mercredi 31 août 2016

Une langue autre

Derrière moi, un homme converse
au téléphone, son correspondant
vocifère, complice. Nobles

inflexions, une langue d'Afrique.
Subsaharienne, ajouterais-je, pédant.
La courbe de l'intonation ondule,

voisinant les hauteurs sans jamais 
s'y résoudre. La baguette semble
tenue par le correspondant. Je ne 

me retournerai pas, les laissant
dans un anonymat confortable. Pour
moi, car eux, de moi, ils se moquent,

tout à leur conversation. Qui ose penser
qu'il y a des langues supérieures aux
autres ? Celle-là, riche de sentiments

et de nuances m'est inconnue et ne fait
que mieux souligner mon inculture criante.
Et que belles sont les mouettes de la côte.

La table oblique

La chaise est vissée au parquet,
compagne à jamais d'un carré de
formica sombre que les éponges

ont sillonné de vaines glissades.
Il est minuit à Saint-Lazare.
Au loin, un pianiste d'un soir

enchaîne les mélodies, je suis seul
et heureux. Il fait bon, les balayeurs 
ralentissent leur passage, tête basse.

À quoi rêvent-ils donc ? Moi, je ne rêve
pas, j'observe l'harmonieuse glissade
d'une trottinette qui vient puis s'en va.

De son cavalier, je ne retiendrai qu'un
mince collier de barbe et le fil blanc
d'un iPhone. Une heure coupée en deux

me sépare de l'ultime train de la nuit
et d'une marche rapide dans la nuit.
En son terme, l'un de mes fils. Adoré.

dimanche 28 août 2016

Amis

Que serais-je sans mes amis
qui m'enseignent la tendresse
sans jamais le vouloir ?

En nombre restreint mais que
je ne veux ni dénombrer ni
citer. Passent leurs visages,

nobles clichés d'un été, comme
une sagesse ancestrale pour un
lecteur insatiable.

vendredi 26 août 2016

Emmusé

Qu'importent les prénoms ; plus sûrs
sont les vers qui accollent les regards.

Elle fut muse durable, elle l'est restée
et quiconque découvrira un jour, au fond

d'un tiroir, le mince opuscule couleur de
coquelicot qui lui fut consacré par un homme

rondouillard à la barbe grêle, peinera à distinguer
les traits qui, jour après jour, nuit après nuit, dans

l'absence plus que dans la présence, inspirèrent
son trait plus que Misia pour Sert ou Picasso.

jeudi 25 août 2016

La dame au Monde

Elle était un visage noble et ridé,
penché sur un journal que, lentement,
elle effeuillait. Je la voyais sourire

aux échanges que nous avions, mes compagnons
de fortune et moi. Je n'entendis sa voix que
quand elle crut que le train ne ferait pas halte

à Sète, son port d'attache. Sa voix était élégante,
les mots s'envolèrent et je retrouvai mon roman.
Quand elle descendit, elle me tendit les feuilles

du journal disjoint et par son regard caressé. Je
l'ouvris. À la page où Michel Butor nous quittait
pour toujours. J'étais entre Paris et Béziers.

Par la magie de cette dame, je me retrouvai soudain entre 
Paris et Rome, représentant des machines Scabelli. En 1957, 
deux ans avant ma naissance au monde qui n'était pas le sien.




Petite Ceinture

Hautes arches, de meulière noircie
et d'acier rongé. Silencieuses, de nuit
comme de jour. Cathédrales circulaires

que je salue, seul, d'une rapide génuflexion.
Combien de Parisiens vous empruntèrent, de
l'humble demeure à la fumante fabrique.

Je surprends un trou dans le grillage mais
n'ai pas la force de mes enfants, pour m'y
hisser et percer, un peu, le secret de

Modiano. Alors je me rabats sur ces autres 
voies et haltes désaffectées : la gare de
Reuilly, la coulée verte et je rêve, j'invente

cet autre monde, industrieux et gouailleur,
qui me fit, en partie, à grands coups de Carco,
de Fargues, de Malet et de Léautaud.


mercredi 24 août 2016

Des herbes folles ?

Des herbes folles. Qui envahissent les jardins
et les potagers qu'une main attentionnée cisèle.

