mardi 31 octobre 2023

Confidences matinales

J'ai délaissé la main
qui tenait le stylo.
Soudain devenue gauche,
elle ne m'inspirait plus.

Alors je l'ai laissé
faire sa buissonnière,
caressant des buissons
la crête ébourrifée.

Sans un petit clavier
physique ou bien virtuel,
je suis désemparé,
à l'heure de l'écrit.

Des touches de plastique,
prolongent mes deux doigts,
car, pareil à Brassens,
je joue de maladresse.

Il grattait la guitare,
sans entrer en technique.
Je pianote à deux doigts
sans faire nul progrès...

Changement d'heure

Écrire au point du jour
ou quand il s'est enfui
dans les vastes ténèbree
que dictent les horloges.

Choisir de se lever
quand le lit est si chaud
et qu'il est reposant
de fermer les paupières.

Rendre à la vie qui court
un soupçon de bonté,
puis gagner la cuisine
préparer un café.

Au-delà

Pousse un peu la limite
de tes vers étriqués
et regarde au-delà
le blanc qui étincelle.

Une mer de lumière
qui invite au silence
dans la caresse douce
du papier qui gondole.

Bien sûr il manquera
l'odeur de l'encre fraîche
et les hésitations
d'un poète en petit.

Ineffable

Il y a dans ce ruisseau
plus que de l'eau qui court.
Il y a des grains de vie
arrachés à la terre.

La source limoneuse
des plantes à venir
et le pleur lancinant
des marcheurs d'absolu.

Ce qu'il y a dans ce ru,
échappe à mon poème,
c'est la magie de vivre
au-delà de l'écrit.

lundi 30 octobre 2023

Un camion sang et or

À Benoît et à sa famille

J'en ai longtemps rêvé,
sans oser l'acheter...
Ce camion sang et or,
rempli de friandises.

Mais, depuis vendredi,
il campe sur mes meubles
qu'il éclaire le jour
d'une lumière vive.

Il semble impénétrable
et pourtant sous son toit,
il cache des gâteaux
qui sentent bon l'anis.

De petites rousquilles
et de charmants croquants,
la marque généreuse
d'un ami de Tresserre.



Anti-discours

Tout à mon entreprise
de brefs vers cadencés,
j'ai laissé s'en aller
des paroles trop longues,

des adjectifs ronflants,
des animaux curieux,
la pipe d'un notaire
grésillant dans le soir.

Je m'en suis fait un pot,
qui tient de l'ossuaire
mais demeure à mes yeux
l'image du désir.

Outrepasser les murs,
comme un passe-muraille,
échappant à Aymé
pour vivre ses vieux jours.

Et pourtant ce demeure,
fidèle aux mètres cours
qui font de la contrainte
tout un anti-discours.

Vers

En allant vers novembre,
je songe au mois de juin
et au soleil de l'aube
qui naît dans le silence.

Un silence fragile
que troublent les oiseaux
de chants mélodieux,
que la nuit a nourris.

En marchant vers novembre,
je revois mon passé
et l'enfant de Dunkerque,
défilant aux lampions.

Pari pascalien

J'ai décidé de croire
aux derniers jours d'octobre,
comme à un dieu caché
en quête de fidèles.

Me levant aux aurores,
d'une génuflexion,
je remplis mon calice
du sang d'un bon café,

J'implore le seigneur,
sous le jet de la douche,
en criant à tue-tête
des chants de corps de garde.

En sortant dans la rue,
je bénirai la foule
de deux trois tourterelles
et d'un vieux chien galeux.

Cyber sibarita

T'has endut el sarró?
O l'has deixat a casa?
Malfia't dels fast food
que t'escurren butxaca.

Un tros de cambajó,
una llesca de pà,
un raig de Ribesaltes
i dos grans de raïm.

Seràs bon sibarita,
Sense que et costi un ral.
Amb la teua saqueta
i el gust del menjar.

Una espera confiada

La llengua esperarà,
no tinguis por per ella.
Sota qualque pretext,
sortirà del cau mut.

Un mot, una visita
a qualque memorial.
El vent fred de novembre
al nord del Rosselló.

La deixaràs venir,
com un pescaire fi
deixant córrer son fil
al fil del rierol.

Serà la filla pròdiga
que torna amb les mans buides,
buscant l'amor del pare
i la dolçor dels llibres.

Remède anti-vent

Et le vent s'est levé,
perturbant mon sommeil.
Les poutres ont grincé,
comme sur un vieux rafiot.

Si le vent fait du bruit,
c'est que c'est un mutique.
Dénué de paroles,
il erre dans la nuit.

Alors il part en quête
d'une oreille docile
qui feindrait d'écouter
l'ampleur de ses propos.

Repus par la confiance,
il semble s'apaiser,
mais jaloux comme un diable,
le voilà réveillé.

À peu de frais, j'invente
un remède anti-vent.
Je lis le dictionnaire
en imitant sa voix.

dimanche 29 octobre 2023

L'oublieuse

À un ami dans la peine

Ses yeux sont devenus
le miroir gris des ans.
Le tain s'en est allé
avec ses souvenirs.

La cuisine est bien loin
d'où elle aimait chérir
ses enfants grandis vite
dont elle oublie le nom.

Pour qui lui tient la main,
elle est une chaleur,
qui sent bon la violette
et la volaille au four.

L'échappée mélodique

À la mémoire de Michel Petrucciani

Sur l'austère Steinway,
le corps emprisonné
se libère en dansant.

Variations de deux mains
qui cessent de jouer
pour voler librement
vers la fin d'un été.

Bruno, João et Chet
écoutent en silence
l'échappée mélodique
du prisonnier des os.



samedi 28 octobre 2023

Albert disparu

La ville était si belle
dans la soirée d'automne
qu'il avait oublié
les jalons du parcours.

Venu de la montagne
où tout est balisé
par des sourires sûrs,
des paroles amies,

il jouait de confiance,
comme un Petit Poucet...
Mais ses miettes de pain,
bien vite étaient parties,

sous les néons criards
de Dame Barcelone,
habile séductrice
pour montagnards naïfs.

Par chance on le trouva,
errant parmi les rues,
en quête d'un soleil 
qui avait disparu.

