lundi 31 juillet 2023

Vert fugace

Que le vert est léger

qui se moque de l'onde

et s'en va sous juillet.

© Colette Planas

Casser l'attente

J'aime casser l'attente
des rimes consonantes
qui entravent les vers
à la métrique juste.

Un peu de liberté
adoucit la contrainte
et fait croire au lecteur
qu'il peut tout espérer.

J'aime casser l'attente.
Et parfois y céder.

Une traînée de bleu

Servir est ennuyeux, mais 
pas plus qu'être servi.
Paul Morand, Ouvert la nuit

La cage s'est ouverte,
une nuit de juillet.
Atmosphère brûlante
et noirceur des murs nus.

Cela faisait des jours
que les barreaux grinçaient,
menaçant tout l'ensemble
d'une folie soudaine.

Et l'oiseau s'envola,
une nuit de juillet.
Une traînée de bleu
sur fond de pleine lune.

 

Llegir i escriure

Llegir, deixar-se endur
per l'escriptura aliena,
cap a terres incògnites.

Tancar els ulls, recordar,
més enllà de les paraules
i dels girs que les combines,

la musiqueta que les porta.
Apartar el llibre i posar-se
a escriure. Amb veu aliena.

Décor

Mais quel est ce silence
qui dort au fond de moi ?
Le charme de l'absence
et de ses doux émois ?

Notre lit est si froid,
qui m'ouvre en grand sa page,
faisant de moi un roi,
au pays des images.

Si le silence est d'or,
en quoi est cette grâce
qui donne à mon décor
son impression si lasse ?

Don

C'est le don de ta voix
qui donne à notre nuit
l'onctueux d'une caresse.
Un miracle croisé,

aux vastes paysages.
Froidure exacerbée,
dans la chaleur des voix. 
Que beaux sont les silences

qui partagent nos mots.
La grenade s'entrouvre,
séparant ses rubis
en autant de vers neufs 

Regard silencieux

Casseras-tu la gangue
du mètre limité,
pour jeter dans le vide
tes rêves d'absolu ?

Que troublant est le blanc
qui surfile les vers.
L'épaisseur du vélin,
onctueux comme une crème.

La poésie est souffle,
reçu et puis donné.
Le regard silencieux
de tes mots dans les miens 

La geste magnifique

Quand l'aube est de papier,
les doigts sont une plume,
qui écrit des amants,
la geste magnifique.

Le défi

Lance-moi un défi et mouille bien tes lèvres.
Pour prix de mon succès, je voudrais un baiser.
Mais si l'échec survient, laisse-moi donc pleurer,
puis bois mes larmes froides pour apaiser ta fièvre.

Ta bouche est barbouillée d'un rouge vermillon
qui coule sur mes lèvres dès que je te regarde,
buvant de tes yeux vifs l'étincelle égrillarde,
dont Manet et Degas firent leur Cendrillon.

Le défi est passé et la rue s'est vidée.
Ton sourire enchanteur n'est plus que transparence.
Si je le cherche encore, c'est que je t'idolâtre,

malgré l'empressement qui brouille tes idées.
Allez ! Faisons la paix et cherchons la cadence
qui nous fera danser, plutôt que de nous battre.

dimanche 30 juillet 2023

Transparence

Le blanc sec est opaque,
le brillant une flaque.

Gabardine douanière
ou profil de sorcière ?

Il est un noir qui brille,
comme chas d'une aiguille.

Le reste est non-couleur
qui abolit la douceur.

Àngelus miracler

Campanades greus i lentes, com cisellades
pel buril d'un mestre orfebre miracler.
Criden a vespres des del vell monestir.

El paisatge, ample i seré, es fa capella,
humil i laica. Equilibri entre cel i terra.
Núvols tan diàfans com la serralada.

És hora de resar, d'esquena al campanar,
i de cara al poble mut que llaura la terra
i la sega. Àngelus de finals de juliol.










© Roser Blàzquez Gómez

La main-sablier

Entre l'oncle et le neveu, l'entente des mains,
et ce dialogue lent qui s'opère. Sans un mot.
Par pincées de sable grossier du lac.

Peu à peu, la paume s'emplit de grains clairs.
Alors, le prestidigitateur renverse la main
et l'enfant retourne à ses semailles.

Un temps nouveau naît de la main-sablier.
Temps de concorde et d'harmonie. Plus tard,
le neveu mettra sa menotte dans la main

poudreuse de son oncle et ils laisseront
le cirque paisible du lac pour la vaste
ville. L'esprit de la Raison aura soufflé.












© Alain Bourret

Coloraines

Coloraines. Casuals. Delicioses. 
Les estovalles primaverenques
s'avorrien. Com passades de moda.

Han acollit el cafè fort i cremant
i dues llesques de pa torrat, amb
mantega i melmelada de taronja.

Ball estàtic i plaent. Un quadre.
Sense pinzells ni pintura, mes
amb la gana del fotògraf.



Senzilleses

Senzilla, ets tan senzilla...
I dorms. Avui no et despertarà
la dringadera del despertador,

o el dièsel ronquejant del camió
de les escombraries. Silenci.
Algun gall llunyà. Els gossos,

embriagats d'haver bordat ahir,
dormen la mona i tiren pets.
Un matí de diumenge. Senzill.

Ineffable

Ce qui peut se dire
et ce qui ne le peut pas. 

Ce qui sait se dire
et ce qui ne le sait pas. 

L'ineffable conclut fatal
l'impuissance à se dire.

Et pourtant il signe toujours
la présence de l'aphasique

émerveillé devant la mosaïque
des sons qui restent à apprivoiser.

Mandrejant

Delîcia de la mandra,
d'un diumenge al matí.
Frec lent de llençols frescs. 
Silenci del rellotge.

Entre les sis i set,
l'eternitat mandreja
i et contemplo dormint.

Aviat vindran les presses
i l'esmorzar dels nens.
Ara toca dormir.

Mirage

J'aime le sang qui bat,
en langueur délicieuse,
grave et déterminée 

Dans l'allée, le gravier
crisse sous les pas lents
et les peupliers bruissent.

L'esprit est éveillé
mais le corps nu paresse.
Le jour n'est qu'un mirage. 

Oloreta i rostoll

Oloreta somniada.
Oloreta de pa,
calentet i ben fresc.

Bona olor d'un diumenge.
Un miracle en petit,
campanades a vida.

El rostoll ens espera,
amb la cançó dels grills.
A dalt, ja brilla el sol.

Présents de la nuit

La nuit m'a porté ton odeur,
l'odeur douce et vive
des fleurs que tu avais coupées.

La nuit m'a porté ta saveur,
la saveur riante et délicieuse
d'un poulet rissolé.

La nuit m'a porté ton bonheur,
en vers libres ou mesurés,
comme la vie, en liberté.