Sœurs ébouriffées des plantes rudérales, leurs aînées
saxifrages, pour qui les constructions humaines, surtout

de grès, n'offrent qu'une défense illusoire. Herbes de raison,
pas folles pour un sou, vous êtes la vie, que chante votre

sève indomptable. Je vous caresse du regard. Reconnaissant,
courbant volontiers la nuque, jamais l'échine, et la relevant,

à l'improviste, à la dérobée, pour cueillir des yeux, sans jamais
le détacher, le coquelicot superbe et libre, mon Antigone à moi.

mardi 23 août 2016

Héllènes

Héllènes, c'est ainsi qu'on les nommait,
si loin dans l'espace et dans le temps,
casqués d'airain, marquant les limites

de la terre plate, voisinant avec les 
demi-dieux, proches et humains. J'y songe,
soudain, en m'éloignant de vous que je connais

à peine, que je ne connais pas, je songe aussi 
aux animaux qui leur faisaient compagnie, à eux
et aux latins, leurs successeurs, ces ânes si doux

et si sages, bien supérieurs aux chevaux dont ils
faisaient leur monture, avant que le marbre,
à jamais ne les immobilise et ne me rende mon

sourire.

lundi 22 août 2016

Conventions

Vouvoyer les deux premières fois,
puis tutoyer dès que pointe l'intime.

La belle affaire, pacotille à deux sous.
Jouons à qui gagne perd, veux-tu et tutoyons-nous,

comme l'exige un programme incertain. Mais l'intime
proclamé ne vient pas et le danger s'annonce. Sous le

tutoiement, le fade et la grossiéreté. Débarassons-nous-en,
voulez-vous et parlons-nous de vous, la vie vaut bien cela.

D'amabam amari à amabo amare

Je ne suis pas aimé, un temps je le crus.
Négligent de mes tendres, longtemps je fus
aimé pourtant et de l'être me satisfaisait

comme la grenouille s'enfle sous la flatterie
volatile. Amabam amari. Je ne sus pas rendre 
ce que, spontanément, aimablement, on m'offrait.

Ma générosité était ailleurs. Tout au moins,
m'efforcé-je de le croire car j'avais le cœur 
sec et la langue vipérine. Le temps a passé,

je goûte des plaisirs simples. Il est temps
d'aimer autrement, sans objet forcément, et
d'en faire mon guide : amabo amare.

Comme un nouveau flamine

Je ne fais rien de mes journées d'un été finissant.
Je ne vais à la plage ni éprouve les sentiers. 

Je nettoie la voiture, range un brin la maison et
m'assieds à ma table pour écrire quelques mots.

Autrefois les flamines étaient de curieux prêtres,
au service d'une seule divinité, leurs ancêtres
soufflaient sur l'autel, d'où leur curieuse

appellation. Les siècles passèrent, les chrétiens
chassèrent les dieux mais les flamines demeurèrent,

pour un temps seulement. La charge était donnée à
des notables repus qui briguaient de la ville la

magistrature suprême. Je ne demande rien, ma terrasse
me suffit, mais d'être flamine un jour, la belle sinécure.

Histoires enchâssées

Iphis aimait passionnément Anaxarète,
il en négligeait ses brebis et le chien
fidèle qui délimitait ses herbages.

Or il n'existait pour aucun des sens
de la belle, à la vue glacée, à l'ouïe
d'étoupe, à l'odorat de sel.

Désespéré il se pendit à l'arbre ombreux
que frôlaient ses moutons. Alors qu'on 
le menait en terre, passant devant ses

fenêtres, Anaxarète ne cilla pas et le
lugubre convoi s'en fut. Choquée par tant
de froideur, Aphrodite la changea en pierre.

C'est à peu de choses près ce qu'une vieille
femme conta à Pomone, resplendissante nymphe
des fleurs et des arbres fruitiers que la vue

d'un homme jamais n'avait émue. Mais sous la vieille,
était Vertumne, la changeante divinité des jardins,
aussi candide au quotidien que rusée en ce jour.

Le masque tomba, les amants s'étreignirent, comme
l'orme et la vigne qui longeaient la prairie. Vertumne
n'était pas Iphis, ni Pomone la froide Anaxarète...

dimanche 21 août 2016

L'aplage

Non pas la plage, l'aplage,
néologisme commode pour parler
de la plage devinée et à laquelle

on ne se rend pas. Le désir est là,
pourtant, mais le vent est fort qui
sculpte la côte et trouble la vue

et le livre m'attend qui déjà est cassé,
en son milieu. Lire, écrire, repousser
un temps la musique aimée. Cavalleria

Rusticana, la voix de Pépé réinventée
et le charme indolent d'août qui renaît.

Un échange

Par touches petites. Avec des guillemets
qui voudraient être partout. Deux personnes

qui ne se connaissent pas et ne se rencontreront
peut-être jamais. Froissement sec de la paille

dans la main. L'humanité passe. En une langue.
Des animaux. Beaucoup je crois, moi qui les

fréquente si peu. Saut dans l'inconnu. Un dimanche
en fin d'après-midi. Et le vent qui jamais ne cesse.

