde.

Il a tout lu ou presque, dans trois ou quatre langues,
mais c'est au vieux français que va son intérêt
et dès potron-minet, ou bien potron-jacquet,

il tutoie le Robert et caresse Larousse,
traquant dans le discours l'écume et puis la mousse,
avant de se coucher totalement exsangue.

Stendhal et Flaubert

À mes cousines Marie-Odile et Bernadette

Mon père aimait Flaubert, jusqu'à la démesure,
mon oncle aimait Stendhal, il en parlait tout bas.
Ils s'affrontaient parfois, dans son bureau étroit.
Moi je ne disais rien, posté dans l'embrasure.

Les années ont passé, j'ai eu d'autres lectures,
des vers et de la prose, mais plus aucun débat,
comme celui qu'ils menaient, juste avant le repas,
me forçant à quitter la savante embrasure.

Mon oncle était passion, Mon père était raison,
ils sont partis tous deux, pour le pays du Livre,
où la parole est d'or, qui du temps vous délivre.

Alors laissez-moi donc, en guise d'oraison,
vous glisser, que des deux, je préférais Stendhal,
mais que, de nos deux pères, jamais ne fus l'égal.

dimanche 22 janvier 2023

Sutge

De tan verds com solen ser,
ningú pensaria que els castellers
del Riberal se poden convertir

en veritables escura-xemeneies.
Tret d'alguns diumenges de gener
en que treuen sutge valuós dels

calçots baotencs. I què passaria
si se maquillessin amb Romesco.
Se convertirien en indis?... Potser!



M'agrada l'amistat

M'agrada l'amistat. Profunda, lleugera,
imprevisible, de singlots, plors i rialles.
No fumo i bec poc. Fujo de la metzina,

però, ho confesso, soc un addicte de
l'amistat, que no té sexe ni edat, ni és
de camp, ni de ciutat, de continent o

d'illa però de tots els llocs i moments
i cadascun d'ells. M'agrada l'amistat
i no la vull perdre. Mai...

Ô triste influenceuse

Ô triste influenceuse, qui veut se suicider,
et jusque dans la mort fait trembler les réseaux
d'une nouvelle atroce... sur de fugaces maux,
car ne nous trompons pas : ses tristes affidés

ne valent pas tripette, et, à l'heure où j'écris,
bouffis de sucreries, ils voient une autre chose.
La réflexion n'est plus, tout n'est qu'anamorphose.
Et, pourtant, sur un banc, deux amoureux sourient.

Nul écran ni clavier, mais deux mains qui se frôlent,
sans nulle autre influence que celle du vent frais
qui les pousse à s'aimer, à rire et à s'enfuir,

se moquant de mes rimes qui déjà ne sont plus.
Que serais-je sans eux qui guident mes écrits
et croquent dans la vie, sans en  perdre le fil ?

Laisse faire la vie

Laisse faire la vie, elle est bonne compagne.
Si le vers ne vient pas, la vie coule et t'inspire.
Surtout ne prends pas peur, va, cueille des sourires,
sûrs jalons de ton souffle qui t'épargnent le bagne.

Écoute-les parler et moule leurs paroles.
Les lèvres sécheront et qu'en restera-t-il,
sinon l'image vive des charmes de ton île ?
Le monde est ce qui est, tes jours sont son obole.

Remercie, de ta mère, l'offrande de deux langues,
dans lesquelles tu penses, tu aimes et tu respires.
Qu'est en fait un beau vers sinon un vrai soupir

lancé aux vents mauvais qui érodent les jours ?
Laisse faire la vie et va sur les chemins,
tes pas te porteront vers un plus sûr séjour.

Pere Gomila

Tu es Petrus, et super hanc petram  ædificabo ecclesiam meam

Il est l'ami fidèle, celui dont les propos,
incisifs ou amènes, se gravent dans le cœur,
se multiplient entre eux, en dissipant la peur
de voir partir la langue pour la tombe des mots.

Je l'ai connu fort tard, par magie homonyme,
il était fils d'un nom qui rayonnait en moi
et qui m'avait appris qu'il n'est pas d'autre loi
que la sage justesse de l'offrande anonyme.