Il revint à Moià,
auprès de ses amis,
dans la chaleur sereine
des rues qu'il connaissait. 

Fleurettes d'automne

Parmi les fleurs des champs,
je cherche les ingrates,
délaissées par le sort
ou les herbes malignes.

Leur jaune est un soleil
qui brille dans mes yeux
car je les laisse ainsi
avec leurs congénères.

Quiconque croit trouver
la beauté, l'excellence,
dans la composition
de fleurs dénaturées

oublie l'inharmonie,
la beauté du désordre,
et le sourire gai
des fleurettes d'automne.

vendredi 27 octobre 2023

L'escala de Blau Bell

Has jugat amb les lletres
del vell llibre de missa
i de l'antiga Babel
has fet un quadre en blau.

Una escala de corda
en compte dels maons.
Una escala de seda
per pujar fins al cel.

Li direm doncs Blau Bell
a la teva pintada
que vol retre homenatge
als lingüistes del món.














© Colette Planas

Métissages

Profitant des fractures
d'un recoin du goudron,
des plantes opportunes
gagnent le premier plan.

Les fleurs accoutumées
aux champs des environs
ne pèsent pas bien lourd
face à leur entreprise.

Les belles saxifrages
proclament à qui mieux mieux
que le présent profite
des précieux métissages.



Un pètal de rosella

Un pètal de rosella,
m'ha caigut dins la mà,
vingut del caminoi
on somnien poetes.

N'he fet un paperet
per escriure-hi cosetes:
el sabor dels teus llavis,
el frec dels nostres nassos.

Nostàlgia de l'entesa
que no coneix fronteres
y atreu la lluna blanca
sota els nostres llençols.

M'han insultat

M'han insultat fa poc,
amb retrets inhumans.
Al llac passaven barques,
com un mirall del sol.

He pensat en els mots
que estableixen fronteres,
quan la veu dels humans
només les vol dissoldre.

Els mots se n'han anat,
com un paper mullat,
per les aigües del llac,
on passaven les barques.

Lectura

Lectura dels meus versos.
Virtual i deliciosa.
Escric per ser llegit,
sense cap presumpció.

M'agraden els silencis
que m'imagino allí.
Als llocs on em llegeixen
amb cafè fumejant.

Són versos senzillets
i d'art minoritzada.
Síl·labes cristal·lines
com unes passanelles...

jeudi 26 octobre 2023

Grenouille mouchetée

Grenouille mouchetée,
échappée du ruisseau,
que fais-tu donc ainsi
posée sur mon lino ?

Est-ce mue par la faim
que tu es à l'affût
de quelque moucheron
ou d'un vilain moustique ?

Ou bien songes-tu donc
à taquiner la muse
en tirant de ta langue
quelque jolie syllabe ?






Le fiel des crevaisons

À Martí, excellent bricoleur

La sécheresse accouche
d'une étrange pratique.
Les uns après les autres,
les pneus succombent au mal.

Épines d'épillet
ou cailloux acérés,
les chambres se dégonflent
au gré des randonnées.

Alors on se rassemble,
on ouvre les tiroirs :
des outils de fortune
font un démonte-pneu.

Tâche répétitive
qui unit père et fils
comme autant d'haruspices
éventrant un oiseau.

Et quel soulagement
de partir sur les routes,
en oubliant un temps
le fiel des crevaisons.





Cent

J'ai écrit cent poèmes
puis je me suis couché,
satisfait du labeur.

Le cœur serré de peine,
j'ai songé aux personnes
sans qui je ne serai.

Elles ont guidé ma main,
réveillant les couleurs
au milieu du silence.

Je ne peux vivre sans,
sans l'ombre d'un poème,
qu'il soit dix ou bien cent.

Maquette

C'est un beau manuscrit
qui remplit mon écran.
Milliers de caractères
tachetant la blancheur.

J'aime l'humble commande
d'une maquette vive,
l'examen des espaces,
des points et des virgules.

Je me plais à jouer
avec diverses vues,
songeant au livre épais
qui sortira des presses.

l'ambassadrice

Il est une noblesse
qui naît hors des salons,
dans la douceur des mots
d'une offrande discrète.

Au lieu d'un fier carrosse,
une cocotte SEB,
aux poignées ébréchées
par les dons incessants.

Drôle de viatique,
qui va de bus en bus,
avec dedans le ventre
une soupe orientale.

La noblesse est ainsi
qui invite au partage,
au cœur d'un univers
qui a perdu l'esprit.

Il suffirait de peu,
pour qu'il revienne en paix.
Un soupçon de cannelle
et une ambassadrice.

L'envoyée du soleil

Il a fallu des heures
de silence attendri
pour que je rende hommage
à dame Khadija.

Sa visite tardive,
entre deux autobus,
avec dans son panier
des trésors épicés.

Elle se mêle au rire
des frères réunis
et des cousins joyeux
autour de leur grand-mère.

Puis elle nous laisse ensemble
avant de retourner
au quartier des Haras
où elle l'a préparée,

cette soupe divine
dont elle glisse le nom.
La longue palatale
d'une chorba si douce.

Dans son appartement,
revenue prés d'Ahmed,
elle sourira discrète
au bonheur d'un dîner

où elle fit merveille
auprès de huit convives
avec dans son panier
l'envoyée du soleil.

mardi 24 octobre 2023

Esfera de passió

A la Sònia,
hortolana pirinenca

Esfera de passió,
sota la pell rogenca,
amagues il·lusions.

El goig de compartir
una meitat sucosa,
amb oli, pebre i sal.

Descansant a les fosques,
esperes el demà
per regalar-nos més.



Chaînes de liberté

Chaînes de liberté 
qui structurez l'espace,
tout en haut de la roche.

Vos maillons se combinent,
sans jamais se disjoindre,
en un angle parfait.

Votre croix est de fer,
d'efforts et d'espérances,
mais pas de pleurs amers.

Et quand la nuit survient,
il suffit de vous voir
pour savoir se guider. 














© Lionel Itié

De la terre et de l'eau

À nos petites-filles 

La terre est une orange
dont j'aime les quartiers.
Quand le soleil s'efface,
c'est pour naître autre part.

