jeudi 2 juillet 2026

Que serait ma main gauche...

Que serait ma main gauche

sans le livre qu’elle tient ?

Elle qui ne sait écrire

et ne sait que rêver.


Sur les pages écrites,

elle invente des vers

pour remplir l’interligne

que laisse le désir.


Le désir de ta main,

celle qui ouvre les portes

et guide les pensées

que transcrit ma main droite.




La platja dels meus passos

La platja dels meus passos

o de les meves passes.

Els grans de sorra tèbia

entre els dits del peu dret.


Quan no hi sigui veuràs,

d’entre la pols mundana,

sortir aquests granets

com records del meu cos.


El cistell compartit

de viandes i de carn,

amb els llavis besats

al fil de mitjanit.





















Montserrat Gallart, "Interrogants"
Trenat d'onades i remors.


Loin de toi

Et s’il m’était donné
de vivre loin de toi,
dans des terres arides,
sans espoir de retour.

Avec un vieux cahier
aux pages encore vierges
et un crayon HB,
pour toi je récrirais.

Je fermerais les yeux,
pensant à ces jours clairs
où tu aimais marcher
dans les rues en silence.

Et puis je remplirais
chacun des feuillets vierges
de mon petit cahier
et je t’inventerais. 

L'oiseau de la vie

C’est un drôle d’oiseau
qui vit entre deux mondes.
Le monde du réel
et celui de l’envie.

Il survole les peuples
qui souffrent de la faim
et frôle les palais
où l’on souffre d’ennui.

Mais j’aime cet oiseau,
qui jamais ne s’arrête
et signe de son vol
toute l’humanité. 
















Montserrat Gallart, "Ocell"
Trenat d'onades i remors.

El tirador i l'aixeta

Al costat de l'aixeta
de la cervesa rossa,
dormia un tirador
d'aigua freda i ben fada,

quan un fuster amic,
d'aquests que creen mons,
el va vestir de fusta
elegant i senzilla.

Vet aqui que la rossa
se'n va enamorar,
del tirador vestit
d'un aigua beneita.

I d'un dia per l'altre,
la cerveseta ben Fada
decidí de casar-se
amb l'aigüeta ben fada.















© Grégoire Dubuy
foto: Philippe Farriol

Un squelette d'aquarelle

Ah le joli squelette
qui attend les couleurs,
l’eau claire et le pinceau
du jeune aquarelliste.

Les lieux sont disposés
sur le Canson à grain
en gestes crayonnés,
confiants dans l’avenir.

J’aime l’humanité
de ce squelette inverse.
Il naît avant la vie
pour repousser la mort.

















© Patrick Bieuvelet

Silence du respect

J’ai rêvé de ta nuit,
puis me suis endormi
au milieu des poèmes
que j’écrirai pour toi.

Des bribes de silence
mâtinées d’expressions,
la volonté certaine
de raviver leur sens.

Ainsi est du respect,
ce silence qui parle
et qui veille l’aimée
au bord de son sommeil. 

Café brûlant

Sous-tasse de faïence

et tasse qui embaume,

le café est brûlant

qui unit les amis.


On le porte à la bouche

entre deux expressions.

La liberté est riche

dans cet estaminet


où je revis parfois

le bonheur de l’enfance

quand j’y allais petit

au bras de ma maman.

mercredi 1 juillet 2026

Les mots que je tairai

Je te donne ma voix,

ma voix qui fait silence

pour mieux t’accompagner

dans la nuit sans histoire,


dans la nuit des soucis,

ou de l’obscurité,

quand l’intense chaleur

fait taire tous tes rêves.


Je te donne ma voix,

puis je rentre en moi-même,

traçant sur le papier

les mots que je tairai.

Les sables de Papé

    À Maia

Papé était marchand.

Un vrai marchand de sable.

De sable de rivière,

tout près de l’embouchure.


Sable du quotidien,

sable des bâtiments.

L’ingrédient essentiel

du liant des parpaings.


Mais il rêvait d’un sable

un peu plus épicé.

Le sable de la côte

tout gorgé de soleil.


Alors il s’asseyait

sur son pliant de toile

et regardait la mer

où se baignait son sable.


Le sable de ses rêves

qui regardait l’Orient,

s’imprégnant des odeurs

des caravansérails.

mardi 30 juin 2026

Laisse-moi…

Laisse-moi deviner

les mots que tu retiens.

