mercredi 30 août 2017

El plaer del no-aniversari

a na Martina

Una amiga pròxima va fer anys,
fa poc, ben poc, li vaig desitjar
molts d'anys, d'una forma prou seca,

sense cap relació amb la gran admiració
que li tinc. De fet, com a l'Alícia, esperava
sortir-ne, d'aquest gran dia per a donar-li, amb

uns pocs versos, un ram de flors menudes i grogues,
uns almesquins com aquests que floreixen quan
els dies es fan més llargs. Fa anys que la conec,

na Martina, i que la veig o, més aviat, l'escolto.
Per ella parla la música tota, l'amistat, l'educació
de generacions d'aprenents de músics, quiets o eixerits.

Una bombolla blava / Une bulle bleue

Es meu fillet, acomodat al sofà
morè, me mira lentament, els ulls
clars ben oberts. «Espera, papa,

que et sorprendré.» Estava llegint
un article dens i ric d'un amic poeta 
sobre sa seva relació amb el mar.

L'he deixat de banda. Ara esper lo
que em dirà l'Hadrien. Però no diu
res. Em deixa en suspens i es segons

són hores. De cop i volta, se li infla
la boca i surt una bombolla blava de
sucre i cautxú. La deixa desinflar,

l'aparta i em diu orgullós. «És d'un 
Malabar Tutti Frutti, què guay, oi ?»
Li somric, no li dic que tenia color

de mar, del mar d'un amic pròxim i
llunyà que, de petit, hi anava, en
carro, amb son pare, sense xiclet.

***

Mon petit, installé sur le canapé
marron, me regarde lentement, ses yeux
clairs grand ouverts. «Attends, papa,

je vais te surprendre.» Je lisais alors
un article dense et riche d'un ami poète
sur la relation qu'il entretient avec la mer.

Je l'ai laissé de côté. J'attends maintenant
ce que va me dire Hadrien mais il ne dit
rien. Il me laisse en plan et les secondes

sont des heures. D'un coup, sa bouche se
gonfle et il en sort une bulle bleue de 
sucre et de caoutchouc. Il la laisse dégonfler,

l'écarte et me dit fièrement. «C'est un
Malabar Tutti Frutti, pas mal, hein ?»
Je lui souris, je ne lui dis pas qu'elle avait la couleur

de la mer, de la mer d'un ami proche et
lointain qui, petit, y allait, en
charrette avec son père, sans chewing-gum.

Zizou

Un surnom, glissé au matin, comme
une confidence en marge de la
soirée passée. 

Qu'elles étaient belles, ces heures
passées à saucissonner et à boire
lentement. 

Ton visage, m'est apparu neuf 
et marqué de peines d'honneur.
L'amour pour Zizou dont tu n'as

cessé de parler, minute après
minute, m'a livré vos vies, depuis
l'enfance et plus loin encore, tu

as peur que son amour si noble et
si profond dont je fus le témoin
confident, voici six mois, se soit

émoussé au fil du temps. Il n'en est
rien. Elle est femme et fiancée et,
je le sais, t'invitera un soir de lune.

La confiance

Subrepticement, elle s'est installée
à mes côtés, m'a proposé une tasse
de thé glacé puis s'en est allée.

Du moins le croyais-je. Jusqu'à ton
départ. Elle est alors revenue, avec
ses attentions menues, la confiance.

Sans nulle majuscule, ni exigence,
elle a marqué mon quotidien d'une
empreinte légère et bien vite

indispensable. Tu m'écris. Un mot
bref, aimant. La route t'a saisie
et tu caresses l'écran. Je laisse

mes vers et te regarde. La tierce
personne a disparu. Était-ce toi,
était-ce moi ? C'était nous, confiants.

dimanche 27 août 2017

Massilia

Une île, un mas,
de l'amour une
lettre, la première.

Et voilà la Marseille
des cendres chiffonnée
dans la corbeille

et qui renaît dans la
voix. Les cousins farceurs
ont un peu épaissi. Pas tous,

le temps n'est plus volé et mon
île est prétexte à en parler.
Marseille est loin désormais,

celle des cendres et un trimestre
a perdu définitivement un mois.
Il est temps de marcher. À deux.