Je n'ai pas pu le voir déclamer cinq-cents vers,
pour fêter Saint-Antoine et célébrer son île,
mais on m'en a parlé et mes yeux se dessillent,

qui lisent, de la mer, l'hommage et le calvaire.
Que la vie l'accompagne longtemps sur ses chemins
empruntant, à Martina, la chaleur de ses mains.



samedi 21 janvier 2023

Caminen per la nit

A na Corinne i a En Paco

Caminen per la nit, units,
aliens a les giravoltes del
temporal illenc.

Les seves passes dibuixen
un pentagrama complex
que la lluna llegeix en

giragonses harmonioses.
No es parlen sota la lluna
rossa. s'entenen.

***

Ils marchent dans la nuit, unis,
étrangers aux sautes d'humeur
du mauvais temps sur l'île.

Leurs pas dessinent
une portée complexe
que la lune lit

en zigzags harmonieux.
Ils ne se parlent pas sous la lune
rousse. Ils se comprennent.

Un baiser sur le front

Un baiser sur le front,
comme un simple au-revoir.
La chaleur de l'espoir
et d'un regard si bon.

Musinautes (II)

I ara penso en la fusta freda del violí 
a les fosques, saviesa ben segura 
d'un instrument navegador.

Perfil afinat d'un llaüt ràpid
que guia els companys pels mars
dels segles i de les partitures.

Què serà dels Musinautes encarnant
el programa d'un any de goig sencer?
Faig silenci, els espero.




Musinautes (I)

À Esther et à l'Orchestre de Chambre de l'Île de Minorque

Mais que sont devenus, ces instruments de joie,
qui dorment à présent dans leur étui de bois,
tandis que le velours s'assoupit dans la nuit
et que les partitions retrouvent leur ennui.

Mystère d'un archet et de ses étincelles.
Vingt-cinq ans de musique, de la vie le bon sel,
et la magie subtile d'inviter au voyage,
sans bouger de la scène où ils ont fait mouillage.

Jason ses Argonautes, Esther ses Musinautes...
Les bavards se sont tus, ils se laissent bercer
par les mots de Llucia et le chant de Circé.

Longtemps vivra en moi, ce bel anniversaire.
Bougies de notes justes, gâteau de joie divine
et, dans mon cœur poète, la douceur angevine.














© Joan Antoni Gomila




vendredi 20 janvier 2023

Étrange spectacle

Quel étrange spectacle que celui de la salle,
aux murs emplis de livres, qu'on nomme bibliothèque.
Royaume des écrans, c'est une logithèque,
aux nuques inclinées, au silence abyssal.

Guindées sur l'étagère, en camaïeu de beige,
de très vieilles revues, implorent le regard,
du public asservi, qui se tient à l'écart.
Pourtant, s'ils regardaient au-delà de ses sièges,

ils verraient, en ce lieu, un tremplin d'aventures,
saine curiosité pour dompter la nature,
sans bouger d'un iota, les pieds dans leurs baskets.

Je rêve d'une panne, du silence du net,
pour les voir se lever et prendre à bras le corps
les précieuses revues qui mènent à bon port.







Foc de llar, foc de llengües

Foc de llar, foc de llengües,
la lectura al caliu
fa de l'hivern estiu.
Fora de casa aigües

torrencials i glaçades.
A dintre, un oceà
de paper català
i de tantes besades.

Foc de llard, foc d'ametlles.
Deixa volar els fulls,
i no acluquis els ulls,
si no, vindran abelles.





















© Roser Blàzquez Gómez

Jus et sauces

Au chef Miquel Mariano Vadell

J'aime les jus et les sauces, ces liants de couleur.
Odorants et complexes, ils irriguent les plats,
d'une géographie de montagnes, d'aplats,
où je découvre enfin tout un nouveau bonheur.

Même quand ils fraîchissent, je suspends ma parole,
jouant de la fourchette, et du couteau aussi.
Ma nuque oublie le monde, je deviens une scie
qui s'attaque aux fourrés et ne craint l'hyperbole.

Reconnaissant en diable, je salue la cuisine
d'un chef traditionnel,qui n'a pas peur du neuf,
mariant, à la coriandre, le blond liant d'un œuf,

et, en quittant la table, je garde dans ma bouche
l'intemporelle espèce d'un quotidien exquis
où je deviens un autre, sans quitter sa cuisine.



Plaisirs de l'éphémère

Je me suis attablé à un meuble bancal,
fuyant le vain sommeil et cherchant à t'écrire.
Des repas partagés, je voudrais te décrire
le fumet ou les rires et l'ambiance amicale.

