mercredi 16 août 2023

Família

Al marge de la festa,
en batega el cor viu.
En la llum de les cares
es veu l'ull de l'artista.

Bellesa dels llinatges,
deixant el Riberal,
per viure a Tarerac
la calor de l'entesa.

Que siguin molts els anys
de vida castellera
amb el goig infinit
dels plaers compartits.











© Marie Lopez

Et si ...

Une nuit sans écrire,
une nuit à dormir.
Sans rêve ni souvenir.

La passion se repose 
et mes yeux sont tout secs.
Et si le jour tardait ? 

mardi 15 août 2023

L'amfitrió d'un dia

És un home discret,
benèvol, respectuós.
Amb brotxes de pèls suaus,
dona llum a la vida.

S'està a Tarerac,
poblet de cinquanta ànimes,
de batlle coratjós
i paratges polits.

Enguany, ha decidit
de celebrar Maria,
invitant a la festa
els amics castellers.

Amfitrió d'un dia
i company per la vida,
el Rudy és funàmbul
i nosaltres els fils.














© Marie Lopez

Quinze d'agost, dia de Maria

Al bell mig de la foto,
una Maria espera,
amb l'instrument a mà.
I, rere l'objectiu,
està esperant una altra.

Meravella d'agost,
un dimarts al migdia:
amb molta discreció,
surten al mateix temps.

Que vinguin els marits
de les belles Maries,
amb un parell de rams
per honrar-les ambdues.











© Marie Lopez

Del segle als segles

Quan el bon batlle baixa
l'escala del seu poble,
ens va portant al cim
del combat per la llengua.

Un gran home de vins,
arrelat a la terra,
vetllant per la frontera
del vell Camí de Guarda.

Mil anys en un quart d'hora,
els antics camps de segle,
les veremes modernes,
i un avenir de segles.





Pau castellera

He pensat en la pau
quan els he vist tots tres
declinant l'harmonia
contra el mur de l'església.

Sense un mot o un gest,
manifestaven, tots,
l'entesa mil·lenària
de la humanitat.

Quina sort fer castells
amb gent tan preparada
a caminar de dia
pels caminois de pau.





Gemecs d'amor

De pell o de teixit,
ben pegadets al cos,
els dos sacs de gemecs
ens conten una història.

Hi havia una parella,
al nord del Rosselló,
amiga d'instruments
i de converses altres.

S'estimaven tots dos,
de la nit al matí,
entrecreuant les notes
del florilegi vell.

Quan deixaven la gralla,
companya castellera,
escoltaven el vent
que els confiava secrets.

I per donar les gràcies
a Donya Tramuntana,
de bon amor inflaren
els seus sacs de gemecs.



Inscription intime

Je n'ai, à chaque doigt,
qu'un pinceau de couleur
et ses poils sont de peau,
d'empreinte digitale.

Ils sont ma signature,
mon inscription intime,
dans le jour qui se lève,
et la nuit qui se clôt.

Mais, sans tous mes amis,
mes pinceaux seraient secs,
car je ne sais pas peindre
et n'ai pas de pigment.

Alors je me fais pie,
ou bien bernard l'hermite,
pour voler, à chacun,
les toiles de ma vie.















© Colette Planas

Poète du quotidien

Ce que le jour apporte,
à l'aune de nos vies,
ce sont les battements
des destins anonymes.

Fuyant le vieux Parnasse,
j'en ai fait ma besace,
cueillant sur le chemin
des améthystes vives

et des sourires tendres.
Prêt dès potron-minet,
je m'assieds à la table
pour en dresser portrait.

Ma tâche est infinie,
mes moyens sont infimes,
mais, sans ce quotidien,
ma poésie n'est plus.

Silence sans conscience n'est que ruines et larmes

Que cache le silence
et la paix du foyer ?
Les tremblements lointains
des exilés du feu.

Que précieuse est la paix
d'un logis qui sommeille,
quand le vacarme, ailleurs,
provoque l'insomnie.

Quand s'éveille le jour

Une odeur de fumée
flotte sur ma nuit calme.
La fraîcheur est silence
et le monde sommeille.

Pourtant, à quelques pas,
c'est encore la lutte
contre les braises vives,
quand pleurent ceux qui fuient

leur camping incendié.
C'est l'honneur des pompiers
apaisant, de leurs mains,
la colère des cieux

et les pleurs estivants,
massés dans les gymnases
des Albères en peine,
quand s'éveille le jour.

Despertar i poesia

T'has despertat de sobte,
ben lluny del meu son.
Silenci dels llençols
esperant els meus versos.

La poesia és cou
en el son dels insomnes,
barrejant la memòria
amb les fibres del cor.

Vorals cosits

Què seria la casa,
sense els vorals cosits?
La mà progressa lenta
pel teixit estirat.

Carreteres boniques,
jugant amb les parets,
filtren llum les cortines
amb el vent de ponent.

Passant de sala a sala,
no canvia el teatre.
Els vells actors suspiren
I la casa somriu.

lundi 14 août 2023

Douleurs salivaires

Qui dira des salives
la douleur insensée.

Elles se croyaient uniques
sur la langue étalées,

quand un bout de papier
leur a taillé l'espoir.

Derrière un timbre-poste,
elles ont passé leur vie,

allant de sacs en boîtes,
pour finir au musée,

ou dans le coffre-fort
d'un vieux collectionneur.

Parfois le timbre tombe
et la salive luit,

comme un soleil de verre
dans la main d'un marquis.

Fragments

J'ai laissé de côté 
la pile des recueils.
Flairés, feuilletés,
cassés à la pliure.

Puis je me suis assis
à la petite table 
et je vous ai écrit,
gonflé de souvenirs.

Des fragments surnageaient
au milieu de mes mains,
dont je voulais extraire
un peu de mes chansons.

Un mensonge succulent

Ce soir le soleil ment,
mais que tes mots sont beaux,
si loin de l'expérience.

Ton soleil est plié
dans une feuille A4.
Par transparence on lit
l'habituelle réclame.

