Comme pétrifiés par le plaisir
qui s'annonce et te renverse,
tes genoux ne courent pas.
Ils ne s'écorchent plus comme
quand tu jouais sur le terrain
de craie sèche du 4ème Zouave.
Ils sont doux et lisses. Pleins
d'un nectar qui jamais ne dit
son nom mais chante l'après-midi
quand le soleil décroît. Tes jambes
alors sont pirogues et le fleuve
jaunit. Que viennent les haleurs
et qu'ils prennent un ferme appui
sur tes genoux mes amants. La mer,
dès lors, ne sera plus loin.
jeudi 12 décembre 2019
Une image oubliée
à A. P. R.
Le lexique amoureux
d'Adonis en six pieds,
ah la belle gageure !
Et pourtant me voilà,
recueillant d'Andrea
ce volume serré
d'une typologie
des amours incertaines,
au tournant du chemin.
Très sages tercets ou
calligrammes osés,
ses mots en éventail,
Adonis de l'amour
livre une des clés
puis m'invite à écrire.
Le lexique amoureux
d'Adonis en six pieds,
ah la belle gageure !
Et pourtant me voilà,
recueillant d'Andrea
ce volume serré
d'une typologie
des amours incertaines,
au tournant du chemin.
Très sages tercets ou
calligrammes osés,
ses mots en éventail,
Adonis de l'amour
livre une des clés
puis m'invite à écrire.
Bruits
Presque inaudibles sur le fond
grave, des bruits comme du gravier
sous le pied du voleur précautionneux.
Tu n'en dis rien et meuble l'échange
de rires étouffés. Je tends l'oreille
et te surprends. Sous l'œil impassible
du chat Maxou, tu goûtes, sans ciller,
telle une ventriloque de la secrète.
Je m'en repais et te souris, silencieux.
grave, des bruits comme du gravier
sous le pied du voleur précautionneux.
Tu n'en dis rien et meuble l'échange
de rires étouffés. Je tends l'oreille
et te surprends. Sous l'œil impassible
du chat Maxou, tu goûtes, sans ciller,
telle une ventriloque de la secrète.
Je m'en repais et te souris, silencieux.
Peau-aime
Comment ne pas aimer ta peau,
au matin, perlée de senteurs
que le drap, indécent, exhale ?
Comment ne pas y écrire, sans
encre ni poinçon, le plus doux
des poèmes, en vers libres et
blancs ? Comment ne pas résister
au plaisir de te confier, au creux
de l'oreille, une interminable
histoire dont tu serais l'héroïne
interstellaire puis, une goutte
tombant de mes lèvres sur ton
lobe joli, me rapprocher de ton
cou me taire et laisser ma peau
parler, tout bas, à la tienne ?
au matin, perlée de senteurs
que le drap, indécent, exhale ?
Comment ne pas y écrire, sans
encre ni poinçon, le plus doux
des poèmes, en vers libres et
blancs ? Comment ne pas résister
au plaisir de te confier, au creux
de l'oreille, une interminable
histoire dont tu serais l'héroïne
interstellaire puis, une goutte
tombant de mes lèvres sur ton
lobe joli, me rapprocher de ton
cou me taire et laisser ma peau
parler, tout bas, à la tienne ?
mercredi 11 décembre 2019
Tu as pleuré
Tu as pleuré, à midi,
dans la clarté du jour,
après le plaisir,
dans le léger frisson
qui t'a rendue au monde.
La pièce avait fraîchi,
les chats te regardaient.
Au loin, la ville bruissait,
lente, gauche et océane.
Tu as pleuré, ce midi,
puis tu t'en es allée
toute libérée du désir.
dans la clarté du jour,
après le plaisir,
dans le léger frisson
qui t'a rendue au monde.
La pièce avait fraîchi,
les chats te regardaient.
Au loin, la ville bruissait,
lente, gauche et océane.
Tu as pleuré, ce midi,
puis tu t'en es allée
toute libérée du désir.
Épuisement fécond
Les yeux déjà se ferment
et l'attention s'épuise,
la voix se casse en six.
La couche est là qui veille,
le drap déjà tiédit
et la nuit nous appelle.
Mais l'amour est plus fort,
qui tourmente et féconde.
On joue aux osselets
les mots de la tribu.
On ne veut que le mètre,
on délaisse la rime.
Le mot s'épure enfin
qu'on croyait empesé.
Que viennent les sirènes,
qu'elles nous tirent enfin
du nez les vers anciens
et l'attention s'épuise,
la voix se casse en six.
La couche est là qui veille,
le drap déjà tiédit
et la nuit nous appelle.
Mais l'amour est plus fort,
qui tourmente et féconde.
On joue aux osselets
les mots de la tribu.
On ne veut que le mètre,
on délaisse la rime.
Le mot s'épure enfin
qu'on croyait empesé.
Que viennent les sirènes,
qu'elles nous tirent enfin
du nez les vers anciens
et la passion profonde.
mardi 10 décembre 2019
L'anniversaire
D'un fils, le plus petit.
Friandises de la Saint
Nicolas et caresse froide
de l'hiver. Dix ans d'amour
et un jour anniversaire à
deux, la mère, les mains
sur le ventre, en présent
au monde impatient. Nul mot
n'en traduira la félicité.
Friandises de la Saint
Nicolas et caresse froide
de l'hiver. Dix ans d'amour
et un jour anniversaire à
deux, la mère, les mains
sur le ventre, en présent
au monde impatient. Nul mot
n'en traduira la félicité.
Mots ben creuats / Des mots bien croisés
al Pau Gener, foeta.
Alineats en angles perfectes,
els mots s'esposen, rics dels
seus origens distints.
Res d'hispanismes grollers i
fàcils. La riquesa d'uns bons
xenismes que canvii l'espectre
de l'arc de Sant Martí i ens
inviti a rodar pel món i a
tornar al forn.
***
Alignés en angles parfaits,
les mots s'épousent, riches de
leurs origines diverses.
Nul hispanisme grossier et
facile. La richesse de bons
xénismes qui change le spectre
de l'arc en ciel et nous
invite à courir le monde
pour revenir chez nous.
Alineats en angles perfectes,
els mots s'esposen, rics dels
seus origens distints.
Res d'hispanismes grollers i
fàcils. La riquesa d'uns bons
xenismes que canvii l'espectre
de l'arc de Sant Martí i ens
inviti a rodar pel món i a
tornar al forn.
***
Alignés en angles parfaits,
les mots s'épousent, riches de
leurs origines diverses.
Nul hispanisme grossier et
facile. La richesse de bons
xénismes qui change le spectre
de l'arc en ciel et nous
invite à courir le monde
pour revenir chez nous.
lundi 9 décembre 2019
Et le vent...
Et le vent s'est levé,
que l'on croyait parti.