Des lieux fort différents mais un même sourire,
dans le salon cuisine ou dans ce restaurant
ouvert aux quatre vents, aux poissons odorants.
Mille conversations, un infini plaisir.

La salle est froide et triste, elle sent la poussière.
Des amis endormis, seule me reste la voix,
qui guide mon écrit et est ma seule loi.

Le jeu social s'arrête, il reprendra demain,
avec d'autres sourires et puis cet éphémère
dont je suis constitué, mon âme entre leurs mains.

jeudi 19 janvier 2023

Un dinar opípar

A na Margarita i en Miquel

Al bell mig de l'illa, al migdia,
punt exacte de confluència de
cossos i ànimes, un dinar. Únic,

Fideus amb suc de caldera,
tords amb col xorca i oranes
amb mel. Poesia pura, paraula

mastegada que no necessita poeta
sinó couetes, cuiner excepcional
i amfitriona atenta. Amistat d'anys

sense cap pany. Casa oberta. A tocar
d'una institució culinària, Ca n'Aguedet
que ja forma els couetes de demà...

















© Miquel Mariano Pons

L'home dels mots

 A en Daniel

M'he trobat amb l'home dels mots. I de les lletres.
Per casualitat, a dalt d'una escala on tenia el despatx.
Conversa plaent i necessària. D'una necessitat...

vital, ontològica, i no pas comercial. I, a més a més
del seu somriure i de les seves paraules, m'ha regalat,
calentet, un full amb el Quadrat Màgic que publicarà

a Iris, aquest cap de setmana. Casualitat segona:
la primera definició, delicada i sentimental,
apuntava al teu nom, estimada...



Le vieux théâtre

En mars et en novembre j'étais un oiseau
de latitudes si opposées,
qu'encore aujourd'hui mon cœur, comme indécis,
entre deux épées,
quand il est au nord regrette le sud,
et quand il est au sud regrette le nord.
                                            Gumersind Gomila

Le vieux théâtre est vide qui résonna des voix
de poètes îliens, de la harpe d'Hélène.
De l'âme du lyrisme, il est ma madeleine.
Et je voudrais toujours le garder avec moi.

Je me suis attablé au café qui le borde,
refuge bienveillant de créateurs bavards.
Ils parlent castillan et n'en sont pas avares.
Mais avec ce lieu blanc leur parole s'accorde.

Je me tourne soudain vers de vieux habitués.
Minorquin rocailleux, qui séduit la serveuse,
leur parole me porte du passé mon cher legs.

Entre ces deux épées, mon âme vagabonde.
Du Nord et puis du Sud, elle est ma nébuleuse,
la pâte bienheureuse, dont je suis constitué.



Un retour soudain

Dans la nuit en silence, me parvient l'odeur d'iode
de la mer toute proche. Les mânes de Camus
me parlent et me bercent. Il faut tenter d'écrire.
Un sonnet blanc, sans rime. Hommage d'un Français

au cœur tout minorquin. A Sant Lluís la Blanche,
j'ai posé mes valises et me dis Guasteví.
Des rues, la langue pure. Et la charcuterie.
Les heures sont immenses, le pays est petit.

Je savoure la nuit, devine les étoiles,
derrière les rideaux de l'hôtel où je loge.
Cinq petites journées pour un si grand hommage.

Avec le bon Camus, d'autres mânes me gardent :
mes si bons grands-parents, et l'oncle Gumersind,
dont la langue frétille, quand je veux bien écrire.

Per fi a s'illa

A na Corinne i en Paco i amb na Roser al cor

Per fi a s'illa, amb els amics, al cabanon d'en Paco,
la Chaumière que'n diu na Corinne, sa seua parella.

Sopar opípar i senzill. Rubiols de verdura, preparats
amb amor per l'amfitrió i sa seua mare. A Binifadet,

Carn i xulla, ametlles salades, torró tou i birres van
acompanyar les converses moltes, en dues llengües.

Elegància de na Corinne i complicitat de dos amics
que, sent de la lleva del biberó - o del 57 vs Coyote -,

portaven ses mateixes sabates, de Decathlon of course
i no pararen de rallar fins a ben entrada la nit.



mercredi 18 janvier 2023

Barcelone en transit

Il y a, dans Barcelone, le drapé d'une écharpe,
des couches innombrables, qu'on traverse d'un pas.
À Clot une cervoise, à Tetuan un repas.
Le bruit y est continu, pis qu'à la Contrescarpe.