Ainsi de deux amis,
nés à un jour d'écart
qui se voient en grands-pères
en moins de deux semaines.

Clémence en Haute-Loire,
Hera au Canada,
le soleil de Minorque,
la joie du Roussillon.

Ils sont tous deux poètes
de métal et de mots,
elles seront des artistes
de la terre et de l'eau.

lundi 23 octobre 2023

Assaborir

Assaborir el temps
i deixar-lo escapar.
A glopades petites.

Pensar en el passat.
En el futur somiat
que guardo a la butxaca.

Hauria pogut ser
I no ha sigut així.
Misteri de l'insomni

que me'n recorda els reptes,
les ganes i les pors.
Tan deliciosament.

Esgotament

Esgotament. Estéril,
desorientador. Perdo mots
i metres. Ja no sé calcular.
La vida se m'escapa quan
exigeix tant de mi. No sé
què serà de demà. Un altre
dia. Uns altres versos.
Tant de bo torni als metres
breus que em saben apaivagar.

Pensant en la jirafa

He buscat a la cuina
una copa de vi.
Un sauvignon glaçat
per celebrar la neta.

L'he mirat sense beure'l
cercant en el seu or
els jocs de la petita
que s'obre al nostre món.

Ja té una jirafa
que li diuen Sophie
amb un coll de tendresa
i mil tresors secrets.



Jeu de cartes

Les cartes sont marquées
du sceau de l'indicible.
Le bristol est glacé
mais le cœur y est chaud.

On dirait des paupières,
recelant des secrets,
derrière le rideau
des cils écarquillés.

C'est un jeu bicolore,
aux figures connues
invitant les joueurs
à dévoiler leur âme.

Sans équivalent

Je ne suis que mes mains
qui glissent sur ton dos,
recherchant du passé
la trace indélébile. 

Je ne suis que ton souffle,
bâtissant des récits,
à l'autre bout du temps,
avec des petits riens.

Je ne suis que nos vies,
humbles et capitales,
à mille autres semblables
mais sans équivalent.

dimanche 22 octobre 2023

Précieuse myopie

À Inès Longevial

Il y a cette myopie
qui fait un monde étrange,
dans la pâte indistincte
des couleurs acryliques.

Tu te guides à l'odeur,
étrangère aux pulsions
des corps que tu rencontres
avant de te coucher

sur la toile livide
qui rêve d'emballages
et de colis d'amour
avant de succomber

à ta pâte joyeuse,
au ballet des pinceaux,
au souffle de ton âme,
à ta myopie précieuse.

Horari francès

Un ram de cinc floretes
espera els convidats.
Són flors de bon formatge
que ha fet torrar el forn.

Segueixo l'oloreta
que prové de la cuina
recordant als locals
l'horari dels francesos.

Després vindran els plats
de pastes i pollastre
amb raïm ensucrat
per tancar el dinar.

Douceur de la plaine

C'est une douce plaine
entre des monts sereins
qu'empruntent les tracteurs
en quête de labours.

La terre y est bien grasse,
avide de semences,
pour y faire un pousser
le blé des vermicelles.

J'y passe mes saisons
à contempler le ciel,
mimant de ses nuages
la douceur de la plaine.

Felici(u)tat

No vull fel i ciutat,
l'amargor dels carrers,
vull la felicitat
d'una vila amb campanya.

Uns prats amb caminois
per escriure-hi poemes,
passejant lentament,
darrere l'estimada.

No vull desitjos vans
ni fantasmagories
sinò quatre peuets
caminant de concert.



La route de la soie

Géographies du cœur,
de l'âme et du désir.
La route de mes doigts
sur la soie de ton dos.

Je ne veux d'océans
à tempêtes de larmes
ni de déserts stériles
aux silences pesants.

Dans la nature amène,
mes doigts sont vagagonds.
Cinq compagnons riants
en quête de bonheur.

Tendres geografies

Tendres geografies
que suggereix l'Espriu,
entre la pell de brau
i aquesta pell de brava.

Dolçor dels frecs nocturns,
entre somnis insomnes
I projeccions serenes.

No voldria res més
abans de tancar ulls.
Tendres geografies,
les filles de l'estiu.

samedi 21 octobre 2023

Perspectiva valeryana

Picant-li l'ullet
al Paul Valéry

T'he sentit en francès
enmig de la conversa,
paraules ben boniques
amb accent rialler.

Ja vius entre fronteres
de mel i sajolida,
la flaire incomparable
dels accents catalans.

Un dia llegiràs
elegants decasíl·labs
d'un poeta francès
que fou gran professor.

Sorollets del matí

Enmig de la grisor
d'un matí de tardor,
al meu costat rodola
un hàmster de paper.

Sorollets del matí
com un somriure franc,
trencant el fred silenci
de la casa del fons.

És un cap de setmana,
senzill i fredolic,
amb ganes de trobar
la serenor dels mots.

Desig fugisser

Desig de la pell suau,
d'un ocell migrador,
que deixa l'aigua freda
pel calor del tròpic.

Misteris de tardor
que et fa baixar aviat
per trobar en l'escrit
el seu rastre joiós.

Fragilitat del cos
amb petons fugissers,
tristesa del despert
que torna a l'escriptura.

vendredi 20 octobre 2023

Adversus naturam

C'est un arbre penché
qui fuit la terre mère.

Malgré l'exiguïté,
il gagne le plafond

où la lumière pend
d'un horrible néon.

Mystère de ces lieux
où les papiers se serrent

en parfaite harmonie.
Mais où les feuilles vertes

végètent et s'abandonnent
au profit du dedans.

Dedans

J'aime le mot dedans
qui jamais ne m'angoisse.
Plus chaleureux que sur,
il invite au plaisir.

Plaisir de la substance
qui accueille la mienne
et me rend en retour
la douceur utérine.

Je songe à Du Bellay.
Sa douceur angevine
naissait assurément
du regret du dedans.














© Joan Pere Sunyer

École buissonnière

C'est un joli chemin
qui sent le serpolet,
le romarin léger,
les tiges de fenouil.

Je le prends volontiers
en sortant de l'été,
caressant de mon pied
les escargots cornus.