L'actor per antonomàsia

Ferreries sota la neu a finals d'agost...
Una neu vertical: paret de calç i desitjos.

No hi sóc, em miro les fotos de l'acte.
Amb plenitud, rialles i parsimònia.

Conec bé el text, me'l va oferir na Fina,
un matí esplèndid de juliol. Amb l'autor,

comparteixo amistat i confiança en l'avenir,
mes el Toni, de moment, és una ombra fugaç

que persegueixo per la xarxa. Imagineu-vos
doncs un esquiador al melic de l'agost

amb bata d'infermer psiquiàtric i casc de pilot
a la Saint-Exupéry. Una bufanda vermella com

un desig de llavis clars i foscos. Pur surrealisme.
El públic fascinat. Si hi hagués xoriços, farien

el seu agost, robant rellotges i moneders. No els veig
però els imagino bocabadats. Un bon llibre, un gran actor,

l'actor per antonomàsia. A Pézenas, Molière belluga l'esquelet
i em pica l'ullet: «És dels bons, Michel, no ho creus?»





La communication non violente

L'expression semble rébarbative,
son signifié un horizon fumeux.

Elle guide un ami cher, depuis
que je le connais. Quinze ans,

peut-être, nous ne savons plus.
Il me savait en peine, il vint

me visiter. Avec un mince paquet
vert, d'un libraire des Allées.

Un opuscule s'y tenait prêt, je le
lis à présent, revivant la chaleur

de l'ami reparti. Je l'y retrouve,
je nous y revois. Nous étions à

la Citadelle, devant la banque 
locale où mon grand-père avait

travaillé. Trois hommes nous hèlent,
émêchés, cherchant la dispute. Nous

nous approchons et un dialogue de
douceur s'instaure. Ils nous offrent

le goulot du Bourbon emmiellé. Nous
y portons les lèvres, tour à tour,

ils sont de Toulouse et repartent
enchantés de nous avoir croisés.

La communication non-violente avait
œuvré, sans tambour ni pépettes.

Et le papier cadeau de se faire la 
fleur qui, à chaque heure, en nous éclôt.



Si j'étais... mais j'y étais

Harmonie du dîner sous le drap tendu.
Une kémia réinventée. Couleurs et saveurs.

La cuisine-refuge est une forge d'or. Sans
cesse, des mets nouveaux en sortent : saucisse

de taureau, côte de bœuf si tendre. Pommes frites
esseulées, un instant dédaignées, avant que les doigts

buissonniers se fassent pincettes. Le vin coule, aux
couleurs des peuples frères, trait d'union avec une

soirée lointaine que la tristesse écourta. Le repas est
une oasis au milieu de la haine biterroise. L'humanité

nous unit. Deux des trois hommes portent le même prénom,
ils parlent haut et fort mais ne sont rien sans ces dames

et le fils heureux. Bientôt la fraîcheur contraint au retour
dans le salon. Le poste est éteint, les Jeux Olympiques loin.

Les yeux, parfois se ferment, il est temps de partir. Doucement.
C.G.T. Si j'étais... Mais j'y étais.

vendredi 19 août 2016

Al vespre

Al Pere, al Damià i al Joan

Avui, al vespre, un poeta
presentarà un altre poeta,
allà on es pon el sol,

a l'illa tan estimada, amant
de les paraules i de la vida,

tèbia i entusiasta. «Pedraules»,
«Lletrescades», tantes paraules

creuades, creades, que revelen
vincles forts, el melic dels quals

és un parell de dies, al començament
de l'agost, a la Fornells revelada.

Illanvers... Avui, al vespre, faré el
vermut amb els amics besierencs mes

mon cor serà, en part, deliciosa, a
s'illa meva, a s'illa nostra...



Sur un mot

Et l'amour, un temps dévoyé,
revint, sans objet, sur un mot :

Toujours. Mais ne vous méprenez

pas. L'éternité n'est pas pour moi.

Un toujours de permanence, un encore,
cueilli à la fin du premier chapitre

du Rempart des béguines de Mallet-Joris.
Phrase anodine et qui marque. Ambiguïté

de l'adverbe vite résolue, cadence de la
finale. Prose apparente. Métrique cachée.

Deux hexasyllabes -l'un masculin, l'autre
féminin- suivis d'un octosyllabe féminin.