Dans son Quartier Gothique, les langues sont bien cent
et on trouve avec peine à parler catalan.
Pourtant les bibliothèques regorgent de trésors
de cette langue pure, précieuse comme de l'or.

Je m'y suis attablé, en quête de revues
qui m'en abreuveraient avant de m'envoler
pour ma chère Minorque où j'en serai repu.

Mais le charme envolé, c'est en anglais standard
que j'ai montré chemin à un charmant vieillard
et, regardant ma montre, je me suis affolé.

Contrainte aimée

Que j'aime la contrainte, qui encadre mes vers.
Je ne la cherchais pas, elle m'a rendu visite,
sur la pointe des pieds, en jolie parasite.
Et voilà qu'elle guide ma poésie d'hiver.

Je crains l'alexandrin, alors j'écris en six
syllabes ajustées en joyeux hémistiches.
Tantôt la rime est pauvre, tantôt la rime est riche.
Jamais on ne me paie, sinon par pur délice.

Cela durera-t-il ou je repartirai
traquer la belle gueuse qui vit dans les fourrés,
se vautrant dans le stupre des vers mal débourrés ?

Ma foi je n'en sais rien, j'enfile les sonnets
et ne m'en lasse pas. Un jour je m'en irai,
mais à présent je ris. Et c'est vous qui lisez.

Un frôlement de nez

Un frôlement de nez. Si proches sont les lèvres.
Les souffles se combinent, syllabes insensées.
Quel est cet alphabet, qui invite à danser ?
Poitrine suspendue, le sang gonfle la plèvre.

Minutes de vermeil, reflet de cette horloge
qui, pudique, nous voit, sans vouloir en parler.
Les draps sont un papier dont l'encre veut perler,
en cent sanglots de joie, mais sans désir d'horloge.

Le désir est partout qui demeure ineffable.
Se frôlent à nouveau les nez du mercredi,
jouant à cache-cache avec le vendredi.

Le sommeil est tombé, sur chacun des visages.
L'horloge nous regarde, en nous trouvant bien sages.
Son cadran embué, reflète nos baisers.

Pajarracus

No escatimaré els minuts
del dia ni les hores llargues
de la nit per escriure't.

Són monedes d'or fi, sense
cara ni creu, mes de cor totes.
No regatejaré, que la vida

és breu i hi camines lliure,
única. Pajarracu soc i
pajarraca et vull. De cor.

El blat tendre del dia

El blat tendre del dia,
un matí de gener,
asseguts a la taula
on esmorzem tots dos.

Refredat el cafè,
seurem al sofà groc
i prendré el llibret
que per Reis m'has ofert.

És un llibret bonic,
de pàgines groguenques
i lletres elegants,
que avui m'inspirarà.

Acció de gràcies

Quan dorms al meu costat,
penso, tot escrivint.
La nit m'ofereix temps,
que roba a l'univers.

Sento cruixir la casa,
el vent que s'apaivaga
i uns peus petitons
picant al llençol sord.

Al món li dono gràcies,
per viure al teu costat.
I en somiar en l'aurora,
N'oloro el cafetó 

Ubicació

Anar cap a un lloc,
punt ínfim de l'espai,
però anar-hi plegats.

Tu i jo. Foscor tendra 
Ta mà buscant la meva.
Corbes lentes i fredor.

Alcova de vellut negre
dins d'una capsa roig
de sang. Ubicació.

mardi 17 janvier 2023

Petjada

Amb motiu de la Diada
de l'illa de Menorca.

L'illa és una petjada,
al bell mig de la mar,
un rastre abandonat
pels antics mariners.

De llevant a ponent,
a peu coix, s'encamina,
cap a la Costa Brava,
que li salà la veu.

Diuen que no existeix,
que és una faula mala,
d'unitat catalana,
sepultada fa anys.

Mes si mon cor batega
és per una petjada
que m'ha marcat la pell.



Prise de conscience

Quand décideras-tu de laisser au vestiaire
tes oripeaux d'antan ? Ces frusques hors d'usage,
médailles oxydées, raideur de ton visage,
ridé par tant de titres dont tu n'es plus si fier.

