jeudi 10 septembre 2026

Liberté d’exister

La liberté de vivre…

De prendre à bras le corps

ce qui nous fut donné,

sans qu’on le demandât.


La liberté de dire,

d’écrire et de danser,

sur la place publique

ou au creux de ton lit.


La liberté d’aimer

cette vie si fragile

et qui nous fut donnée.

Sans qu’on la demandât.

En oubliant la surface

Sommes-nous des oiseaux, sommes-nous des poissons,

pour franchir aisément et ces monts et ces eaux ?

Saint-Amant


Oublie donc la surface,

la surface des eaux,

et regarde le sol

où repose la mer.


Tu trouveras des monts,

des vallées et des plaines.

Des terres colorées

vivant dans le silence.


Oublie donc la surface,

abstrais-toi de ce monde,

et gagne leur repos...

...la quiétude des eaux.





Ensenyament

M’has ensenyat la mar,

la mar des de la terra.

La mar de la fugida

i del retrobament.


M’has ensenyat la sal

la sal i les petxines.

La grava dels camins

dessota l’aigua espessa.


M’has ensenyat a viure.

A viure i a somniar.

Sense deixar la mar.

La mar que va fugir.





Jacky

Le sourire en premier
puis la parole calme.
L’art de tout résumer
en moins de vingt secondes.

Le pêcheur à la traîne
m’enseigne clairement
l’art de pêcher le thon 
avec quelques sardines.

Sardines surgelées
à l’azote glacé,
pour tromper le poisson
vorace et sans pitié.

La magie de Fafa
est celle du temps long.
Me donner à connaître
Jacky et ses passions.

La passion du poisson
et du rugby à quinze.
L’art d’entrer prestement
dans le maillot d’un autre.

Il est neuf heures quinze.
Jacky est reparti.
Mais il m’a enseigné
l’art de la précision.

En cœur de France

Il est en cœur de France,

en son centre précis,

un village petit 

qui attend de nous voir.


C’est Châteauneuf-sur-Cher,

pas plus de trois-cents âmes,

où se réuniront

les proches de Camille.


De Camille et Jérôme.

De la vie qui est en eux

et qu’ils partageront

au centre de la France.





Délaisser et écrire

J’ai délaissé les cris,

les cris et la fureur

de ceux qui se repaissent

du malheur de nos frères.


J’ai fermé la télé

et coupé ma radio

puis j’ai gagné la nuit

pour m’y interroger.


Quelle est donc cette terre

qui tue et s’en rengorge,

nous abreuvant d’images

pour créer son audience ?

El teu mar

El teu mar és de mots.
De llum i versos curts.
El teu mar és batec
d’aigua sense marea.

El teu mar és el meu.
D’orient al sud de l’Illa.
Amb una illa de l’Aire
com sol punt cardinal.

El teu mar és respir 
de salabror i d’iode.
Hi nasqué l’alfabet,
s’hi tancarà el llibre.

mercredi 9 septembre 2026

Filferrada d’amor

Una estrella de mar,

una estrella de terra.

Un mirall de cinc punxes

per trencar les angústies.


Les estrelles són suaus

i les punxes s’abracen.

El mar balla amb la terra

i la terra amb el mar.


Filferrada d’amor.

En cap cas una reixa.

Entramat de passions,

de silenci i respecte.

Je voudrais

Je voudrais que tu sois la nuit

pour t’aimer dans les ténèbres.

                                              Apollinaire


J’aime penser à toi

quand la nuit me réveille

et me peint le passé

de nuances de gris.


J’aime m’imaginer

des nuitées sans contraintes

et des wagons pullman

filant vers Istanbul.


J’aime rêver de toi

ou bien rêver à toi,

en pliant la syntaxe

selon ma rêverie.

Un trobador de l’instant

Trobador de l’instant,

jo visc entre fronteres.

No soc gens cortesà,

bec de l’aigua que corre.


Els meus mots tenen segles,

els dono a tothom.

A tothom que me vulgui

acompanyar un xic.


Soc un trobador viu,

hereu del meu besoncle

i de la seva llengua,

aquella llengua clara.