Aimer

Aimer sans rien attendre,
aimer comme le fou sort,
dans la mousson d'orient,
chanter et crier nu,
sous la pluie torrentielle,
les pieds dans la boue brune
qui bouillonne en cadence.

samedi 29 juillet 2023

Une lune

Mais quelle est cette lune
qui nous montre son nez ? 

La face enfarinée
d'un Auguste esseulé ?

Ou la timide empreinte
d'une pauvre enchantée ?

Entrécriture

Quand le jour se fait nuit
et que le silence règne,
il est temps de s'écrire,
par delà les messages.

Un mot appelle un autre
qui ricoche sur l'eau,
et chacun des amants
en vient à s'entrécrire.

Beauté de ce dialogue,
imperméable aux autres
et qui porte la marque
d'un temps bien partagé.

En vers et contre tous,
ainsi naît le poème,
en lettre noire et bleue,
sur un même papier.

Un calaix petit

Ni un calaix de sastre,
ni un calaixarro daurat.
Un calaix petit, difícil

d'obrir. Un calaix fosc
i foscament lluminós.
Un calaix per guardar-hi

una llibreta gruixuda,
amb lletra petita. Blava.
Un calaix que no obriré

mai però on sé que guardes
fe i constància de lo nostre,
amb detallets ínfims i bells.

Símbol

Has deixat del grec el rastre primer
i has vist com viatjava cap a la bota
estimada. Influències moltes. Sal fina

dels encontres. Senyal de fe i d'ordre.
Divinitat enmig dels humans. Jus dei.
Señas de Identidad. Goytisolo tornant

a Barcelona, al cor dels anys seixanta.
Cementiri de Montjuic. Ciutat al revés.
Identitat de cadascú i de la gran casta

odiada. Ho has vist tot. Mes el símbol
no t'ha caigut damunt. T'ha enriquit,
fecundant les teves paraules primeres.



Adversus gravitatem

Qui n'a jamais rêvé
des pattes d'un oiseau,
sautillant au matin,
en quête de pitance ?

Que gracile est son gris,
que léger est son saut.
Sa course est hasardeuse,
son but est immuable.

Qui n'a jamais rêvé
de bousculer Newton
et de se dégager
de l'âpre gravité...

Quatre per quatre

M'estimes nas,

m'estimes gust.

Al matí fresc, 

quatre per quatre.




Gana

Somriure al vent del pla,
al cor de la ciutat...
Qué son les velles sèries
quan només queda el títol?

S'apaguen els platós
i moren els sunlights.
Dins la nit de paper,
un vell actor té gana.

Désir de repos

L'écriture est serrée
qui joint la nuit à l'autre.
Insomnies de papier,
d'encre et de mémoire.

L'heure est souvent la même,
le réveil insolent.
En six syllabes vives,
les impressions défilent.

Rendre grâce à la vie,
mon seul impératif.
Le vieux carcan du mètre,
la liberté des rimes.

La syntaxe frissonne, 
quand le vers est étroit.
Croyant en l'essentiel,
j'oublie bien des détails.

L'aube, bien sûr, viendra. 
La fraicheur du matin,
le silence des mots
qui maintenant fourmillent 

Au terme du poème,
ou de l'autoportrait,
je sens, chez mon lecteur,
un désir de repos.

Un seul horizon


À mes enfants

Un autre jour s'annonce
dès le cœur de la nuit.

Un samedi d'enfance :
serpentins, cotillons

Juillet est en son terme 
et août est un mois plein.

Au centre de la France,
pousse un joli secret.

Qu'il soit garçon ou fille,
il est déjà aimé.

Aux flonflons du onze août,
répond le bel octobre.

Il n'est pas de saison
pour qui croit en l'amour,

et un seul horizon
qui rime avec toujours.

vendredi 28 juillet 2023

De la nit a l'alba

Dona a la nit tancada
el preu de cada cosa: 
el setí de la rosa,
el nacarat de l'ostra.

No escatimis res,
que el regateig és vil
i ho desnatura tot:
la saba, i el pistil.

Rep de l'alba sobtada
el prec dels habitants,
la calor del ressol,
i el bes de l'estimada.

Cansada

T'estimo cansada, exhausta,
sense esma ni somnis.

T'estimo perquè em parles,
vencent el cansament.

T'estimo perquè et calles
i ja t'inventes somnis.


Un cœur épris de ciel

Le sommeil vint soudain,
sans s'annoncer vraiment,
comme la langue d'eau
efface le rivage.

À l'autre bout du fil,
ou plutôt de l'écran,
je sentis le silence
comme un aveu discret.

Tu étais bien ainsi,
dans les bras de Morphée, 
ouvrant au quatre vents
ton cœur épris de ciel.

Alea jacta est

Jette les osselets et,
dans ta main ouverte,
apprécie leur empreinte. 

La grande horloge

C'est une grande horloge
qui marque les jours pleins,
juteux de sève bonne,

et non les heures sèches,
courant sans nul répit.
Une horloge de marbre

veiné du Canigou.
Des aiguilles de nacre,
un cadran d'amadou.

On oublie sa présence,
en pensant juste à vivre,
sans course ni fureur.

Vacances merescudes

Qui diu que les vacances d'estiu
omplen un buit i avorreixen?
Les teves són merescudes.

En poques setmanes, de l'Hestia
a l'oest del món, passant pel centre
enfeinat, has recorregut més espai

que un road movie dels vuitanta.
Ara toca descansar una mica,
llegir i escriure, quan i com vulguis.

Aquarelle marine

De l'eau, quelques pigments,
la longue chevelure
d'un pinceau nostalgique.

Du Canson à gros grain
et la voix de João...
La main glisse et s'oublie.

Des bijoux de couleurs
l'éclaboussent un brin.
Odeur amère et forte

qui rappelle l'orxata,
la blancheur des maisons
de mon île lointaine.

Elle est d'aigue-marine,
elle est mon aquarelle
qui sèche sous tes yeux.



Après la grêle

Et la grêle est partie
vers d'autres territoires,
laissant dans le jardin
ses marques d'infamie.

Feuilles hachées menu,
oranges détachées.
Un bien maigre bilan,
après tant de ramdam.

Les enfants ont dormi,
comme débarrassés
des sottes inquiétudes
qui m'avaient réveillé.

Son, somnis i somriures

Què somies qui té son
i mai no resta insomne?

Una aquarel·la verd clar
o un teatre d'obres xineses?

Amb un sòl de llençols,
s'aferra a la terra,

somrient als molts àngels
que, al sostre blanc, no dormen.

No envelleix, ni mor

No envelleix, ni mor,
el plaer de la muntanya.
Amb els teus peuets ràpids,
fuges de la conversa.

Còdols ben rodonets,
o arestes de blat,
fas teu el caminoi
i t'apropes al cim.

M'has deixat ben enrere,
barrinant sobre el temps,
oblidant-me de l'aire,
que a dalt gaudies ja.

