jeudi 3 septembre 2026

Ombre et couleur

Mais que l’ombre est jolie
qui a perdu sa couleur
en se penchant pour boire
sur un Polaroïd.

La voilà plus épaisse
ayant goûté du vent
les senteurs de lavande
et de menthe poivrée.

J’aime cet éphémère
saisi par une amie
au milieu du mois d’août
au creux de son jardin. 















© Marion Zibelli

La jeunesse d’un frère

Un frère et une sœur.

Une sœur e(s)t son frère.

La jeunesse d’un frère

par sa sœur Antoinette.


Les huiles se mélangent,

la patine est la même.

Le superflu s’efface.

Seul l’essentiel demeure.


Le profil Gomila

et le cou dégagé.

Noblesse naturelle

des natifs de notre île.























© Antònia Gomila Guasteví

collection particulière

Scala hominorum

Una escala dels homes
i no pas del bon Déu.
Una escala senzilla
de fusta i de claror.

I dins de la pujada,
el quadret elegant
d’un ocell dibuixat
per l’oncle Gumersind.

Homenatge bonic
del meu germà Alain
a l’illa de Menorca
que tenim dins del cor. 















© Alain Bourret


mercredi 2 septembre 2026

Cor de poble

He trobat a faltar

els amics del meu poble,

els amics del vilatge

on he deixat el cor.


No pas el cor sencer,

tot just una meitat,

una meitat sucosa

com un albercoc roig.


L’altra la tinc aquí,

al centre del país,

a prop de l’estimada

que m’ha canviat la vida.





Preparació

Preparo una emissió
una emissió petita
sobre un bon poemari.

Vaig deixant els meus versos
per penetrar millor
en la carn de la llengua.

Una llengua distinta,
una llengua semblant
amb uns batecs de mots,

de paraules i síl·labes,
de silencis i blancs
que m’omplen de respecte.

Amnèsia rupestre

A l’Iris Hinojosa Pérez per inspirar-me


La meva mare

encara no sap

de les pintures rupestres

que li vaig dibuixar

a la paret uterina.

     Anna Gual


Jo no recordo res

de l’any cinquanta-nou.

De l’embaràs matern

al nord del meu país.


Jo no recordo res

dels passejos eterns

per avingudes amples

pensant en Perpinyà.


Jo no recordo res

de les danses passades

dins del racó calent

del seu ventre amagat.


Mes recordo la mare

i cada any compartit,

des de la juventut

a la nostra vellesa.


I ara que no la tinc

li voldria parlar

de pintures rupestres

que li vaig dibuixar.

mardi 1 septembre 2026

Magie en couleur

La magie de l’artiste,
c’est la disposition
des couleurs sur la toile,
des objets à leur place.

J’aime, quand je regarde
des tableaux achevés,
penser à ces moments
de silence harmonieux.

C’est alors que je vois,
dans la chaleur d’un bleu,
un peu de ce passé
qu’il m’a réinventé. 

















© Toni Veres

Performatif

Le geste se suspend

au bout de la peinture,

tout contre le crépi,


pour demander aux hommes

-à certains d’entre nous-

de suspendre leur crime


et ne jamais reprendre

les coups et les blessures

infligés à leurs sœurs.


Une peinture rouge

et des traits maladroits

…d’une force terrible.


Passant, regarde et pense

à ces fleurs délicates

qui naîtront sur ces murs


ou dans les rues muettes

le jour où je verrai...

des femmes siffloter.

















© clarabassolsv

A dalt de la ciutat

A dalt de la ciutat,

en un carrer en corba,

van buidar el garatge

de totes les andròmines.


I ara està tot sol,

entotsolat de fresc,

amb la nit a l’aguait

de la foscor greixosa.


Ningú trepitja mai

el seu sòl en desús

i ningú li desitja

un sol per a ell tot sol.















© Iris Hinojosa Pérez

Constructors del possible

Han construït tots junts

un espai de concòrdia,

de pau i de cultiu.


Han aixecat uns ferros

per bastir hivernacles

i ajudar a créixer


les flors de llur amiga.

Ja vindrà la tardor

i l’èxit del nou camp.






lundi 31 août 2026

L’animal que je suis

Un corbeau chante il vole bas et droit

le chauffage respire à fond

il dit son texte à la chambre

pépiement des oiseaux près de la fenêtre

je mange du pain avec du tahini et du jus d’orange.

Que c’est bon ! Je mange avec appétit et en conscience.

Mon ventre grossit, tranquille et courbe

de le voir s’arrondir du dehors

m’aide à comprendre qu’à l’intérieur

c’est la vie qui grossit et me transmue

au rythme du miracle

mes tissus se dilatent

j’ai deux ventres, deux cœurs, deux âmes

la grotte doit toujours être chaude

il y parvient la lumière qu’y laisse entrer

ma chair

mon odorat me dit où est tout

le toucher traverse la peau

l’esprit marque de nouveaux silences qui lui manquaient

et repose sur l’aire, hors du temps.

Je reçois l’animal que je suis, douce et ferme

je l’invite à s’installer

on se soigne

ça me plaît.


Il est peut-être venu pour rester.


Inés Hinojosa Pérez

traduit du catalan par Michel Bourret Guasteví