Quand tu parles

Quand tu parles la nuit,
je te regarde, jamais je
ne t'observe.

Je laisse ton image tiédir
dans ma rétine, tes yeux
si bleus se grisent un peu

et sur ton épaule, j'invente
une cicatrice mutine. Le drap
de fleurs rouges s'éclaircit

d'un coup et devient toge. Je
revois la longue route au matin;
sillonnante si loin du canal

où nous aimerons marcher. L'étage
est un havre et de descendre invite
aux agapes. On saucissonne de peu.

Le regard se retient sous la lumière
crue, il attendra l'alcôve et ta peau
si claire pour s'en faire paupières.

Une nuit

De soie et de sens.
Une nuit sans heure,
lampes voilées.

Les corps s'aiment,
les âmes en panier.
Les voix se cassent

dans la fraîcheur
soudaine. Les langues,
intimement liées,

se délient. C'est le
temps du souvenir et
des silences levés.

Écoute majuscule, ta 
peau contre l'épaule.
Je ne t'interromps plus.

J'ai laissé mes histoires
de côté. Tu parles, je devine,
tu amorces la pompe grippée.

Tout prend sens, dans un
détail infini. Il fait nuit 
et j'entends les pas. De cela,

je ne parlerai pas. Tu dors ;
alors, juste de mes lèvres à
tes lobes, ma reconnaissance.

vendredi 18 août 2017

Stardust

Dans ta piscine, sur les coups de six heures,
une bourrasque de gouttes fraîches qui zèbrent
la surface et s'en vont.

Tu t'y penches et en cherches vainement la trace
mais la surface est un voile léger étranger à la
mémoire des hommes et des femmes.

Alors tu te retournes vers ton petit au visage
doux et vois dans ses yeux ce que tu n'osais plus
espérer : la poussière des arbres et des chaussées

transportée par l'averse d'août. Alors tu comprends
Vivaldi et Chet et, d'une main neuve, caresse la surface
ensemencée de vie. Elle est fraîche, tu es bien.

El silenci de ses sargantanes / Le silence des lézards

Al sol, en una paret seca i cremant,
al migdia, o una mica abans, ses sargantanes
s'aturen i gaudeixen des temps sense esperar
res.

Les tenc enveja, sa seva filosofia elemental,
sa consciència que rebutjam sense saber, de fet,
si la tenen. Viuen. Mouen lentament sa cua
prima.

Una forma de consciència, tan honorable com sa
nostra, no pensau? Quan aquí, arran de quitrà,
correm rere uns productes mai satisfactoris,
abans 

de ser envestits per sa bogeria dels homos que
estimen el seu déu molt superior als plors de
ses criatures ferides i des fadrins cecs i
desorientats.

Diuen que, fa segles, sa Rambla de Barcelona era
un torrent que treia sa brutícia per netejar el món
incipient dels humans. Torrent de sang ja seca 
ara 

i que una onada de coca cola prest esborrarà. Llavors
pens en ses sargantanes de sang freda, immòbils per
raonables, molt més humanes que noltros que ploram
sense rumb.

***

Au soleil, sur un muret sec et brûlant,
au zénith ou peu s'en faut, les lézards
s'arrêtent et jouissent du temps sans 
rien attendre.

Je les envie, leur philosophie élémentaire,
leur conscience que nous rejetons sans savoir, en fait,
s'ils en ont une. Ils vivent. Ils bougent lentement leur
fine queue.

Une forme de conscience, aussi honorable que la nôtre,
ne pensez-vous pas ? Quand ici, au ras du bitume,
nous courons derrière des produits qui jamais ne satisfont
avant

d'être renversés par la folie des hommes qui
estiment leur dieu bien supérieur aux pleurs des
petits enfants blessés et des vieillards aveugles et
désorientés.

On dit qu'il y a des siècles, la Rambla de Barcelone était
un torrent qui enlevait la saleté pour nettoyer le monde
balbutiant des humains. Un torrent de sang déjà sec
à présent

et qu'une vague de coca cola effacera bientôt. Alors
je pense aux lézards à sang froid, immobiles car
raisonnables, bien plus humains que nous qui pleurons
sans but.

jeudi 17 août 2017

Trois fois rien

Trois fois rien,
une demi-portion,
trois centimes,

un millième, une
pincée de mots et
de baisers.

