mercredi 14 décembre 2022

Parem català

Un arc de cadires en una sala
petita. Sense taula. La taula,
l'hauran de parar després. Mes

rere mes, amb confiança serena
i determinació, com pararan
la llengua amb la força pura

de les seves personalitats.
Vinguts de París o Provença, 
li oferiran uns accents renovats.

mardi 13 décembre 2022

Patchwork

La salle est petite, mal éclairée,
graisseuse et délicatement surannée.
Les chaises sont serrées, les coussins

opulents négligent l'étroitesse. Au mur,
une collection hétéroclite de tableaux
et de photographie de guingois. Nulle

pacotille, cependant, et je crois même
voir, parmi les pigments métalliques 
oxydés, le visage rajeuni de la tenancière.

Encore, en âme

Encore... En corps ?
Non pas en corps.
En âme, en esprit.

Comme un souffle 
léger sur le dos
de la main gauche

ou la page cornée
qu'un autre lecteur
ouvre impromptue.

Confiance partagée

À Roumaissa, qui s'initie en poésie

Que ces derniers mètres étaient longs
avant que tu remettes ta feuille, bristol
jaune, minutieusement calligraphié

et protégé sous un blister cristal épais.
Tes amies t'appuyaient, t'animaient.
Tu ne savais pas alors que, à ton corps

défendant, tu te transformerais en
porte-étendard d'une classe et d'une
génération. Par tes mots et ton audace

de poétesse en herbe. Ton poème vrai
s'intitule «Confiance». Et c'est ainsi
que je l'ai lu, une fois, deux fois, trois

fois, avant de te répondre. Douze vers,
alignés au centre, en quatre strophes,
inégales comme les branches épaisses

d'un arbre solidement enraciné. Anaphores
confiantes mais jamais insistantes...
J'ai lu, derrière l'adresse à l'ami invisible,

une invitation à toi-même, décidée et
décisive, à poursuivre dans la carrière
des lettres. Je serai heureux de te lire.







Un manteau

À mon fils Jérôme

Un manteau. Un long manteau,
sombre et beau. Vade-mecum
commode, passant du père au

fils, et balayant les rues aimées,
du quinzième arrondissement,
avant que la poussière, soudaine,

ne l'invite à un passage printanier
par la blanchissement du quartier.
...Pour repartir de plus belle !

dimanche 11 décembre 2022

Encre sympathique

Le ciel bascule d'un silence dans l'autre.
Bientôt, dans une demi-heure ou deux, peut-être
trois, les insouciants nuages disparaîtront dans

la grisaille froide. Pour l'instant, ils semblent
tenir encore sous leurs fils de marionnettistes
tristes, la blancheur un peu guindée des immeubles

du quartier, cependant que le couchant leur tend,
incontinent, un brasero de roses orangées. Encre
sympathique dont je cherche les rares fulgurances.



Béances bleues

Béances bleues où s'abîment les yeux
buvant les sommets jusqu'à l'ivresse.

Les nuages s'effilochent, haves, cotonneux,
en glissant sur les ruades de gris, endurcies

sous le pas lent des promeneurs. Les poumons
brûlent, la gorge est sèche, le cœur bat, grave,

avec ce petit goût de sang qui, le soir venu,
bleuira les tempes. Béances bleues où s'abîment...

Què pensaran?

Què pensaran les estovalles de paper, dins la foscor
de la sala, quan les hagin llençat, després del festí?
Enyoraran la delicadesa dels fulls de paper fi

dels diaris íntims o de les confessions dels poetes?
Res de tot això. Quelcom de millor. Amb la tinta
viva del greix i de les begudes, amb les engrunes

moltes dels pans compartits, recordaran aquests
moments únics d'una colla d'amics, que ha deixat
la verticalitat, un dia, per tornar-hi amb passió.



Pensées douces

Pensées douces, pensées retrouvées,
au détour d'un rêve ou dans les plis
d'un drap de coton égaré.

Pensées douces, comme de velours
ras, odorant, rendant sous les doigts,
le galbe de la course passée.

Pensées douces, pensées retracées,
au matin, en toute hâte, pour que
les draps ne se referment à jamais.

vendredi 9 décembre 2022

Pourquoi...

Pourquoi ne pas peindre en bleu cru,
les murs de la chambre qui s'ennuie ?

Le lourd volet la prive du balcon et
la persienne grimace en se levant. Tout

n'est que grisaille et parquet bon marché.
Au plafond haut, le fil grêle de l'ampoule

rêve des devantures de Noël. Le silence
est glacé et ça sent la poussière. Pourtant

pas un seul grain. Ni sur le sol, ni au mur.
L'ensevelissement de la pièce a tout effacé.