Il a gonflé les voiles
rapiécées et emmené sur
le lac les plus aguerris
des pêcheurs. Au village,
les femmes font bouillir
l'eau et y jettent le sel,
les épices et les herbes.
Elles scrutent l'horizon
dans l'espoir des barques
alourdies de poissons gris.
Une nuit passe, puis deux,
le jour est vide de vie et
les oiseaux ne se lèvent plus.
Au troisième, ils tournoient
désorientés puis font route
vers le large d'où viennent
les voiliers. Le retour est
lent mais déjà le village de
tend de pavois aux couleurs
vives. La fête durera longtemps,
comme un hommage à cet espoir
que, par deux fois, on croyait perdu.
que l'on croyait parti.
Il a gonflé les voiles
rapiécées et emmené sur
le lac les plus aguerris
des pêcheurs. Au village,
les femmes font bouillir
l'eau et y jettent le sel,
les épices et les herbes.
Elles scrutent l'horizon
dans l'espoir des barques
alourdies de poissons gris.
Une nuit passe, puis deux,
le jour est vide de vie et
les oiseaux ne se lèvent plus.
Au troisième, ils tournoient
désorientés puis font route
vers le large d'où viennent
les voiliers. Le retour est
lent mais déjà le village de
tend de pavois aux couleurs
vives. La fête durera longtemps,
comme un hommage à cet espoir
que, par deux fois, on croyait perdu.
Paroles
Paroles qui surgissent du silence,
jaillissent, se recouvrent, trébuchent,
se bousculent et ensemencent les terres
autrefois arides. Paroles de lumière,
lampions à bout de bras, lumignons,
fanals qui font de la nuit un grand bal.
Paroles nécessaires à l'amour qu'elles
irriguent et développent dans des sens
insoupçonnés, unissant les cœurs et
délassant les corps que le quotidien
malmenait. Paroles qui gèlent quand elles
ne sourdent plus, aveugles, orphelines.
Paroles hibernantes, sous la neige douce,
et qui attendent leur printemps au cœur
même de l'hiver. Espoir, espérance. Mots.
jaillissent, se recouvrent, trébuchent,
se bousculent et ensemencent les terres
autrefois arides. Paroles de lumière,
lampions à bout de bras, lumignons,
fanals qui font de la nuit un grand bal.
Paroles nécessaires à l'amour qu'elles
irriguent et développent dans des sens
insoupçonnés, unissant les cœurs et
délassant les corps que le quotidien
malmenait. Paroles qui gèlent quand elles
ne sourdent plus, aveugles, orphelines.
Paroles hibernantes, sous la neige douce,
et qui attendent leur printemps au cœur
même de l'hiver. Espoir, espérance. Mots.
Verbes défectifs
Il est des verbes que l'usage ampute,
leur enlevant, qui des personnes, qui
des temps, avant de nous laisser
inconsolés. Ainsi en est-il de clore
qui nous interdit le passé simple,
nous condamnant au passé composé,
comme si la clôture n'était jamais
tout à fait révolue, comme si, de dire
les choses, elles vivaient encore un peu.
leur enlevant, qui des personnes, qui
des temps, avant de nous laisser
inconsolés. Ainsi en est-il de clore
qui nous interdit le passé simple,
nous condamnant au passé composé,
comme si la clôture n'était jamais
tout à fait révolue, comme si, de dire
les choses, elles vivaient encore un peu.
Le goût de ta bouche
Je m'étais levé d'un bond,
la nuit, dans la pièce noire
et froide. Ma bouche, sèche
et insipide, avait perdu le goût
de la tienne. C'est alors que
mes paupières, pareilles au
rideau sombre des anciens cinémas,
se sont closes pour me laisser te
retrouver. Il pleuvait, l'eau
impérieuse qui, dans l'avenue, emportait
tout, glissait sur tes joues. Une goutte,
plus lourde que les autres, s'accrocha
à la commissure droite de tes lèvres.
Je fermai les yeux et la gobai d'un coup,
avide, comme assoiffé, au milieu du torrent.
Nous nous enlaçâmes, nous embrassâmes, le monde
pouvait bien basculer dans le bourbier. Ta bouche,
aux fraises des lèvres, mêlait la mandarine du palais.
la nuit, dans la pièce noire
et froide. Ma bouche, sèche
et insipide, avait perdu le goût
de la tienne. C'est alors que
mes paupières, pareilles au
rideau sombre des anciens cinémas,
se sont closes pour me laisser te
retrouver. Il pleuvait, l'eau
impérieuse qui, dans l'avenue, emportait
tout, glissait sur tes joues. Une goutte,
plus lourde que les autres, s'accrocha
à la commissure droite de tes lèvres.
Je fermai les yeux et la gobai d'un coup,
avide, comme assoiffé, au milieu du torrent.
Nous nous enlaçâmes, nous embrassâmes, le monde
pouvait bien basculer dans le bourbier. Ta bouche,
aux fraises des lèvres, mêlait la mandarine du palais.
Greffes
à P. G.
Affûté, le couteau court
et recourbé tranche net
la branche fine.
La sève sourd qui se mêle
au sang du jardinier qui
s'essuie machinal avant
de refaire son geste avec
une bouture et de doucement
les assembler en les liant.
La terre reposera, sous la
pluie et le soleil, et, un
jour ces mêmes mains
cueilleront le fruit tendre
et doucereux, tel un nectar
élevé dans une ombreuse cave.
Affûté, le couteau court
et recourbé tranche net
la branche fine.
La sève sourd qui se mêle
au sang du jardinier qui
s'essuie machinal avant
de refaire son geste avec
une bouture et de doucement
les assembler en les liant.
La terre reposera, sous la
pluie et le soleil, et, un
jour ces mêmes mains
cueilleront le fruit tendre
et doucereux, tel un nectar
élevé dans une ombreuse cave.
Point du jour
Le soleil piaffe, derrière
la ligne glacée. Il veut
te voir, te couvrir de son
or tiède au matin. D'un coup
ou lentement. L'aube désire tes
baisers. Mon âme, ta pensée.
Migranya / Migraine
Els llençols s'han tenyit de negre.
Ajaguda dins la foscor, tanques
els ulls. Ni visió ni records.
Patiment. Hores llargues. Angor.
Angoixa i gust de sang a la boca
resseca. La casa s'ha buidat
i les curves del camí són basques.
La son és un desig, els sons són
un càstig. Vida. Pura i terrible.
***
Les draps se sont teints en noir.
Allongée dans l'obscurité, tu fermes
Les yeux. Ni vision ni souvenir.
Souffrance. Longues heures. Angor.
Angoisse et goût de sang dans la bouche
sèche. La maison s'est vidée
Et les tournants un haut le cœur.