La fraîcheur est ailleurs, dans les mots d'un enfant,
ou ce sourire beau, de la consommatrice,
qui dévore au café un beau tourteau d'anis,
attendant sa commère, pour parler un moment.

La vie, ailleurs, est belle, magie de chaque instant.
Cueille donc des sourires, au lieu de vains hommages.
Il est dans ton quartier bien plus de gens savants

que dans les pages jaunes de tes livres d'images.
Tu leur dois des sonnets, à tout le moins des vers,
roupie de sansonnet, pour bien passer l'hiver.

Un livre de l'échange

Devant la bibliothèque, ouverte aux quatre vents,
il attendait, sans laisse, teckel abandonné.
Il n'y avait personne, quatre heures allaient sonner.
J'ai ouvert ma sacoche et l'ai glissé dedans.

Collection Courant d'air, éditions Casterman.
Sauvages ses bisous, s'imprimant en en-tête.
Nulle pagination, ses couleurs une fête.
Syntaxe du désir qui appelle les Mânes.

Je m'y plonge aussitôt, le dévore des yeux,
cherchant pour l'atelier, de jolies ribambelles,
libres coquelicots pour enfants malicieux.

Délicieuse trouvaille qui appelle les vers,
comme un remerciement, à la princesse belle,
qui un jour l'oublia, pour enchanter l'hiver.






Gerçures

Que longue est la saison qui s'éteint au printemps,
on la nomme d'hiver, divers sont ses visages.
le vent est sa parole, désertes sont ses plages.
Et s'il m'était donné de revenir enfant,

c'est sur une banquise, que je le revivrais.
Il y a soixante années, devant la mer du Nord,
je souriais gelé, marchant dans le décor
d'un monde qui s'ouvrait et déjà m'enivrait.

La banquise n'est plus, ni les Trente Glorieuses.
Je glane de l'hiver tous les menus détails,
et, au fond de mes yeux, m'en façonne un vitrail.

Le vent emporte tout, dans sa folie furieuse.
Les pots, les fleurs, les dés, tombent sous sa morsure.
À l'abri de la vitre, je goûte ses gerçures.















© Gilbert Bourret

Carícies en la mà

Carícies en la mà. Lentes, delicades.
Carícies lleugeres de capcirons,
descobrint una geografia coneguda

i, cada vegada, per redescobrir. Solcs
nous per terres llaurades i per llaurar.
Amor definit i infinit, alhora, valuós,

que prescindeix de prefixos i artificis
gramatical. Les mans que s'acaronen són
les mateixes que escriuen. I s'escriuen.

Comme du blé en herbe

Comme du blé en herbe, l'amour s'est invité
à ma table d'hiver où j'ai deux trois crayons.
Un livre sous les yeux : par Folch la traduction
de la vive Colette, récemment éditée.

C'est un livre petit, au vélin odorant,
qui tient bien dans la main, et glisse sous les doigts,
pour qui veut voyager, sans crainte de l'octroi.
Éternel amoureux, de livres suis l'amant,

et je cueille des mots, comme en son embouchure,
la gracieuse Gironde régale de lamproies.
Je traque la lettrine qui donne au blanc parure,

puis je m'arrête, un brin, caresser mon panier,
de coquillages bleus et de douce fourrure,
sans qui je ne serais qu'un vil aventurier.



Primera escriptura

Lletres lentes, càlides, de l'infant
que comença a practicar l'escriptura
amb goig i saviesa progressiva.

Les seves passes, amb sabates de xarol,
marquen el caminar entre ratlles primes,
com un pentagrama sord.

La pissarra verda és un ample prat verge
i el guix deixa entre els dits una pols
d'estrelles fugaces. I determinants.

Froid orange

Le froid s'est annoncé, dans son manteau orange.
Le ciel était si lourd, tout chargé de flocons.
Qui oserait encore quitter son doux cocon,
quand l'air est si glacé que la peau vous démange ?

Et pourtant j'ai quitté le doux appartement,
le bureau-bibliothèque où je lis tes romans,
pour battre le pavé de l'antique cité,
que j'embrasse toujours fraîchement invité.

Arrivé sur le seuil de ton immeuble austère,
j'ai vu le caniveau transformé en miroir
et les moineaux transis y perdre tout espoir.

