mercredi 25 mars 2026

Vade-mecum

C’est un recueil ouvert

qui chemine avec moi.

J’y note mes rencontres

et les gens que j’admire.


Des gens de tous les jours,

des êtres de chaque heure.

Pas des princes de sang :

des hommes et des femmes.


Ils viennent au café

pour parler de la vie

et partager le pain,

le vin et la ventrêche.


Et puis quand ils repartent,

une page s’ajoute

à ce recueil ouvert

qui chemine avec moi.




Paulette

À un ami dans la peine

D’elle je n’ai qu’un prénom.
Un prénom et des mots.
Cinquante-sept ans d’amour
tenant en quelques mots.

Le regard d’un ami
et sa démarche lente
quand il va au kiosque
chercher son quotidien.

On les dit disparus
ces êtres que l’on aime
mais ils vivent en nous
en ombres bienveillantes.

Mado

Elle est cette parole

qui me parle des autres,

des autres qui l’entourent,

son neveu et sa nièce.


Paroles du passé,

quand ils étaient petits.

Et je sens dans ses yeux

une lueur qui brille.


Elle est la courtoisie

qui s’assied à la table,

prodiguant à chacun

un brin d’humanité.

mardi 24 mars 2026

Léo

Il a prénom de lion
et le regard profond
de qui a voyagé
sur la terre des hommes.

Il a vécu là-haut,
dans le froid de la Meuse,
y jouant au rugby
pour réchauffer son cœur.

Il vient avec l’épouse,
au doux prénom de France,
boire un petit café
au sein de nos amis. 

Darrere de l'Albera

Que són de blaves les Alberes.
                    Gumersind Gomila

Darrere de l’Albera,
de la frontera blava
sento que hi batega
el meu cor femení.

Els rínxols de l’amada,
la terra amb fils d’argent,
els seus ulls de princesa
al servei dels més pobres.

Darrere de l’Albera,
parlen la meva llengua,
la llengua de l’amada
que mira al meu costat.





Chaque grain de beauté

Que j’aime cette image,
que je dois à Lionel,
l’ami d’un quart de siècle
qui chemine en glanant

des miettes de beauté 
en éternel phoète,
s’étonnant à chaque heure
de la terre qui tourne.

Au fort de Bellegarde,
plutôt en contrebas,
Il a saisi la ligne 
qui sépare les terres

mais non les cœurs unis
par la langue commune.
J’y suis tenant la main
de ma compagne intime,

la femme qui a su
Imprimer dans mes yeux
chaque grain de beauté 
du monde d’ici-bas.














photo : Lionel Itié

lundi 23 mars 2026

Cousinade

La terrasse, au soleil,
s’est élargie d’un coup,
ramassant en sa marge
les tables et les chaises.

Me voilà immergé 
dans une cousinade,
m’explique le bon Franck
en signalant les nôtres.

Les autres, je veux dire,
car je suis bien le seul
à manquer à l’appel
en ce jour de sabbat.

La surprise en est telle
que Jade fait jaillir,
sur le marbre rosé,
la noble bière blonde.

Ainsi est le village
que j’ai choisi naguère :
un foyer de cousins
qui m’ont pris parmi eux.

La mare amb el seu fill

La mare amb el seu fill.
Vint-quatre anys de somriures
i de batecs creuats.

Miracle de la vida.
Un goig de cada instant,
A vegades silent.

El piset compartit,
a dalt del Canigó,
que mira al seu ponent.











foto: Oriol Blàzquez

dimanche 22 mars 2026

L'ami dans la tristesse

L'ami dans la tistesse,
avec les bras ballants
de ne pouvoir étreindre
celle qu'il adorait.

L'ami qu'on accompagne,
non pour effacer rien,
ni pour le divertir,
mais seulement pour dire :

Je sais et je te suis.
La route est escarpée,
mais donne-moi la main
et nous la monterons.

El dibuixant d'estrelles

Per al Marc que fa anys avui

Dibuixa les estrelles 
sense mirar la nit.
Estrelles delicades
a la punta del dit.

Retrat dels estimats
que sap treure del cor,
tancat al despatxet
que s'inventa de dia.

De dia o de nit,
no importa el moment
sinó el resultat
en els ulls dels amics.

Pour Bernard

Il est l'ami discret
que j'apprends à connaître.
Il a cette élégance
des êtres de lenteur.

Si sa canne est d'argent,
du moins en son pommeau,
sa personne est plus riche
qui converse avec vous.

La rencontre hasardeuse
qui nous a fait connaître
ne doit rien au hasard...
...Elle est signée Fafa.