Vallestàvia

Som baixat a la cova
on m'esperava l'avi.
Silenci de monedes
i fulgor dins dels ulls.

Esmorzant lentament,
li som contat la vida,
que se viu a la plana.

Fumava la pipa vella,
de tabac gris cremant,
i m'espiava content.

Fronteres esborrades

La tempesta ha esborrat fronteres.
En lloc dels blogs de formigó,
un riu fangós i cabalós.

És temps de deixar la llengua del
prefecte i de tornar a aquesta del
país. Saborosa i menyspreada.

Greus entonacions de borbolls molts.
Sintaxi més que precària. Sortegem
tolls per no precipitar-nos'hi.

Pluja de juliol

Cansada, més que cansada,
no sents la calamarsa
que fa vibrar la casa.

La torre es fa vaixell,
el merlet cau a l'aigua.
Ara trona i llampega,

sense cap grumet a bord.
No et despertis, amor,
que aviat fondejarem.

jeudi 27 juillet 2023

Bouture

Les doigts se croisent 
et se décroisent.
Ils tricotent l'azur.

Qui rêve d'un amour,
plus fort que celui là,
échappe à la nature.

Les doigts se frôlent
et se refrôlent.
Ah, la jolie bouture.

Pluie de juillet

La pluie est lente et grasse
qui tombe par à-coups.
Le jardin se prélasse
sans aucun garde-fou.

Dans le miroir des flaques,
des feuilles vont et viennent,
comme si elles avaient le trac
au théâtre de Sienne.

La pluie a redoublé,
les voisins se calfeutrent.
C'est un rythme endiablé
pour effrayer les pleutres.

À la Desnos

Tourelle, ritournelle,
où vas-tu, mad'moiselle ?

Arçon, colimaçon,
où vas-tu mon garçon ?

Main, mène à rien ?

 La main de l'amant amène l'aimant à aimer le néant.

Je est un autre

Des murailles de mots
pour enfermer l'amante.

Une rougaille de mets
pour exalter la menthe.

Les lettres se combinent
et le jeu est un autre.

Le moi souffre et s'étale
quand s'étiole l'émoi.

Quand le pain perd sa mie,
l'amie gagne sa peine.

Une pêche au vin rouge

Une pêche au vin rouge,
pelée, dénoyautée,
et que le couteau tranche

en quartiers délicieux,
dont le sirop poisseux
dégoutte sur les doigts.

Un dessert démodé
et que juillet accueille
juste après le repas.

Le vin rouge a teinté
la pulpe virginale,
amollissant ses chairs.

La bouche, lentement,
s'en fera un délice
songeant au lendemain.

Que noble est cette pêche,
humble fruit du verger,
qui sait nous enchanter.

Un somriure d'ulls

És un somriure d'ulls,
una mirada bella,
que neix entre sirenes
fent vacances al camp.

Pocas palabras bastan
,
em dius, entremaliada.
Jo segueixo segant
el blat de l'altiplà.

Un pinsà viatger

És un pinsà viatger,
amic de moltes cases.
Per ell no hi ha fronteres,
obstacle ni cap límit.

El seu cant és de sons,
de somnis sense son.
Un insomne lingüista, 
com en queden ben pocs.

Quan el vegeu passar
amb un cotxe blau clar,
no dubteu en cridar:
Pinsà, on vas avui?

I si no us contesta,
és que té molta feina.
Pinçada de pinsà,
espines de sapí.

Trois-huit

À quatre heures précises,
le vieux diesel démarre
et mon voisin s'en va
aux confins du village.

Quelques instants plus tard,
le sommeil nous reprend,
étrangers aux tracas
de ce travail en miettes.

Sur son tour, le voisin, 
détricote les heures,
oubliant de l'horloge
le décompte apaisant.

Il aime les trois-huit,
c'est du moins ce qu'on dit.
Son visage ridé
me dit tout le contraire 

Basculer

Basculer tout à coup
dans un puissant sommeil,
en glissant sous les draps
la conscience du jour.

Ma Louisa

C'est une eau de verveine,
limpide et odorante,
qui dégage en brûlant
la vie des hautes terres.

On la sert au goûter,
avec des gâteaux secs.
Passant de main en main,
elle égaie l'assemblée.

Si je pouvais un jour
en garder une fiole,
j'y lirais de ma mère
l'érudition discrète. 

Émotions décalées

Émotions décalées
du ventre souple et chaud
vers la poitrine exquise.

Le cœur y prend ses aises,
étranger au désir,
comme un accordéon.

Pourtant, à bien penser,
le décalage est vain,
quand l'émotion est une 

Le temps qu'il reste à vivre

Le temps qu'il reste à vivre
est gâteau du dimanche :
sous la boîte et le nœud,
le goût d'un mille-feuilles.

La nuit est un mystère,
un savant labyrinthe.
Le chemin est unique
mais l'entrelacs est cent.

De précieuses odeurs,
les lèvres de l'aimée
et, au fond du jardin,
une grille entrouverte. 

Dors

Posem ordre i seny:
deixem vagar els versos
pel dors de la mà.

mercredi 26 juillet 2023

À douze mille nœuds

À la mémoire de Fred Chichin

J'ai laissé mes valises, au comptoir de l'hôtel,
je m'en suis dessaisi, n'ayant rien à attendre.
Pourquoi s'embarrasser quand tout est bon à prendre
et que la nuit recèle des trésors à la pelle ?

La fumée d'un cigare, un néon qui clignote,
un moteur qui hoquette garé après le pont.
Si la rivière est d'encre, pourquoi chercher le fond.
L'important est qu'elle coule, ma main dans ta menotte.

Un jour rue Saint-Guilhem, j'ai croisé Bohringer.
C'est beau un'ville la nuit, il était lumineux,
puis je me suis enfui, les mains dedans mes poches.

Le goudron du Clapas semblait être de roches.
J'écoutais Marcia baïla, Catherine Ringer,
et les ombres filaient, à douze mille nœuds.



Finis terræ

What is that feeling when you're driving away
from people and they recede on the plain 
till you see their specks dispersing?
                        Jack Kerouac, On The Road

Caminaràs dies i nits cap a l'occident,
en busca de l'improbable raig verd.

Passaràs per muntanyes ombroses, rius
cabalosos, planícies desèrtiques, pobles

buits i ciutats bullicioses. Sentiràs
llengües amigues i crits desesperats.

Sagnaran els teus peus, cauràs exhaust.
I en despertar-te t'adonaràs que la llum

intensa del verd vitalici només existeix
en la ment de qui creu en el viatge.



Què t'agrada de mi?

Yo no digo mi canción
sino a quien conmigo va.
                        Anònim

- Què t'agrada de mi?
El meu esguard llunyà
o el silenci del vespre?

- De tu, res no m'agrada tant
com de saber-te al meu costat,
cavant la terra seca

de l'olivar vell. Barret de palla,
cap cot, amb la mirada perduda,
pels solcs desesperats del sòl.

