mardi 14 juillet 2026

La funambule bleue

C’est une funambule
qui joue avec les fleurs,
inventant des couleurs
aux bouquets qu’elle façonne.

Et voilà qu’elle se fixe
un nouvel horizon :
défier Tintin le Belge
et ses oranges bleues.

Des cucurbitacées,
aussi rondes que bonnes.
Des fruits naissant de fleurs
au toucher délicat.

Car ses courgettes bleues,
en plus d’être jolies,
raviront les papilles
des cueilleurs d’absolu.














© Florissime






Éteules délaissées

 À mon ami Édouard,

poète de la terre


Éteules délaissées

juste après la moisson.

Mes belles à cheveux courts

attendant les soirées.


Les soirées de l’hiver

où vos sœurs en cheveux

donneront leur chaleur

aux bovins qui sommeillent.


Éteules délaissées,

le cœur abandonné,

sur le sol dur et sec

des plateaux auvergnats.

Lune cachée

J’ai regardé le ciel

et n’ai pas vu la lune.

J’ai vu d’entre la nuit

des astres par milliers.


Des astres isolés

et de longues voilures

se gonflant à la brise

de mes insomnies vaines.


J’ai regardé le ciel,

amoureux de la lune.

Je la savais cachée

derrière mon regard.

Noviluni d'estiu

Noviluni d'estiu,
lluna nova adorada.
El teu dol és de goig
davant del mestre sol.

Em regales la tinta,
d'absoluta foscor,
amb què escriuré prest
un nou diari d'amor.

Un diari de juliol,
agraït a la vida,
i a la meva amada
que viu al Moianès.

Seran versos petits
en odes quotidianes
per esperar les llunes
de tardor i d'hivern.

Lune nouvelle

C’est la lune nouvelle

qui remet les compteurs

à zéro -ou à mille-,

en se voilant à nous.


Elle est toute noirceur,

invisible à l’œil nu

et pourtant elle est là

qui veille sur nos âmes.


C’est la nouvelle lune

et je songe à ta main

qui jamais ne s’arrête

sous ses tendres auspices.

dimanche 12 juillet 2026

El bonic niu de mots

És un niu de paraules

un petit niu de mots
S’hi barregen les llengües

que compartim tots dos.


És un niu de vocals

obertes amb accents

o discretes tancades,

de la nit al matí.


Les consonants hi juguen

un rol molt accessori.

Car el niu és de dents,

de llavis i d’alè.


Hi juguem nostra vida

sense por del demà.

És un niu de paraules,

un bonic niu de mots.

Gama i gàmetes

Gama de roselles,
gàmetes sense pètals.
Casual fecunditat 
que posa o no colors.

Vermella transparència
i negror infecunda.
Gama de notes plenes
amb silencis inclosos.

El quadre és un fragment
de la vida amb fons blanc.
Qui soc jo per mirar
el que floreix o no.









© Marion Zibelli

samedi 11 juillet 2026

Je marche dans ma main

   Camino solitari dins de la meva mà.
Gumersind Gomila

Je marche dans ma main,
étranger au vacarme
des donneurs de leçon.

Je marche entre les rides
des vers que j’ai écrits
et des mots à cueillir.

Je marche dans ma main,
du soir jusqu’au matin,
avant que l’heure sonne.
















© Gumersind Gomila

vendredi 10 juillet 2026

Les couleurs de la nuit

Les couleurs de la nuit
et mon absence fond.
Je deviens instrument
dans les mains du trio.

La photo silencieuse
invite à prolonger
ce jeudi en soirée
quand l’automne viendra.

Une amie m’a confié
le plaisir qu’elle a pris.
Le temps s’est arrêté
et les corps ont vibré.












photo : Læti Defer

Interstellaire

Les couleurs se combinent,

le vortex s’assagit.

Des cailloux, des planètes,

par la magie de l’eau.