Le sommeil, un désir. Les son,s
un châtiment. Vie. Pure et terrible.
dimanche 8 décembre 2019
Incarnat
Le soir tombe, la lumière
s'en va, de la vie ne demeure
que ton souffle et l'incarnat
tendre de tes lèvres entrouvertes
dans le sommeil. Ta fille à tes côtés
marque le temps de la nuit en horloge
régulière. Bientôt les draps boiront
ta conscience et la tiédeur de vos âmes
C'est alors que je marcherai dans le noir.
s'en va, de la vie ne demeure
que ton souffle et l'incarnat
tendre de tes lèvres entrouvertes
dans le sommeil. Ta fille à tes côtés
marque le temps de la nuit en horloge
régulière. Bientôt les draps boiront
ta conscience et la tiédeur de vos âmes
C'est alors que je marcherai dans le noir.
La route et le silence
La route est longue. Froide, sèche.
De part et d'autre, un canyon. Devant,
un camion bâché aveugle. Monotonie
du trajet. Le chauffeur, appointé,
ne parle pas. Derrière ses verres
fumés, il mâchouille une papier maïs.
La passagère est en peine, immobile.
Au loin, la vie file qui lui fut donnée.
Elle restera peu avant de repartir
et de retrouver sa fille, en d'autres
lieux mal aimée. Au loin, plus loin
encore, un autre homme est là. Et se tait.
De part et d'autre, un canyon. Devant,
un camion bâché aveugle. Monotonie
du trajet. Le chauffeur, appointé,
ne parle pas. Derrière ses verres
fumés, il mâchouille une papier maïs.
La passagère est en peine, immobile.
Au loin, la vie file qui lui fut donnée.
Elle restera peu avant de repartir
et de retrouver sa fille, en d'autres
lieux mal aimée. Au loin, plus loin
encore, un autre homme est là. Et se tait.
vendredi 6 décembre 2019
Mandarines
a L.B.
Dia de Sant Nicolau, res d'avet
o de pi silvestre, l'amic Lluc
m'invita a passejar pel jardí.
Són les dues, un migdia zenital,
camino lentament per la gespa
molla, m'entren ganes de córrer,
però m'aturo, com petrificat per
la visió d'unes fruites petites,
rodones, brillants i, discretament
oloroses. Mandarines. Una, dues, deu,
trenta, cent. Les acaricio amb els ulls
i les acarono amb les mans abans de
collir-les d'un cop sec i tendre. Hores
de goig senzill i ver. En aquest moment
precís, el centre del món és Bonpàs.
***
Jour de Saint Nicolas. Ni sapin,
ni pin sylvestre, l'ami Luc
m'invite à me promener dans son jardin.
Il est deux heures. Midi au zénith,
je marche lentement sur le gazon
mouillé, j'ai envie de courir,
mais je m'arrête, comme pétrifié
par la vision de petits fruits,
ronds, brillants, et, discrètement,
odorants. Des mandarines. Une, deux, dix,
trente, cent. Je les caresse avec les yeux
et les câline avec les mains avant de
les cueillir d'un coup sec et tendre. Des heures
de joie simple et vraie. À ce moment
précis, le centre du monde, c'est Bompas.
Dia de Sant Nicolau, res d'avet
o de pi silvestre, l'amic Lluc
m'invita a passejar pel jardí.
Són les dues, un migdia zenital,
camino lentament per la gespa
molla, m'entren ganes de córrer,
però m'aturo, com petrificat per
la visió d'unes fruites petites,
rodones, brillants i, discretament
oloroses. Mandarines. Una, dues, deu,
trenta, cent. Les acaricio amb els ulls
i les acarono amb les mans abans de
collir-les d'un cop sec i tendre. Hores
de goig senzill i ver. En aquest moment
precís, el centre del món és Bonpàs.
***
Jour de Saint Nicolas. Ni sapin,
ni pin sylvestre, l'ami Luc
m'invite à me promener dans son jardin.
Il est deux heures. Midi au zénith,
je marche lentement sur le gazon
mouillé, j'ai envie de courir,
mais je m'arrête, comme pétrifié
par la vision de petits fruits,
ronds, brillants, et, discrètement,
odorants. Des mandarines. Une, deux, dix,
trente, cent. Je les caresse avec les yeux
et les câline avec les mains avant de
les cueillir d'un coup sec et tendre. Des heures
de joie simple et vraie. À ce moment
précis, le centre du monde, c'est Bompas.
une tranche de vie
Trente secondes. Aveugles.
Un mince fichier logé dans
le plastique de mon mobile.
Et mon cœur qui s'accélère
sur ton battement. Puissant,
régulier. Tes bras qui tranchent
l'obscurité du studio. Me parlent
puis rejoignent les autres. Accord.
Mélodie d'un vendredi treize.
jeudi 5 décembre 2019
Un cours de seconde
Tu les secondes et tu cours,
d'un lycée à l'autre, des vers
plein les mains.
Un cours de seconde, puis deux.
Une heure et vingt secondes pour
Desnos et pour Apollinaire un baiser.
Que courte est la journée quand
la ville est si longue. Et que douces
sont tes mains après tes secondes.
Mon coquelicot
De ta tige gracile, si pâle,
tu frôles l'acier doux des voies
que tu caresses avec nonchalance.
Mais que passe un express et tu te
couches, la joue contre le ballast
que tu éclabousses de ton sang clair.
Fleur libre mais enchaînée aux deux rails
et aux traverses de béton. Tige souple
et robuste qui jamais ne se rompt
ni même se plie. Mon coquelicot ferré,
tu es pareil à mon amour funambule entre
le cuivre des cymbales et la vitre du lycée.
tu frôles l'acier doux des voies
que tu caresses avec nonchalance.
Mais que passe un express et tu te
couches, la joue contre le ballast
que tu éclabousses de ton sang clair.
Fleur libre mais enchaînée aux deux rails
et aux traverses de béton. Tige souple
et robuste qui jamais ne se rompt
ni même se plie. Mon coquelicot ferré,
tu es pareil à mon amour funambule entre
le cuivre des cymbales et la vitre du lycée.
Sottie
L'amour se joue du temps
mais le temps fuit l'amour.
Que juteux est le fruit
que la bouche défend
contre l'empressement,
et que belle est la main
qui le retient de choir
avant que vienne l'heure.
Le temps joue à l'amour
mais l'amour n'a pas l'temps.
mais le temps fuit l'amour.
Que juteux est le fruit
que la bouche défend
contre l'empressement,
et que belle est la main
qui le retient de choir
avant que vienne l'heure.
Le temps joue à l'amour
mais l'amour n'a pas l'temps.
mercredi 4 décembre 2019
D'une amie
à C. d. R.
Je reçois d'une amie
un manuscrit, avec
son unique confiance.
Et le temps se fait
lent, page à page,
vers à vers.
Tant de silences et
d'images, de mots forts,
de sablier grinçant
sous les ans comme noria
sous l'effort. Je feuillette,
je suspends l'annotation,
la parole est libre encore et
la tige du coquelicot résiste
avant d'être coupée d'un coup.