Des pages de calcul,
je me fais des bateaux,
pour vivre au jour le jour
mes rêves de petit.

jeudi 19 octobre 2023

Un ram de mots

Espero la rosella
que l'alba portarà
en un cistell daurat
de somnis silenciosos.

Què pensarà l'amada
que dorm al meu costat
quan m'invento paraules
pour lui faire un bouquet ?

La nit trenca fronteres
per unir en un llit
els amants allunyats
que han nascut de paraules.

Filin d'acier

Et c'est cahin-caha
que je vois défiler
les poèmes du mois.

Seront-ils dix ou cent ?
Je n'en sais rien encore
en m'éveillant la nuit.

Funambule discret
je marche entre deux langues
sur un filin d'acier.

Livre à venir

J'aime te retrouver
en faisant la maquette
d'un recueil de l'été.

Les mots et puis les vers
emplissent une page
où le blanc devient roi
des passions silencieuses.

J'aime te retrouver
en closant la maquette
d'un recueil du passé.

Voix du soir

C'est une voix du soir
qui donne aux personnages
l'illusion d'exister
par-delà le papier.

Je me laisse bercer
par ses soudains accès,
aimant à retrouver
les prénoms oubliés.

Ouvert d'un coup de pouce,
le vieux volume craque,
exigeant de l'auteur
une continuation.

Joli bouillonnement
des questions qui foisonnent
pour étirer la vie
des êtres de papier.

Isabelle grandit
au fil des pages blanches,
sans aucun numéro
mais avec tant d'envie.

Elle devient libraire
et y attend Antoine
de retour dans la ville
où il devint poète.

Les mots se reproduisent
en ricochets sans encre
et un nouveau roman
naît soudain de deux voix.

mercredi 18 octobre 2023

Que deviennent...

Que deviennent les voix
qui se taisent à jamais,
trajectoires fauchées
au détour d'une rue ?

Tel était professeur,
connu pour sa faconde,
bienveillance sereine
pour les ados perdus.

Tels étaient supporteurs,
en livrée jaune et bleue,
transportant dans les stades
leur culte de l'humain.

Que deviennent les mots
que jamais on n'écrit,
omettant si souvent
que le froid les oublie ?

Anyada serena

Maduren les taronges
a la vora de l'arbre,
com un coronament
enmig de la verdor.

Són hores decisives
que ritmen les setmanes,
ben lluny de les olors
del naixement de l'any.

Rellotge de silenci,
el taronger sap viure,
contra la bogeria,
una anyada serena.

Jasmin urbain

Il n'est pas une rue,
à l'ombre ou au soleil
qui n'accueille mes pas
d'un soupçon de jasmin.

Invisible présence
au cœur de la cité,
il enrobe mes pas
d'un halo de douceur.

Et quand je clos les yeux,
entre mes quatre murs,
je revis mes trajets
dans l'odeur du jasmin.

mardi 17 octobre 2023

Un carreau de cuisine

La lune est dans le plat,
dédoublant ses croissants
en une danse lente
que le ciment corsète.

Un carreau de cuisine
parmi tous ses semblables
a arrêté le temps
pour tromper son ennui.

Il joue aux quatre coins
avec sa sœur l'étoile
et son frère tout rond
qui aussi se dédoublent.

J'aime le caresser
en songeant à l'œil vif
qui vint à la cuisine
pour le chiper d'un bond.












© Jean Lurçat / Gumersind Gomila

Llengotes

És un soroll llunyà
que ve del raconet
del jardí de darrere
on et sols entrenar.

Davant de la pantalla
aprens moltes figures
d'una llengua cortesa
de gent emperrucada.

I quan tornes a dintre,
bec de la teva boca
que ja sap pronunciar
les erres de ma llengua.

Besos de tardor

M'agrada la calor
dels besos de tardor,
collits entre fronteres
amb determinació.

Fan olor de cirera,
de gessamí daurat.
Tenen l'encant fugaç
dels estels de paper.

Dibuixen el somriure
dels poetes errants
que tornen a la llar
amb saltirons de goig.

Falses amistats

Es creuen les mirades,
de pantalla a pantalla,
buscant el Què diran?
entre publicacions.

L'amistat és sagrada,
s'alimenta de mots,
forjats al llarg del temps,
i no pas d'acudits.

Ja sé que sortiré
de la xarxa metarra
per retrobar un dia
els amics vertaders.

Encreuats

Xarranca silenciosa
al cor del setmanari.
Un ventall de mots clars
que ballen sota els dits.

L'amic Daniel destria
d'entre els vells diccionaris
unes definicions
que desperten el lector.

I si neix la fillola
al rengle horizontal,
és que l'euga recula
al seu costat serè.




© Daniel Mus Rosselló


La langue des poètes

C'est une langue belle
qui échappe à l'ennui,
la langue des poètes
qui retiennent la vie.

Non pas tout le réel,
ni même son image,
mais de simples brindilles
qui jonchent le chemin.

Si la langue sautille,
malgré le fin corset,
c'est que ses mots s'imposent
aux êtres de papier.

Route froide

J'aime la route froide
que tu prends en rentrant
de la répétition
d'une chorale exquise.

C'est un chemin sonore
entre des murs aveugles.
Le sommeil t'envahit
et tu presses le pas.

Bientôt viendra la nuit
des rêves oubliés,
où danseront les notes
sans jamais t'éveiller.

Un viatge petit

És un viatge petit,
entre mar i muntanya,
per trobar l'editor
d'uns versos de paper.

Al cor del vell vilatge,
entre quadres immensos,
la paraula és color
quan fumeja el cafè.

Del petit poemari,
no sé si parlaran.
Fou un moment bonic
al llarg d'un estiu rar.

Clin d'œil

Plissement de paupière,
un peu de peau sur l'œil.
Le silence est complice
et deux êtres s'entendent.

Bien loin du brouhaha
des sirènes publiques,
les regards qui se croisent
emportent l'adhésion.

Ce sont de brefs moments,
sans nulle possession.
Tout juste souligner
qu'on est encore en vie.

Puis reprendre la route,
le nez dans les senteurs
des banlieues inouïes
où se terre l'esprit.

lundi 16 octobre 2023

Délices

C'est une eau délicieuse
que celle de l'automne,
quand on croyait parties
les baignades d'été.