Et cependant j'en fais
l'origami ultime.
Simple, unique, essentiel.
Mensonge succulent.

Ascension poétique

Quand la chair et le muscle
s'effacent dans l'effort,
le souffle est une corne
et les mots dodelinent.

Ascension poétique :
le corps cède le pas
au seul désir. Vertige.
La langue est sans frontière

et les bouches ont soif.
Ces plumes insolentes
n'ont plus un seul cahier.
Ma peau, allonge-toi

et sers-leur d'écritoire !
De sang les lèvres gonflent
sur ma poitrine exquise.
Battements appariés.

Il faudra une vie
pour redescendre un brin,
tant était fort l'acmé
de l'ascension unique.


Un soupçon de divin

Il est au bout des doigts
un soupçon de divin,
qui donne à l'amoureux
la sensation du plein.

La peau de son amante
répond à ses caresses
par un frémissement
du ventre de son âme.

Ah, que la vie est belle
en mille battements
quand la nuit est féconde
sous l'empreinte des doigts !

Sous la main les cheveux

Sous la main les cheveux,
et les yeux qui se ferment.
La lande et puis le bois
traversés au galop.

Il y a dans tes cheveux
comme un parfum d'histoires,
forêt de Brocéliande
et monastère obscur.

Mon regard s'y dessille,
ouvert à d'autres vents
et je sens fourmiller
un désir d'absolu.

A llibre tancat

Quan tanques el teu llibre
a l'hora del dormir,
pensa en les dues pàgines
que s'amen en la foscor.

Pells de paper i tinta,
metàfora bonica
de la mà en ton ventre,
més enllà de les lletres.

Silenci de la nit
i plaer del llegir.
L'alquímia és preciosa
quan es tanca el teu llibre.

Pelote de langue

Tricote et détricote
ton beau pull en jacquard.
Observe chaque maille
et le travail des doigts.

La chaleur si soudaine
qui prépare l'hiver
et fait de chaque rang
un rempart doucereux.

Tricote et détricote
la langue que tu apprends.
Fais tiennes les tournures
que l'hiver emploiera.

Rétroviseur

La parler lentement,
l'isoler en syntagmes,
rire de ses faiblesses,
ou bien m'interroger.

C'est une langue neuve
que mon si vieux français.
Je la mets dans la main
avant de l'observer.

Ma montre de gousset
m'offre bien des trésors,
échappant au vertige
de l'échange pressé.

La langue de Godard
et la gouaille de Dard,
s'unissent en un poing
qui s'ouvre sous tes yeux.

Museu

Un museu de carícies,
per guardar-ne memòria.
Una sala petita
i d'amples finestrals,

perquè el sol d'agost
il·lumini la pell
dels amants reunits
per unes mans creuades.

Ni vull conservador
per a aquell museu.
De tots és la tendresa
i de ningú la por.

Mi-nuit

La nuit est en con cœur,
mais le couteau hésite.
Entre deux et trois heures,
où est midi le juste,

pendant métaphorique
du cœur de la journée ?
J'hésite et me complais.

Le centre de mes nuits
transperce son cadran
et s'invente un horaire
pour écrire éveillé.

Bruissement

Quel est ce bruissement,
léger et incessant
qui ravive la nuit
dans la fraîcheur soudaine ?

Les langues font l'amour,
mêlant leurs épithètes
et le suc audacieux
de leurs intonations.

L'intelligence règne,
porteuse de passé.
Tournée vers l'avenir,
elle charge ses valises,

pour qu'en une personne,
un peuple, et même deux,
unissent leurs efforts
pour devenir heureux.

dimanche 13 août 2023

Duolingo

J'attends de voir les voix
s'inscrire sur la page,
pour entrer dans la danse
de ton apprentissage.

J'aime tous ces accents
qui miment le réel,
suggérant des rencontres
à chaque coin de rue.

Un boucher affairé,
une jolie danseuse,
un enfant enroué
et une vieille dame.

J'attends de voir les mots
résonner dans ta gorge
et s'envoler vers moi
en colombes de paix.





Un glissement d'encre

C'est un glissement d'encre,
une pente légère,
une étoile à six branches
où naissent des baisers.

Les lèvres s'y attachent,
et la salive glisse,
transparente et prégnante,
jusqu'aux ventres cachés.

La peau s'ancre à la peau,
sans aucune blessure.
Les pointes sont ventouses
et le fer est de sang.

C'est un glissement tendre,
incessant, nécessaire,
un cadeau du langage
à des regards aimants.

Réseaux filés

Réseaux filets, jetés dans des décades.
                                    Colette Planas

Réseaux de végétaux,
chlorophylle filée,
s'entremêlant à cru,
par crainte de la chute.

Le brun au vert mêlé,
des senteurs d'humus gras.
Un embrouillamini
de syllabes figées.

Quand je lève les yeux,
je crois ramper par terre,
me vautrant dans la fange,
comme un lombric obscène.

Semper vivens

La vie est sur le lit,
sous la forme d'un chat,
buvant dans le coton
le lait froid des faubourgs.

Les coussins se disjoignent
et la persienne veille.
Dehors est la vraie vie,
muette et ennuyeuse.

Les amants sont partis,
la chatte les remplace,
rendant à leur lit vide
la chaleur des instants.



Les larmes de Laurent

Tu as voulu me dire,
un peu de l'ineffable,
la chaleur d'un doigt nu
se posant sur mon dos.

Tu as voulu parler,
puis tu t'es allongée,
la lune était ivoire
et le ciel d'encre bleue.

Tu as voulu dormir,
malgré les perséides,
les larmes de Laurent
et les souhaits oubliés. 

Doutes existentiels

Et s'il m'était donné
de courir dans les prés, 
le ferais-je ? Le ferais-je ?

Et s'il m'était offert
de donner tout mon sang,
le suivrais-je ? Le suivrais-je ?

Et s'il m'était donné
de m'ouvrir à chacun,
le ferais-je ? Le ferais-je ?