Je reçois d'une amie
un manuscrit, avec
son unique confiance.
Et le temps se fait
lent, page à page,
vers à vers.
Tant de silences et
d'images, de mots forts,
de sablier grinçant
sous les ans comme noria
sous l'effort. Je feuillette,
je suspends l'annotation,
la parole est libre encore et
la tige du coquelicot résiste
avant d'être coupée d'un coup.
Effluve
J'aime ces mots vaporeux qui hésitent,
entre un genre ou l'autre, contraignant
les orateurs pressés à feuilleter fébriles
de gros dictionnaires. L'effluve est l'un
deux que l'apostrophe sauve un temps du
choix cornélien. Il est de puissantes
effluves et des effluves doucereux, comme
la main se plaît à se plonge dans l'onde
qui naguère caressait les cheveux.
entre un genre ou l'autre, contraignant
les orateurs pressés à feuilleter fébriles
de gros dictionnaires. L'effluve est l'un
deux que l'apostrophe sauve un temps du
choix cornélien. Il est de puissantes
effluves et des effluves doucereux, comme
la main se plaît à se plonge dans l'onde
qui naguère caressait les cheveux.
L'or pressé du matin
À quelques minutes de la porte bleu
clair et des cartables qui s'ouvrent
bruyamment, il t'attend, ce verre
clair, sans une trace, et qui pèse
de l'or pressé des oranges d'occident.
Délice qui gerce parfois les lèvres
et qu'adoucit le feuilleté du croissant.
Breuvage doux qui tempère la hâte et
apaise le cœur par le trajet secoué.
Promesse de l'or brûlant du soir et des
effluves de menthe et de jasmin dans ce
curieux jardin aux portes de la ville.
clair et des cartables qui s'ouvrent
bruyamment, il t'attend, ce verre
clair, sans une trace, et qui pèse
de l'or pressé des oranges d'occident.
Délice qui gerce parfois les lèvres
et qu'adoucit le feuilleté du croissant.
Breuvage doux qui tempère la hâte et
apaise le cœur par le trajet secoué.
Promesse de l'or brûlant du soir et des
effluves de menthe et de jasmin dans ce
curieux jardin aux portes de la ville.
Le ferment de l'absence
L'absence comme un ferment,
une compagne des instants,
comme une force, une invite,
l'exigence vive et sereine
d'inventer ta présence par
des mots, des couleurs,
des images vibrantes comme des
gongs. Dès le point du jour
et jusqu'à la nuit noire.
L'absence comme un serment,
un compagnon des moments,
comme un guide, un présent.
une compagne des instants,
comme une force, une invite,
l'exigence vive et sereine
d'inventer ta présence par
des mots, des couleurs,
des images vibrantes comme des
gongs. Dès le point du jour
et jusqu'à la nuit noire.
L'absence comme un serment,
un compagnon des moments,
comme un guide, un présent.
Ta voix dans l'obscurité
Ta voix chuchotée, presque
inaudible. Un froissement
d'étoffe contre l'oreille.
Ta voix un brin suppliante
et qui parle pour mieux
se taire et écouter.
Ruisseaux du fil de la nuit
qui se mêlent et se confondent
sous le sceau du désir.
Ta voix cesse, elle est partie.
Ton souffle lui succède, grave,
confiant. La pénombre s'abolit,
l'obscurité totale se fait, froide,
et ma voix, qui t'accompagne, relève
un peu, si peu, la couette qui te couvre.
inaudible. Un froissement
d'étoffe contre l'oreille.
Ta voix un brin suppliante
et qui parle pour mieux
se taire et écouter.
Ruisseaux du fil de la nuit
qui se mêlent et se confondent
sous le sceau du désir.
Ta voix cesse, elle est partie.
Ton souffle lui succède, grave,
confiant. La pénombre s'abolit,
l'obscurité totale se fait, froide,
et ma voix, qui t'accompagne, relève
un peu, si peu, la couette qui te couvre.
lundi 2 décembre 2019
Pluie
Il pleut sur les vitres
et tu frissonnes. La cour
a perdu ses couleurs
Et les tables et les sièges
grelottent sans les rires
des élèves. Je devine ton
front songeur qui se pose contre
le carreau et se souvient.
Tu devenais femme. Une fête
improvisée réveillait le quartier
quand soudain la pluie s'abattit,
contraignant à ranger tables et
pliants. Tes pleurs salés se mêlaient
à la pluie du ciel, ta complice.
Tu étais triste et voyais déjà
ta carrière de sprinteuse brusquement
fauchée. Les années ont passé. Du sang,
tu as façonné la vie, par deux fois,
et l'eau qui tombe s'est affadie. Mais
Dieu que tu aimerais retrouver un peu
du sel qui la baptisait alors.
et tu frissonnes. La cour
a perdu ses couleurs
Et les tables et les sièges
grelottent sans les rires
des élèves. Je devine ton
front songeur qui se pose contre
le carreau et se souvient.
Tu devenais femme. Une fête
improvisée réveillait le quartier
quand soudain la pluie s'abattit,
contraignant à ranger tables et
pliants. Tes pleurs salés se mêlaient
à la pluie du ciel, ta complice.
Tu étais triste et voyais déjà
ta carrière de sprinteuse brusquement
fauchée. Les années ont passé. Du sang,
tu as façonné la vie, par deux fois,
et l'eau qui tombe s'est affadie. Mais
Dieu que tu aimerais retrouver un peu
du sel qui la baptisait alors.
samedi 30 novembre 2019
La fille qui courait après le soleil
Elle courait. D'école en collège
et de collège en lycée. Déjà fine
et racée, elle chaussait de minces
semelles de vent. D'est en ouest.
Toujours. Comme si la naissance du
jour basculait aussitôt vers son
terme rougeoyant. Les coupes s'oxydaient,
ses semelles lui pesaient, les records
l'ennuyaient. Elle voulait aller plus haut,
plus vite. Le cuivre des cymbales raviva
les couleurs des coupes remisées et de petits
monomoteurs lui firent humer le vent. Sans semelle.
et de collège en lycée. Déjà fine
et racée, elle chaussait de minces
semelles de vent. D'est en ouest.
Toujours. Comme si la naissance du
jour basculait aussitôt vers son
terme rougeoyant. Les coupes s'oxydaient,
ses semelles lui pesaient, les records
l'ennuyaient. Elle voulait aller plus haut,
plus vite. Le cuivre des cymbales raviva
les couleurs des coupes remisées et de petits
monomoteurs lui firent humer le vent. Sans semelle.
N&L
Il est l'ami de vingt ans,
le compagnon de fortune et
de bien peu d'infortunes.
Elle, je ne la connais pas
encore mais je la vois dans
chacune des pupilles vives
de mon ami phoète. Il manie
la pince et le trocard. Elle,
les ciseaux et le peigne.