La nage est silencieuse
et le froid vous saisit
d'une douceur salée
qui rend plus beau le ciel.

Communion d'éléments
d'ordinaire discrets
et que la mi-octobre
exalte avec délice.

Passion silencieuse

Il est une passion
qui ne dit pas son nom.
Celle des doux regards
qui vont sur le chemin.

Harmonie des beaux lieux
qui saisissent le cœur
d'un filigrane tendre
où s'inscrit un visage.

Silence passionné
qui naît au confluent
d'une terre de vins
et d'un cœur vagabond.












© Roser Blàzquez Gómez

Somriure serè

El somriure serè
de l'home mitjancer,
atent a cadascú
i pilar de costat.

És l'home dels queviures,
que apaivaga dolors,
capità de vaixell
sense cap presumpció.

Aplega una família
i més enllà del seus,
tota una castellada
que verdeja amb passió.












© Marie Lopez

Homenatge en blau

Homenatge senzill
a l'artífex callat.
Un home entre fronteres
que sap el que tots volen.

Al cor del Baix Montseny,
ha aplegat històries.
Sàvies trajectòries
d'uns futurs castellers.

I vet aquí que pugen,
fent blavejar cotó,
un diumenge d'octubre,
amb ventolí d'estiu.














© Marie Lopez

Germanor de la vida

I del blanc ha passat
a la blavor serena,
el somriure d'amics
fillols del Riberal.

Repiquen les campanes
al cor de cadascú.
S'esfumen les fronteres
quan pugen castellers.

Diumenge de tardor
amb sol de primavera.
Un goig de cada instant,
germanor de la vida.











© Marie Lopez

dimanche 15 octobre 2023

L'envers de l'effort

Sur la peinture
de Joseph Maureso

Agrafées sur le bois,
les toiles sont des voiles
où s'inscrit le papier
des rêves à venir.

Je les vois s'envoler,
jouer à cache-cache
avec le monde d'Ulf
que Joseph a créé.

De la terre première,
des formes sont sorties
entre méduse et œuf,
grisaille et vermillon.

La nef du monastère
est avare en lumière,
laissant filtrer à peine
le soleil du couchant.

Transcendance sublime,
sans nulle religion,
la peinture a séché
les larmes pèlerines.

Et pour qui s'en retourne
au monde d'ici-bas,
c'est l'envers de l'effort
qui en lui s'inscrira.














© Roser Blàzquez Gómez
(photo)

samedi 14 octobre 2023

Cadavre exquis

Interrompre la nuit,
refuser le sommeil,
puis retenir des mots
la saveur oubliée.

En peu de vers je fais
un tout petit hommage
aux épais dictionnaires
qui ont nourri mes jours.

Saveur du continu
qui jaillit de l'étanche.
Du blanc entre les lignes
et l'unité du style

qui sait relier des mots
au contenu distinct
comme un cadavre exquis
de vélin consacré.

Tortues

J'ai vu sur le rivage
des tortues de Floride
dorant leur corps oblong
au soleil de l'automne.

Une poignée d'écaille,
miroitant de noirceur
dans un silence grave
étranger au cours d'eau.

C'était à Alenya,
le long de cette agouille
qui incise la terre
pour rechercher la mer.

Une chanson

Il est une chanson
qui sait trouer mes nuits.
La voix de Barbara
sur les malheurs du monde.

Ce lent dépouillement
au profit de celui
qui souffrait en silence
sans espoir dans la nuit 

La longue dame brune
sur son piano à queue
offrait son élégance
à tous les gens de peu.



Merveille de l'azur

Il y avait dans l'azur
des germes de parole,

le sourire dez fleurs
au soleil qui courait,

en une course lente
du givre à l'occident.

Merveille de l'azur
et douceur du temps bref.

vendredi 13 octobre 2023

La création de l'univers

Il n'y avait alors que le vide, le néant,
le chaos originel dans l'esprit du créateur.
Avant le moindre souffle. Avant que le temps ne soit temps.
Quand Dieu jouait à l'apprenti de vie.

Et de ses mains il pétrit l'argile,
il y dessina un univers invisible,
et y peint, les yeux clos, les couleurs de l'espoir
sans imaginer encore ce qu'il engendrerait.

En passant dans le feu du foyer du créateur,
la magie devint un claquement de couleur et de vie. 
Et le rouge d'exister. Et Dieu de sourire.
Puis de créer le bleu, et le bleu devint vie.

Alors Dieu devint céramiste.

Roser Blàzquez Gómez, traduit du catalan
par Michel Bourret Guasteví












Émotion d'émaux

C'est un stylet d'acier
qui incise le blanc,
cherchant sous la poussière
une terre de sang.

Crissant de cent volutes,
il retiendra l'émail,
le lait de mille vaches
paissant dans l'univers.

La main qui le retient
aura tremblé ce soir
et pourtant, je le sais,
le four s'en émouvra.

Poussières d'étoile

À la mémoire d'Hubert Reeves

Des torrents dans la voix,
le regard bienveillant,
il était funambule
entre ici et ailleurs.

On se croyait savant
en écoutant ses mots,
il nous montrait la vie,
au-delà de nos maux.

Sa barbe proverbiale
n'était pas d'un prophète
mais d'un homme de bien
rejoignant les étoiles.

Poussière de poussières
et un grain sur la grève,
il donnait à l'infime
un parfum d'absolu.

Entrenament

T'entrenes a la llengua
que aquí vols practicar,
aliena al sol que brilla
i t'invita al jardí.

Hores de reflexions
i d'assajos estranys,
omplint la teva boca
amb frases de paper.

A poc a poc penetra
la llengua d'un país
on sopen massa d'hora
abans de conversar.

Un repas de peu

C'est une soupe verte
qui remplit la faïence.
Un bouquet de courgettes
qui fondra sous la langue.

Un doigt de colombo
en relève le goût,
invitant les convives
au partage en silence.

C'est un repas de peu,
un cadeau de la vie,
l'offrande de la terre
aux voyageurs d'octobre.

Un bain de mi-octobre

Une plage de mots,
au terme de l'échange.
Et le désir soudain
de la surface étale.