L'envie me prit alors de rebrousser chemin,
de prendre l'escalier, de remonter enfin.
Je m'en fus cependant, le froid n'y pouvait guère.

lundi 16 janvier 2023

Le naute et le rêve

Je voulais dans ce port m'attabler à un banc,
tirant de mon bissac, un repas de fortune.
Deux, trois olives noires et une tarte aux prunes,
pour regarder partir les grands navires blancs.

Mais je n'ai rien trouvé à part l'étendue noire,
où passent en glissant de lents poissons livides.
Le silence est pesant, le port semble si vide.
Et si j'étais Narcisse, m'y pencherais pour boire

l'amer nectar divin, chargé de tant de fautes
des humains esseulés qui n'ont pas su partir
pour des terres lointaines où il fait bon vieillir.

Toujours se rappeler qu'il existe des ports
en Méditerranée, où chacun devient naute
de son embarcation, pourvu qu'il rêve encore.

Sorra a la butxaca

Quina és aquesta sorra
que viu dins ta butxaca?
Sento con xiuxiueja,

al cau de ta mà tíbia.
És sorra de Menorca,
que vol tornar-hi prest.

I ara m'encomana
de preparar el viatge
i no demorar gens.

Sonet matern

A ma mare

Escriu-me a la francesa, però fes-ho en català.
El plaer de l'hemistiqui no és només racinià,
quan beu de l'ampolla del parlar gomilià.
Fill meu, no passis pena. Ja sé que et costarà,

que seran hores llargues, d'assajos i fracàs,
comptant en cada dit, un equilibri en sis.
Un bell alexandrí, que tingui molt d'encís
i no avorreixi gaire, no serà mai carcàs.

Ja veig que avances força i que et falta ben poc.
Comences el primer dels dos tercets que queden.
Quatre versos i prou. Mes compte amb el bossoc.

Que fins a l'últim vers, el sonet no és rodó,
i pots ensopegar que els versos es refreden
quan veuen que el poeta no és pas un garsó.

Parole suspendue

J'aime tes bras dorés qui caressent ma peau,
posant sur mes paupières un voile de douceur.
Étreinte singulière, délicieuse lenteur,
dont je grave les sons, comme des ronds dans l'eau.

Le temps s'est arrêté : aiguilles de coton
et cadran d'une épaule qui naît sous mes baisers.
Le combat est égal qui veut nous apaiser,
quand, derrière la porte, tout n'est que marathon.

Parole suspendue, nous apprenons à lire
la vie et ses détails sur les lèvres de l'autre,
et quand nous nous taisons, c'est pour nous accueillir,

comme on reçoit matin, un petit pain d'épeautre.
La chambre est un refuge et ses murs nos complices.
Si tu y es sorcière, j'aime tes maléfices.

Un goût de camomille

Il y eut dans ce trajet tout l'or du safran blond,
un goût de camomille et un cliquetis d'or.
J'allais vers l'occident, m'opposant à l'aurore,
en hommage à ce jour qui guide mes passions.

Voyage initiatique à travers les montagnes,
le moteur ronronnait, j'écoutais des chansons
et, malgré mon front chauve, me voyais en Samson,
un Samson d'opérette, tout nu avec un pagne.

Quel offense au sonnet !, me diront mes lecteurs,
daubant ma platitude, voire mon impudeur.
Ma joie est toute simple et je m'ai que mes mots

pour remercier la vie, sans en être dévot.
Si le safran est blond, doré sera mon cœur,
quand je serai enfin au seuil de mon bonheur.

dimanche 15 janvier 2023

Promesa

A la meva família Guasteví

Jo he promès a ma mare, tot prenent un cafè,
d’agafar, de sa illa, una embosta de terra,
o potser un poc d’arena, en signe del planeta,
ja que l’omphalos dèlfic allà baix hi té empelt.

És un centre del món, com també Perpinyà,
on amb els seus dos fills sos passos van portar.
De pedres i de vent, l’illa no n’és avara
i la verdor no imita de França i de Navarra.

Allà seré en tres dies, en digne ambaixador
de la família unida que conflueix amb jo.
Aplanaré els camins i arribaré al seu cor

amb tots els meus infants, en pensament i en ànima,
tiraré un poc de terra, eixugaré una llàgrima,
després, en dues llengües, diré el meu sobrevol.