Les mots que tu susurres

quand le sommeil t’appelle


et te veut pour lui seul,

sans rien te demander,

avide, monstrueux,

sans égard pour tes mots.


Laisse-moi inventer

les mots que tu recherches

et que je glisserai

au creux de ton oreille.

Funambule des mots

     Ce qu’on ne peut dire,

     il faut le taire.

                  Wittgenstein


J’aime tendre ma corde

entre lettres et sons,

le cœur et la raison.


Et voici que ma corde

invente des sens neufs

en vibrant doucement.


Et qui entend ma corde

se joint à mon effort,

sans craindre de chuter.


Car les amants des mots

lèvent les yeux au ciel

pour gagner les étoiles.

La largeur d’une rue

La largeur d’une rue,

la largeur de ta rue,

est la juste mesure

entre réel et rêve.


Les fenêtres fermées

sur le repas qui cuit

et la terrasse ombreuse

qui attend le passant.


La rue est ce cours d’eau

qu’on passe en sifflotant,

en pensant aux deux rives

qui encadrent notre vie.


La largeur d’une rue,

la largeur de ta rue,

c’est juste ton sourire

qui joue à chat perché.

Fi de temporada

Han tancat temporada

els Nin's de Palau XIII

un bon matí d’estiu

a l’estadi estimat.


Aviat faran vacances

i jugaran als parcs,

fent paret vertical

i d’altres jocs d’infants.


I tornaran ben prest,

a finals de l’agost,

per jugar novament

i entrenar plegats.




Assegut a la taula

No trobaràs la mar,
la mar fa temps que va fugir.
   Maria del Mar Bonet

Assegut a la taula
de la costa vermella,

amb potes enfonsades
dins de la sorra roja,

el teu avi contempla
l’horitzó del Racó.

Una taula d’estudi
per reviure l’amor.

Per recordar moments
-les estones sagrades-

mirant cap a la mar
amb ganes de fugida.

El temps va beure el mar
que havia vist ton avi

mes la sorra gruixuda
en conserva el sabor.










© Maia Flore

Ce que leur cœur attend

L’aquarelle est un livre,
un livre de couleurs,
de couleurs et de traits
qu’elle puise dans la mer.

Une fenêtre étroite,
étroite et pointilleuse,
sur un fragment du monde
qu’elle choisit pour modèle.

Il lui faut du silence,
de l’eau et un pinceau,
pour offrir aux passants
ce que leur cœur attend.











© Patrick Bieuvelet

lundi 29 juin 2026

Trobada al jardí

La trobada al jardí

de dos amants poetes,

a finals de la tarda,

a l’ombra del fullam.


Una conversa breu

amb uns esquards callats.

La força de l’amor

caminant per la grava.


Un comiat al jardí

per un parell d’horetes.

La desesperació

no serà pas per ara...

Oxygène

Ils sont mon oxygène,
disait une maman,
en parlant de sa fille
et de son grand garçon.

Ils sont mon oxygène
et ma raison de vivre.
Les enfants s’amusaient
de ses propos fougueux.

Mais quand ils se voyaient
ou s’écrivaient le soir,
un océan de larmes
les rapprochaient un peu.

Le respect e(s)t l’amour

Le respect et l’amour 
se tenaient par la main.
On les disait amis,
mais ils n’en avaient cure.

Ils étaient bien ensemble,
chacun à sa façon.
L’amour était chanson
et le respect raison.

Si l’amour pétillait,
le respect étudiait.
Mais voici que leurs mains
un jour se confondirent

et la raison chantait
quand l’amour étudiait.
Morale de l’histoire :
le respect est amour. 

Van Gogh à Palau

Il est une magie 
qui sait peindre de vert
les terres desséchées
des abords de Palau.

Et d'entre la verdeur
des tiges luxuriantes,
il pousse des bouquets
que l'on embrassera.

Les gerbes sont vos bras,
cueilleurs infatigables,
respectueux du terrain
et de sa travailleuse.

Noblesse de la tâche
qu'elle mène chaque jour.
Depuis potron-minet
jusqu'à la nuit tombée.

Et avec le sourire
et des mots qui font mouche,
sans jamais délaisser
une pointe d'accent.

Car elle n'oublie jamais
son pays des tulipes
ni les polders brumeux
couronnés de couleur.

Mais c'est au sud du sud,
dans le palais de verre,
qu'elle est notre Van Gogh
inventant la lumière.















photo : Stéphanie Vauzelle