Mais derrière, mon
cœur et mon âme
qu jamais de toi

ne s'éloignent, même
quand le sommeil me
boit et me fait taire.

Et j'ai couru

Il était nuit noire,
le vent s'était levé
de l'est, les nuages
lourds voilaient la
lune.

Je t'ai pris la main 
et je t'ai entraînée
sous le ciel inclément.
Comme une action de
grâce,

un mouvement spontané,
un acte irréfléchi, nos
deux mains s'étreignant
jusqu'à s'échauffer
tendrement.

Les poumons brûlaient
exigeant le repos et la
cruche d'eau glacée.
Jamais nos regards
ne se sont

croisés mais nous savions
que nous allions en semblable
direction. L'aube nous surprit
embrassés dans le fossé, tout
nimbés de rosée.

Quand avions-nous cessé de courir
et dans le ru avions-nous versé ?
Mystère. Qu'importe. Nous étions
enlacés et, le vent cessant, la 
lune nous était apparu.

Ullastre(s)

Ben coneixau sa catedral
de Roan pintada segons
ses distintes llums
del dia.

La mirau a poc a poc,
jugau amb ses colors
i impressions, oblidant
son existència.

Il·lusions. Miratges.
Matisos que preparen
Matisse encara tan
llunyà.

Però Roan queda defora,
en conserv records ben
poc agradables i Monet
surt poc

des meus llibres d'art
groguencs. Impressionisme
viu, és lo que vull ara,
nascut

de l'entorn retratat per
un amic pròxim i llunyà.
Fa un parell de dies,
en Paco

me n'oferí una bona mostra.
Un ullastre, un arbre vençut
gros de ses tanques de llevant
a punt

de ser empassat pel sol ponent.
Delícia. Filosofia petita. Tot
un resum de l'estiu que se'ns
acaba i enriqueix.




lundi 14 août 2017

Ton regard du Giotto

Hannah ne se départissait
jamais de son regard de
ghetto,

murmurait Günther. Même dans
les moments de félicité
amène.

Ton regard où le bleu se mâtine
d'ardoise claire ne quitte
jamais

cette distance secrète d'enfant
perdue qui fit dire à un poète
ami

que tu ressemblais à Binoche. 
Ton regard du Giotto, penché 
même 

dans l'exaltation m'attache
indéfectiblement à tes pas
profonds.



Cerises

Hannah Arendt aimait tant les cerises
qu'elle les mangeait avec le noyau,
dit-on.

Avec Günther Anders elle en fit bataille,
sous forme de joyeux devis sur leur balcon
étroit.

Le temps des cerises, mon amour, est passé
et les griottes à l'eau de vie n'ont pas
leur croquant.

Aussi, si tu le veux bien, t'écris-je, tout
en écoutant Diane de Chet Baker et Paul
Bley,

si tu le veux bien, mon aimée, nous irons
à Céret au printemps prochain et nous en
croquerons 

en terrasse, non loin du Musée d'Art Moderne
dont nous nous serons repus. Si tu le veux
bien, mon amour.


Un prec, sense un plec / Une prière, sans un pli

al poeta Pere Gomila

Un divendres, fosquet, a l'ombra de sa 
teulada. Érem tu i jo, tornàvem de Buis, 
s'acabava sa setmana. Descansàvem i xalàvem.

Eren les vuit del capvespre. En punt. No et
vaig dir res, però sabia que al mateix moment,
un bon poeta -i millor persona-, amic nostre,

llegia vuit poemes seus en un plec de poesia.
No et vaig dir res, callat, li vaig enviar
un prec. Que seguesqui anys i panys recitant

versos en aquesta petjada tan fresca, estimada,
i que algun dia el puguem escoltar, entre pintura,
plecs, precs, batecs i frecs. I et seguí besant.

***

Un vendredi, en soirée, à l'ombre de la
toiture. Nous étions toi et moi, nous revenions de Buis,
la semaine se terminait. Nous nous reposions et nous régalions.