Masculin féminin

Que la frontière est mince
entre un intérieur gris
et la rue où il pleut.
Buée sur le carreau,

télévision éteinte.
Le journal défroissé,
client après client,
salit les doigts oisifs.

Masculin féminin...
Que la frontière est mince,
dans les bruits de Godard
et le jeu des acteurs.















© Jean-Luc Godard, Masculin féminin (1966)

M'agraden les floretes

M'agraden les floretes
que no colliré mai.
Al llarg del sender fosc
que nos va protegint.

Floretes de colors,
pètals de papallona,
Desig de vol d'ocells
i passió pel sòl moll.

M'agraden les floretes
que m'enduré pel viatge,
cap al mar sense flors,
tot d'animals brodat.

Funambulisme en rouge

C'est une ligne rouge,
qui franchit les frontières,
laissant sur les chemins
un peu de fils d'argent.

Elle ignore le temps,
ou bien s'en accommode.
Tout en elle est offrande
et langues partagées.

La voilà qui arrive,
dans son pays premier,
cueillant de ses enfants
les premières paroles.

Quel beau funambulisme
que celui de deux heures,
jouant de la distance
d'une rouge lignée.

Syllabes

Quel est ce livre étrange,
qui peu à peu se fait ?
Le journal d'une époque,
recueil de battements ?

La vie avance vite
puis s'en va prestement.
Je voudrais un recueil,
comme un livre de comptes,

pour dresser le portrait
d'un été fabuleux.
Les mots de tous les jours,
les lettres routinières,

et, par-delà le sens,
l'accent des voix aimées,
que seules les syllabes
sauront représenter.

Un tissu d'organdi

La mort est ennuyeuse
pour les amants parfaits. 
Elle croit les désunir,
forte du quotidien. 

Mais les regards survivent
à la perte soudaine,
ils tressent peu à peu
un tissu d'organdi,

faisant de chaque jour
un souvenir nouveau
pour effacer la perte
et lui rendre la vie.
 

Un vaixell de paper

És un llenç sense marc,
un vaixell de paper.
El taquen les mans brutes
de foscors atrevides.

Diuen que viatja lluny,
en saques de carter,
coneixent el destí
dels orfes de pintura.

Si un dia el trobeu,
adormit al voral,
no li doneu pas límits
que se n'ofegaria.

Caminant a les fosques

M'agrada la frescor
de rajoles nocturnes,
caminant a les fosques,
per l'espai familiar.

Em crida un raconet
on m'assec per escriure
aliè a la remor
de les ciutats insomnes.

No sé quan sortiré.
La frescor és un pou
on perdo les paraules
i retrobo el somriure.

Étrange ubiquité

Silence des amants
que la nuit a disjoints.
Le canapé plié,
les rêves se libèrent.

Le souffle régulier
invite à galoper
sur l'étendue des draps
ou la mer de papier.

Étrange ubiquité
qui me tient en deux lieux.
Le cœur dans un village,
et l'âme sous les cieux. 

À l'heure perséide

De la glace aux noisettes,
informe et délicieuse,
semis de gravillons
dans la crème sucrée   

Des ramequins vert pomme
et un désir soudain.
Celui d'un vrai souper
à l'heure perséide.

Essaim de météores
dans un monde petit,
le velours du sofa
engloutit les envies. 

La nuit des percherons

Et la nuit est venue,
que l'on n'attendait plus 
La nuit des percherons,
labours avec œillères.

Le lac était si loin,
sans imagination. 
Seul veillait le désir,
caché entre les monts.

La nuit de terre grasse
avait souillé les mains 
Un cauchemar discret
les lava sous le lac.

samedi 12 août 2023

Chemin chevrier

J'ai aimé les hauteurs
du chemin empierré,
faisant naître des vers
en plein cœur de l'été.

L'appel irrésistible
du vieil hexasyllabe
et les quatrains en trois
naissant sous les doigts vifs 

Un chemin chevrier,
semé de cailloutis,
montant vers le Parnasse
de la simplicité.

Un cœur neuf et rosé

En moi j'ai senti naître
la fibre du grand-père
attrapant la menotte
de sa petite-fille.

Répondre à ses questions,
posées dans un sourire,
et retrouver du monde
l'allégresse première.

Que bel est l'univers
qui fait s'ouvrir en moi,
le cœur neuf et rosé
des biscuits secs de Reims.

Instant de chacun

Un funambule agile
allait de langue en langue,
au hasard de l'oral,
surfilant les écrits 

Le dialecte alsacien
gagnait l'allemand suisse
et l'italien prenait
des accents catalans.

Babel et Pentecôte  
Les langues éclatées,
pour le plaisir de tous
et l'instant de chacun 

Sans sortir de la salle

Un voyage immobile,
sans sortir de la salle.
Cayatte avec Zola,
l'informatique suisse.

La culture en tout point. 
Questions existentielles.
Sur une longue table,
les trésors de la terre.

L'Esprit avait soufflé,
en cette après-midi.
Le verbe s'incarnait,
exaltant la lumière 

vendredi 11 août 2023

Et puis tu es venue

Au milieu des dragées,
J'ai vu naître une rose,
une rose de sucre,
d'amande et d'amour tendre.

L'angélus attendait
le retour des brebis.
Dans la salle en silence,
ses parents souriaient.

Et puis tu es venue,
dans la blancheur des vœux,
j'ignore ton prénom
mais sais déjà ton sang. 

Jalon fugace

Au détour du chemin,
la surprise incroyable
d'une cruche d'eau fraîche
attendant son buveur.

La terre en est bien lisse
et l'eau est sombre à souhait,
j'y porterai mes lèvres
en posant ma besace.

De granit le calvaire
ou d'eau le croisement,
j'avoue que je m'incline
pour le jalon fugace.

Heures humbles

Un peu de miche chaude,
de la gelée de fruit
et un café brûlant :
le coin de rue s'éveille.

Que douces sont les heures
du petit-déjeuner,
quand le monde s'affaire,
courant vers le marché.