Una lluenca

Una lluenca. Tan planera
com una passanella marina.
Una pedra serena disposada
a flor de terra pel pastor,

esperant la sal saborosa
que lleparà paulatinament
el bestiar somnolent.

Res de l'altre món.
Un planeta pla, afamat
de mamelles plenes
de llet muntanyenca.

Sous un escalier

Sous un escalier
un carton fermé,
à l'ombre chaude
de juillet.

À l'intérieur,
des romans neufs,
d'autres anciens,
abandonnés,

laissés en jachère,
ou confié au hasard
des spéléologues
des caves.

Odeur de renfermé,
de moisissure sombre.
Les pages demandent
la lumière du jour.

Non-lieu

Dans le non-lieu des songes,
il n'est pas de télé,
de plaisirs frelatés,
pour des gens sans esprit.

C'est un temps de la nuit,
une jolie clairière 
La pluie y est de mots,
la terre d'encre claire.

On y croise parfois
de purs esprits ailés,
lisant des vers anciens 
dont ils font leurs délices.

Craquements

La vieille armoire craque,
gonflée de mille mets.
Confitures d'oranges,
cassoulets en conserve  

La ronde des saisons
a terminé sa course.
Il est temps à présent
d'ouvrir les portes sombres.

On y lira, peut-être,
l'histoire de ces gens,
qui réservent leurs jours
à régaler les autres  

Filigrane

Dans le vélin le fil,
la marque singulière,
échappant à la vue.

Sous le texte apparent,
un autre texte naît,
aux saveurs orientales. 

Un braille pour les doigts
qui, sous les mots, recherchent
le rire des amants 

Noli me tangere

No em toquis,
que el son és profund,
i la barca és al port  

Mira'm dormir, serena,
i imagina una nit sense
lluna, al mig de l'oceà.

No em toquis,
que, en despertar-te,
ja comences a cantar.

Malheur singulier

Le malheur singulier
ou la banale liesse.
Inscrire dans le monde
le désir d'exister, 

ou se laisser aller
dans la moelleuse auberge,
aux saveurs doucereuses,
menaçant la santé.

Que digne est ce combat,
qui signe une présence,
emplissant des recueils. 

Après la houle

La houle s'est tue.
Les bateaux battent au port,
coque contre coque 

Odeur d'iode et d'algues.
Sur les ponts, des cirés
jaunes se croisent, ruisselants 

Les cloches de cuivre
ne sonneront plus. 
La tempête est passée 

mardi 25 juillet 2023

Papallones de paper

Papallones de paper
que no s'enlairen mai.

Amagades dins del ventre
de la passatgera d'un dia.

S'hi inscriuen les dades
d'un absolut agnòstic.

El desig d'uns imperis
que no es veuen enlloc.

I la carícia tendra
de l'amant tafaner.

Charnière de juillet

J'ai donné à la vie
ma petite monnaie.
Des pièces oxydées
avec deux trois boutons.

Le fond de mes deux poches,
avec du sable blond.
Empreintes digitales,
plus sûres qu'une carte.

La vie m'a tant donné
et j'y ai tant aimé,
avec les yeux ouverts
devant sa profusion.

Juillet est la charnière
de cette auguste vie.
Je m'y attarde un brin,
avant l'action de grâce.

Le livre était ouvert

Tu t'es tournée vers moi,
et j'ai senti la lune
fraîchir soudainement.

Sa face était de sel
et mes lèvres brûlaient. 
Alors j'ai fait silence.

Assis à tes côtés,
je me suis abreuvé.
Il n'était pas quatre heures,

au clocher de la ville.
Le livre était ouvert,
qui attendait mes vers.

Changer de nom

Qu'il en faut du courage
pour transformer son nom.
Des rives du soleil
à la plaine écarlate.

Froissements de papier,
hystérie des guichets.
L'encre aussitôt jubile
et rêve de signer.

Qu'il en faut du courage
pour prendre un nouveau nom
et affronter la vie
avec son vrai regard.

Atzavaraflorida

Mon agave est en fleur
qui regarde la mer.
Sourire de verdeur
et fermeté du stipe.

Des palmiers alanguis,
il envie la couronne,
mais c'est sans eux qu'il veille
sur la côte en juillet.

Mon agave est en fleur
avec six mille chants.
Il vous ouvre mon livre
et rit en sifflotant.

Stardust

Réserver son désir
à celle que l'on aime.
Et songer aux étoiles.

Lorca agostero

¿Qué ha sido de la
muchacha dorada
que se bañaba en 

el río? Un día, al poeta
le cortaron la voz y, ella,
no quiso salir nunca más

de entre las páginas del libro. 
Naranja de la China, agua
de azahar. No quiso nunca màs.

I juliol

Esmorzaré al teu costat.
Pa torrat, cafè i melmelada.

Ens vestirem de somnis
i sortirem al jardí fresc.

Allí escoltarem la vida
parlar-nos sense veure'ns.

Formigues enfeinades amb
qualque borinot perdut.

Seran hores precioses
i juliol, cap a l'agost,  avançarà. 

lundi 24 juillet 2023

Espasa illenca

El besoncle estimat tenia el cor 
entre dues espases. El Rosselló
nounat i Menorca l'enyorada.

Vaig heretar les dues espases del conco.
De metall vell i refulgent, em guiaven
per la història del món com un omphalos

dèlfic en petit, una brúixola salabrosa.
Anit, temptejant, m'ha sorprès la illenca.
Glaçada, blavosa d'odi, em va punxar el cor.

Téléphone portable

Quand la vue se restreint
et épouse l'écran,
oubliant du dehors
la chaleur familière,

un monde neuf surgit
qui transmute l'esprit.
on est soi et un autre,
on est un autre et soi.

La frontière est ténue
entre l'être et l'image.
le vrai seul peut surgir
des sentiments profonds.

Dona

D'esquena, un perfil que rebota
com passanelles pel mar serè.
Res de l'inexpressiva cara:

un rostre, en el sentit llatí del mot,
esperonant les moltes ones del desig
de l'espectador que s'hi atura.

D'on vens, blanca beutat bakeriana,
i cap a on vas? Perles, carmí i estola
t'encaminen per la via tendre del deler.





















© Gumersind Gomila

Larmes artificielles

C'est un liquide gras
qui fait un joli lac.
Une pluie d'onde douce
sur la courbe de l'œil.

Ma mère s'en abreuve
avant les mots croisés.
Le monde est bien plus beau
sous cette pluie de larmes.

Le flacon est petit,
sa transparence exquise.
C'est un vade-mecum
à l'épreuve du temps.

Opaline des songes

La nuit a tout mangé
des poèmes du jour. 
Il n'est donc rien resté
des rêves de vélin.