Il était huit heures du soir. Pétantes. Je ne t'ai
rien dit, mais je savais qu'au même moment,
un bon poète -et meilleure personne-, de nos amis,

lisait huit de ses poèmes dans une rencontre poétique.
Je ne t'ai rien dit, silencieux, je lui ai adressé
une prière. Qu'il récite encore, pendant bien des années,

des vers sur cette trace de pas si fraîche, mon amour,
et qu'un jour nous puissions l'écouter, entre peinture, plis, 
prières, battements et frôlements. Et j'ai continué à t'embrasser.



Distància / Distance

M'he allunyat de s'illa estimada,
des records d'una infantesa somiada
de la mà d'un besoncle que l'havia deixada

anys enrere. M'he passat hores i hores recordant
unes trobades casuals en un xiringuito de platja
que no varen passar mai però que, de bon segur,

haurien donat un altre rumb a sa meva vida. I ara,
de bon matí al portal, la trob a faltar aquesta
petjada de còdols i vents al bell mig del mar.

Ja endevin els amics que me diuen que hi tornaré
prest i que sa tertúlia de La Rueda m'espera. Però
ja sé que passaran setmanes, mesos, sense que hi

vagi, en un d'aquests avions blancs d'hèlices amples
i de vol baix, en companyia de s'estimada. Ubiquitat.
Fa tants anys que me moc d'un indret a s'altre i,

a vegades, necessit descansar una mica i deixar sa
maleta gastada en un poble blanc amb molí marià o no 
gaire lluny d'una figuera  verda que un poeta animà.

***

Je me suis éloigné de mon île aimée,
des souvenirs d'une enfance rêvée
de la main d'un grand-oncle qui l'avait laissée

des années plus tôt. J'ai passé des heures et des heures à me rappeler
des rencontres hasardeuses dans une paillote du bord de mer
qui ne se sont jamais passées mais qui, à n'en point douter,

eussent donné un autre cap à ma vie. Et maintenant,
dès potron minet devant ma porte, elle me manque cette
trace de pas de pierres et de vents au beau milieu de la mer.

Je devine déjà mes amis qui me disent que j'y reviendrai 
bientôt et que le cercle du bar La Rueda m'attend. Mais
je sais bien que s'écouleront des semaines, des mois, avant que 

j'y aille, dans l'un de ces avions blancs à larges hélices
et au vol bas, en compagnie de mon amour. Ubiquité.
Il y a tant d'années que je me déplace d'un endroit à l'autre et,

parfois, j'ai besoin de me reposer un brin et de laisser ma
valise usée dans un village blanc avec son moulin marial
ou pas trop loin d'un figuier vert qu'un poète sut animer.

vendredi 11 août 2017

Un engagement

À l'encre sympathique,
dans le frôlement de nos 
doigts, je m'engage.

Nuit après nuit, jour
après jour, chaussé de
brodequins ou de fines

sandales, je m'engage.
Dans le silence ou le
tendre chuchotis des

draps, je signe d'un
sourire continu, le vieux
parchemin des amours

éternelles et je ne te 
promets rien car le rien
efface les brins et mon

engagement est fait de
ces milliers de brins que,
peu à peu, tu m'aides à

tresser, patiemment et si
amoureusement, depuis la
toute première des secondes.

Une préface

à V.B. et J.K.

Un être très cher a écrit
une préface, pas un prologue,
au mince recueil d'un poète

avéré, marcheur au long cours
entre deux continents. De cette
préface, je ne sais rien, mais

je sais qu'elle est un trait
d'amitié entre eux deux, fine
ligne de gros sel sur dix ans

de cheminements synchrones mais
disjoints. Un jour, à la faveur
de mes balades, je saisirai entre

deux doigts le mince volume du
marcheur et je savourerai, heureux
homme, les mots de mon être très cher.

mercredi 9 août 2017

Le sourire de Martí

Est-il rien de plus beau,
depuis les premiers jours ?
Le sourire de Martí est

la vie dans toute sa bonhomie.
Il s'invente des histoires, feint
l'indépendance, avant de se jucher

d'un bond sur les épaules paternelles,
tel un pirate à l'assaut des Caraïbes.
Or, depuis quelques jours, le sourire

de Martí me fait mal, qui a gonflé ses
lèvres de sang et de pleurs. Il chevauchait
son vélo orange, sa toute petite draisienne,

suivant, dans le parc, son grand-frère admiré
et puis il est tombé, ses jambes dans le métal
se sont empêtrées. L'ami Lionel, fidèle le premier,

l'a vu et l'a entouré de son amour, au cœur de
ses horaires, il le reverra et fera le geste
nécessaire. Le sourire de Martí me reviendra.