Ce sont des heures humbles
dont je veux rendre grâce
avec très peu de mots,
de mètre et de silence.

La chute d'une miette
est un événement
et le camion d'ordures
une base rythmique.

Si l'on me demandait
quel est le paradis,
je le voudrais ainsi,
de beurre et de pain frais.

Cadran de destinée

C'est un cadran de pierre,
aux aiguilles immuables,
l'inscription des humains,
au linteau de la foi.

Les traits en sont usés
par des siècles de pluie
et le burin furieux
des révolutionnaires.

J'aime le regarder,
au sortir de l'église,
certain d'y retrouver
mon humble destinée 

Circumval·lació

Circumval·lar el poble,
sota la xafogor,
buscar l'ombra dels murs
i les lentes campanes. 

El caminar és tendre,
la paraula lleugera,
les ànimes s'enlairen
cap a un cel de flors.

Que seran doncs els segles,
respecte d'uns minuts
quan la consciència beu
el vi de veritat.

Franchissement

Quand franchir le silence
est le prix à payer
pour donner à l'enfance
le bonheur d'exister.

Douze minutes

Et, en douze minutes,
sous la blanche Marianne,
la vie s'est paraphée
de beaux engagements 

Dans la lecture même
des articles du code,
Je voyais nos enfants
décider de leur vie.

Que noble est la parole
qui fait d'eux des acteurs
et des parents vieillis
des témoins de bonheur.

Sourires d'ange

Jamais je n'oublierai
le chili de mon fils,
la tarte de ma bru,
avant les signatures 

Les heures étaient d'or,
leur amour un feu doux.
Vêtus tous deux de blanc,
ils devenaient famille.

La poésie s'efface,
quand, au détour des pas,
embaument les lis blancs
et les sourires d'ange. 

Un beau jeudi d'été

J'avais pourtant rêvé
de chemins de traverse,
du goût fort du fenouil,
coupé net à la tige.

Mais la vie s'imposa
dans une pente ombreuse.
Odeur de sacristie,
chasubles et missels.

Qu'il est encourageant
de se laisser glisser,
non loin de sa conscience,
un beau jeudi d'été.

Destí de cadascú

Caminoi silenciós,
a la vora del riu.
Nostàlgia de salmons,
xafogor de l'estiu.

Berenen els amics
del vell club de petanca,
amb birra ben glaçada
i una llesca de pa.

No el veuré mai més
i crec que no m'han vist.
El dijous és de tots,
destí de cadascú 

jeudi 10 août 2023

No ens costarà

No et costarà d'entendre
el que sent el meu cor:

el batec d'una llengua,
tan clara i salabrosa,

feta de bocinets,
collits a cau de boca,

de Portbou a Fornells,
de Lleida a la Geltrú.

No em costarà d'entendre
el que sent el teu cos:

la tendra tremolor
dels accents d'un vers breu

i el silenci d'uns llavis
llepats par l'ona clara

d'un amant de les lletres
viatjant per terres altes.

Un homme de bien

À l'abbé Razungles,
In Memoriam

On disait qu'il venait
d'un heureux séminaire,
enseignant enthousiaste
éveillant les passions.

Pour moi, chaque mardi,
il fut un second père,
égayant d'un muscat
nos réflexions profondes.

Sa parole entravée
naissait d'un esprit vif,
prompt à analyser
les chagrins de ce monde.

Je lui dois bien des choses,
et d'abord la bonté
qui n'est jamais un don
mais le fruit de l'écoute.

Bien avant Badinter,
il sut m'interroger
sur cette peine infâme
qu'on jugeait capitale.

Un jour, il nous quitta
pour d'autres presbytères.
Le Christ laissa en moi
son empreinte profonde 
  



Usque ad perfectum

À Lionel, docteur
des âmes et des gens

Il est l'ami parfait,
un veilleur d'absolu,
qui broie entre ses mains
les douleurs raciniennes.

Ouvrant son cabinet,
en plein cœur des vacances,
il a su débusquer
la source de mes maux :

un grincement de dents,
sournois et tapageur,
et la peur du silence
qui éteindrait mes mots. 

Nuit gémellaire

La nuit est en son cœur,
dans un village exquis
qui ignore la peur
des cités esseulés.

Rien de bien étonnant
dans l'assurance étrange
d'un lieu-dit protégé
par son nom dédoublé.

Et je sors dans Jumeaux,
sans sortir de mon lit,
certain d'y retrouver,
mon double en insomnie 

Un veilleur d'absolu

C'est un veilleur discret,
gardant sous sa houlette
plus de vingt-sept clochers,
aux grosses clés rouillées.

un veilleur d'absolu,
connaissant sur ses doigts
l'alpha et l'oméga
des épais murs de lave.

Avec son vélo bleu,
en élégant centaure,
Il sillonne les voies
qui mènent à l'Esprit.  



Comme un miroir d'argent

J'ai promis à la lune
d'écrire chaque nuit
quelques vers d'une eau claire,
comme un miroir d'argent.

La lune est exigeante.
Cachée dans le Conflent,
elle brise mon soleil,
comme un miroir d'argent.

Alors je me réveille
et m'invente des strophes,
carrées et rutilantes,
comme un miroir d'argent.

mercredi 9 août 2023

Trois heures

Trois heures ont sonné,
au clocher de l'église.
Trois coups de cloche pleins,
à la rondeur austère.

Nul bruit s'en est suivi,
au détour des rues sombres.
Pas un pas, pas un cri,
le souffle d'une source.

Alors je suis sorti,
longeant la tour immense,
et j'ai goûté de l'ombre
le charme et puis l'ennui.

Silence de la nuit

Silence de la nuit,
toi mon ami fidèle,
peuplé de mille bruits
qui me sont familiers.

J'aime te partager,
au hasard d'un réveil,
avec les vers tout neufs
que m'inspire la muse.

Le divan est tendu
d'un plaid orange et rose 
Je m'y installe un brin,
pour écouter ton chant.