Deux respirations brèves, cœur battant,
conclues par l'apaisement du point focal

dévié et qui fixe la mémoire. Je ne suis
ni Hélène, ni Tamara, mais je ressens cette

nécessité d'évasion par la vue quand la terre
s'ouvre sous les pieds. Et je reviens à l'amour.

L'objet viendra plus tard. La tension, créatrice,
est là et le soleil, toujours, me sourit déjà.


mercredi 17 août 2016

Des petits poissons de papier

Quelques mots lancés, croisés,
qui se frôlent et s'en vont.

Petits poissons découpés dans
la cartoline pastel, écrits

à la main. Fils translucides,
presque insensibles et qui

les unissent avant de les
confondre d'un tournemain.

Je les aime ces poissons
hasardeux, si longtemps

disparus et qu'un soir
de jeudi m'apporta,

dans la lueur bleutée
d'un coucher cendré.

dimanche 14 août 2016

Efecte retard / Un effet retard

Cortesia, timidesa, afecte,
agraïment i respecte. No plorava.
Com si res. I les nits tremolants

s'apoderaren de mi. Rere el somriure,
els ulls han deixat de verdejar,
el caminar es fa més insegur. Ja m'havia

acostumat a petites coses del quotidià,
a la tendresa oferta i rebuda, a la tebior
de dues mans creuades. A una veu que se'm

feia indispensable. Com una seguretat duradora i
mai m'havia posat a recer. «Amabam amari».
Estimava o m'agradava ser estimat?

***

Politesse, timidité, affection,
reconnaissance et respect. Je ne pleurais pas.
Comme si rien ne s'était passé. Et les nuits

tremblantes s'emparèrent de moi. Derrière mon 
sourire, mes yeux ont cessé leur verdeur,
la marche est plus incertaine. Je m'étais

habitué à de petits détails du quotidien,
à la tendresse offerte et reçue, à la tiédeur
de deux mains étreintes. À une voix qui devenait

indispensable. Comme une durable sécurité et
jamais je ne m'étais mis à l'abri. «Amabam amari».
Aimais-je ou aimais-je être aimé ?

samedi 13 août 2016

En lisant, en écoutant

Tot i el seu encapçalament francès, aquest poema 
serà en català, desformant, una mica, un títol del 
Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Llegeixo, i escolto, al mateix temps, Historietes
de la veu de la Clara del Ruste. Obra densa,
sintética, ambiciosa i elegant, i d'una pedagogia

més que envidiable. L'havia llegit fa unes setmanetes
sense escoltar-lo per complert. Ara que es reafirma
la nostra amistat el faig amb plaer i atenció.

I en acabar-lo, no m'estranya que tingui a la seva
biblioteca fornellenca una novel·la de la Marguerite Duras. 
La Clara revela, cantant, els fonaments de la realitat.


Polysémie

Françoise Mallet-Joris est morte.
Sans jamais le savoir, elle m'avait
appris la polysémie.

Friands de lectures abordables, mes parents
tenaient serrés au pied d'un meuble belge,
des dizaines de livres de poche. 

Sans dire mot, je les tirais de leur réserve,
les examinais et les reniflais longuement.
Deux avaient ma faveur : l'anonyme Madame

Solario, dont j'apprendrais plus tard
l'auteure, au Bar à Lire de Sète, et
Le rempart des béguines. Je croyais

alors dans la candeur de l'âge enfantin
qu'il s'agissait d'un mur où s'étreignaient 
les amoureux. Ma mère me corrigea avec

douceur et m'apprit l'entre-deux des béguines.
Françoise Mallet-Joris était dans l'entre-deux,
elle aussi. En écrivant La Parisienne pour

Marie-Paule Belle, elle nous entraîna dans un
étourdissement de sons, de mots et d'images,
tout en animant celle qu'elle avait fait

renaître, selon ses propres mots. Je n'ai jamais
lu finalement Le rempart des béguines. Je le ferai,
en hommage aux femmes libres, dont elle fut.

Une confiance neuve

J'avais pris le parti de laisser mon ordinateur
portable chez moi avant de partir pour Minorque,
laissant au hasard le pouvoir de me prêter un

support à l'heure d'écrire. La presse nationale
n'était pas encore parvenue au tabac de Fornells
quand je décidai d'y entrer. De rutilants carnets

m'y aguichaient, jouant de leur spirale complexe
ou d'une couverture plus brillante qu'un lac
canadien en hiver. Mon regard y glissa, j'avais
besoin de gagner une nouvelle confiance en retrouvant

l'écriture manuscrite. Sur la gauche, sous des enveloppes
cartonnées, un mince cahier à l'ancienne m'attendait.
Couverture bleu de France, feuilles quadrillées de violet

(trente). Porteur de la sobre mention «Cuaderno» en cursive.
Ce qu'il me fallait, avec un stylo bille frappé du nom de
l'île. J'en remplis le tiers. Le reste, à l'avenant.