Comme des duellistes ou de
sacrés farceurs. Elle a l'accent
du pastis, lui marche au Corbières.
Ou à la bière. De corps. De corps
de garde. Ses mots et ses clichés
disent l'amour. Un amour neuf et
vivifiant, revigorant. Bien avant
qu'il ne m'en confie la raison,
j'avais compris :
«Si tu veux délaisser la haine,
choisis une pépette en N.»
le compagnon de fortune et
de bien peu d'infortunes.
Elle, je ne la connais pas
encore mais je la vois dans
chacune des pupilles vives
de mon ami phoète. Il manie
la pince et le trocard. Elle,
les ciseaux et le peigne.
Comme des duellistes ou de
sacrés farceurs. Elle a l'accent
du pastis, lui marche au Corbières.
Ou à la bière. De corps. De corps
de garde. Ses mots et ses clichés
disent l'amour. Un amour neuf et
vivifiant, revigorant. Bien avant
qu'il ne m'en confie la raison,
j'avais compris :
«Si tu veux délaisser la haine,
choisis une pépette en N.»
jeudi 28 novembre 2019
Tornar a traduir / Retraduire
al T. G.
M'agrada tornar a la traducció, lenta,
exigent, farcida de dubtes grans i de
joies petites. Aquest exercici anònim
que em manté hores i hores, cap cot,
davant de la pantalla encegadora per
a cisellar girs i expressions i fer-me
desaparèixer rere la paraula aliena i
tan propera alhora. Aprendre coses noves,
entrar en un altre món amb els seus mots,
la seva flaire, les seves relacions, el seu
relleu on somric i ric en aixecar-me de la
cadira per a beure un got d'aire ben fresca.
***
J'aime revenir à la traduction, lente,
exigeante, farcie de grands doutes et de
petites joies. Cet exercice anonyme
qui me maintient des heures durant, tête basse,
devant l'écran aveuglant pour ciseler
tournures et expressions et me faire
disparaître derrière la parole d'autrui
et pourtant si proche. Apprendre de nouvelles choses,
entrer dans un autre monde avec ses mots,
son odeur, ses relations, son
relief où je souris et ris en me levant de
ma chaise pour boire un verre d'eau bien fraîche
M'agrada tornar a la traducció, lenta,
exigent, farcida de dubtes grans i de
joies petites. Aquest exercici anònim
que em manté hores i hores, cap cot,
davant de la pantalla encegadora per
a cisellar girs i expressions i fer-me
desaparèixer rere la paraula aliena i
tan propera alhora. Aprendre coses noves,
entrar en un altre món amb els seus mots,
la seva flaire, les seves relacions, el seu
relleu on somric i ric en aixecar-me de la
cadira per a beure un got d'aire ben fresca.
***
J'aime revenir à la traduction, lente,
exigeante, farcie de grands doutes et de
petites joies. Cet exercice anonyme
qui me maintient des heures durant, tête basse,
devant l'écran aveuglant pour ciseler
tournures et expressions et me faire
disparaître derrière la parole d'autrui
et pourtant si proche. Apprendre de nouvelles choses,
entrer dans un autre monde avec ses mots,
son odeur, ses relations, son
relief où je souris et ris en me levant de
ma chaise pour boire un verre d'eau bien fraîche
Dans le taxi
Dans le taxi, plus de rouge baiser taché
de boue ou cabossé. De la poussière sur
l'anthracite des sièges et du tableau
de bord et, surtout, les bruits de la ville
que la conversation chuchotée laisse filtrer.
Clochettes, musique saturée, voix chantantes
ou emportées. Envoûtante indiscrétion du mobile
collé à l'oreille qu'il tiédit, en indissoluble
union avec le monde qui l'environne et me fascine.
de boue ou cabossé. De la poussière sur
l'anthracite des sièges et du tableau
de bord et, surtout, les bruits de la ville
que la conversation chuchotée laisse filtrer.
Clochettes, musique saturée, voix chantantes
ou emportées. Envoûtante indiscrétion du mobile
collé à l'oreille qu'il tiédit, en indissoluble
union avec le monde qui l'environne et me fascine.
Le cuivre et la peau
Un peu terne dans le soir qui tombe,
le cuivre regarde la peau marbrée de coups.
L'heure est fraîche et la salle, exiguë,
est calme. Bientôt, les musiciens arriveront
et parmi les hommes au verbe haut, une femme.
Elle disjoindra les baguettes de bois appariées
et rendra à la peau sa tension souple et ses larmes
mouchetées. Le cuivre sera gong et tranchera l'air
pendant deux heures au moins. À chacun, déchaînée,
la femme paiera son tribut. Au cuivre, sur sa gauche,
à la peau sur sa droite. Sous sa robe zébrée, aveugle,
sa poitrine voudra rejoindre la peau si blanche,
imaginant les doigts du voyageur à la place des baguettes
de bois clair. Dans un ultime roulement, elle tournera
le visage que mes mains, peau et cuivre, chériront enfin.
le cuivre regarde la peau marbrée de coups.
L'heure est fraîche et la salle, exiguë,
est calme. Bientôt, les musiciens arriveront
et parmi les hommes au verbe haut, une femme.
Elle disjoindra les baguettes de bois appariées
et rendra à la peau sa tension souple et ses larmes
mouchetées. Le cuivre sera gong et tranchera l'air
pendant deux heures au moins. À chacun, déchaînée,
la femme paiera son tribut. Au cuivre, sur sa gauche,
à la peau sur sa droite. Sous sa robe zébrée, aveugle,
sa poitrine voudra rejoindre la peau si blanche,
imaginant les doigts du voyageur à la place des baguettes
de bois clair. Dans un ultime roulement, elle tournera
le visage que mes mains, peau et cuivre, chériront enfin.
La plage, en hiver, la nuit
L'eau glacée clapote et entre
dans mes chaussures mal fermées.
La lune, gibbeuse est mince et
entrave mes pas.
Sur ma gauche, je distingue un gris
moins sombre où furent il y a quelques
mois encore les parasols et les jeux
d'un été héraultais.
La plage n'est plus, ou pas encore, et
pas à pas, gonflées d'eau, mes chaussures
soulèvent un peu de cette chrysalide qui
nous prépare, en silence, l'été prochain.
dans mes chaussures mal fermées.
La lune, gibbeuse est mince et
entrave mes pas.
Sur ma gauche, je distingue un gris
moins sombre où furent il y a quelques
mois encore les parasols et les jeux
d'un été héraultais.
La plage n'est plus, ou pas encore, et
pas à pas, gonflées d'eau, mes chaussures
soulèvent un peu de cette chrysalide qui
nous prépare, en silence, l'été prochain.
Sur une musique ancienne
Sur une musique ancienne,
ton poignet avait glissé,
jetant une tache pâle
sur le bois sombre du café.