Nostàlgia

Paella enganxifosa,
record d'una trobada,
a casa de la mare,
sota el bust de l'artista 

El dinar queda enrere,
l'arròs descongelat
ha guardat poca gràcia
del què fou un one shot.

En el riu filosòfic,
només s'hi banya un cop.
L'amant de la família
en guarda la nostàlgia.

Un caminar plegats

Silenci dels llençols
i frescor de la nit.
El somni ja treu cartes
de l'antiga baralla.

On és el camp de flors,
la flaire dels convents?
Soc el bon mentider
qui juga amb les paraules.

Inventa''m un discurs
que no sigui de franc.
Un caminar plegats,
a la vora del mar.  


Question d'accent

Dans la main du pêcheur,
un hameçon de cuivre,
Dans celle du pécheur,
la passion du mal vivre.

Imagination

La nuit à tes côtés,
et le sourire aux lèvres,
je m'invente un pays
du nom de Santorin.

Une île aventureuse
au passé sulfureux.
L'union du feu sacré
et des embruns salés.

Le rêve y a son trône,
la pensée ses allées.
Et si la peur survient,
tu es à mes côtés.

mardi 8 août 2023

Lavogne

Rêvant d'une lavogne,
je me suis inventé
un bassin minuscule
pour y cueillir tes larmes.

Tes larmes, ta sueur,
la souffrance du jour
et tes pas chancelants
le long du boulevard.

La lavogne a surgi,
que pétrissait mes mains,
et tes pleurs ont baigné
mes doutes et mes craintes.

Que douces sont les larmes,
coulant entre nous deux,
quand on sait qu'elles proviennent
d'un ailleurs malheureux.

L'homme des trains

À mon fils Xavier, pour son anniversaire

Il est l'homme des trains
qui passent sans le voir,
sans dérailler non plus,
grâce à sa vigilance.

Sa franchise est sans ride,
sa douceur proverbiale.
Il a le verbe clair
et l'embrassade chaude.

Sa force est colossale,
pourtant il nous la tait,
écartant ces fredaines,
comme des freluquets.



Merveilleuses et incroyables

 Adversus guillotinam

Elles ne savaient qu'aimer.
Et voilà qu'une lame,
poisseuse et bon marché,
tranche leur cou d'albâtre,

que couvraient les baisers.
Pauvres femmes d'un jour,
déesses de la nuit,
condamnées à errer
sur un tréteau de bois.

Elles ne savaient qu'aimer.
Bourreaux au regard torve,
des hommes impudiques
leur ôtèrent la vie.

Feuilles d'oranger

Feuilles d'un vert foncé,
lourdes et desséchées,
ployant sous les fruits lourds
et le vent de l'été,

qui dira la souffrance
de votre tâche ingrate,
perdant votre couleur
quand se dore l'orange ?

Quand vous n'en pouvez plus,
vous tombez et jonchez
le parterre oublieux
qui vous balaie sans mot.






Oser

L'impression d'un souffle frais dans la nuque.
                                           Docteur Guillotin

Oser bousculer la métrique.
Pour dire l'amour inassouvi.
Prendre le risque du blanc
et de la chute, de l'oubli
d'une lettre, puis de deux.

D'un mot et d'un discours.
Imaginer une Opel rouge
sur le fil des montagnes.
Rasoir de silex qui déchire
la gomme cent fois lustrée.

Alors qu'importe la métrique,
les rejets et les enjambements.
Écrire est une course hors
d'haleine et la lectrice virtuelle.
Où diable est donc Larousse

avec ses menhirs rouges dressés ?
Tu es petrus... On connaît la chanson
et le temps vient à manquer. Garçon,
un bock. De bière bien fraîche.
Et sans faux-col, hein ?

Les strophes sont en cinq. Pourquoi ?
Et pourquoi pas ? Quintilien, Quinte-curce
et tout le saint-frusquin. Je dis rose...
Non ne dis pas rose. Mallarmé était
un petit prof chahuté qui chiait des vers

secs. Cent fois sur le métier... Alors va
pour des strophes en cinq mais, gaffe,
ne perds pas ton lecteur en chemin.
Tu avais dis d'oser, ose donc terminer
d'un coup, d'un seul. Guillotin.

Un viatge per l'alfabet

Viatjaren amb sengles llibres,
cadascú amb el llibre de l'altre,
un viatge més enllà del mar

i de les terres, de les paraules
i de la llengua. Paràbola...
Un òbol parant taula i vida.

Ritme desenfrenat cap al fre,
cap al frec tendre del llom
contra l'orfenesa del tall.

Grammaire fantaisiste

De l'amour au mourir,
le glissement du temps.

Tête de l'alphabet,
préfixe privatif,

qui fait de l'absolu
l'inutile antidote

contre un suffixe dur,
tout chargé de colère.

Lire l'ire du temps
et adorer l'amour...



Da nuces pueris

Dona nous als infants.
Uns ous nous als nens nets.
I deixa'ls escapar...

La vida ja no és teva,
són ells qui la modelen
i tu d'espectador.

Quina sort la que tens.
Es mengen les nous
i et miren agraïts 

Ars brevis, vita longa

Un estil despullat
i l'homenatge tendre
d'un escriptor nounat. 

De les velles paraules,
em bec el suc novel
i la tinta eixerida.

Jo soc de versos curts
i d'estrofes petites.
Un grapat i res més.

Promesse d'ivrogne

Pour jouir de la vie,
brisons le carcan strict
des haïkus japonais.

Absoluta confiança

   Què són de blaves les Alberes.
      Gumersind Gomila

M'han confiat l'escriptura
del besoncle adorat,
una sorra calenta,
en mans de pescadors.

I l'he deixat cantar
en uns versos senzills,
nascuts dins d'una barca,
al peu de les Alberes.

El meu cant és de pobres
i d'humils passatgers,
creuant la mar nostrada,
amb ganes d'absolut.

Une vigie riante

À Carolane et à Vincent

Mais quel est ce parfum
qui flotte sur l'été ?
Une senteur légère
aux notes de forêt.