Renouer

Renouer avec l'insomnie,
chérir le poids sur les
paupières, les doigts gourds.

Se mettre à la table maternelle
tendue de toile cirée jaune et qui
colle aux avant-bras.

Laisser passer quelques minutes,
feindre de s'abîmer dans de futiles
occupations. Se lever d'un bond

et voler, dans le réfrigérateur
inamovible, deux carrés de chocolat
à l'orange que la mère, fidèlement,

réserve. Puis revenir à toi, qui dors, 
te rendre hommage dans le cliquetis doux 
d'un clavier qui toujours demeure à mon

service, dessinant ton sourire dans la
caresse de mes doigts. En tirer des mots,
puis des vers, comme un hommage à ta voix,

à ton être, et te glisser à l'oreille, après
l'avoir fugacement mordillée, combien, sans
jamais le vouloir, tu m'as profondément changé.

samedi 5 août 2017

Il est si grand

Il est si grand
et elle si petite,
il marche lentement,

la mine grave, le cœur
en écharpe. Il ne parle
pas, tout à ce contact

si frêle. Il est si grand,
et soudain, je le revois
si petit, si fragile dans

mes bras. Je ne parlais pas,
ses yeux, sereins, étaient clos.
Depuis, nous parlons beaucoup...

Dans ma tête

L'orage gronde, tourne,
s'en va, revient. Je hume
l'air et me détourne des

rires des voisins attablés.
Tu me manques et je tourne
dans ma tête, dansant sur

les gouttes qui s'abattent
enfin. Plus un bruit de
convive, les sièges ont été

prestement pliés et le barbecue
inutile dispense une vapeur
épaisse comme pour un nouveau

pape. L'envie me prend de t'appeler,
de me blottir dans ta voix, comme
quand, enfants, nous nous protégions

dessous la table familiale. Je sais
que tu ne dors pas et que tu guettes
mes communiqués météorologiques.

Je ris, il y a du théâtre dans nos devis,
un rire franc, une mise en scène qui
s'amorce toujours sur le choix des mots.

Tu es à Avignon, la brasserie ploie sous
l'air liquoreux. Le ciel ne craque pas.
Pas encore du moins, tu tourne la cuillère

à moka dans ton décaféiné qui refroidit. Tu
penses à moi. Je pense à toi. Et le temps n'est
rien à l'aune de nos pensées si fermement unies.

vendredi 4 août 2017

Fleurs

Je n'aime pas les fleurs coupées,
en bottes ou en bouquet, aveugles
dans leur chambre frigorifique

qui empeste le moisi. Je leur
préfère les fleurs vives que ton
regard caresse quand tu descends 

dans la vallée. Mes élues sont les
bleues qui ont ton regard et ta plume.
Jamais tu ne les cueilles et jamais

tu ne m'en parles mais je les devine
qui t'accompagnent et veillent sur toi
en attendant de nous couver de leur silence.

Offrande

Elle m'a offert la lune
et je ne suis pas sorti
la contempler. Sa tache 

livide crevant le noir,
comme l'allumette dans
la nuit du forçat, me

suffit. Tout y est. Sa 
main délicate tirant le
petit appareil, ses yeux

pétillants de l'offrande
à venir et qui me comble
alors que l'été galope.

jeudi 3 août 2017

Si je ne te connaissais pas

Si je ne te connaissais pas,
bien sûr que je vivrais. Pour
un temps, pas plus. Je rirais,

pleurerais et tousserais pareillement.
Mais si je ne te connaissais pas, je
construirais tristement l'univers

autour de mon nombril grassouillet,
je me bercerais de paroles et bercerais
de mots les autres autour de moi.

Je n'accorderais pas autant de prix
à l'opinion d'autrui, à sa réflexion,
autant dans son phrasé que dans don

contenu. Je n'aurais pas confiance, imbu
je me la construirais. Et je finirais par
gagner ma chambre lugubre et si seule sans toi.