Sur le rivage blond,
un homme se prépare,
sculptant son corps serein
en curieux exercices,

avant de s'immerger,
sans craindre la froideur.
Je le suis à distance
et m'immerge à mon tour.

La nage est un délice,
enrobée de senteurs,
Assise sur la grève,
tu me prends en photo.

Au loin, les bicyclettes,
s'inventent une sieste,
pendant que, sur le sable,
on saucissonne un brin.


Un goût de céramique

À Claire Bauby-Gasparian

C'est un boudin de terre
que la presse façonne,
en pulsions bien huilées
avant de l'arrondir.

Alors naît une assiette
qui ne boira de soupe,
conque couleur de cuir,
avide de couleurs.

La presse est d'Armentières,
venue de la Grand'Guerre,
pour façonner des pots
aux veuves éplorées.

Et la guerre partie,
elle huile son vieux souffle
pour enrober la paix
d'un goût de céramique.

Yeux plissés

Les yeux plissés, elle dort.
Sans refuser le monde,
elle le tient à distance,
en goûtant les senteurs.

Ma voix ne l'effraie pas,
elle devient familière
Derrière ses paupières,
la mémoire se fait.

Et je songe soudain
à inventer des poèmes,
non comme celui-ci :
des poèmes d'enfant.

mardi 10 octobre 2023

Tout un monde en un œil

Tout un monde en un œil,
un monde à découvrir.
Silence de l'iris
qui s'ouvre à ce concert.

Elle n'a que quelques heures
qui bientôt font des jours,
imprimant pour plus tard
le drapé des baisers.

C'est la douceur des voix
qui porte ses images,
le trésor d'une avare,
bientôt si généreuse.

Les yeux pétilleront,
accompagnant les rires,
précieuse espièglerie,
sur le chemin du vivre.



Obscurité automnale

L'obscurité est là.
L'obscurité, le froid.
Les moteurs éternuent
et les passants vont vite.

Si la pluie tarde encore,
l'automne naît de la nuit,
laissant au clair midi
l'illusion de l'été.

Jolie demi-saison
où s'affairent les foules.
Semaine de travail
qui craint de s'enrhumer.

Odeur parasite

C'est une odeur d'essence
qui a crevé la nuit,
régalant le dormeur
d'une courte insomnie.

La vieille casserole
d'une auto au rebut
ou une mobylette
égarée dans les rues.

Entêtante senteur
qui invite à la nausée,
au mépris de tant d'heures,
rêvant à la rosée.

Quand on est voyageur

J'aime te savoir là,
à l'autre bout des rêves,
dormant sur le drap clair
d'une nuitée d'automne.

Tes paupières sont closes,
me voilant tes secrets,
la saveur des mets forts
et le chant des oiseaux.

J'aime cette distance
et je l'abhorre aussi.
Le prix juste à payer
quand on est voyageur.

Una pluja de dits

Una pluja de dits,
de capcirons petits,
picant sobre la taula
un matí de cel clar.

Han seguit el pallasso,
inventant el ruixat,
les botes de cautxú
i els paraigües bonics.

De sobte un gran silenci.
Ha passat la tempesta.
Ja és hora del pati
i de l'espertinar.

lundi 9 octobre 2023

Quan tarda la tardor

Quan tarda la tardor,
la pluja plou i riu.
Li sembla molt millor
que quan tarda l'istiu.

Quan tarda la tardor,
de sorra s'omple el riu.
I inventem la cançó
de l'ocell sense niu.

Aventure exquise

Quel étrange plaisir
que de regarder l'onde
couler dessous le pont.

Le regard est captif
du reflet gris des eaux
et les bras se reposent
sur la rembarde en bois.

Quelle exquise aventure
que de laisser son âme
glisser au fil de l' eau.

Sommeil premier

Au centre de la France,
j'ai senti un sourire
qui remplit son berceau
de rêves à venir.

Le bonnet sur la tête,
enturbannée d'un drap,
à l'abri des paupières,
une enfant dort et songe.

Habitants des faubourgs,
respectez son sommeil
et courez en mairie
annoncer son réveil.

À feu doux

J'aime la saveur franche
d'un ragoût sur le feu.

Le doux crépitement
de la sauce brûlante

et le jeu si changeant
des couleurs dans le tian.

La terre est bonne amie
pour rassembler les mets

que la bouche regarde
avant de s'en saisir.

Bouillabaisse de poulpes
ou cassoulet chaurien,

le feu doux vous ravit
et votre jus m'enchante.

Barrière de bois clair

Barrière de bois clair,
comme un accordéon,
pour protéger l'enfant
et amuser ses mains.

Pliée sur le côté,
tu attends chaque jour,
le retour de son pas
dans la haute chambrette.

Barrière de bois clair,
que noble est ta mission
pour protéger Clémence
et rassurer les siens.

dimanche 8 octobre 2023

Æstatis clementia

C'est une inclinaison
des terres de l'Auvergne,
du côté de l'adret
où le soleil sommeille.

Douceur des terres meubles
attendant une enfant,
porteuse d'un prénom
qui en dit la tendresse.

Si l'été se prolonge
en repoussant l'automne,
c'est qu'il veut rendre hommage
à sa petite muse.

Sur ses paupières closes
que veillent ses parents,
j'écrirais bien des choses
que je conserve en moi.



Clémence

Quelle est cette menotte
qui se tient au drap blanc.
C'est la main de Clémence
qui découvre la vie.

Ses yeux sont grand ouverts
sur le monde en couleur.
Sa maman, son papa,
qui pleurent de bonheur.

Je pense à sa famille
qui rayonne de joie.
Aux quatre coins de France,
les cloches sont pascales.

Le printemps en automne
dit son joli prénom.
Il vient l'été clément
qui efface l'indien.

Quelle belle qualité
que la noble clémence
qui adoucit la faute
devant l'immensité.

Avec un tel prénom,
elle me montre la voie
de la félicité
qui n'aura pas de fin.



Lire, écrire, aimer

Lire, écrire,
lire ce que l'aimée
écrit.

Sous le plaisant prétexte
de traquer des scories,
m'enivrer de ses mots

et songer aux poèmes
qu'elle m'offre en écrivant.
Lire, écrire, aimer.