Une envie de fraîcheur
et de volcans d'Auvergne.
La noce de lecteurs
et de leurs invités.

Un sage professeur,
une médiathécaire,
attendant de la vie,
un trésor inouï.

Un enfant aux yeux clairs,
aux gestes enchanteurs,
une vigie riante
veillant sur leur bonheur.

Le bal du comte doré

À Cocteau et Radiguet

C'est un château lointain
où l'on donne des bals.
Des messieurs à blazer
croisent des égéries, 

qui rient aux facéties
des riches châtelains
L'alcool y coule à flot,
avec un brin d'ennui.

Le château s'est vidé
des riches héritiers,
partis outre-Atlantique
élever des bisons.

Mais, ici, en Europe,
sur un blazer bleu nuit,
je sens briller le cuivre
de trois boutons dorés 

Les vrilles de la vigne

Pour dormir tout mon saoul,
 
je me suis inventé la vigne,
où nous allions tous deux.
Le parfum du moût clair,
dans le pressoir foulé.

En nous étaient ces vrilles,
que décrivait Colette,
dans son Palais Royal
aux accents de Bourgogne.

Il n'est que de songer
à la force des mots,
aux vrilles de la vigne,
à la douceur des dos,

qui se tiennent serrés
dans notre bibliothèque,
sous le vol d'un pinson
et le chant d'une anguille.




 

lundi 7 août 2023

Au sortir du jardin

Sourire d'une enfant,
au sortir du jardin.
C'est son anniversaire
et elle court en riant.

Que défilent les ans,
les uns après les autres,
graves et réguliers, 
sereins et bienveillants.

Mais qu'elle garde toujours,
en sortant du jardin,
la même course altière
et son sourire d'ange.

Amor infinit

Fes-te a la vela, amor.
Deixa la terra de pols,
pedretes i brutícia,
i guanya el mar profund.

Capbussa-t'hi sencera,
tanca els ulls i la boca
i obre la teva ànima.

El mar és de mil⋅lenis
i la sal d'infinit.
L'amor que s'hi capbussa,
s'hi guanyarà per sempre.

Voiliers du Luxembourg

Pour qui sont ces voiliers
voguant sur le bassin ?

Nul marin à leur bord,
bateaux sans gouvernail.

Au sommet de leurs mâts,
des pavois nationaux.

Russes et Ukrainiens,
se frôlent en silence.

Bassin du Luxembourg,
la perle du sénat.

De vieux enfants le longent,
qui autrefois voguaient.

Dues mans

   Et pour cela préfère l'impair.
                          Paul Verlaine

La tanka són tos dits
en la tela observada,
resseguint el pinzell
de l'artista d'un dia.

El fum fueta el llenç nu,
amb pigments de tragèdia,
Els teus dits són les urpes
que esquincen el seu silenci.

L'incendi del passat
s'ha trobat dues mans.
Una fa de pintora,
l'altra compon poemes.

Trajecte necessari

Al fred descansen pots
de melmelada dolça,
transparència entelada
de l'or d'aquest hivern.

Al calor tremolant,
de l'arbre del jardí,
l'estiu engreixa fruites
d'implacable verdor.

Entre les dues coses, 
s'escola la durada,
trajecte necessari
que pren el llaminer. 

Singlots en la tela

Senzillesa d'agost.
Un ram de flors petit. 
Un grapat arrencat
als somnis de la nit.

Un lliri i dues roses,
nascudes del pinzell
d'un artista anglicà
que estiuejava aquí.

Dels somnis a la tela,
l'insomne va pintant,
imaginant uns pètals
on la negror plorava.

Alchimie d'un jour

Ouvre large ta main
et répands sur la terre
les fruits de nos baisers
que tu gardais pour toi.

Il y a sur cette terre
un tel besoin d'amour
qu'il devient nécessaire
d'aimer et d'essaimer.

Nul besoin de flamber,
de jouer les cadors.
Un sourire suffit
et le plomb devient or.

dimanche 6 août 2023

Una actuació sense frontera

Què pensaran els nobles plataners
de la plaça major de Millars,
en veure's ultrapassats per un arbre
verd i blanc d'arrels brunes ?

No hi ha casualitat en l'ascensió
humana. Assajos i més assajos
amb l'afegit essencial de l'amistat

entre les colles, tot i la distància
i les fronteres artificials. Margeners,
sí! Marginats, no! Riberal!, Riberal!





















© Marie Lopez

Cigarro de Millars

A la memòria del Robert,
primus inter pares

Escriure amb mans de colla,
de tots i cadascú.
Quan Jota Bé el fuma,
el cigarro és de tots.

Bon fum és qui se'n va
cap al cel de Millars,
a r 99 9 99  877883etrobar les cendres
del bon amic Robert.
:
Amb un got a la mà
de birra b8 ,,whr, cx ',,xx cx   *en nostrada,
li regala un ramet
de roses eternals.



Paroles, paroles

À Alain Delon et Dalida

Voudras-tu donc jouer
aux cartes sur la table ?
Pour toi, j'ai disposé
une nappe légère.

Les cartes sont prétexte
à discuter un brin.
Ton ombre est salutaire
mais elle est peu loquace.

Voudras-tu donc parler
en me cachant ton jeu,
pareil à l'éventail
dont tu voiles tes yeux ?



Improbables noyaux

Où donc sont les noyaux
des pêches dégustées.
De jus, nos mains dégouttent,
nos bouches en sont pleines.

Si j'avais un noyau,
j'en ferais un sifflet
pour aller dans les gares
réveiller les vieux trains.

Mais les pêches sont nues,
sans peau ni noyau dur
et déjà je m'essuie
mes mains et puis ma bouche.

Estafes petites

La ploma no existeix
i la tinta és virtual,
mes quan m'assec i escric,
en sento l'olor viva.

Els dits van teclejant
per un piano de cua
i la mirada pren
del violoncel la veu.

Són estafes petites
i no hi guanyo res
sinó l'ample somriure
amb què vos escric ara.