Une parole

Pas l'attendue, ni l'inattendue.
Une parole de courage qui, toute
une soirée vous prend la main

et ne vous lâche plus. Une parole
amoureuse, une parole d'amour,
pure, si pure. Sans concession,

mais non sans affection. Une parole 
faite de regards et de soupirs, et
non seulement de mots. La parole.

mercredi 2 août 2017

Deux œufs au plat

Ah la belle affaire, on te les avait vendus par paire,
ces œufs rosés, que l'on eût dit unis par la gémellité.
Un même bris sec sur le rebord de la tasse, une belle

souplesse dans la rondeur, une fois déposés, et quel
glissendo magistral dans la poêle préalablement beurrée.
Quelques minutes grésillantes, des bords dorés, un jaune

qui se prend de fermeté, deux ou trois grains de sel, 
le poivre du moulin et vogue la galère. -Comment étaient
tes œufs, ma chérie ? - Plats. - Ça, c'est normal puisque

ce sont des œufs au plat. Si ça avait été des œufs-miroir,
tu t'y serais précipitée afin de te refaire une beauté.
- Et des œufs-cocotte, hein, goujat ? -Ah, cessons là,

veux-tu, mon amour. Comment étaient-ils, au final ?
-Bons. -À la bonne heure. Au fait, pour la Chandeleur,
voudrais-tu bien me les réserver ? On se fera des crêpes.

Union

Il me revient l'image ancienne
d'un syndicat ouvrier. Des mains
se joignant pour continuer, de
conserve, la lutte des usines.

Et pourtant, rien de cela. Nulle
exemplarité. Deux mains à mille
autres semblables, fragments vifs
d'une sage humanité. Et pourtant...

Et pourtant, mon amour, quelle
harmonie dans la clarté, nos
attaches sont fines et nous nous

étreignons sans jamais nous  serrer.
Confiance de tes doigts alanguis et
de l'ongle du pouce comme un plateau

nacré attendant les douceurs. Le bracelet
fantaisie convoque, dans son orbe, toutes
les mers du globe et conjure les larmes

qu'il investit dans ses perles durcies.
Ma main, oublieuse de la faucille des
champs et du marteau des fabriques, te
tient. Pour ne plus te lâcher. Ataraxie.



Comme une montgolfière sans air

Elle se tient au plafond qu'elle ne quitte plus guère, se balançant faiblement sous la brise du ventilateur au loin. Les mois caméléons lui ont donné le grisé mat du plafond et, n'étaient ses nervures de zeppelin, on la prendrait pour un vulgaire aplat. Un accident, voici peu, l'a tirée de son torpeur. Mes petits jouaient à se poursuivre, elle a chu, le plus petit l'a saisie entre les doigts, déchirant, sans le vouloir, la fine pellicule de papier. Depuis, insensible au charme du ventilateur, la lampe arbore sa blessure avec un orgueil non feint, comme un pirate revenant à son île.


À tire d'ailes

Tu aimes les ventilateurs,
de toute taille et couleur.

Tu t'en fais des avions,
pour voler haut la nuit

et je ne peux dormir sans
me les imaginer ces ailes

carénées, oiseaux sages
au chant cadenassé.

Alors je me figure tes
paupières caressées

par leur souffle cadencé
comme les fines fenêtres

de ton âme énamourée,
qui, en silence, attend la

sérénade que mes yeux
tout dessillés voudront

bien leur chanter. En cette
heure jusqu'à nous retrouvés.

mardi 1 août 2017

Février

J'ai rêvé de février.
Non du passé, mais du
prochain. Pluvieux,

venté, replié sur ses
vingt-huit journées
si courtes et je t'y 

ai vue, à mes côtés, 
non loin de l'Orb en 
crue ou du Rhône rageur.

Nous parlions, étrangers
aux bourrasques et à la
grisaille qui émoussait

les visages. Ta main
serrait la mienne. Je
sentais ta vie battre

à l'aune d'une année qui
nous vit fleurir et fleurir
sans cesse. Et sans crainte.

Sans plus de crainte.

Le pouvoir des mots

La caserne est silencieuse,
au dehors l'ombre d'un mulot
et le froissement d'un chiot.