Opaline des songes,
de trésors à l'encan,
si mon cœur bat en six,
c'est qu'il est insomniaque,

se gonflant la journée,
en éponge écarlate,
pour que dans la nuitée
les sages vers éclatent. 



Ta peau

Ta peau est une page
où j'aimerais écrire
l'histoire de tes jours.

Rêve en rose et blanc

J'ai rêvé d'un radis,
tout renflé à la base,
un visage de poire,
strié de couperose.

Ah maudits socialistes,
qui quémandent des voix,
pour plastronner ensuite,
en oubliant nos vœux.

Sans nappe était la table
d'un dialogue impossible,
et naïfs les convives
qui croquaient des radis.

Qu'augureront les jours,
qui s'ouvrent aujourd'hui ?
mon pays les sanglotte,
en s'en voyant exclu.

L'ombre de Camus

Joli colimaçon
de l'escalier étroit
qui monte à la terrasse.

La tête s'y incline.
La main à la rambarde,
le souffle se fait fort. 

Au terme est la nuit claire,
d'une nuée d'étoiles
et l'ombre de Camus.

Alenada de mots muts

Respirant suaument,
cara a les estrelles,
tot i el sostre fosc.

Alenada de mots muts,
en els llimbs dels somnis,
que l'atmosfera escolta.

Goig llibertari per l'oxígen,
i la figuració estreta d'un
bon cafè per estrenar.

dimanche 23 juillet 2023

Tomàquets del jardí

Tomàquets del jardí,
vermells i calentets
com les teves galtes,

tímides, esperant un bes.
L'ombra no pot mes, la llum
demana temps. Els tomàquets

són plens de suc i vida.
Qui els collirà, cap al bol
generós? Anxoves de Begur,

oli del Solsonès, vinagre
del rebost i sal del molinet,
faran un casament perfecte.



Il y eut cette blancheur

Il y eut cette blancheur,
silence éblouissant.
Des sentiments nouveaux,

pour un beau millénaire.
L'inscription dans le temps,
les souliers dans la terre.

Il y eut cette blancheur,
le présent du passé
et le sel sur tes lèvres.

De blanc

Pinta'm la vida de blanc,
amb blanc d'Espanya,
calç viva i aigua.

Pinta'm la vida de blanc
i mussita'm al cau tendre
de l'orella.

Pinta'm la vida de blanc
i obre la teva llibreta.
Allí t'espero jo.

La tarda a Esparraguera

 A la Maria i al Jaume

Anirem a Esparraguera
una tarda d'estiu. A poc
a poc, sense pressa.

Donarem la volta gran
a la muntanya sagrada
que té nom d'amfitriona.

I allí, defugint la xafogor,
jugarem amb robots. Ciència
i poesia aniran de bracet.

Un gran ocell blanc

Un bes en cadascuna
de les teves parpelles,
que sento que et despertes,
tot i el cansament 

Els besos són de mots,
de frescor infinita.
Aviat vindrà la son,
que et tornarà serena.

El matí d'un diumenge
és un gran ocell blanc,
que creua un oceà
per aportar la pau.

Una barca de blat

He somniat una llesca
de pa tou i serè.
Una barca de blat
vogant pel meu cafè 

Preciosa senzillesa
d'un  diumenge al matí.
Un bol o una tassa,
per al xocolatí.

Dévoilement

L'écrit s'est dévoilé,
que je gardais secret. 
Silence des roseaux
qui bruissent doucement.

La nuit m'est conseillère
qui s'éclaircit déjà.
Elle glisse à mon oreille
ta voix et puis tes mots.

Mon corps s'est découvert,
en quête de fraîcheur,
avide des baisers
que tes mots ont formés. 

samedi 22 juillet 2023

Mon monde est un jardin

J'ai laissé mes sonnets, dans la vieille sacoche,
fuyant les heures chaudes, épris de pièces courtes.
Assoiffé tout le jour, je ne quitte la gourde
qui abreuve mes vers, sous le feu d'une broche.

C'est un plaisir serein que de les réserver
dans l'ombre du vieux cuir qui ignore les ans,
la course des saisons, la lave de Satan,
tout en sachant qu'ils sont pieusement conservés.

La poésie sautille, rétive à tout carcan,
l'important est son lieu et rarement le quand,
qui la retient captive, au bord de la rivière.

Mon monde est un jardin, la plus jolie des terres.
J'y compose souvent, en une action de grâce,
avec le rire aux lèvres. Et un soupçon d'audace.

Uns vells poemaris

Acaricio les pàgines groguenques
d'uns vells poemaris i penso en tu
que m'estàs guiant.

Dolça màgia dels versos covats
a la nit i que s'estampen més tard
en un volum minso i olorós.

Si hagués de tornar a viure, una vida
o una miquelona més, et voldria, tu,
al meu costat per a inspirar-m'hi.

Sensualité soudaine

Sensualité soudaine
qui glisse sous la langue,
en exigeant des mots
qui restent à écrire.

La plume est pérégrine,
qui nous entraîne loin,
volant aux dieux antiques
la noirceur du charbon.

Mais moi je veux des lèvres,
à la saveur du miel,
et non des mots tout secs,
pour caresser ma lyre.

Alors je fais silence
et dénude mon corps,
laissant à la fraîcheur,
le soin de m'inspirer. 

Tympans

Tu as fait dans ta couche,
la place des élus.
Silhouette d'un homme,
façonné dans la glaise.

Aux tympans de sa tête,
le tympan des églises.
Descente d'une croix,
en plâtre polychrome.

L'histoire est à écrire
qui multiplie les ans.
Des langues sans frontière
les apparient déjà.

François Cheng

François Cheng est poète
qui interroge les mots.
Entre deux continents,
il sait ne pas choisir.

Rocailleuse échancrure
qui s'ouvre sous la voix,
avant que le silence
ne la close d'un doigt.

Ses vers sont peu nombreux
pour exalter le blanc
d'un beau vélin bouffant
qui charme les narines.

Tambour de chasteté,
la séduction opère,
sans jamais coup férir,
ni voler un baiser  

Inversió

Canten les campanes
i toca un ocell.
Inversió de llengua
per al teu plaer.

Fraîcheur d'un bol

Dessous la pierre tendre,
il est une fraîcheur,
pour ma main qui attend
une once de douceur.

Amériques lointaines,
où l'on joue au football,
soyez donc la fontaine
qui dessine mon bol.

J'y boirai tes baisers
qui s'envolent parfois,
à force de rêver
aux destinées d'un roi.

vendredi 21 juillet 2023

De l'hort al plat

Bledes ombroses, jugant
a fet i amagat amb el sol.
Al migdia. Presumides,

amb vestit blanc i farbalans
verds. Ja els va picant l'ullet
la beixamel untuosa,

seductora, mitjancera. Diuen
que les vol casar amb un bon
bacallà gallec. Falòrnies...



Glopet

Dona'm un glopet d'aigua,
l'aigua de la memòria,
fresqueta i sense gust,
per seguir caminant.