El vespre sense tu

El vespre sense tu, llegint revistes
antigues que t'acabo d'enviar. Un vespre
silent i fred on la lectura em reinventa,

camí de la nostra felicitat. Te'n recordes?,
fa ben poc, fa un segle.. Treballàvem plegats,
l'un al costat de l'altra, fullejant tants destins

estripats entre filferros sagnants i passaports
càndidament falsejats. Glaçades, les pàgines exigien
un berenar al caliu, i unes infusions compartides.

Pássaros desajeitados

Todas as noites podemos voltar a ter dois anos
                                                        Lídia Jorge

Qu'ils sont maladroits, ces oiseaux tout juste 
sortis du nid, avec leurs plumes empesées.

Le vol leur semble lointain et la démarche si lente...
Ainsi étions nous à nos deux ans, ainsi sommes-nous,
la nuit, quand le sommeil se brise comme une coquille

et nous laisse désemparés, au bord de l'abîme blanc
la bouche sèche du lait qui, autrefois, se tarit.

jeudi 8 décembre 2022

Amplituds

Amplitud de la sala d'assaig,
amplitud del temps retrobat.
Es tanca un any ben ple

i ja sem a les beceroles d'un altre.
La colla no deixa de néixer, una,
dues, deu vegades i de créixer,

en amplitud, alçària, edats, i,
sobretot, en saviesa i convivència.
En davant, Riberal. Per sempre!




mercredi 7 décembre 2022

Un pessebre verd hi cal

Vertical construcció
per acabar l'any casteller.
Veniu tots a aplegar-vos,

com al pessebre on nasqué
el Bon Jesús. Que nosaltres
adorem la nostra llengua

i volem eixamplar la base
per a ser dignes, ben aviat,
d'enlairar-nos més a dalt.



Despuntat de pàgina

Lector, no dubtis mai en buscar
entre les pàgines esgrogueïdes
de la biblioteca del poble,

un punt de pàgina oblidat, o
deixat expressament, per iniciar
una nova investigació en torn

de la fabulosa història del viure.
Quan es tornin a tancar els llibres
i a cloure's la sala, despuntaràs.

Ineffable, indicible

L'ineffable, l'indicible,
délicieuses apories qui
se drapent et s'étendent

dans une étole de sons
doux. Si le monde est
illusion, les couleurs

des ondes grossières, alors 
qu'au moins mes pauvres mots
puissent inventer une réalité. 

GARRIGUE

Le mot la tient tout entière
dans son poing. Sourds ou
sonores, voyelles, consonnes,

six sons en huit lettres se liguent
pour la crier avec l'accent, cette 
GARRIGUE sèche et pierreuse,

dont les odeurs entêtantes collent
aux doigts du potier du présent.
N'est-elle pas celle qui te suit ?



Visage, vue sage sur ta vie

Visage... Vue sage sur ta vie
et sur ton âge. Nulle image,
ni reflet en cage.

Ton visage, au réveil, nage
dans le café brûlant. Volutes
noires qui virevoltent, en me

dévisageant. Room with a view...
Pourquoi me laissé-je soudain
aller à cette réminiscence ?

Coco ®

Et cet antique parfum s'est dissous dans l'air du matin,
le parfum de la mère, la fragrance aimée, tôt recherchée
quand l'inquiétude te saisissait, au détour du chemin.

Effluve capiteux qui convoquait l'Orient dans la froidure
et rappelait des salons veloutés les huiles opiacées.

Son nom ? Un prénom sonore, aux couleurs enfantines.



Oda petita al gran Jean-Louis

Un intel·lectual somrient, amb ulleres
i generositat, així em vas semblar,
Jean-Louis quan vaig apropar-me

a la colla, un dimarts de febrer passat.
El teu somriure, elegant, benèvol,
des d'aleshores no s'ha apagat mai.

Rei de l'equilibri, no disgustaves a
ningú o, almenys, ho sentia així.
Ets un gran, Jean-Louis. I humil.

















© Hervé Pi

βουστροφηδόν

J'ai peur des vers si longs
que je m'y perds, aveuglé
par le blanc qui les clôt.

J'ai peur de les relire, au 
lieu de passer au suivant,
comme un Sisyphe éberlué.

Je vis dans la nostalgie du 
boutrophédon antique, qui
balayait les lignes, à la façon

du pas lent des bœufs subjugués
traçant des sillons gras dans la
glaise en attente.

Et, surtout, je pense à toi,
ma lectrice, qui picore mes mots
avant de sourire, en me quittant.

mardi 6 décembre 2022

A la manera...

El parque, silencioso.
El tibio sol de invierno,
por el atardecer.

Dentro del aula gris,
tiernos sueños de alumnos.
Siete sílabas justas.

Ni una más. Canturrean,
silenciosos, atentos
al timbre que se acerca.