Il était tard, les gens se
levaient, rentrant chez eux,
au terme de longs trajets.
Nous, nous restions là, papotant
sans fin, les yeux dans les yeux,
les langues se mêlant dans nos
voix un peu cassées. La musique,
au fil de la soirée, s'était repliée
sur de vieux standards en anglais,
délicieusement désuets et sirupeux.
Tu m'appris des détails de ta ville
dans les heures où nul ne sort.
Le passage à vive allure des camions
de livraison, les petits taxis rouges
raccompagnant les fêtards épuisés.
Deux ou trois silhouettes minces comme
des couteaux dans le gris et marchant
d'un pas assuré vers un avenir meilleur.
Ton poignet avait glissé. Mes doigts
aimants le saisirent et le portèrent à
mes lèvres jusqu'à l'heure où je t'écris.
ton poignet avait glissé,
jetant une tache pâle
sur le bois sombre du café.
Il était tard, les gens se
levaient, rentrant chez eux,
au terme de longs trajets.
Nous, nous restions là, papotant
sans fin, les yeux dans les yeux,
les langues se mêlant dans nos
voix un peu cassées. La musique,
au fil de la soirée, s'était repliée
sur de vieux standards en anglais,
délicieusement désuets et sirupeux.
Tu m'appris des détails de ta ville
dans les heures où nul ne sort.
Le passage à vive allure des camions
de livraison, les petits taxis rouges
raccompagnant les fêtards épuisés.
Deux ou trois silhouettes minces comme
des couteaux dans le gris et marchant
d'un pas assuré vers un avenir meilleur.
Ton poignet avait glissé. Mes doigts
aimants le saisirent et le portèrent à
mes lèvres jusqu'à l'heure où je t'écris.
mercredi 27 novembre 2019
A contracorriente
Mientras se pone el sol, uniéndose naranja
don la curva del horizonte, desandas lo andado
y regresas a casa, precipitadamente, en taxi.
No dejas de rozar con la mirada las aristas de hormigón
de los barrios nuevos y tropiezas con los modales inauditos
de aquellos que comparten el espacio contigo. Has dejado
atrás, el libro amado y los versos consabidos. Ahora estás
pescando detalles para aplacar la sed de tu amigo el poeta.
Ya se ha cerrado la noche y te entran ganas de dormir.
don la curva del horizonte, desandas lo andado
y regresas a casa, precipitadamente, en taxi.
No dejas de rozar con la mirada las aristas de hormigón
de los barrios nuevos y tropiezas con los modales inauditos
de aquellos que comparten el espacio contigo. Has dejado
atrás, el libro amado y los versos consabidos. Ahora estás
pescando detalles para aplacar la sed de tu amigo el poeta.
Ya se ha cerrado la noche y te entran ganas de dormir.
La pérdida del duende
De tanto leer poemas tuyos para publicarlos,
has perdido el duende y lo estás buscando por
todos los rincones de la casa.
Ya sabes que te está esperando la musa, de vuelta
a casa. No te atreves a decirle nada. Una excusa.
Una escapatoria. Y sigues buscando el dichoso duende.
has perdido el duende y lo estás buscando por
todos los rincones de la casa.
Ya sabes que te está esperando la musa, de vuelta
a casa. No te atreves a decirle nada. Una excusa.
Una escapatoria. Y sigues buscando el dichoso duende.
Contreplongée
Il est tard mais le ciel poudroie encore
à l'ouest. La journée s'achève. Le grutier
a immobilisé la flèche de la grue avant
d'en descendre, lentement, précautionneusement.
De la présence humaine, seul demeure le treillage
d'acier immobile et le vertige hurlé par le silence.
Pureté des lignes, équilibre des poids. Beauté à l'état
brut. Le ciel encore lumineux semble suspendu au curieux
assemblage de métal riveté comme un décor de théâtre sourd.
à l'ouest. La journée s'achève. Le grutier
a immobilisé la flèche de la grue avant
d'en descendre, lentement, précautionneusement.
De la présence humaine, seul demeure le treillage
d'acier immobile et le vertige hurlé par le silence.
Pureté des lignes, équilibre des poids. Beauté à l'état
brut. Le ciel encore lumineux semble suspendu au curieux
assemblage de métal riveté comme un décor de théâtre sourd.
dimanche 24 novembre 2019
Une comète
Une comète dans la nuit
glacée. Longue chevelure
silencieuse et aimante
qui frôle les regards des
amantes d'absolu avant de
disparaître dans l'orbe
terrestre. Désir du retour
cyclique. Désir du même et
de l'autre comme d'une gerbe
d'étincelles bleutées. Aimer,
attendre. Aimer l'attente de
la comète. Et de l'amante.
glacée. Longue chevelure
silencieuse et aimante
qui frôle les regards des
amantes d'absolu avant de
disparaître dans l'orbe
terrestre. Désir du retour
cyclique. Désir du même et
de l'autre comme d'une gerbe
d'étincelles bleutées. Aimer,
attendre. Aimer l'attente de
la comète. Et de l'amante.
Comme un livre
Le vent, glacé, a effleuré le sable,
l'a bousculé, l'a soulevé, le mêlant
à l'eau saumâtre des marées d'automne.
Puis la nuit est tombée, de bronze et
de jais, avec son silence de plomb.
Au réveil, la dune avait cessé son
charroi. Sa croûte dentelée s'était
découpée en pages mille, à la façon
d'un vieux dictionnaire où, atlantique,
je me décidai à apprendre à parler la
langue des océans, de cabotage en
navigation hauturière. Pour toi.
l'a bousculé, l'a soulevé, le mêlant
à l'eau saumâtre des marées d'automne.
Puis la nuit est tombée, de bronze et
de jais, avec son silence de plomb.
Au réveil, la dune avait cessé son
charroi. Sa croûte dentelée s'était
découpée en pages mille, à la façon
d'un vieux dictionnaire où, atlantique,
je me décidai à apprendre à parler la
langue des océans, de cabotage en
navigation hauturière. Pour toi.
Comme un doigt sur la vitre
Comme un doigt sur la vitre,
la ville défile, blanche et
grise, en couleur, parfois,
sous le feu de la réclame. En
touches infinies, elle parle
de ses passants et de ses lieux.
que la mémoire, oublieuse, efface,
n'était de rares peintures murales
qui fixent le regard par un mirage
audacieux. Filigrane, palimpseste,
le visage inventé naît de l'entrelacs
de taches et de croix. Et la ville vit.
la ville défile, blanche et
grise, en couleur, parfois,
sous le feu de la réclame. En
touches infinies, elle parle
de ses passants et de ses lieux.
que la mémoire, oublieuse, efface,
n'était de rares peintures murales
qui fixent le regard par un mirage
audacieux. Filigrane, palimpseste,
le visage inventé naît de l'entrelacs
de taches et de croix. Et la ville vit.
La suspendue
À bout de doigts tendue,
une fleur comme un arbre.