Le réseau

C'est un réseau d'artistes,
poètes, bateleurs,
qui déserte les pistes,
où brillent les hâbleurs. 

Leurs joutes sont de mots,
leurs combats de sourires.
Leur fortune du pot
vient de leur savoir-lire.

Si vous les rencontrez
le soir après minuit,
c'est qu'ils ont surmonté
leur peur du Martini.


Hyggelig

Douceur d'un brin d'ascèse,
qui retient les bagages.
Au salon une chaise,
dans les yeux le voyage.

La côte est une courbe
que découpe des fjords.
Le repos une gourde
pour s'abreuver des ports.

En eux entrent des langues
aux rythmes inconnus,
humides de la lande
où ils se sont connus.

La douceur du foyer
ici prend tout son sens. 
Nul besoin de moitié
pour embraser l'encens. 

Xarranca

La ditada de mel
dibuixa mons interns
entre la terra i el cel 

jeudi 20 juillet 2023

Une poignée de gros sel

Une poignée de gros sel.
Gris, sale, mal dégrossi,
l'ambassadeur engourdi

des montagnes chamelières
des Salins du Midi. Roupie
de sansonnet pour se payer

un repas à la fortune du pot.
L'eau bout à gros bouillons.
Les nouilles attendent ta main.

Cheminements

Attendre tes écrits, patiemment.
T'y reconnaître, puis t'y découvrir,
ramasser, sur le sol, les cailloux

des chemins, les porter au visage,
et sentir, dans leur rassemblement,
toute la force de tes cheminements.

Fard Bordeaux

Quel est ce vin qui naît des grains
écrasés entre les doigts appariés ?
La peau rêche à la peau se joint

et la pulpe dégoutte d'entre les mains.
Le moût glisse le long des poignets.
Lente fermentation qui naît des heures

partagées. De ce vin premier, sans fût
ni bouteille, naîtra un fard bordeaux qui,
à toute heure, empourprera les amants.

mercredi 19 juillet 2023

Donne-moi du raisin

Donne-moi du raisin
que tu as dans ton panier.
De beau raisins violets
pour colorer mes mains.

Mon stylo est usé,
je veux une encre neuve.
Violine et odorante,
elle saura te séduire.

Donne-moi du raisin
et cours à toutes jambes.
La tourelle est jolie
qui unit nos écrits.

Haikurieux

Dans la main les os
d'un vieux mouton sacrifié.
Sur le sol du sang.

J'aimerais vous écrire

J'aimerais vous écrire
de longs poèmes fleuris

mais ma besace est vide
et mes souliers troués.

Alors je les rapièce avec
des mots d'enfants,

des caramels d'un sou
et des Mistral-gagnants

Credo

Je crois en la lumière,
la lumière du jour,
qui se glisse sous 

la porte et dessine
les amants. Silence
et froissements.

Le lin est ruisselant
du soleil qui se lève
et des amants épuisés. 

Locus amœnus

Un hort petit,  a la vora del riu.
Terra grassa i ben llaurada.
El peu s'hi enfonsa. Amb goig.

La mà hi escampa llavors grises,
ovals i dures. Passen setmanes,
mesos. La mà tremolosa espera.

Un dia, quan les sabates ja no
s'embruten, la mà s'inclina i cull
clavells vermells per oferir-te'ls.

Laisse aller sous le vent

Laisse aller, sous le vent, ton envie de coton,
qui se froisse aux épaules quand l'attente est désir.
Assise sur ton siège, friande de plaisirs,
tu fais d'un peu d'orxata, une intense boisson.

Étrangère à la mode, en toute liberté,
tu écris, de ta peau, l'histoire de tes pas,
dans les rues de la ville et leur vieil entrelacs,
volant aux jouvencelles, leur soudaine fierté.

Le plaisir n'a pas d'âge, ou bien il les a tous.
Il court à travers champs et cueille une grenade.
Ah les jolis rubis qui signent sa balade,

avant de t'endormir sur un coussin de mousse.
Laisse aller, dans le vent, tes rêves de bonheur.
Ils seront, je le sais, les hérauts de ton cœur.



De cotó estampat

De cotó estampat,
un teixit lleuger...

Pàgines ja escrites
que s'enlairen a la nit

per inspirar el poeta
que en farà veles vives.

mardi 18 juillet 2023

Ma Jéhanne de France

À ma fille première

Mais quel est ce silence
qui bruit à mes côtés ?
Le souffle de l'enfance
dont un pan fut ôté.

Printemps quatre-vingt-huit,
ma Jéhanne de France
se prénommait Florence,
moi j'ignorais sa fuite. 

Sur le drap de coton,
le silence est un air
que chantent les poumons
qui n'ont rien d'autre à faire. 

18 de julio

¿Quién me dejará pasar
de una lengua a otra,

mientras los incultos
las opongan inútilmente?

Un torero excluye, grita,
eructa. 18 de julio. Poco,
muy poco antes del aciago

mes de agosto cuando mataron
a García Lorca, amante de
toreros y corridas. Bodas
de sangre sucia. Vox populi.

Voz infernal que mata poetas
y lenguas. Antes de matarte a ti.

Prénoms

Tirés de l'oubli. Dans un éventail
de photos. Thérèse, Vincent, Gasparet,
Thérèse encore. Une autre. Plus brune,

plus corpulente aussi. J'écoute filer,
lentement, le discours qui les ranime,
comme l'on dépend le linge du fil gris,

avant de le plier soigneusement dans
l'armoire. Prénoms francisés, à l'accent
sonore du sud, outre-Pyrénées, prénoms

semblables à tant d'autres croisés, sous
d'autres latitudes. Les métiers, maintenant,
aujourd'hui méconnus : mercière, cantonnier.

Une vie s'établit sous mes yeux, pendant
que le soir se fait, derrière les fenêtres
de l'appartement. Je me lève. Ils me suivent.

Entre els dits...

Entre els dits, els fils daurats de l'amor.
Rius secrets que bateguen, de cau a cau.
Silenci de frecs suaus i d'ulls tancats.

Les parpelles són veles i les pestanyes 
brúixola. Les mans s'obren i es tanquen,
com velers submarins.

Un cavallet de mar passa, absort, buscant
del Sindo el traç intemporal i dels obradors
de Sant Vicens el forn sàviament diabòlic.

























© Gumersind Gomila
     (col·l. É. Talavan)

De la roca al cor

Fragmentació de segles
que va daurant el terra
i reté les passes lentes.

El color, a vegades, poques,
se n'abstreu i dóna a la roca
resistent la forma singular

de l'alenada desitjada: un cor.
Un cor d'atzur, de lapislàtzuli,
símbol de puresa, sort i noblesa.