Deux mois

Deux mois. Pas plus,
mais pas tout à fait.

Mirage d'or et de myrrhe,
milliers de kilomètres.

Baisers de papier. Délice
de l'attente. Respect

mutuel. Folie. Le plein
et le creux voisinent

et s'entrechoquent.
Nouveauté des cuivres.

La langue duelle rêvée.
Unique au final.

Je retourne à la mienne.
La tienne est si belle.

Merci pour ces deux mois.
Bonne route, mon amie.

jeudi 11 août 2016

Felicitats

Dia de sant. De santa, més aviat.
Compartiràs taula amb fills i amics.

Pacientment preparada, decidida a l'últim 
moment, la fideuà farà xup-xup a les dues paelles.

Dia llarg, de frecs i ventolins, dia de festa
que no ha començat encara; dorm, preciosa.

L'habitació és com una illa dintre de l'illa.
En compte d'onades, ventades fredes.

Em jugaràs Preciosa y el aire, Clara?
No em contestes. Somric. Dorm, preciosa.

mercredi 10 août 2016

Tristesse du soir

«L'hora baixa», l'heure basse, c'est ainsi que l'on nomme,
ici, cette heure incertaine, entre chien et loup.

Les contours s'émoussent, les voix s'étouffent,
les cœurs battent plus lentement. Il est alors temps

de briser le miroir, ou, à tout le moins, de le retourner
prestement et d'écouter le monde autrement.

Tristesse de la conscience esseulée qui croyait
au reflet. Force de l'amitié qui, aujourd'hui, s'abandonne.

Hores de plata, minuts de plom, segons de diamant

La volta del dia en vuitanta mons,
com escrivia el Cortàzar, ja fa temps.

Cares creuades, mans que s'acaronen,
flueix l'estima, entre francès i català.

Hores tendres, minuts tràgics, segons somriures.
Havia oblidat la complexitat de la vida,
encegat com era per la pluma solitària.

Ja fosqueja, la tramuntana s'ha tornat ventolí.
Prest sortiran els estels d'entre els pocs núvols.

Algun dia, tard o aviat, recordaré, agraït,
aquelles hores, aquells minuts, aquests segons.

Més enllà

Més enllà de les fronteres físiques, de terra i mar,
s'estén la rialla. En tenen prou amb unes ulleres,
un barret inclinat, un posat -falsament- solemne.

Un accent fatal de francès que s'esforça per parlar
castellà com Déu mana. Uns pocs segons
i la platja s'atura per a deixar-vos volar.

Hamburguesa

«Ham-bur-gue-sa», quatre syllabes dites
avec difficulté par un touriste égaré :
«Yo quiero, señora, una hamburguesa».

Le touriste n'existe pas, c'est moi qui l'invente
dans la voiture qui nous mène à Sant Tomàs.
Et nous rions tous trois de cette saynète

improvisée. Jamais, je ne me suis senti aussi français
qu'en caricaturant mes concitoyens,
car, sous l'accent et la pantomime,

la tiède humanité tremble et se cherche.
Viens, mon ami, mon frère, de Paris ou d'ailleurs,
et partageons une «ham-bur-gue-sa».

Viridiana

Hàpax: mot insòlit, d'ús únic.
Piscina d'aigua verda, com cavada
entre les roques, al nord de Fornells,

a la bocamar. Record d'un amic
preciós. Tenien quinze anys. L'amor
de juventut que segueix la Tramuntana.

Silenci dels anys gèlids rere l'última
passejada. I de cop i volta sorgeix el mot.
Viridiana, hàpax tan fort i que dóna sentit a la vida.

A l'ombra de les roques

Vine, amor, vine, estimada,
que l'ombra se'ns escapa i només
ens queda una franja fresca. Deixa

la tovallola, l'enuig dels dies passats,
allibera't i dona'm un petó, una besada,
viurem feliços una estona, unes hores
o tota una vida. La que ens queda,

rica i sorprenent. Oberta a totes i a tots.
I no oblidis mai que tu i jo som fruits de l'atzar.
Melodiós i implol·lut.

Cementiri de vida

Algues grises a milers. Milions. Floquets
de fusta com paperetes llençades a la
desesperada una nitde febrer.

I nosaltres tres, descansant-hi.
Cala protegida dels vents, beneïda dels deus.
Tu i jo, al costat l'un de l'altre.