Plaer nocturn

A un personatge segon,
que encara no existeix.

És un plaer petit
que m'acull a la nit:
trencar de cop el son
per posar-me a escriure.

Els llençols són velers
i la mà una ploma,
amb un llibreter vell
venent poemes nous.

A vegades m'aixeco,
em faig un cafetó,
amb llesques de pa fresc,
mantega i melmelada.

I mentre me'l preparo,
dempeus i poc vestit,
m'invento les paraules
d'una peça petita.

Un bon grapat de versos,
ni massa poc, ni massa,
un rajolí de saba
del pa de cada dia.

La resta no la sé.
Em ve com per eixam.
Cantarella de musa
amb l'ullet de l'atzar.


Nocturne de Brahms

Pourquoi faut-il des mots,
des vers et puis des strophes,
alors qu'il suffisait
de croiser nos doigts nus ?

Le bond d'une nuit

Et je me suis levé
d'un bond qui résonna
dans la chapelle immense
qui tenait lieu de chambre.

Le vieux volet claquait,
engouffrant le vent froid
par l'étroite embrasure,
brûlante de l'été. 

Je ne voyais que toi,
sous cette voûte immense
du temple inachevé
caressant les hauteurs.

Qu'importe ma chambrette
et le bond initial.
Je vécus dans ton souffle
l'extase mélomane.

Le vent s'est assagi,
refermant le volet.
Dehors, un violoncelle
cherchait son piano franc.

samedi 5 août 2023

Onegen les banderes

Construccions complicades,
mirades concentrades.
La mainada és la clau,
clau de volta s'entén.

A les parets, silents,
onegen les banderes.
La força i l'equilibri,
el seny i el valor.

De cartró l'enxaneta,
ens demana silenci,
amb un somrís forçat
que nos anima tots.












© Laura Pi

Honor del Riberal

La Vilbau és petita
per acollir la gent.
El castell net s'enfila
quan fora bufa el vent.

Vestits de coloraines,
amb posat concentrat,
els castellers s'aixequen
pensant ja a Millars.

Què bonica és la colla,
que assaja sens parar.
Les faixes són banderes,
honor del Riberal.



Un raconet discret

Un raconet discret,
una botiga falsa,
on tot és veritat
fins al color del llaç.

S'hi pot comprar teixit
de cotons exquisits.
Unes flors de paper
amb tinta de rosella.

Mes el millor no és veu,
és invisible als ulls.
Les orelles el senten.
I el lletreja un cor pur.















© Íngrid Obiol


Compartir

Compartir l'esmorzar,
les flors amb el cafè.
Estovalles boniques
que fecunden les mans.

Esmorzar d'escriptura,
míticol⋅legial.
S'encreuen ja els mots,
mentre mandreges tu.

El matí ja s'aixeca,
que nos despara taula.
A fora un gall ronc canta,
plorant els nous rellotges.



Encreuat

Un encreuat de mots.
L'encreuat teu i meu.
Nascut des del silenci
i la fredor nocturna. 

Campanades a vida,
de quarts i d'hora plena.
L'olfacte ja naixent
del record compartit.

Hem encreuat els mots
de prosa i poesia.
Continuem al matí
amb un bon cafetó.

Sotabosc

Camino lentament
pel sotabosc ombrós.
Silenci fresc. Total.

Impressió deliciosa,
el caminoi estret,
la lentitud dels passos.

Vull tancar els meus ulls
i no ensopego mai.
És un sender de somnis.

Miracle del dimoni,
o de qualque angelet.
El goig amb el gaudir.

Paper de seda

A la lleixa un tió,
un tronc amb barretina,
decorat ben estrany,
quan comença l'agost.

El calendari és mort,
les dates són els llibres
que llegirem plegats
al fil d'uns dies plens.

Les parpelles tancades
de la meva estimada
són un paper de seda
per embolicar somnis.

Cœur comptable

Que rapide est la vie
qui glisse entre nos mains 
Les paupières s'entrouvrent,
le sommeil s'abolit.

On voudrait bien mille ans,
mais les heures sont courtes,
qui courent vers le jour,
encore ensommeillées.

Alors on improvise,
on rédige des vers.
Le cœur est un comptable
qui rêve d'absolu.

Unisson distant

Et l'oreille a cessé
d'entendre les bruits clairs,
la douce symphonie
des insomnies d'été. 

Au-dessus du plafond,
tombent des perséïdes,
larmes de Saint Laurent,
ensemençant la terre 

Que brève est la nuitée,
où naissent nos poèmes,
le mètre régulier
d'un unisson distant. 

Fredolica arraulida

No hi ha punta de llit,
per la bella arraulida.
Els llençols són bandera
d'un país sens exèrcit.

De rius són les arrugues,
les noves cicatrius.
El cos és un rellotge
amb un grapat de busques.

El rectangle és oval,
quan la son ha fugit.
La fredolica bella
es beu un got de llet. 

Dormir en una veu

Dormir en una veu
i no somniar debades,
quan l'absolut és beu
a petites glopades.

Sota la meva llengua,
l'aigua del riu és mar.
Sense repòs ni treva,
em porta el dolç amar.

Escoltar la frescor
o la remor del vent,
quan, sota la fredor,
el batec ja se sent 


vendredi 4 août 2023

Voix chantantes

Il est des voix qui râpent,
jaillissant en limaille.
D'autres s'amuïssent tant
que les oreilles saignent.

Moi j'aime les chantantes,
aux inflexions de miel,
de noix, de marjolaine.

Et je les aime tant
que j'en oublie le sens,
dansant à leurs côtés, 
comme un vieux saltimbanque.

Llavor

Tot un món sencer
en una llavor bruna.
Els pans esperaran.
Me la miro i somnio.

Tan dura com la terra,
tan oval com un ou.
Porta dins les entranyes
les estacions de l'any.

I quan l'hagin segat,
la recordarà el sòl
amb el rostoll groguenc
dels llibres per escriure.