© Marta Blàzquez Gómez

Parpelles

Si ens haguéssim de besar, 
per on començaries? Jo pels ulls, 
que no es poden besar, 
i faria de les parpelles defensives 
un trampolí per als nostres somnis

Perquè no morin mai

Inventar-se raïls d'acer
brillant, a la vora del mar.
Barres i corbes paral·leles

per on guiar els somnis
tendres de la nit cap al dia.
Encarrilar-los i desfermar-los,

alhora, paradoxalment 
Deixar que la sal se'ls adobi,
perquè no morin mai.

lundi 17 juillet 2023

Cinq sur quatre

De la terre au ciel,

en souliers vernis,

la fille s'élance,

le palet s'enfuit.

Els diccionaris maten

Els diccionaris maten. A vegades.

Exclouen l'alumne entremaliat
i el fereixen, dues vegades.

Nafra = solució de continuïtat 
en un teixit orgànic 
amb pèrdua de substància.

Què cony vols dir, diccionari,
quan plora el mainatge caigut 
de la bicicleta i es toca

el genoll dret amb les seves mans,
brutes i tremoloses ? Continuïtat.
Quina continuïtat quan el bufetejaran

per haver trencat la bicicleta nova
i estripat els pantalons de vellut?

Filant

Poemes petits.
Rodolins, dístics.
Parells de síl·labes.
Una alenada filant,
entre els teus dits.

Rayon vert

Suspendre mes lèvres aux tiennes
et, de là, deviner l'aube qui s'approche,

le rayon vert de mon enfance,
les traits d'or déchirant l'eau glacée.

Suspendre tes lèvres aux miennes, 
avec pudeur, pour apprendre tes mots.



Febre

Quin és aquest sol que se'm menja les entranyes?
No me'l puc treure de sobre i el sostre es fa de lli
fi. Llençols de pasqua florida o ventall de duquesa.

Batega el meu cor com mil tambors pels carrers buits
de Prada a l'octubre. Si tingués un got d'aigua gèlida,
me'n faria un ostensori d'or radiant.

Què llargues són les hores que em separen del dimarts!
Tanco els ulls i se m'apareixen les cartes d'una baralla
de truc. Porteu-me un Byrrh glaçat o, aviadet, defalliré.

Indigestió

Els mots són de ventre,
els girs són de pell.

Fosques arrels de lletres
clara cantarella dels nexes.

Parca sintaxi del poema,
indigestió de termes crus.

Un reloj de limón

No tengo hora...
Pero si tienes reloj.

Mi reloj es de medio
limón y va goteando,

a lo largo del camino.
Segundos pocos y ácidos...

Lenta cocción de la pulpa.
Amarga melmelada de días.

Jaune citron

La table pâlit et s'affadit sous le soleil du matin.
La bibliothèque est une ancienne fabrique, sans suie,
sans bruit, occupée par quelques lecteurs affairés.

Cliquetis des claviers, froissement d'une lecture
précipitée. Le quotidien local s'ouvre au monde,
avant de s'empiler dans les rayonnages et de finir

au pilon. Désherbage. L'expression, hypocrite,
est odieuse dans un lieu qui a oublié l'odeur acide
de l'oseille et le grain rocheux du feldspath.

Mundus inversus

Comme un œil-de-bœuf
d'opaline, le plafonnier
éteint me regarde.

Et l'envie me prend de marcher
au plafond, mes galoches
crottées de mille chemins.

Le sang à la tête et le cœur
en écharpe, je battrai la contrée
puis me recoucherai.

Ras i curt

Deixaràs enrere
les espigues daurades,
curulles de grans aurífers 

i acariciaràs el rostoll ras
i curt, la sequedat silenciosa
de la terra que s'adorm.

Tornaràs al miracle dels mots
que diuen molt més del que sembla
quan, per fi, neixen del rostoll.

À quatre mains

À quatre mains un livre.
Un livre imaginaire,
comme un pont sur l'océan.

Aperto libro

Senzilla la ploma
que s'amara en rosada .
Tinta simpàtica

que, invisible, lletreja
l'univers sensible. Escarteja 
els meus somnis de la nit,

a llibre obert... I torna prest
al son, que teva és la son
i meu l'esguard que la vetlla.

Orbis terrarum

Orbis terrarum.
Orb em fa la nit.
Cec el rostoll sec. 

Se'm creixen ulls
als dits per dibuixar
oceans molls al cos.

Corbs riallers encorben
l'horitzó prim de l'alba.
Orbis terrarum.

dimanche 16 juillet 2023

Curull, caramull

M'agrada la plenitud de les coses
i, més enllà, llur extremada profusió.
Les teules imbricades a dalt de la xemeneia,

per protegir-la de la pluja i la neu. O el gelat
que sobresurt del cucurutxo, dolç, untuós,
esperant la llengua llaminera que l'assaborirà.

No escatimaré mai aquesta humanitat generosa.
Me l'estimaré. Fil per randa, des de l'alba tèbia
fins a la nit tancada, de lluna plena i ratpenats.

Fideuà

A l'Anna i l'Àlex, mestres en humanitat

Al rebost, he deixat els fideus prims,
daurats i grassos d'oli verge. Esperen
casar-se amb tomàquet, pop i musclos.

Mentrestant, em preparo una fideuà mental
per retre homenatge a uns amics del Maresme,
amb els molts aspectes de la fides en compte de

fideus. La fidelitat, la constància, la fe en l'home
i en la societat que va formant, a poc a poc,
barrejant la seva ànima amb les inquietuds alienes.



Pàgina en blanc

Obrim una pàgina en blanc,
no pas de paper o cotó fi,
sinó de pixels i LCD.

Una virtualitat en polzades,
perquè es multipliqui per
les xarxes, com passanelles

rebotant pel mar de Cadaquès.
Obrim-la i omplim-la, cada dia,
amb versos, imatges i vida.

samedi 15 juillet 2023

D'esquena

D'esquena, un lector,
callat, concentrat.
Llegeix un llibre prim,

com si begués una tassa
de te blau. Lentament,
amb gestos delicats.

Avança i torna enrere.
Pàgines voladores,
com un ventall de mots.

Rondeur

Rondeur des tables vides... C'est l'heure du repas.
Des voyageurs s'en vont, des bouquins sous le bras,
oubliant qu'à midi, on tuera le veau gras.
Chez eux des cochonnailles, ici d'autres appâts.

Un samedi matin, dans la ville en arêtes,
où le regard se blesse, à chaque coin de rue,
devant la vacuité des existences crues,
la rondeur assagit, exigeant d'autres fêtes.

Des livres inouïs des disques introuvables,
un univers caché dans plus de cent armoires,
où les écrits des autres sont un vibrant miroir

de l'existence humaine qui ne se peut réduire
aux éclats des écrans qui cherchent à séduire,
alors qu'à peu de frais, on peut emplir sa table.