I, una miqueta més lluny, el teu fill gran
amb els peus dins de l'aigua.
Hora zenital. Silenci d'anys, de segles.

A mig camí de cavalls entre Son Bou i Sant Tomàs,
un dimecres d'agost, gavina, gavina blanca.
Els deus ja no són a la platja. I gaudim.

Una nit d'amor

De la nit no parlaré ni dels nostres
cossos tremolants a l'uníson.

Però sí del buit que sento a l'ànima,
sentat a la terrassa mentre tu dorms.

De bon matí, deixant els llençols tebis i molls,
he baixat al saló per a deixar-te dormir,
he esmorzat uns pastissets i t'he trobat a faltar.

Brutalment, com una necessitat profunda.
Ara tornaré, en silenci, i el meu esguard, carregat
de gavines, et parlarà d'amor, sense despertar-te.


Bruits du matin

Drisses et vagues, silences des oiseaux.
La mer s'invite à la terrasse.
Il est sept heures, Fornells tarde à s'éveiller.

Le balancier du fauteuil de rotin a cessé,
ma vue s'accroche à de sages oiseaux blancs,
voiliers amarrés et aveugles, heures d'argent.

Mon aimée dort à l'étage, clair violoncelle
sous un drap léger. Je tourne mon regard
à l'entour du salon. Murs et étagères chaulés,

céramique vert bronze. Verre et rotin.
Tant de vies en si peu d'espace.
Le jour me pousse et déjà boit mes baisers.

mardi 9 août 2016

Estimada Clara

Com un diari de calç i sal que deixés
entreveure el marès de les cases,
t'estic escrivint, amor, fosquet,

mentre converses amb el fill gran
amb fons de cordes i velers.
Promenade, paseo, passejada, passegiata.

Tantes paraules mediterrànies per a expressar
el caminar lent de dues persones a la vora del mar.
Tu i jo. Vivint, tremolant, recordant,

anticipant ma non troppo que, a la nostra edat,
l'avenir es conjuga en present. Deixa'm estimar-te,
Clara, la resta és literatura.

dimanche 7 août 2016

Sainte Face / Santa Faç

Comme une Véronique sans son Christ,
Tònia peint. Le drap est tendu qui
vit s'aimer des corps tendres et beaux.

Son geste est précis, lentement cadencé,
la voix des rhapsodes la guide, dont son
homme que la terre sustente.

Sur la blancheur, la couleur, unie,
ne tranche pas, elle s'unit, se conjugue.
Couleur des femmes en lutte, blessées

dans leur cœur et dans leur âme, couleur
aussi d'une République que l'île aima
mais dont le pays ne voulut plus.

Des capitales, neuf précisément, où les
voyelles le cèdent notablement aux consonnes,
et au dessous une année, la nôtre.

Sainte Face fugace, toile volatile, qui se
grave pourtant plus justement en mon cœur
amoureux. Jusqu'à ce que s'effacent mes pas.

***

Com una Verònica sense Crist, Tònia 
pinta. El llençol s'estira amb la visió 
dels bells cossos tendres que s'hi estimaren.

Sòn precisos els seus gests, lentament ritmats,
la guia la veu dels rapsodes, al mig dels quals
el seu home, nutrit per la terra.

Per la blancor, el color, llis,
no contrasta, s'uneix, es conjuga.
Color de les dones en lluita, ferides

al cor i a l'ànima, color així mateix
d'una répública que l'illa va estimar 
però que el país no va acceptar.

Unes majúscules, nou exactament, de les quals
les vocals són menys nombroses que les consonants,
i, a sota, un any, el nostre.

Santa Faç fugaç, llenç volàtil, però que es
grava tanmateix amb més netedat al meu cor
enamorat. Fins que s'esborrin els meus passos.


Illanvers

A distància, amb constància.
Cada any, al començament del
mes d'agost, m'arriba la flaire

delicada d'un festival de pedres,
sons i colors. Illanvers. Enguany
l'he viscut d'una forma particular.

Per la presència de l'estimada que,
en mig dels amics preciosos, em solia
enviar fotos petites i fosques. Molt

fosques. Com quan, adolescent, anava
a la Cova d'en Xoroi, fosquet, a fer
de Travolta acomplexat. Silenci de la

vida aturada pel flaix. Clatells atents,
somriures de plaer. Tot un món per a
assaborir. A distància, amb constància.



Pere

«Tu es Petrus et hanc petram
ædificabo ecclesiam meam.»

«Je ne bastis que pierres vives,
ce sont homes». La Vulgate,

Rabelais, quoi de plus dissemblable,
me dira-t-on. Et pourtant...