Larges feuilles rosées
et le temps qui s'arrête.
Elle sème à tout vent,
et la rosée s'envole.
L'arrière du marché
suspend le regard fier
aux très longs cils ourlés.
Tu me glisses cliché,
l'enfance est une offrande.
Et ta marche m'écrit
de longs baisers salés.
une fleur comme un arbre.
Larges feuilles rosées
et le temps qui s'arrête.
Elle sème à tout vent,
et la rosée s'envole.
L'arrière du marché
suspend le regard fier
aux très longs cils ourlés.
Tu me glisses cliché,
l'enfance est une offrande.
Et ta marche m'écrit
de longs baisers salés.
Mes grands
Ils sont quatre. Forts et aimants,
pudiques et enjoués. Si profonds.
Ils ne se donnent pas de chef mais
leur capitaine donne le ton et sait
me rappeler à la raison quand, d'eux,
parfois je semble m'éloigner. Une fin
de novembre de la fin de la deuxième
dizaine du siècle anciennement nouveau,
ils m'ont fait le plus précieux des cadeaux.
Ils ont pris les rennes du ménage, sorti
poêlons et marmites, pour animer la fête
et convoquer mes amis. Heures longues et
trop brèves, mes pleurs cachés à leur vue.
Des étreintes pudiques et longues. Des mots
justes, au petit matin partagés.
Ils sont la joie de mes jours et ma fierté aussi.
Longtemps je leur ai enseigné quelques tours
de ma vie. Depuis longtemps, ce sont eux qui
m'apprennent à être meilleur homme.
Merveilleuse fratrie, merveilleuse famille, avec
leurs cousins, leur oncle, notre maman et leur
grand-mère. Une vie en une poignée d'heures et
des promesses de café, jusqu'à la fin des temps.
pudiques et enjoués. Si profonds.
Ils ne se donnent pas de chef mais
leur capitaine donne le ton et sait
me rappeler à la raison quand, d'eux,
parfois je semble m'éloigner. Une fin
de novembre de la fin de la deuxième
dizaine du siècle anciennement nouveau,
ils m'ont fait le plus précieux des cadeaux.
Ils ont pris les rennes du ménage, sorti
poêlons et marmites, pour animer la fête
et convoquer mes amis. Heures longues et
trop brèves, mes pleurs cachés à leur vue.
Des étreintes pudiques et longues. Des mots
justes, au petit matin partagés.
Ils sont la joie de mes jours et ma fierté aussi.
Longtemps je leur ai enseigné quelques tours
de ma vie. Depuis longtemps, ce sont eux qui
m'apprennent à être meilleur homme.
Merveilleuse fratrie, merveilleuse famille, avec
leurs cousins, leur oncle, notre maman et leur
grand-mère. Une vie en une poignée d'heures et
des promesses de café, jusqu'à la fin des temps.
Une poignée de secondes
à V.
Une poignée de secondes,
une soixantaine environ,
et la main de Rémi qui,
à nous, te ramène.
Ton corps n'a plus froid,
emmailloté par l'amour des
convives qui s'affairent et
te réconfortent.
Un bandeau sur le front fait
de toi un Apollinaire neuf.
Le combat, pourtant, ne fut
que de verres et de fumée.
Quelques heures de surprise
et d'hasardeuse félicité.
Une surprise, un repas.
Des amis qui s'étreignent
et ta parole juste et aimante.
Le crachin passé, tu t'en iras
quelques heures. Si peu, trop,
et tu nous reviendras, encore
plus nécessaire que jamais. Tu es
de la race rare des généreuses qui
s'oublient et, dans la douleur,
ne pensent qu'aux autres. À nous.
Tu venais pour un anniversaire,
à treize célébré. Tu en crées un
tout neuf. Du nom de l'amitié,
si rare, précieuse et valérienne.
Une poignée de secondes,
une soixantaine environ,
et la main de Rémi qui,
à nous, te ramène.
Ton corps n'a plus froid,
emmailloté par l'amour des
convives qui s'affairent et
te réconfortent.
Un bandeau sur le front fait
de toi un Apollinaire neuf.
Le combat, pourtant, ne fut
que de verres et de fumée.
Quelques heures de surprise
et d'hasardeuse félicité.
Une surprise, un repas.
Des amis qui s'étreignent
et ta parole juste et aimante.
Le crachin passé, tu t'en iras
quelques heures. Si peu, trop,
et tu nous reviendras, encore
plus nécessaire que jamais. Tu es
de la race rare des généreuses qui
s'oublient et, dans la douleur,
ne pensent qu'aux autres. À nous.
Tu venais pour un anniversaire,
à treize célébré. Tu en crées un
tout neuf. Du nom de l'amitié,
si rare, précieuse et valérienne.
samedi 23 novembre 2019
Tes lèvres
Soudaines et longues,
yeux clos, dans un coin.
Goût d'agrumes et de coing.
Les dents s'entrechoquent
puis s'effacent. Le souffle
est de vie et l'obscurité
chantonne. Tes lèvres et les
miennes, jointes, disjointes,
rejointes. Pour l'éternité.
yeux clos, dans un coin.
Goût d'agrumes et de coing.
Les dents s'entrechoquent
puis s'effacent. Le souffle
est de vie et l'obscurité
chantonne. Tes lèvres et les
miennes, jointes, disjointes,
rejointes. Pour l'éternité.
vendredi 22 novembre 2019
Sur le pouce
T'écrire sur le pouce,
quand le temps m'est mesuré
et ma concentration incertaine.
Me précipiter lentement. À deux
doigts, tête courbée, nuque cassée,
un sourire me barbouillant les lèvres.
Fermer les yeux deux secondes et penser
à une folie, chez toi, dans la cage
d'escalier entrouverte.
M'arrêter, enregistrer mes mots et d'un coup,
un seul te les envoyer par les airs, au-dessus
de la mer déjà sombre, notre amie infinie...
quand le temps m'est mesuré
et ma concentration incertaine.
Me précipiter lentement. À deux
doigts, tête courbée, nuque cassée,
un sourire me barbouillant les lèvres.
Fermer les yeux deux secondes et penser
à une folie, chez toi, dans la cage
d'escalier entrouverte.
M'arrêter, enregistrer mes mots et d'un coup,
un seul te les envoyer par les airs, au-dessus
de la mer déjà sombre, notre amie infinie...
Intimité
Et la porte s'est refermée
sur la rumeur de la ville.
Il est tard, le soleil
a faibli. Nul bruit ici,
les chats s'étirent et me
regardent en silence.
Indéchiffrable bleu. L'intime
naît des baisers et les peaux
bâtissent des murs clairs qui
rient et pleurent sous la soudaine
ondée. Nul verrou, nulle caméra,
la maison oscille et s'abandonne.