Là et loin

J'aime te savoir là
alors que tu es loin.
J’aime cette constance
qui nous unit toujours.

Tu es discrète rose
de mon rosier secret.
Tes cheveux sont sauvages
et ton regard si doux.

En ce matin de mars,
je célèbre ta grâce
et ta main si jolie
qui écrit des romans.

(R)Émir

Mais que le temps va vite,
il avait dix-neuf ans,
il en a quarante-cinq.

Il a l’air d’un émir
et l’R de Rémi.
Sa richesse est du cœur
et non pas du pouvoir.

Mes mots sont peu de choses,
mais son sourire est grand
qui rayonne sans cesse.

samedi 21 mars 2026

Lointains gradins

Que les gradins sont loin,
le samedi matin.
Leur béton est glacé,
il n'y âme qui vive.

L'entraînement ignore
les luttes à venir
et la clameur joyeuse
des supporters du club.

Austérité de mise,
concentration précise.
La joie est à ce prix
pour nos joueurs en herbe.












photo : Gaby Baudry

La cursa amb l'equilibri / La course et l'équilibre

La cursa amb l'equilibri
entre pals ajustats.
És un entrenament,
l'oposició és vostra.

La cursa amb l'equilibri,
l'equilibri del cos,
l'exactitud dels gestos
molt de temps repetits.

La cursa amb l'equilibri
un matí de cel clar.
Promesa d'uns partits
on guanyareu... Segur.

***

La course et l'equilibre,
entre des bâtons ajustés.
C'est un entraînement,
les opposants, c'est vous.

La course et l'équilibre,
l'équilibre du corps,
l'exactitude des gestes,
tant de fois répétés.

La course et l'équilibre,
un matin de ciel clair.
Promesse de matchs
où vous gagnerez... Pour sûr.













photo : Gaby Baudry

En éternelle ronde

À Ismael Pelegrí i Pons

Le présent du passé, 
me dit un mien ami
qui a passé du siècle
la première moitié.

Il fait de la mémoire
le guide de ses pas.
La mémoire passée
et la mémoire en cours.

Si son île est fermée,
elle est ouverte au monde
et aux gens qui la peuplent
en éternelle ronde.

Tulipa de Palau

Tulipa entotsolada
en un vas de cristall.
La joia del vilatge
i del cos dels amants.

Té colors de Senyera
amb la sang del desig
i l'or de la fortuna
que neix del nostre cor.

Tulipa entotsolada,
bandera de la plana,
prega pels feligresos
de la bona capella.














foto: Fafa, Duc de Palau

Nena amb carrota

Una nena petita,
una nena bonica.
Ha vingut a Can Fafa
amb la iaia adorada.

Portava a la mà
com un ram de clavells
una bella carrota
d'un dels horts del vilatge.

Li hem donat botifarra,
la negra de Can Roig.
Mes ha volgut tornar
a la carrota jove.

jeudi 19 mars 2026

Per molts anys, Clara

Fa anys avui la Clara.
Vint i dues petjades
per sengles terres del món.

Quin regal per nosaltres
de saber-la feliç
amb hores de retard.

Són horetes de son
després de la feinada
i de cara al demà.

Ja penso en sa mare
despertada fa poc
amb l'emoció que vibra.

Tant d'amor entre dues
donasses catalanes
que dominen el mar

amb converses nombroses
i passio infinita
que viuran per molts anys.

Somriures

Somriure de dolçor,
de la fusió del sucre
dins el cafè cremant.

Un somriure d'ulls vius
i de llavis somiant
en el llac de Banyoles.

Somriure de tebior,
dels ulls que s'abandonen
a la nit de dijous.

mercredi 18 mars 2026

Piété culinaire

Le maître de céans,
non pas d'un autre lieu,
mais celui qui a su faire
de sa maison un tout.

Un lieu où l'on se sent
unique et attendu,
du matin jusqu'au soir,
seul ou en compagnie.

C'est une grande gueule,
un ami délicat,
soucieux de vous complaire
en milliers de détails.

Il sait la vie fragile,
d'autant plus merveilleuse
qu'un vent mauvais pourrait
l'abolir à jamais.

Alors il a créé 
cette pieuse chapelle
où l'on rend à la vie
l'hommage qu'elle mérite.

 
 

Braubufat

És l'esperit del porc
que s'asseu a la taula 
dels nostres comensals
a l'hora del dinar.

És un plat del passat,
fill de tantes matances
que han ensenyat a viure
el preu de cada cosa.

La porcellana blanca
emmarca el braubufat
com un quadre vivent
a compartir calent.