Michel Bourret Guasteví, traducció al català de Pere Gomila

***

À ma famille, qui a nom Guasteví


J'ai promis à ma mère, au milieu du café,
de prendre, dans son île, une poignée de terre,
ou bien un peu de sable, en signe planétaire,
car l'omphalos delphique, là-bas, s'y est greffé.

C'est un centre du monde, autant que Perpignan,
où ses pas l'ont portée, avec ses deux enfants.
De pierres et de vents, l'île n'est pas avare.
sans mimer la verdeur de France et de Navarre.

J'y serai dans trois jours, en digne ambassadeur,
de la famille unie qui avec moi convole.
je battrai les chemins et j'irai dans son cœur,

avec tous mes enfants, en pensée et en âme,
tirer un peu de terre, essuyer une larme,
puis, en deux langues, écrire le fruit de mon survol.

Yo no digo mi canción

- T'agrada viatjar?
- ¿A mí?, ¡Sobremanera!
- Però, en quina llengua
em parles?

- Bueno, en totes... De fet,
en dues o tres...
- I... Per què ho fas?

- Bueno... perquè una nit
d'estudis vaig llegir:
Yo no digo mi canción
sino a quien conmigo va.

Le voyage est en moi

Le voyage est en moi,
un nomade un petit.
Bien peu de continents

ont essuyé mes pas.
Mais dans la vieille Europe,
je compte des amis,

pour qui la langue est vive,
par delà les visages.
Et les rides de l'âge.

Promesse

À ma famille, qui a nom Guasteví

J'ai promis à ma mère, au milieu du café,
de prendre, dans son île, une poignée de terre,
ou bien un peu de sable, en signe planétaire,
car l'omphalos delphique, là-bas, s'y est greffé.

C'est un centre du monde, autant que Perpignan,
où ses pas l'ont portée, avec ses deux enfants.
De pierres et de vents, l'île n'est pas avare.
sans mimer la verdeur de France et de Navarre.

J'y serai dans trois jours, en digne ambassadeur,
de la famille unie qui avec moi convole.
je battrai les chemins et j'irai dans son cœur,

avec tous mes enfants, en pensée et en âme,
tirer un peu de terre, essuyer une larme,
puis, en deux langues, écrire le fruit de mon survol.

Continental

Als meus avis adorats

Fugint de la misèria,
el Quicus i la Tònia.
No era pas una dèria:
el vent de la història.

Al mig de Perpinyà,
al vell Cafè Francès,
li buscaren manyà
per donar-li bon pes.

El nou Continental,
per al consumidors,
aviat fou principal
per beure sens dolors.

A mitjans dels seixanta
vengueren el cafè,
com una diamantada,
ben prest un ver tiofè.



samedi 14 janvier 2023

Le silence du soir

Le silence du soir n'a pas besoin de verbe,
il est sa propre geste, son épopée discrète.
Au cœur de la pénombre, il dit à qui le guette :
seuls les coquelicots, échappent à la gerbe.

Quand passe une voiture, hurlant à qui mieux-mieux,
il se cache sous terre et ferme ses beaux yeux,
car il n'est rien de pire pour un silence gai
que de se voir ternir par un chant au rabais.

Souvent je le caresse d'un œil inquisiteur,
me demandant sans cesse : quel est ce philosophe
qui, sans écrire un mot, est couronné docteur ?

Mais la nuit n'a qu'un temps, qui froisse son étoffe,
et quel déchirement quand le réveil tremblote
avec, dans sa soucoupe, les deniers de Judas.

Le rimailleur

Qu'il est dur de rêver et qu'il est simple d'oublier,
me dit un rimailleur, les yeux tout brûlés d'encre.
Sa péniche est à quai, jamais ne lève l'ancre,
et pourtant, à son bord, il se dit marinier.

Qui commence à parler, voit le pouvoir des mots.
Qu'il en joue ou s'en méfie, il se sent leur objet.
Alors en rimaillant, il se voit en sujet
et se paie, derechef, du bon fumet d'un rôt.

Mirage et certitude sont nos caps alternants,
et si j'aime les vers, je tremble en les lisant,
car ma plume est véloce et lente ma pensée.

Je n'ai pas de péniche mais rêve d'oublier
ou d'endurer le rêve, au début du poème
que, rimailleur, j'écris, tout en me promenant.

Cœur bégayant

Que la cadence est grave, qui oriente mon cœur,
le chemin de la vie lui en est redevable.
Mais quand un jour s'invite la folie à ma table
je le voudrais, un brin, valet de mon bonheur.