Aventure étale

Il est une aventure
qui ne me coûte guère,
celle de l'écriture
en début de journée.

La plage y est étale,
sans empreinte de pas
et pourtant j'y perçois
l'iode des jours passés.

La nuit a fait son œuvre,
épurant les scories.
Ne reste que l'essence,
la sage nostalgie.

Alors je prends la plume,
plutôt mes doigts crochus
et je dicte au clavier
mes pensées impromptues.

samedi 7 octobre 2023

Un chemin de bois

C'est un long xylophone,
qui serpente au soleil,
le long de mon agouille,
pour rejoindre le sable.

Quand approche midi,
les vélos le désertent
pour gagner au plus tôt
la brasserie du golf.

On y sert des cocktails
dans de graciles flûtes
qui disputent aux clubs
le désir d'être sceptres.

Étranger à ce monde,
je glisse sur le bois,
comme un vieux funambule,
marchant sans balancier.

Et j'écoute le son
des planches désunies,
murmurant au soleil
leur nostalgie de l'arbre.



Un projet pacifique

À Mickaël, Lise et Merlin Raivard

Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre
                                            Paul Valéry

C'est un joli projet,
né d'un amour serein :
poursuivre les vents d'Ouest
sur un fringant trois-mâts.

Laisser la vieille Europe,
ses étranges corsets,
gagner un monde neuf
où la démarche est souple.

Voyage initiatique
qui n'aura pas de fin.
Une fois à pied sec,
les marins poursuivront

l'inlassable conquête
de l'épaisseur salée,
un bonnet sur la tête
et une écharpe au cou.

Marine capricieuse,
image de la vie.
L'effort, l'effort encore,
pour gagner le plaisir.

Installé sur le môle,
je les verrai partir.
Marin de pacotille,
mes voiles sont papier.

vendredi 6 octobre 2023

Une brasserie du Haut-Vernet

Ils avaient pris chacun 
un verre de vin blanc,
si clair, si gouleyant.
De la paille en automne.

En guise de grenade,
des rubis en carrés,
sentant les profondeurs
de la mer du Japon.

Non pas un tataki,
à la géométrie trompeuse,
mais un tartare cru
sur un lit de salade.

Le bar s'était vidé
de ses rares clients
et la terrasse était
un miroir du gazon.

Le tartare vaincu,
l'on choisit des cafés
dans des tasses petites,
à la faïence épaisse.

C'était un vendredi
il faisait chaud et sec.
La porte refermée,
le silence se fit.

La vie en creux (bis)

Outrepasser la vie,
creuser dans son passé,
quelle étrange entreprise
pour l'homme d'aujourd'hui.

La mort en lui bouillonne
qui le tire des draps.
Il n'en a cure et vogue,
les voiles affalées.

La vie est dans ces bouts
de papier mâchonné
dont la salive imbibe
chacun de ses désirs.

jeudi 5 octobre 2023

Nuits

Mes nuits sont de lambeaux
qui ne me coûtent guère,
car des vers neufs y germent,
au hasard des soupirs.

Je souris à la lune,
mon amie de fortune,
dont le silence luit
des sentiments à dire.

Je perçois l'épaisseur
de l'air qui m'environne,
avant de m'endormir
sous mon drap de coton.

Roseaux

J'aime les fins roseaux
qui bordent le chemin,
en marge du ruisseau
que je verrai demain 

Ils sont les sentinelles
d'une campagne en paix
où nichent les oiselles
bien loin de nos méfaits.

Quand le vent ralentit,
les roseaux se désolent.
Leur tige s'alanguit
sans s'affranchir du sol.

Quatre-couleurs

Et j'ai laissé couler
cette encre grasse et tiède
qu'exigeait le matin,
avant le chant du coq.

Mes doigts s'en sont bleuis,
dans une odeur amère,
qui attirait ma bouche
et délivrait mon cœur.

Merveille du stylo,
de mon quatre-couleurs,
sans qui je ne serais
qu'un poète muet.

Oxímorons

Quan crema la fredor,
ja surten els poetes,
vestits de llengua bona
i despullats de fel.

Tota llengua hi fa foc,
quan la llenya s'apaga.
Els mots fan bona brasa
que s'escampa a l'entorn.

Quan es gebri el bon sol,
pel solstici d'hivern,
els poetes viuran
de paraules fumades.

Lluna lluny, lluna a prop

Lluna lluny, lluna a prop,
astre blanc i discret
de fredor aparent
i de passió fulgent.

Amb ta cara rodona,
estàs vetllant per noltros,
de s'illa o de la terra,
quan el cel es fa fosc.

Lluna lluny, lluny a prop,
rellotge sense busques,
donant hora als amants
i  sang nova a l'amor.


mercredi 4 octobre 2023

Apparition

Je tiens entre les mains
un éventail de noms,
de style et de couleur
que je feuillette en sentant.

Sur le papier glacé,
l'encre fait des à-plats
où mes yeux glissent en riant,
vers l'arrière et l'avant.

C'est un petit prodige
qui tient en peu de mains.
L'entregent d'un mentor
qui sait relier les gens.

Les langues s'y côtoient,
s'y mêlent et s'y épousent
sans jamais soulever
de vains affrontements.

J'y ai appris l'histoire
de combattants du bien
et les légendes vives
des fées de nos ruisseaux.














Lassitude

C'est une lassitude 
qui ne dit pas son nom,
mais vient à l'improviste
quand approche la nuit.

La réflexion affleure,
qui cherche encor' ses mots,
exigeant du sourire
un secours surhumain.

Bientôt viendra le somme,
qu'on dit réparateur,
l'oubli de ces chimères
qu'on croyait dépassées.

Il sera temps alors 
de laisser en arrière
la vaine lassitude
et ses vils serviteurs.

Amours sages

J'aime les amours sages
qui coulent par à coups,
comme ces fins ruisseaux
que le printemps abonde.

Ces amours si discrètes
que seule la porte aveugle
en sent le doux devis
quand le soir se fait nuit.

Amours au quotidien
sans nulle éphéméride,
ni crainte d'un demain
qui demeure incertain.

Amours de funambule
au balancier lesté,
cheminant lentement
d'un pas grave et joyeux.