Tu revis nos heures devis,
les rires tranchés par le
ventilateur à pied. Songe.

Songe un instant. Entrouvre
la fenêtre, ne ferme pas le 
loquet,endors-toi du sommeil 

de la juste. Laisse les pales
t'hypnotiser. Sur les coups
de minuit, peut-être un peu

avant, ou après, sait-on
jamais avec ces routes qui 
sillonnent, je me glisserai

dans ta couche et la ferai 
nôtre en fendant ton sommeil.
De ma bouche j'avalerai ton

souffle et les mots que tu
voudrais bien me dire. Ces mêmes
mots qui m'inventent à tes côtés.

Trois ans, mille quatre cents

En français, ou en catalan,
au gré des sourires et de
la vie qui hoquette ou jaillit.

Mes poèmes sont brefs, quelques 
vers, jamais plus d'une douzaine,
parfois traduits, écrits au débotté,

dans un café ou sur mon ample table
de bois clair, sur le clavier de l'un
de mes trois ordinateurs ou le petit

écran de mon téléphone. J'ai abandonné
mes carnets, la dernière fois fut à
Lleida, des haikus page à page. Quiconque,

un jour - l'inconscient - s'y penchera, si
jamais les serveurs n'en ont pas effacé la
trace digitale, verra les pas d'un homme 

sur sa terre, contemplatif pressé, friand de 
nouveautés et candide devant la profusion du monde. 
Mille quatre cents et bientôt le chiffre de nos années.

La veu de l'amic / La voix de l'ami

Tèbia, càlida, tan contenta
que no cap dins els límits
del missatge. Per culpa des

meu món tan ample, li not
aromes de farigola i meló.
Me la repàs i la don a

l'estimada que l'escolta
com qui cull almesquins
antes de córrer enfora.

***

Tiède, chaleureuse, si contente
qu'elle ne tient pas dans les limites
du message. Par la faute de mon

monde si vaste, je note en elle
des parfums de thym et de melon.
Je me la repasse et la donne à

mon aimée qui l'écoute
comme on cueille des jonquilles
avant de courir au loin.

Le soulagement

Ton rire, ta joie, des mots qui pétillent
sagement et parfument les heures. Je venais
de te dire que les résultats de l'examen de

notre amie étaient bons, je te confiai même
la voix de son mari ,que tu entendis sans 
pleinement la comprendre, le soleil d'un

soir, le plus doux et le plus chaleureux, celui
qui nous confie son feu pour affronter les silences
ternes de la nuit. Ton rire, ta joie, tes mots, mon

amour.

Veille

Pas la mienne, pour une fois,
la tienne, silencieuse d'abord,
cependant qu'au matin l'insomnie,

enfin, avait desserré son étreinte.
Un air frais filtrait par la fenêtre,
brassé par ton ventilateur. J'avais

perdu la conscience des choses et du 
monde quand soudain ton message me parvint
dans le feulement d'un tambour. Tes sacs,

ton café deuxième, tout un rituel de la veille
que tu m'offrais comme un bouquet de jonquilles
crayons. Je m'étirai dans le lit. Et t'y imaginai.

Tes sacs

Pourquoi pensé-je qu'ils étaient deux ?
Parce que tu pars pour deux jours, sans
doute. Tes sacs, clos, t'attendent.

La route sera belle, ils ne disent mot
ni ne se froissent d'ailleurs. Leur toile
est lisse et leurs couleurs chamarrées.

Discrets ambassadeurs des feux de la maison
que tu fermeras, laissant le soleil la jalouser
en en écaillant le bois rouge. Tes sacs ne pensent

pas -en tout cas ils ne m'en ont pipé mot- mais ils
s'y voient déjà dans cet ample coffre de velours noir,
gorgé de petits trésors à venir : fraise, melons, 

tomates que les hasards de la route pourvoiront. Et
quand la nostalgie te prendra, il te suffira de saisir
entre deux doigts l'or du fermoir et de faire aller la

glissière. Avec le pli des vêtements, le moelleux des
onguents, c'est un peu de basilic qui chatouillera tes
yeux, avec mes caresses tendres qui chez toi se ravivent.