Il est bien loin de moi un sourire enchanteur,
une plume avisée, à la vigueur incroyable,
qui sait tenir en main des éléments friables
sans pour autant jamais perdre de sa langueur.

Et voilà que bégaie ce muscle énamouré,
rougissant tour à tour, comme un adolescent
alors qu'il n'est en fait qu'organe sénescent.

J'aime ce bégaiement au souffle effervescent
et si jamais un jour lui vient un coup-fourré,
qu'il daigne s'arrêter en étant caressant.

Preparatius

Aliens a la concentració del Jota Bé i de l'Alí,
el Miquel s'està enfaixant amb l'ajuda del Jean-Marc.
Instant de tensió muscular, robat al temps que corre.

Qui s'ho miraria ràpidament, encegat pels colors
vermell i verd, pensaria que està assistint a una versió
reduïda del soka tira basc. Però res de repte llençat

per un poble al del costat. Aquí tot és entesa i solidaritat,
com ho sembla evidenciar el triangle solemne del mocador
gegant, penjat a la porta de la Vilbau.



Laisse filer le jour

Laisse filer le jour, tu as cessé d'écrire.
Mais le jour n'en a cure, il glisse vers la nuit,
dans la pénombre épaisse où seul le verbe luit.
Un livre neuf t'appelle que, déjà, tu veux lire.

C'est un mince recueil, de poésies anciennes,
une édition Seghers qui n'attendait que toi
dans le hangar glacé, géré par Emmaüs.

Tant de doigts l'ont corné, tant d'élèves pantois
ont ressassé ses vers, écartant sa beauté,
quand un seul de ses mots pouvait les envoûter.

Il est temps de franchir les colonnes d'Hercule
et de revivifier de Paul Fort les appâts,
car la soirée avance et voici le repas
de mets et non de mots, qui clôt le crépuscule.

L'anniversaire de Joachim

Il n'a rien, ou si peu. Il vend des meubles
au rebut chez Emmaüs. Ou, plutôt, il inscrit
des prix sur un carnet à souche.

Écriture malhabile, ronde et belle. Peu, très
peu lui parlent, en dehors d'un marchandage
hâtif, auquel il se soumet toujours.

Quand, soudain, au milieu de rire gras, éclate
son prénom suivi, d'une présentation flatteuse.
J'apprends qu'il est célibataire, un joli cœur 

à prendre
, pour reprendre l'expression surannée
de ses compagnons d'infortune. Nul ne sourit,
la foule gagne la caisse. Sans un mot.

vendredi 13 janvier 2023

Mainada castellera

Avui és dia de reentrada per a la mainada 
castellera. Quelcom com el Kagami Biraki 
en judo. Asseguts, atents, els nins beuen

de les paraules de l'Adèle. Sàvies, eficients.
D'aquí unes poques setmanes, començaran
a sortir pel país, ambaixadors somrients

de l'estil airenovenc. En verd. Ben segur.
Però, de moment, aprenen i estudien.
Assaig de vesprada. Esforç de mainada.



Un lleu moviment

A la memòria de la Nina Simone

No gosa moure el cos ni tancar els ulls.
Muda, estàtica, quasi inconsistent,
s'amara en els mots i la veu de la Nina.

Llibertat inaudita, rodejada d'un eixam
de músics embogits. I, a poc a poc,
el seu cos prim i la cabellera negra

s'alliberen del físic i de la voluntat.
Un lleu moviment. Res més. És a dir
tot. Tot el que desitjava la Nina.



Ce siècle avait deux ans

À Lise et à Vincent

Ce siècle avait deux ans, et combien d'injustices.
Le sang avait coulé dans les rues de Paris,
quand tu naquis ici, sur un nouveau parvis,
illusion impériale et vrai retour du lis.

Siècle de cent années et de tas de misères.
Esclaves libérés, ouvriers asservis.
Zola suivit Hugo, dans l'enfer de l'absinthe,
que Degas avala, des pigments dans ses huiles.

Vallès, le libertaire, écrivit un beau jour
qu'on ne peut bien écrire sans ressentir toujours,
au creux de l'estomac, une boule de faim.

Et toi Victor le beau, ami des misérables,
exil à Guernesey, funérailles enfin,
tu es l'honneur d'un siècle et n'y fis pas la cour.