Retorn

Has tornat a la llengua
dels teus avantpassats,
assaborint la flaire
d'uns girs desconeguts.

Mastegant les paraules
que et costaven un poc,
has llegit als mainatges
uns contes peregrins.

Quantes hores passades
a retrobar un món
on passejava l'àvia
per collir-hi colors.

Une facture

C'était une facture,
une page enlaidie
par des calculs abscons
et d'ennuyeuses courbes.

Et pourtant elle offrait
au verso de son être
la blancheur d'une feuille
avide de couleurs.

Ma fille s'en saisit
pour y tracer d'un trait
un joli papillon
épris de liberté.

À reculons

J'ai rêvé de septembre
puis me suis endormi.
La route était poudreuse,
au sortir de la ville.

La mer léchait le sable
du bon Saint Cyprien,
m'octroyant une ondée
pour prix de mon audace.

J'aimais croquer la pomme
et feuilleter des livres
qui parlaient d'absolu
dans leur petit format.

Horloges

Que dansent les horloges
qui dorment dans la nuit
et qu'elles quittent le nid
des commodes anciennes.

Leur pas est compassé
et leur course ennuyeuse.
Pour remplir tout un jour,
elles s'y prennent à deux fois.

Je rêve de cadrans
aux chiffres fantaisistes.
À l'infini d'un huit,
au charme d'un zéro.

Desig

És un desig de dies,
de dies i de nits.
Un temporal plaent
amb borrasques sobtades.

Quan s'entreobren els llavis,
és per somriure al món.
Un buf, un baf silents
del meu cor que batega.

Camino vora l'aigua
dels sentiments somniats
i quan dormo a la nit,
és per fer-t'hi costat.

mardi 3 octobre 2023

Estranya tardor

Estranya és la tardor
d'aquest any de poetes
quan s'adorm el sol vell
com una singlantana.

M'estan cridant les barques
del Racó del meu oncle
amb llurs colors de pomes
i la mar d'organdí.

Quan vingui Sant Martí
amb tota sa comparsa
que'ns vulgui oferir
aquest sol de tardor.













© Gumersind Gomila

Fruits d'automne

J'aime les fruits d'automne
qui craquent sous la dent,
quand faiblit la lumière,
à l'approche du soir.

Je les dispose alors
dans un beau compotier
comme un petit Cézanne
avide de couleurs.

Et la faim disparaît
sous ce regard si lent
qu'il dérobe aux horloges
leurs aiguilles d'argent.



Verdes taronges

Verdes són les taronges
del taronger d'octubre,
mirant-me tot el dia
amb mil ulls de paó.

Aviat seran uns sols
de planetes rodons
oferint als meus hostes
llur dolça melmelada.

Per ara són callades
i m'observen escriure
uns versos amb el suc
de llur promesa tendra.



Escriptura dual

Escriptura dual,
d'estovalles florides,
quan s'apropa el migdia
al cor de l'altiplà.

Les lletres es combinen
i la llengua frueix.
De prosa i poesia
són amants llaminers.

I no hi ha cap moment
que no els atregui quan
es posen a escriure,
pensant en l'avenir.

Son uns éssers de mots,
de tinta i de sang tébia,
barrejant els idiomes
amb sengles llengües dolces.

Étrange

J'ai fait un rêve étrange,
est un vers qui me vient
du fond de mon enfance
en marelle oubliée.

Étrange est la mémoire
qui néglige l'oubli
pour s'inventer un monde
où nagent des chimères.

Le rêve est un salut
pour qui croit naviguer
sur le coton orange
de ses draps automnaux.

Rires marins

Rions à la ferveur
des vieilles bigoudènes,
promenant leur dentelle
au sortir de l'office.

Rions des vains appels
des sirènes de brume
s'essayant au grand large
au milieu du radoub.

Rions des loups de mer,
la casquette vissée,
pêchant des bigorneaux
aux étals du marché.

Appel

Que vienne l'insomnie,
que je croyais partie.
L'ivresse silencieuse,
prodigue en poésie.

Que viennent les nuits blanches,
les épousées d'un soir,
avec leur traîne grise
sur mes paupières claires.

Que viennent ces moments,
arrachés à l'horloge
par quelque diablotin
en manque d'absolu.

Douceur angevine

J'aimerais déboucher
un peu de ce vin clair.
Du rosé de l'Anjou,
gouleyant et sucré.

Puis je mettrais en poche
le liège du bouchon,
en souvenir exquis
de nos repas d'un jour.

Alors le temps jouerait,
exhumant de l'écorce,
le parfum angevin
des coupes partagées.

M'agraden...

M'agraden els silencis,
el silenci en plural,
el frec de les orelles
contra la lluna plena.

M'agraden els insomnis,
la son dels somnis clars,
les ganes de t'escriure
més enllà del silenci.

M'agraden els murmuris,
el rierol dels plors,
quan el goig els amara
al bell mig de la nit.

Et puis...

Et puis il y eut ta peau.
Ta peau dans le soleil.
Ta peau dans la verdeur,
pudique et enjouée.

La rosée de l'automne,
le rosé débouché,
le rêve des pas tendres
que j'aimais inventer.

Et puis il y eut ces mots
que j'osai murmurer,
comme une envie d'automne,
en plein cœur de l'été.

lundi 2 octobre 2023

Une sortie au jardin

Aux élèves de la seconde 12

Pareille était leur herbe,
pareil était leur ciel.
Et pourtant chacun d'eux
portait un regard neuf.

Précis et ciselé
ou réduit à un geste,
l'espace de Maillol
prenait un nouveau tour.

Ils avaient fait un cercle,
au bord du carrefour, 
négligeant la rengaine
des radios du faubourg.

Et pendant près d'une heure,
ils m'ont donné des signes
de leur goût pour la vie
et de ce qui nous lie.

dimanche 1 octobre 2023

Sur un brouillon de joue

Sur un brouillon de joue,
la nuit n'a pas de prise.
L'encre bleue n'y tient pas
et le graphite y meurt.

Seul peut y écrire
le renflement des lèvres,
cherchant à exprimer
ce que le jour ne peut.

Sur un brouillon de joue,
j'ai écrit mes mystères,
humant de chaque pore
les désirs à venir.