Ah le beau château de cartes qui
se défait. Cartes à jouer, cartes
du tendre, l'intime est bâtisseur.
sur la rumeur de la ville.
Il est tard, le soleil
a faibli. Nul bruit ici,
les chats s'étirent et me
regardent en silence.
Indéchiffrable bleu. L'intime
naît des baisers et les peaux
bâtissent des murs clairs qui
rient et pleurent sous la soudaine
ondée. Nul verrou, nulle caméra,
la maison oscille et s'abandonne.
Ah le beau château de cartes qui
se défait. Cartes à jouer, cartes
du tendre, l'intime est bâtisseur.
Un baiser
Un baiser, volé dans une arrière-cour,
loin de la foule qui veille. Un goût de
sel et de sang. Un goût de voyages.
Un baiser de rien du tout. Un baiser qui
dit tout et qui se prolonge, à distance
dans la rue qui veille. Qu'innombrables
soient les recoins, les porches, les portails
et les arrière-cours où te voler un baiser,
au point du jour, dès potron-minet ou dans
le crépuscule d'une ville atlantique où
le soleil quitte la mer dans une ultime
étreinte où l'air et l'eau, unis, rosissent.
loin de la foule qui veille. Un goût de
sel et de sang. Un goût de voyages.
Un baiser de rien du tout. Un baiser qui
dit tout et qui se prolonge, à distance
dans la rue qui veille. Qu'innombrables
soient les recoins, les porches, les portails
et les arrière-cours où te voler un baiser,
au point du jour, dès potron-minet ou dans
le crépuscule d'une ville atlantique où
le soleil quitte la mer dans une ultime
étreinte où l'air et l'eau, unis, rosissent.
Taxi
On dit que le mot existe
dans toutes les langues.
L'apocope efface la mesure
et il ne reste que le paiement.
Je l'ai souvent boudé, préférant
marcher ou me serrer avec mes
congénères dans un long cylindre
d'acier. Tu changes ma vision en
m'y invitant d'un bond.
Humble voiture qui varie de couleur
selon la nature de la course.
Habitacle poussiéreux et exigu.
Le trajet est rapide et on s'en extrait
avec peine. Prêts à en prendre un autre.
Services incessants, journées sans fin.
Et quand l'un veut rentrer, tu le supplies
en darija et, en chemin, il charge une
ménagère qui froisse ses billets.
Le rouge est notre couleur préférée. J'en aime
chaque nuance. Une nouvelle s'y est ajoutée,
que je te dois et que, désormais, je guette.
dans toutes les langues.
L'apocope efface la mesure
et il ne reste que le paiement.
Je l'ai souvent boudé, préférant
marcher ou me serrer avec mes
congénères dans un long cylindre
d'acier. Tu changes ma vision en
m'y invitant d'un bond.
Humble voiture qui varie de couleur
selon la nature de la course.
Habitacle poussiéreux et exigu.
Le trajet est rapide et on s'en extrait
avec peine. Prêts à en prendre un autre.
Services incessants, journées sans fin.
Et quand l'un veut rentrer, tu le supplies
en darija et, en chemin, il charge une
ménagère qui froisse ses billets.
Le rouge est notre couleur préférée. J'en aime
chaque nuance. Une nouvelle s'y est ajoutée,
que je te dois et que, désormais, je guette.
Un port
Paisible, protégé de la houle
des draps écrus. Un port de chair,
au creux de deux montagnes qui veillent.
Ombreux, dans l'odeur entêtante des buissons
fruitiers. Un port qui invite le naufragé, sur
ses lèvres de sable, à aller de l'avant,
à laisser en arrière son passé et la felouque
désarticulée, pour s'initier au chant des oiseaux
de paradis et à une grotte somptueuse.
des draps écrus. Un port de chair,
au creux de deux montagnes qui veillent.
Ombreux, dans l'odeur entêtante des buissons
fruitiers. Un port qui invite le naufragé, sur
ses lèvres de sable, à aller de l'avant,
à laisser en arrière son passé et la felouque
désarticulée, pour s'initier au chant des oiseaux
de paradis et à une grotte somptueuse.
Pâte d'amante
Pâte d'amande en bouche,
qui fond si lentement
et colore les doigts.
Pâte de menthe mêlée
au thé brûlant opaque.
Volutes.
Pâte d'amante en bouche
qui fond si lentement
et ravive mes doigts.
qui fond si lentement
et colore les doigts.
Pâte de menthe mêlée
au thé brûlant opaque.
Volutes.
Pâte d'amante en bouche
qui fond si lentement
et ravive mes doigts.
Le petit restaurant
Ouvert, sans porte ni fenêtre.
Pour manger sur le pouce ou se
laisser aller dans les fauteuils.
Table basse, lentilles brûlantes,
à deux pas l'étal du boucher et
la viande hachée que l'on tranche.
Les minutes passent comme des heures,
on paie l'aubergiste de trois sequins.
Halte obligée avant le lit si tiède.
Pour manger sur le pouce ou se
laisser aller dans les fauteuils.
Table basse, lentilles brûlantes,
à deux pas l'étal du boucher et
la viande hachée que l'on tranche.
Les minutes passent comme des heures,
on paie l'aubergiste de trois sequins.
Halte obligée avant le lit si tiède.
Et si ?
Et si tu m'attendais ?
Quelques minutes, au coin
d'une rue ombreuse,
dans ce lacis de venelles
où je jouerais à colin
maillard. Ou à la poule
aveugle, comme disent,riant,
les Espagnols de Casa ?
Et si tu me laissais fermer
les yeux et mon cœur me conduire
vers toi, assurément ?
Et si, tout simplement, tu m'invitais
à écrire sur toi, impunément, sur le
chemin du lycée ?
Quelques minutes, au coin
d'une rue ombreuse,
dans ce lacis de venelles
où je jouerais à colin
maillard. Ou à la poule
aveugle, comme disent,riant,
les Espagnols de Casa ?
Et si tu me laissais fermer
les yeux et mon cœur me conduire
vers toi, assurément ?
Et si, tout simplement, tu m'invitais
à écrire sur toi, impunément, sur le
chemin du lycée ?
Stuc et pâte d'amande
Le stuc est partout,
grisâtre, usé par
les jours.
Le regard s'y pose,
le doigt en rêve,
sucre défait
dans le thé brûlant.
Architecture des hommes.
Décor.
La roue de l'humaine
existence est en stuc
et tes yeux
qui m'y invitent sont
de verre coloré et
tendre.
La ville vieille est
en stuc et ton cœur de
pâte d'amande.
grisâtre, usé par
les jours.
Le regard s'y pose,
le doigt en rêve,
sucre défait
dans le thé brûlant.
Architecture des hommes.
Décor.
La roue de l'humaine
existence est en stuc
et tes yeux
qui m'y invitent sont
de verre coloré et
tendre.
La ville vieille est
en stuc et ton cœur de
pâte d'amande.
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