Rose bonbon

C'est un rose bonbon
porté par Tuilagi
qui donne aux étagères
des couleurs du printemps.

Un cadeau délicat
de ce rugby à sept
qui vient d'un hémisphère
où l'on sait y jouer.

On me dit qu'il annonce
la prochaine venue
du seigneur Erasmus
dans la noble maison.







Laura la généreuse

La générosité
de Laura la fleuriste
est telle qu'elle s'oublie
pour nous régaler tous.

Derrière le comptoir,
elle s'affaire sans cesse
prodiguant un sourire
qui jamais ne s'efface.

Je la sais depuis peu
juste propriétaire 
d'un terrain du village
où fleurira bientôt

comme un feu d'artifice
de couleurs en bouquet 
avec qui sait, peut-être,
de l'orge et du houblon.







Un hommage à chacun

Le lieu semble petit 
pour nous accueillir tous
et c'est pourtant chacun
qu'il convie à sa table.

Car la magie du lieu,
consiste à respecter
chacun dans son passé
et sa fière personne.

Il n'y a nul brouhaha
ni confusion des voix.
Les histoires jaillissent
en un joli patchwork.

Le festin généreux,
la lenteur du repas,
dessinent savamment
des portraits singuliers.

Et sur chaque visage
convié à partager,
j'ai lu toute l'histoire
de vies hors du commun.

Manu le policier,
Henri des antipodes
et l'andalou Diego
nous parlant des Antilles.

Jean-Luc en historien
de la culture à table
traitant du braubufat
préparé par Philippe.

Car il y a deux Philippe
pour densifier le lieu.
Fafa notre aubergiste
et Roig en cuisinier.

Que le repas fut bon
et belles les promesses
de revivre à nouveau
cette jolie fafade.


Marquis de Sade

C'est un sacré bonhomme
que le divin marquis.
Prêt à servir en tout,
il ne renâcle à rien.

Le voici qui régale
l'aimable compagnie
de nobles escargots
patiemment cuisinés.

Sa force est colossale.
Sa générosité
a franchi les frontières
de la cité verrière.

On le dit couche-tard,
je le sais lève-tôt,
multipliant les vies
qui tiennent en un jour.





mardi 17 mars 2026

L'estadi George Vaills / Le stade Georges Vaills

L'estadi Georges Vaills,
catedral de laïcs.  
Les grades rovellades
parlen de l'ambició

d'un vilatge petit
i de passat il·lustre,
retrobant la passió
dels antics vidriers.

Al camp, vora la via
dels trens venint d'Espanya,
s'entrenen uns petits
que ja es tornen grans. 

***

Le stade Georges Vaills,
cathédrale laïque.
La rouille des gradins

parle de l'ambition
d'un village petit
à l'illustre passé,
retrouvant la passion
de ses anciens verriers.

Sur le terrain, près de la voie
des trains venant d'Espagne,
s'entraînent des petits
qui déjà se font grands.

Color de ta votura

Som deixat de t'escriure
uns versos en francès,
perruques rinxolades
caminant per Versalles.

Som tornat a la llengua
de la nostra trobada.
Vermell del nostre rall
color de ta votura.

Som decidit de viure
la nit al teu costat,
amb el cos a la plana
i el cor a la muntanya.

Esperant la primavera

Han callat els ocells.
N'espero els refilets,
el cant de matinada
acompanyant el sol.

Tímida lluïssor
que trenca la gebrada,
el silenci dels roncs
en les cases tancades.

Han callat els ocells,
rellotge sens agulles.
No toquen les campanes
al campanar silent.  

Amor de cordes clares

Petit fantasma blanc
corrent pels passadissos. 
Ventada de desig
despertant-me de sobte. 

Silenci de la casa.  
Grisa complicitat.
Al cau de les orelles
xiulada de sang viu.

Amor de cordes clares
i bastidor de fusta.
Pintarem la façana
amb la calç del matí 

lundi 16 mars 2026

Martí

Té nom de catalans
il·lustres i valents.
N'ha après el llenguatge
a l'escola d'Arrels.

Ha descobert enguany,
amb el rugbi a tretze,
l'amistat respectuosa
dels nins del seu vilatge.

Amb els entrenadors,
dimecres i dissabte,
ha entrat en un joc
que l'acompanya sempre.

I fins al seu col·legi
porta la samarreta
amb lletres de Can Fafa,
llur patrocinador.

***

Il porte le prénom
de Catalans illustres.
Il en a appris la langue
en primaire à Arrels.

Il a découvert cette année,
avec le rugby à treize,
l'amitié respectueuse
des enfants du village.