Au cœur de l'humanité est la pierre.
Prénom qui ne se donne pas mais

se gagne, comme le fit Simon le pêcheur
avant de pleurer puis de prêcher.

Que le français est orgueilleux,
qui dirait «Je m'honore de compter

Pere au nombre de mes amis». Qui suis-je
pour m'honorer ? Non, Pere me fait l'honneur

et la grâce de son amitié bienveillante.
Depuis onze ans et quelques mois.

En deux jours, année après année, au cœur
de la pierraille travaillée par le malheur

des hommes, il fait se rencontrer des femmes
et des hommes, poètes, plasticiens, musiciens

qu'une langue claire unit et il donne à cette
rencontre le doux mot-valise d'Illanvers.

Minorque, terre de poètes, dans le chant des
vents qui font gouleyer les pierres. Patiemment,

dans le dénuement, ses ancêtres, les miens, ont
poli les mots reçus avant de les transmettre

à leur tour. La normalisation linguistique a
tardé à s'y implanter, tant le langage y

bouillonnait. Voudriez-vous parler minorquin
qu'il vous faudrait des années pour vous en

approcher. L'article "salat", me direz-vous,
hérité de la côte de l'Ampurdan dont vinrent

nos aïeux. Mais son usage échappe à toute règle.
Par contre, un emploi hors de propos, vous dénote,

vous dénonce. Avec bonhommie. Alors sont les poètes.
Pere d'Alaior, Joan de Ferreries, qui fixent la terre

et ses us selon les points cardinaux. Lisez-les, je
vous prie, pour de Minorque sentir le souffle clair.

samedi 6 août 2016

Rosa dels vents

Ets de gregal; el nom de la teva casa ho diu.
Jo sóc més aviat de xaloc; coses de la vida
i de les històries personals. Compartim el
gust pel llevant on tot neix i pren força.

Unim-nos i pintem-nos la meitat de la rosa
dels vents, l'altra ens serà donada, mes
rere mes, sempre que li donem confiança
al temps que corre, tal com bufen els vents.

Più nessuno mi porterà nel Sud

El teu Sud no és pas el seu.
Aleshores entre Milà i Sicília,
la distància era infranquejable,
o gairebé.

Podries recitar els versos del
Quasimodo, mes no ho faràs.
Has agafat el cotxe vermell
amb els teus fills,

i us heu encaminat cap a les platges
del sud de l'illa, més protegides de
la Tramuntana inclement. Un viatge
de mija horeta,

amb set de sal i de frescor. Res de
l'altre món. Tot del nostre. Sense
cap necessitat de paraules. Vida pura.
Pura vida.

Alias Margon Reverdin

Triomphe de l'à-peu-près,
la combinaison fleure le mystère. 
Un soupçon d'Henri IV, deux de Proust.

Le patronyme est suisse et Wikipédia
ne relève pas moins de huit d'entre eux.
Mais de Margon, point. Alors il me faudra

me contenter du minimum. Margon jouait du
violoncelle, en virtuose, à Fontainebleau.
Des Joglars qui la portèrent, je ne sais rien

ou si peu. Mais ce violoncelle, je le connais, 
j'ai caressé son bois précieux et éprouvé la
tension de ses cordes. La certitude m'ennuie

qui froisse l'imagination, les indices m'enchantent.
Je me sens Poucet glanant des cailloux blancs dans
la forêt épaisse. Au terme du chemin est mon amour.

És quan dormo

És quan dormo que hi veig clar?
Tsss. No veig clar. Ni de dia
ni de nit. Mai. I no dormo tampoc.

Mes la nit, callada, fresqueta,
amb els nanos que dormen en pau,
m'ofereix un nexe inigualable

amb l'estimada, que dorm. Fantasia,
imaginacions, funambulisme. Tot se'm
permet. I m'adormo després. Sense veure res

Le gratuit

Mais que diable fait-il, à se lever matin,
pour coucher sur l'écran de vagues impressions ?
En retire-t-il quelque bénéfice ? S'assure-t-il

une position enviable, au Parnasse ou ailleurs ?
Rien de tout cela. Tout cela est gratuit, sans
nulle valeur marchande, la vie est derrière moi

qui m'a déjà beaucoup donné. Et puis, je vous ferai
une petite confidence : enfant, j'adorais le gratuit,
le produit offert pour l'achat de plusieurs de ses

congénères. Combien de fois, d'ailleurs, n'ai-je pas
demandé à ma mère désemparée devant six petits-suisses
identiques lequel était le gratuit afin que, prestement,

j'en fasse mon miel ? Mais j'ai déjà perdu assez de temps
à justifier l'injustifiable. Je vous laisse un brin, pour
m'en aller au fil de l'eau cueillir de tendres coquelicots.