Aventure éphémère

L'aventure éphémère
d'un voilier de papier,
plié par les mains claires
d'un enfant sans le sou.

Vacances interdites,
au cœur de la cité.
Il ne reste dès lors
que les vieux prospectus.

L'enfant têtu s'affaire,
écartant les agrafes,
les feuilles trop glacées
ou mal ripolinées.

Certaines font l'affaire.
Sur un beau fond turquoise,
il y est fait réclame
d'un séjour aux Seychelles.

Les mots trompeurs s'effacent
sous la pliure habile.
Et, en un tournemain,
le voilier est monté.

Bouchant d'un doigt la bonde
de l'évier ébréché,
l'enfant s'invente une onde
où le faire voguer.

Mais hélas le voyage
est de courte durée
et le navire coule
quand il est imbibé.

Morale de l'histoire.
Bien peu peut l'infortune
contre un enfant têtu,
choisissant de rêver.

Per defugir l'oblit

Com un rierol de Cerdanya,
l'amor guia els meus mots,
senzill i sense rima,
a l'hora dels plaers.

Una brasa discreta,
la flaire d'un coixí,
un quadre del besoncle,
un aire del Trenet.

Bocins de bona vida,
barreja d'influències,
els mots ragen dels dies
per defugir l'oblit.

Ma famille, je t'aime

À Maryse, ma mère,
sans qui nous ne serions.

Familles, je vous hais...
Qu'il fallait de souffrance,
de terne aveuglement,
à Gide insatisfait,
pour s'exprimer ainsi.

Ma famille est un choix,
plaisir de chaque instant.
Chacun y a sa place,
nonobstant la distance.

Il suffit de bien peu,
pour tous nous régaler,
notre mot préféré,
quand nous faisons bombance.

Aux quatre coins de France,
nos pas nous ont portés,
mais c'est sous le soleil
que nous aimons danser.










Alpens (Catalogne), 3 août 2023, 
anniversaire des six ans d'Anaïs.

Inspiration

Si des toiles m'inspirent
c'est qu'elles me sont fournies
au détour du chemin
par une main amie.

Un cadre rococo,
une toile de lin,
la pâte aventureuse
d'un peintre de salon.

Le cliché a quitté,
le musée surpeuplé,
les badauds assoiffés
et les cars de touristes.

Je le tiens dans la main,
comme un précieux viatique,
dont le cachet provient
d'un hasard orienté.

Alpens

Al cor del Lluçanès 
serpentegen camins.
Arreu ferros forjats
i vinyetes carlines.

Al marge, el vell casino,
amb Sobejano i cartes,
sens cap fre hi juguen
uns fills afrancesats.

Amb cargols blancs i secs,
un hort estret convida
a fruir del món vell
els hostes extraviats.

Un phalanstère

Mousseuse est l'avenue
qui conduit au manoir.
Au mur, des mandalas
que les enfants ont peints.

Ah le beau phalanstère,
en marge du village.
Le vieil hôte décline
tous les attraits du soir.

Plus loin sont les bédouins,
aux tentes chamarrées. 
Dans ma main étourdie,
brille la clé des songes.

Temps aturat

Amb els ulls he entrat
dins del petit cafè.
Les taules ben parades,
ampolles amb un quadre.

Fotografía antiga,
de mitjans dels setanta.
Les cares concentrades
d'uns jugadors de cartes.

Silencioses les mans,
conversaven entre elles,
Els pentinats antics
aturaven el temps. 

 

Sur la toile de lin

Au-delà de tes yeux,
le corps prend forme et luit,
comme un verre en fusion
sous le cri du souffleur.

Le cœur qui battait grave,
se teinte des aigus,
et la main languissante
décline l'alphabet.

Temps de l'action de grâce,
de l'inarticulé,
la couleur bleue serpente
sur la toile de lin.


jeudi 3 août 2023

Entre lilà i lila

Entre lilà et lila,
el quadre es defineix
Entre la terra i l'illa,
mon cor es dirimeix.

Trois août

À ma fille

Qu'il est beau ce trois août,
qui naît dans la fraîcheur.
Anaïs dort encore,
rêvant à ses jouets.

Une petite blonde,
qui sautille et bondit,
le cœur entre deux mondes
et le sourire aux lèvres.

Bientôt viendront les mots
du vieil abécédaire,
le plaisir des lectures,
la jolie écriture.

Mais l'heure est au plaisir
de son anniversaire,
le rire des cousins
et la magie d'Alpens .



Llet de lletres

Llet de lletres noves.
Llit de llibres nobles.
El son abeura els versos.

Frescor de la muntanya,
on ja dorm l'estimada
en un bressol de grills.

Les lletres donen llet,
quan la veu se les mira
cap als matins d'agost.

Pour t'aimer à rebours

Ricochets de l'eau vive,
filant entre les pierres
pour abreuver la terre.

La main s'y penche et luit.
Vif-argent qui s'y glace,
s'arrête un brin et fuit.

Ainsi va le discours,
chantre des hautes terres,
pour t'aimer à rebours 

Douceur

Douceur d'une demande
que je croyais sans but.

Si loin de la mer bleue
et de ses turbulences,

mes vers sont parvenus
à s'asseoir à la table,

où le lit disparaît,
quand s'amorce l'écrit 

Infructueuse demande

Demande-moi la lune
et ris de mon silence.
La nuit est sans pitié
pour les voyeurs transis.

La lune est mon aimée
que je vois sans mot dire. 
Elle change de couleur
en décrivant son cercle.

Les heures sans pitié
détruisent le décor,
où je la contemplais
sans crainte de tes mots 

 

Sans ventre ni livrée

J'aime le vent qui souffle,
quand s'éteignent les lampes.
Les cloches arrêtées,
la nuit s'étire et file.

Le vent gonfle et mugit,
la  porte s'ouvre et claque.
Je joue à avoir peur
et frissonne insolent.

Quelques heures suffisent
à s'inventer un monde gris,
où les serpents ondulent
sans ventre ni livrée.