Avec ses entraîneurs,
les mercredis et samedis,
il est entré dans un jeu
qui toujours l'accompagne.

Et jusqu'à son collège
il porte le maillot
frappé des lettres de Can Fafa
leur parrain et sponsor.

De 7 a 13

Des de set fins a tretze
hi ha un fossar immens,
com un camp en desús
abandonat al vent.

Mes quan aquests set nens
entrenats pel Gabí
s'esforcen a jugar
l'espai es fa petit

i les combinacions
neixen del seu coratge
i de la sang bullent
del nostre bell vilatge.

***

Depuis sept jusqu'à treize,
le fossé est immense,
comme un grande friche
abandonnée au vent.

Mais quand ces sept joueurs
entraînés per Gaby
s'efforcent de jouer,
l'espace rapetisse

et les combinaisons
naissent de leur courage
et du sang bouillonnant
de notre beau village.






photo : Gaby

Sense cap vanitat / Sans nulle vanité

Han franquejat la línia 
per marcar un assaig.
Un assaig entre tots
i no pas d'un nin sol.

Un assaig no és pas
un gest que posa fi 
a la cursa de l'un
després de moltes passes.

És una etapa més
per progressar plegats.
El rugbi és de tots
sense cap vanitat.

***

Ils ont franchi la ligne
pour marquer un essai.
Un essai entre tous
et non d'un seul enfant.

Un essai n'est jamais
un geste pour finir
la course d'un seul
après beaucoup de passes.

Une nouvelle étape
pour progresser ensemble.
Le rugby est à tous
sans nulle vanité.



Entraîneurs au café

Ils ont quitté le stade
pour se rendre au village
dans un charmant café
où le ballon est roi.

On y parle rugby
en buvant un café
mais les jambes démangent
de revenir sur l'herbe,

entraîner les petits
et préparer les matchs
dont on reparlera
dans ce charmant café.

Une réunion entre amis

Nous sommes installés.
Il est plus de dix heures.
La baguette est rompue
et les morceaux circulent.

Réunion habituelle
qui n'est jamais la même,
tant les regards des uns
naissent des mots des autres.

Le décor est posé :
ampoules de couleur
et, au milieu des marches,
un ballon de rugby.

Can Fafa est partout,
en lettres majuscules.
Sur les maillots floqués
et les grands calicots.

Bien sûr nous partirons,
nous rentrerons chez nous,
mais avec dans le cœur
une envie de retour.



Fuet de Vic

Un espetec de Vic,
un fuet a l'antiga,
sec com un pelegrí
tornant de Terra Santa.

Esmorzar del matí,
espertinar de luxe.
Un regal del bon Fafa
retrobant son cafè.

El ganivet lluent
xuleja al seu costat.
Quina bona parella
per gaudir del matí.

***

De Vic un espetec,
un fuet à l'ancienne,
sec comme un pèlerin
rentrant de Terre Sainte.

Déjeuner du matin
casse-croûte de luxe.
Présent du bon Fafa
retrouvant son café.

Le couteau rutilant
fait le beau à côté.
Quelle bien jolie paire
pour jouir du matin.




Le non-calculateur

Je ne l'ai jamais pris
pour un calculateur
mais un mauvais calcul
lui a fait garder le lit.

Et voici qu'il revient,
ce maître de chapelle,
tel un ressuscité
partager notre table

et rire à nos bons mots
qui fusent sans arrêt,
réservant à ses ouailles
ses saillies indomptables.

Le patron est son fils
en ce lundi de mars
et il joue le client
sirotant son café.

Ce non-calculateur
est homme de surprises.
Je flanque mon billet
qu'il vaincra son calcul.

Théo

Il a prénom de Dieu
et la voix de son père,

mais il n'a pas besoin
de son ombre pour être

bien plus qu'un substitut,
un extra talentueux...

C'est un patron dans l'âme,
bienveillant et serviable.

Derrière le comptoir
il veille à la concorde

de la noble assemblée
des nouveaux sénateurs.

Dans la voix de Christian

Il est une mémoire 
qui ne faillit jamais.
Elle s'assied à la table
pour parler du passé.

Et ce passé revit
dans la voix de Christian,
le torrent de ses mots
qui ne tarit jamais.

Les mallettes des autres,
des châteaux en Espagne,
le goût de l'interdit
qui brave la frontière.

Je revois Perpignan,
années soixante-dix.
Je revis ma cité
dans ses images vives.

Puis quand il a fini
d'abreuver le café
il se lève et il part
d'un pas définitif.

C'est alors que j'entends
dans le bar en silence
la voix d'un vrai conteur
des plaisirs d'autrefois.