Un fil d'Ariane

à Ariadna  Ferrer, pour son anniversaire

Une éditrice a-t-elle un anniversaire ?
La question, saugrenue, mérite d'être posée.
Elle est un nom sur une couverture, des piles

de livres serrés comme harengs en caque,
D'interminables conversations téléphoniques
avec des auteurs anxieux, des fournisseurs

impérieux. Oui, mais encore ? Elle est une femme,
comme vous et moi (enfin, moi, c'est beaucoup dire),
avec ses joies et ses peines. Sa détermination aussi.

Et, tout comme le boulanger, le couvreur et le commis
de cuisine, elle donne au monde joie et profondeur,
dont elle relève, page après page, le sel inégalable.

Marguerite Duras et ma mère

Et Duras m'a manqué, la divine, la capricieuse,
celle de l'Amant et des Petits chevaux de Tarquinia,
au rythme lent, aux thèmes ennuyeux, à la prose

envoûtante. Je préparais alors un concours que je
n'aurais pas, par paresse et par incompétence.
Ma mère ne le savait pas qui, en moi, avait déposé

la foi du charbonnier. En ce temps là, nul appareil
électronique, une simple machine à écrire de voyage
qui avait appartenu à mon grand-oncle, le poète.

Toucher gras du ruban Korès que l'on changeait et de
son odeur amère. Les Viaducs de Seine-et-Oise n'avaient
aucun secret pour moi pas plus que ce Square où je

n'avais jamais joué. Mais ma mémoire pouvait défaillir.
Alors ma mère, patiemment, sans trêve ni repos, retapait
sur des feuilles blanches, au format A4, les passages

que négligemment je lui montrais. Ah que je regrette
cette légèreté d'alors... Et l'hommage que lui rends ici
n'est rien à côté de l'amour qu'elle n'a cessé de me porter.

Pantalleta

Mai heu escrit en la pantalla petita
versos, de nit? -I això? Coses de poeta
del quotidià. Pàgina encegadora,

caràcters minúsculs, dits encongits.
No? Bueno, segur que ja heu sigut
enamorats, oi? Doncs, és igual.

Perdo la son, trobo a faltar l'estimada
i m'invento passos petits al seu costat.
De paper. Perdò, electrònic...

Fosquets

Mentre la Mola vestia de versos
l'illa petita, et vas decantar pels
Fosquets de Ferreries.

Gust per totes les formes d'art,
per la seva vida de carrer. Des de
l'hotel Ses Sucreres fins a Sant

Tomeu. Pietat amistosa també.
Dos germans de la Tònia hi actuaven.
Essencials. Contrabaixista, ceramista.

La corda i la terra contra la mort de la nit.
En tornar, al bell mig de l'illa vaig veure
el teu somriure de carmí. A les fosques.

vendredi 5 août 2016

L'autre rive

Un fjord si profond
qu'il ressemblait à
la mer. Eau turquoise,

avec, dans ses entrailles,
dit-on, des langoustes sans
fin. Au milieu, une île,

oblongue, déserte, suivie
de sa jumelle petite. Au delà,
l'autre rive, inhabitée.

Quelque chose comme ce Rivage
des Syrtes qui a envoûté mes
jeunes années. Mais la Seigneurie

d'Orsenna n'est plus et, toi, tu
es belle comme le jour et la nuit unis
et avec ton kayak tu m'y conduiras, promis ?

Gent esquiva

Paraules teves.
Carrers estrets
imaginats a l'hivern.

Plugim fred. Pocs vianants,
capcots. De poques paraules,
fins i tot en el bar.

Gent esquiva, de cor ardent
que no coneixeré mai. O potser.
M'ajudaràs, actriu sirena? 

Square Barbara

à Olivier G., 
pour alléger sa journée

Grisaille sur Paris. L'air
est poudreux sur les Batignolles,
les arceaux de fer peinent à contenir

le gazon. Sur un banc vert, esseulé,
un couple tue le temps. Non loin d'une
statue hiératique, oiseau maigre aux ailes

à jamais repliées. Mais où es-tu, Barbara,
qui enchantas mon adolescence et m'invitas
à la langue et à l'humanité ? Dans l'auguste

frondaison ou dans les jets d'eau inutiles ?
Assurément non. Sur la droite, plus hauts que
des hommes, héliotropes égarés dans ce paysage

sans soleil, des tournesols jettent une poignée
d'or, hommage des manants éternels à la plus
belle des longues dames brunes.