mardi 11 août 2026

Androgyne

Pourquoi te définir
quand tu fuis mon regard ?

La finesse des traits,
une petite boucle.

La clavicule nette,
le torse qui s'affirme.

Un mollet bien galbé,
l’autre qui disparaît.

Pourquoi te définir,
quand tu es qui tu es ?
















© Oscar Tebar

Ecce mater infansque

Le sein est déjà plein

qui attend ton enfant.

L’autre déjà se donne

sous ton regard aimant.


Si le trait semble flou

et le fond incertain,

c’est que la scène est là :

dans ton allaitement.


Ta chevelure épaisse,

couverte de sueur,

recouvre ton visage

dont je ne vois les traits.


Aujourd’hui tu es mère.

La femme en toi repose

qui, bientôt, je le sais,

m’offrira son regard.















© Oscar Tebar

Corps abandonné

Un corps abandonné,
juste après le labeur,
ou peut-être l’amour.

Les rougeurs de la cuisse
et la pâleur du buste.
qui tranche avec le sombre

du pubis reposant
et des mamelons gris
appelant le sommeil.

Le visage est masqué
aux yeux du spectateur
qui n’en saura pas plus.

Cette femme m’émeut
dont l’abandon proclame
tout le prix d’une vie. 












© Oscar Tebar

La cabane enchantée

La cabane enchantée

est l’œuvre de ma fille

qui a tendu un drap

pour préserver ses rêves.


Elle y a disposé

les objets qu’elle adore.

Des crayons, des pinceaux,

et des rêves secrets.


On dirait une tente

d’un caravansérail

allant chercher de l’or

dans le pays des songes.




Nage impressionniste

La nage d’impressions

saisit dans l’air du temps

un moment de ta vie.


Tu as laissé la terre

et tes habits pesants

ne gardant qu’un voilage.


Et tu t’es immergée

dans la tiédeur de l’onde

pour épouser son eau.


J’aime te voir naïade,

exhumant du passé

les chants mythologiques.


Sans apprêt cependant,

en demeurant toi-même,

le visage masqué.




















© Oscar Tebar

La pécheresse

On te dit pécheresse,

toi, Marie-Madeleine.

Moi je te vois si libre

les mains dessus les cuisses.


Tu offres au spectateur

ce que tes yeux ignorent :

la beauté de ton dos

qui respire l’effort.


Le tétin entrevu

signe ta liberté,

voire la pureté

qui dénude ta nuque.


J’aime quand tes épaules

se soulèvent un peu

pour dire qui tu es

quand on ne te peint pas.


Une humble travailleuse

qui œuvre pour les autres,

huit heures chaque jour,

le corps voilé de gris.


Tu es pour moi la reine

qui règne sans royaume,

le modèle certain

qui guidera mes jours.















© Oscar Tebar

Chant d’amour

La sanguine disloque

le corps de ton amante

couchée sur la mollesse.


Cet édredon ridé

par la nuit sans sommeil

et que sa main déforme.


La main droite crispée

et la gauche si douce

qui soutient et raisonne.


Les cheveux en désordre

semblent accompagner

le téton qui s’affirme.


Tu es l’absent présent

de ce corps qui s’éveille

des heures d’insomnie.


Le dessus du pied nu

caresse le mollet

de la jambe opposite


en un geste sensuel

qui chante ton absence,

toi l’homme à la sanguine.


C'est toi le personnage

de ce dessin unique

qui chante votre amour.



















© Oscar Tebar

Une plaque émaillée

Une plaque émaillée

qui a vécu son temps

et qui renaît d’un coup

au cœur du bon village.


Par le fait de Fafa,

inlassable lutteur

des causes de chacun

bien plus que de lui-même.


Car sa licence IV

est une invitation

à vivre intensément

au cœur du bon village.

dimanche 9 août 2026

Le petit caillou

Un tout petit caillou
porté par un enfant
au sommet des montagnes
tout contre le ciel bleu.

Le présent de l’enfant
se joint aux autres pierres
pour célébrer d’un geste
les êtres disparus.

Cet enfant c’est Adam
venu spécialement
déposer son obole
sur le cairn sacré.

Et là haut dans le ciel,
tout contre le soleil,
il sent Mamie Canet
répondre à ses baisers. 














photo : Aurore Defendini Lebas

Et la nuit

À notre mère et grand-mère

Et la nuit s’est fermée
aux lumières du jour.
Une nuit du mois d’août
que l’on aurait cru brève.

Or tu as décidé
d’y marquer une pause
pour retrouver ta mère
au détour du chemin.

Puis tu nous as laissés
empreints de ta présence,
notre cœur orphelin
des fêtes à jouets.

samedi 8 août 2026

X 37

Je lui souhaite le double

ou l’inversion des chiffres

et même beaucoup plus.


Ses trente-sept années

m’ont appris patiemment

le prix de chaque nombre.


Si nous avons trente ans

qui nous unissent à deux

il maîtrise chacun

des signes de la terre.


On le sait ingénieur,

je le sais cuisinier

et mathématicien

des recettes exquises.


Son initiale est X

sans qui rien ne serait

des liens sur la planète.


Mais pour moi c’est Xavier,

Xavier tout simplement,

ce fils qui m’a choisi.