Plenitud

A la punta verda de la taula rodona,
un got d'aigua. Ple. El meu esguard
no l'assoleix, mes la mà, sòlida, viva,

l'agafa i el porta a la boca. Silenci.
Ni una gota d'aigua fresca. Aire. Pur.
Ple de vida. Un aire que ve del carrer

de les Camèlies, a unes passes d'aquí.
Plenitud de qui no vol tocar el real,
sinó experimentar la força de l'amor.

Gràcia

Vileta de Gràcia, tan buida
al dematí, quan se n'ha anat
la brigada i s'evapora l'aigua,

parla'm de gràcia, del teu posat
menestral, de la confiança veïnal,
de les cosidores i dels forners,

parla'm també de l'íntim pertorbar
que porta el visitant a reflexionar
i a encaminar-se cap a un nou estat 
                                        de... gràcia.

Amb lletres de xarol

Inventaré llavors
que càpiguen en la mà,
com uns granets de sorra,
per cuidar el teu son.

Al lluny, es queixa un gos
sense amo ni caseta,
la lluna perd olors,
que afaiçonava el dia.

És l'hora de sembrar,
amb lletres de xarol,
les velles poesies
que un dia nou voldrà.

Silence du matin

Silence du matin.
Froissement de papier
d'une voiture au loin.

C'est l'heure de rêver
Et d'inventer des mondes,
peuplés de barques blondes,
où il fait bon aller.

Une faim vagabonde,
une soif de café,
la douceur des draps clairs
que jalouse la lune.


Foscor propícia

Rosella de la nit,
sense la llum del dia.

Un lleuger moviment,
sensualitat dels pètals.

Et dibuixen els dits,
que fa temps et miraven,

entreobrint un món nou
que la foscor propícia. 

vendredi 14 juillet 2023

Conditionnel passé

J'aurais aimé te voir
danser sur des musiques,
me demander des sous
pour aller au ciné.

J'aurais aimé savoir
le nom de tes copains,
l'odeur de ton parfum,
la date du permis.

J'aurais aimé vieillir
à quelques lieues de toi
et découvrir la vie
sous ton regard joli.

Un fragment de craie

Un fragment de craie, grise, fine et pointue, qui glisse
sous le pied, se cache sous le lit double, à l'ombre,
et m'y attend sagement, avec confiance.

Une craie offerte par Bernard, lors de la visite du musée
qu'il protège des ravages du temps. Tableau noir, large.
Maître en blouse grise, de dos, comme le prêtre chamarré

d'une messe préconciliaire, mais avec cette rigueur et ce 
sobre détachement des hochets de ce monde qui le définit, 
sans qu'il ne songe à les saisir, en s'évadant de sa classe.

Lentement, l'oreille aux aguets, il reproduit les phrases
préparées la veille et couchées, à l'encre serrée, violette,
sur son cahier Héraclès à petits carreaux.

Le fragment tiédit dans ma main, lien ténu avec ce passé
des maîtres à qui je dois tant : le savoir-faire, la patience,
et, par-dessus tout, mon inextinguible soif de liberté.

Mesures

-Em pots dir quant mesura una alenada?
-Una alenada..? Buenu... sis. Mai set.
-Per què mai set?
- Perquè si tens set no pots escriure, 
pensar, bufar, besar, unir-te amb qui
t'estimes, de veritat.
- I, per què sis, allavòrens?
- Perquè sis és la mida perfecta d'un vers.
Una de les dues pàgines d'un llibre obert.
Un trampolí de sons cap a la immensitat.

ποίησις

Poíēsis. Com una serp que es mossegaria la cua.
Interrogar la creació des del no-res pel llenguatge,
uns mots delicadament destriats i col·locats

per adquirir un sentit molt més ample o transcendent
que el comú. Activitat individual, quasi solipsista, i,
nogensmenys, foment d'una comunitat entre poetes.

Poeta és qui percep i viu aquest mecanisme, sense cap
necessitat d'escriure. Com jo: quaranta anys sense un vers
i sis mil poemes des d'aleshores. Dues cares d'una moneda.

Alenada virtual

Alenada virtual. A distància.
Ma non troppo. Carícies lleus
en el teclat, cap cot.

El pensament es mou, la mirada
deixa l'entorn i imagina. Màgia
de les paraules que recreen

o inventen. Batec d'un cor que
es desperta al matí per dir en
nou versos el seu amor a la vida.

jeudi 13 juillet 2023

Douzain

Quel est cet amour,
qui ne dit pas son nom,
oubliant au passage
une syllabe blanche ?

Il est fait de galets
poudreux et allongés,
orphelins de la mer
qui les a rejetés.

En douze hexasyllabes,
dont l'un est amputé
je veux bien te l'offrir
avant qu'il ne s'en aille.

Passanelles

Llança còdols damunt de l'aigua,
d'aquests que s'assemblen a un duro
allargat, sense cara ni creu.

No pensis en res, buida't la ment,
que si hi pensessis se t'obriria
el món de sota, amb algues, ortigues

i eriçons. Hi pensaràs més tard, molt
més tard, quan el mar d'anyil, cruel,
se'ls hagi empassat i els paeixi... 

Sentiments, sediments

Sentiments. Difusos, constants.
Sentiments que se sedimenten 
al fons d'un vas, amb serenor

Aigua límpida que els domina,
pura, purificada per les ments
que s'apropen, callades.

Miracle de mots, monestir de 
pregàries, rodejat de rostolls
secs i curts. Intemporals. 

Tres germanes de cor

Son tres, o més, germanes
unides que la vida cuida,
amb parsimònia i fidelitat.

Tres germanes, o més. Model
sense cap parangó. Un model
que fuig de les modes

i va a l'essencial: calidesa
i tendresa d'uns éssers únics,
vibrant de sengles històries

personals, de sengles camins
de vida, tan distants fa anys,
reunits a l'hora d'ara. I demà.

Un amic fidel

A l'Henri, pel seu aniversari

És l'amic fidel, constant i generós.
A la colla, fa de lateral, a la vida,
és un centre humil i respectuós.

Té un defecte, que per a mi és d'or.
Xerra molt, fins i tot quan actuem,
segons les males llengües, que n'hi ha.

No és cap de família sinó cor de família,
un cor desdoblat amb la seva estimada.
Demaneu a filla, néts i gendre. Us ho diran!






















© Angélique Berto

Souvenirs d'Orsay

À mon fils Jérôme

La salle obscure, à l'ambiance pâteuse,
les visages graves ou amusés. Milliers
de pas sales qui font un ballet lent.

Je parle avec mon fils, au pied de chaque
toile, et c'est comme si, tout-à-coup,
nous voyions défiler l'histoire de ce siècle

qui inspira Benjamin, dans la langue locale.
D'entre les croûtes obscure, soudain, jaillit
un chausson que le pâle pied d'Olympia peine

à retenir. La parole alors se suspend, un brin,
et c'est toute l'atmosphère des salons, le scandale
et la jouissance hypocrite qui s'imposent à nos cœurs.





















© Manet, Olympia (fragment)