Le temps s’est arrêté,

le temps n’a aucun sens

sinon par l’aquarelle

qui boit l’eau de la source.


L’espace est un rectangle

de buvard de papier.

Qui le regardera

vivra dans les étoiles.














© Marion Zibelli

jeudi 9 juillet 2026

Cœur et âme

Si mon cœur est d’amour,
mon âme est d’amitié
et les deux se conjuguent
pour façonner mes jours.

Et si mes nuits sont courtes,
c’est que j’aime la vie.
Dans son présent qui passe
et son passé qui luit.

Si mon cœur est si lourd,
c’est que mon âme pèse,
en gardant chaque grain
qui tombe entre mes mains.

Des bulles de paroles

Des bulles de paroles
dans mon après-midi.
La distance s’efface
quand cliquettent les mots.

Une douce fraîcheur
qui sourd entre les lettres
et je revois tes lèvres
épousant les voyelles.

Des bulles de paroles
dans ton après-midi.
La langue se fait source
pour mieux s’y abreuver.

J’ai fait de mes amis

J’ai fait de mes amis
et de toutes leurs joies
le ferment de mes vers,
le germe de mes sons.

Avec eux je navigue
sans crainte de bourrasque,
au piémont des montagnes
ou au bord de la plage.

Mon heure, c’est la leur.
Mon soleil, c’est le leur.
Merci à mes amis
qui nourrissent mes mots.

Roig passió

El roig és de passió,

d’una passió nocturna

que ha perdut les busques

del seu rellotge vell.


Reunió de família,

amics, enamorats.

S’han trobat per ballar

al compàs del so bo.


Són hores per gaudir

sens pensar en demà.

Demà serà de plaer

o no serà pas pus.





Le silence et l’absence

L’absence sifflotait
tout au bord du chemin,
étrangère aux soucis
des présents qui passaient.

Le silence était seul
qui remplissait la place,
sans un mot pour l’absence
qui sifflotait toujours.

La belle dignité
de ce silence d’or
était dans sa constance
du soir jusqu’au matin.

Le silence est présence
des êtres que l’on aime.
Et qui les croit absents
ne sait pas les aimer.

mercredi 8 juillet 2026

Hommage en petit

Un hommage en petit

pour les amis en grand,

Ces hommes et ces femmes

qui nous tiennent la main.


Leur présence est constante,

tout en étant discrète.

Ils savent écouter

mais ne jugent jamais.


De leur conversation,

sans aucune contrainte,

surgit le plus souvent

le remède à nos maux.

mardi 7 juillet 2026

Lluna d’incendi

Avui és quart de lluna

quart de lluna minvant.

Avui és quart de lluna

i la mirem pas pus.


El cel és de foscor,

de fum i de violència.

Senti pas cap ocell,

els ocells són partits.


Avui és quart de lluna

mes la lluna se’n fot.

Som vist plorar la gent

ben lluny del clar de lluna.

Que seraient...

Que seraient les six fleurs,

sans la main qui les tient .

Et que serait la main 

sans les fleurs qui l’exaltent ?


Avant d’être coupées

et jointes en bouquet,

les fleurs ont fait l’objet

d’une cueillette lente.


Parmi bien des dizaines,

des centaines peut-être,

aux couleurs délicates

jouant de leur éclat,


pour séduire un instant

les doigts de la cueilleuse

un dimanche matin

en marge du village.


Le verdict est tombé :

six fleurs pour cinq doigts.

Pas une de plus,

ni une de moins.


Ainsi va le hasard

qui choisit les fleurettes.

Ainsi va le hasard

qui choisit les mains libres.


















© Florissime

Soleils

C’est une tache jaune
qui brise le halo
et invente un soleil
sur l’eau qui se réchauffe.

De l’orange au citron,
la lumière scintille
en un ballet léger
qui s’évade du jour.

Et plus que les trésors
des vieux navigateurs,
je préfère le jaune
de ma tache jolie.















© Patrick Bieuvelet