L’ocell ferit

M’han regalat un llibre.
Un llibre nou i fresc,
en sortir de la impremta
on li han donat la vida.

Tot just enquadernat,
de cola encara humida.
L’he pres entre les mans
com un ocell ferit.

L’ocellet tremolava.
Li he donat calor.
La calor de l’alè
i de les meves mans.

No l’he volgut obrir.
No el volia trencar,
imaginant l’olor
del paper i la tinta.

Bellesa dels gravats
i força dels poemes.
Tant d’amor protegit
en un ocell ferit. 












© hereus de Gumersind Gomila

mardi 8 septembre 2026

Quan van trencar les portes

Quan van trencar les portes,
les portes i finestres,
van ensorrar els murs,
els murs i la teulada.

No quedava ningú.
Cap abric, cap peluix.
Cap somriure, cap cara.
Cap paraula gentil.

Van posar una reixa,
una reixa de ferro,
per fer una frontera
entre els morts que quedaven.

Quand l’infini s’invite

C’est ton anniversaire

et l’infini s’invite

auprès de ton sourire.


Car quand l’unité double

le chiffre des dizaines,

le sourire s’envole.


Et puis il y a ce jour

qui joue à cloche pied :

huit, neuf, sept, huit.


Un jour pour tes parents,

un jour pour ta maman,

il y a longtemps déjà.


C’était un vendredi,

le dit jour de l’amour,

juste avant le week-end.


En ce mardi de joie,

sous un soleil brûlant,

je leur rends un hommage.


Et puis je pense à toi

et à chacun des tiens

qui t’aiment et te célèbrent.

Tortugueta de mà

Tortugueta de mà,
tortugueta de tarda,
descansant en la mà
de la meva estimada.

Tortugueta bonica
nascuda dins dels camps
de l'illa de Menorca,
de terra i no de mar.

Tortugueta de mà,
un desig de l'amor
que ha deixat les muntanyes
per somniar vora el mar.








lundi 7 septembre 2026

En oubliant le lieu

Le lieu importait peu.

Ils s’étaient réunis

pour parler en français.


Si la table était ronde

et dans un bois très clair,

les paroles exultaient.


Car s’ils étaient bien onze,

c’était par un abus

de notre langue ancienne.


Car il y avait moins d’hommes

que de femmes attablées

au marché de l’échange.


J’ai saisi des accents

qui parlaient d’autres mondes

avec des yeux de braise.


Un médecin jonglant,

au fil de sa carrière,

entre les disciplines.


Unse Suissesse vive

me rappelant Rousseau,

non loin de sa frontière.


Les Émirats arabes

et le sud de l’Afrique

parlaient au Danemark.


Mais ce que j’ai aimé

en ce matin d’été 

c’était ma propre langue


… qu’ils m’avaient enseignée.









© Nancy

dimanche 6 septembre 2026

Je m’ouvrirai le ventre

 À mon fils Vincent, 

professeur


Pour aérer à l’intérieur

              Thomas Vinau


Je m’ouvrirai le ventre

-au figuré, bien sûr-

pour donner aux enfants

de jolies papillotes


Des chocolats farcis,

des guimauves coulantes,

deux trois pâtes de fruits

dans des papiers collants.


Je m’ouvrirai le ventre

sans bien le refermer.

Des fois que me viendrait

une faim de bonbons.

Regain

J’avais perdu ta voix;

ta voix sous ton sourire.

Tes inflexions de voix

sous tes regards fugaces.


Et puis tu n’es plus là

et tes yeux ne me voient,

pas plus qu’ils ne s’envolent

vers la lumière vive.


Alors j’ai retrouvé

ta voix dans nos deux langues

et cet air polisson

qui chuchotait tout bas.

Una ombra en el mirall

Una ombra en el mirall.

Una ombra del passat.

…O del futur potser?


Una figura tendra

d’una rosella lliure,

 d’una dona estimada.


Una ombra en el mirall

per regalar la veu

d’un poeta pianista.


Un cantant de les ombres

i de tantes presències

que el van acompanyant.