mardi 25 août 2026

A la terra

La barca és a la terra.

No s’ha volgut quedar

a l’aigua que s’adorm

o a la sorra molla.


Té ganes de fer gresca

amb tots els habitants.

Els pescadors d’anxoves

amb llurs dones de gala.


Per presumir encara

ha ensenyat la proa

amb una barretina

i xifra d’infinit.

















© Toni Veres

Le sang de la vigne

C’est le sang de la vigne
qui coule dans ta coupe.
Un sang épais et sombre
issu de tant de mains.

Les mains des vignerons
et les mains des cavistes
et voici que pour eux
tu t’apprêtes à trinquer.

Tu bois à leur santé
et aussi à la tienne.
À la santé des tiens,
à la santé des nôtres.












© Toni Veres

Restauració

Has restaurat la llum,
la llum i l’elegància
d’unes hores passades
fa anys i potser segles.

Uns segles de segons,
de minuts compartits,
vivint dins d’una casa
a la vora del mar.

Has restaurat la fe,
le fe en la pintura,
als ulls de qui medita
vora la teva llum. 












© Toni Veres / Xavi Rodés

Les pompeux cornichons

    In memoriam Noël Godin


Les pompeux cornichons,

les imbus de leurs pompes,

pensaient coasser gaiement

devant leurs affidés.


Mais c’était sans compter

la saillie pernicieuse

d’un humoriste belge

friand de performances


et sa crème fouettée

prestement projetée

sur l’ahuri heureux

imbu de sa personne.


Un nouveau philosophe,

vieillissant lentement,

en fit tout un fromage,

la mine dépitée.











Partage

J’ai partagé un temps,
une longue seconde,
le geste d’une femme
rentrant en elle même

et se coupant du monde
pour prier à sa guise,
en son for intérieur…
…en toute liberté.

De l’or à ses oreilles,
des boucles à ses cheveux
et l’élégance tendre
d’une main recueillie. 












© Denis Planes

Envol

C’est un envol de l’ombre.

De l’ombre à la lumière

d’un matin incertain.


Le papillon délaisse

la frondaison certaine

pour l’éther inconnu.


Il ne peut plus attendre

et déjà il s’envole

pour la lueur si proche.


Ses ailes transparentes

y perdront leur couleur

pour se fondre dans l’air.
















© Marion Zibelli

Lecture

J’ai lu sur un visage
les questions d’une vie.

Dans un regard courbé
sur le sol du foirail.

La veste est de coutil,
le cheveu est de chaume.

La peau est burinée
par les travaux des champs.

Si la bouche est fermée
c’est que les mots s’y gardent.

Des mots qui se retiennent
par crainte de l’oubli.

Ou bien par l’habitude
de compter lentement

avant de décider
la vente d’un bovin

ou l’achat d’un engin
dont le besoin s’impose. 














© Denis Planes

Repli

La bouche s’est tordue

en un quart de seconde

et les yeux sont ailleurs,

à la beauté intacte.


Si la photographie

est un art de l’instant,

ici elle nous suspend

au repli du modèle.


Si cette femme est belle,

et merveilleusement,

la torsion de sa bouche

l’embellit un peu plus.


Au-delà de la pose,

du portrait attendu,

j’y sens une conscience

qui échappe à l’ennui


et au détachement

pour fouiller en son sein

et y trouver, peut-être,

la clé de son repli.














© Denis Planes

Écoute respectueuse

J’aime écouter les sons
en fond de ta conduite.
Le roulis des voitures
et le vent qui te guide.

J’aime goûter aussi
la lenteur de ta voix,
précise et vigilante,
en un quart de minute.

J’aime quand tu raccroches,
rassuré par ce geste,
qui sait te protéger
des dangers de la route. 

lundi 24 août 2026

Étrange mur de pierre

Étrange mur de pierre

qui dans l’éboulement

a laissé entrevoir

l’âme qui est derrière.


Le gardien des demeures

ou des champs clôturés.

Celui qui est jaloux

de la vigueur des arbres.


Je respire avec joie

ses yeux et puis sa bouche

qui signent le cliché

d’une folie discrète.
















© Marion Zibelli

Une autre scène

Il est une autre scène

que la blancheur limpide

où marchent les acteurs

en exaltant leur voix.


C’est la scène intérieure,

le tremblement suprême

de l’acteur immobile

quand il ne parle pas.


Un rideau de fils noirs,

comme autant de barreaux,

menace sa personne

écrasée par le rôle.


J’aime cette résille

qui brouille le spectacle

et rend à la soirée

toute sa dignité.













© Jordi Moltó