Silenci de vidre

Silenci de vidre. La classe
com una bombolla quadrada.
La llengua de Don Antonio,

lenta, serpentejant a les fosques,
entre cares atentes. Plaer viu
de les paraules senzilles,

dels girs nous, de la retòrica
antiga. Els alumnes escolten
i el parc Maillol s'il·lumina.

Llegir amb els teus ulls

Llegir el que has llegit.
En silenci, a distància
figurada, mentre dorms.

Assaborir les notícies
que m'has comentat,
mentre menjàvem ous.

Llegir amb els teus ulls,
ara closos i somiadors.
Estar-te agraït. Sempre 

lundi 5 décembre 2022

Une action de grâce

Une action de grâce, simple, 
petite. Pas la Grâce en action,
pontifiante, raide, ennuyeuse.

Je ne crois pas à la destinée, ni
à une grâce dont nous serions
les sujets redevables.

Ma reconnaissance va au hasard
qui conduit les êtres à sourire
quand ils se rencontrent, au fil

du chemin. Et aux coquelicots
qui le bordent, libres, fragiles,
indispensables. Et je crois en toi.

samedi 3 décembre 2022

L'acompanyant a la llanterna

Ha baixat silenciosament l'escala.
En una mà, la mà de la germaneta,
en l'altra mà, una llanterna barata.

Pica a la porta del pare, fort, confiat.
El pare obre i els consola. Llanterna
apagada, pugen tots tres cap a 

l'habitació càlida, somniant ja, tots
tres, en el tió de nadal, les garlandes
i la calidesa de la família reunida...

Froidure

Froidure soudaine de la nuit
qui soulève la couette épaisse
comme la page d'un livre.

Pas un bruit, ni une lueur.
L'espace est d'ombres et d'air
glacé. C'est alors que commence,

sans que l'on n'y pense, l'hommage
à la vie toute simple, continue et
à l'amour qui, au loin, vous attend.

vendredi 2 décembre 2022

combinatòria de sons i mots

Si l'ase és la base del burro,
el ruc s'en queda orfe del cop.

El teatre és traça de l'art,
sense traca més amb trucs.

Gall dindi, d'on vens, idiot?
Idiot, jo? Indiot soc. I callo.

Ouvre ta porte

Ouvre ta porte à mes pensées,
mais pas trop, je t'en prie. laisse
entrer avec elles le soleil livide

des vieux disques qui s'empilent
au salon, sans qu'aucun diamant
ou saphir ne vienne jamais

réchauffer leur sillon gondolé.
Entrouvre les yeux et laisse
faire la musique. Simplement.



Summertime

Tinc l'estiu, tan enyorat,
davant dels ulls. Una fina
capa de melmelada

de poncem i taronja. Llum
serena, agredolça d'un matí
boirós de juliol, quan no saps

si el sol estimat et saludarà
o es quedarà al caliu tendre
dels llençols d'espígol.



Retorn

Torno a l'escriptura, de bon matí,
després d'un primer de desembre 
gebrat. Somriure cec. Talls sonors.

Impossibilitat de concentrar-me
ni pensar en altra cosa que amb
tristesa i desesper. Però ara som

el dos de desembre. Sol d'Austerlitz,
advent del cor estimat. Renaixença
per l'escriptura i l'amor. Corcovado.



Deux décembre

Deux décembre en deux,
mon soleil d'Austerlitz
dans la froidure tue:

deux très fines couches
de marmelade de cédrat
et d'orange. Sur le pouce.

Pas un bruit dans la rue
et les volets sont clos.
Bientôt ils claqueront

de part et d'autres des gonds.
Je serai parti. Pour le lycée.
Dans mes oreilles, des vers

à venir, non encore écrits,
ni même pensés. Mange-t-on
encore des Chocapic, comme

chantent Bigflo et Oli ? Café
brûlant tiré d'un percolateur
étoilé et sagement aimé. 



mardi 29 novembre 2022

El dos amics / Les deux amis

Enxampats amb un somriure radiant
els dos amics miren feliços la càmera
mostrant llurs regals, batec d'amistat.
Cofois de sentir-se ben a prop de l'altre.

Que el pernil ja té gust de confiança
llescat amb estima i complicitat.
I el tastet d'un bon glop de whisky
els brinda de ple en la profunda amistat.

Roser Blàzquez Gómez

***

Surpris, un sourire étincelant aux lèvres,
les deux amis fixent heureux l'objectif,
exhibant leurs cadeaux, battement d'amitié.
Tout fiers de se sentir près l'un près de l'autre.

Car le jambon fleure déjà la confiance
tranché avec estime et complicité.
Et le petit goût d'une rasade de whisky,
les réunit à la santé de leur profonde amitié.

traduit du catalan par M. Bourret Guasteví




lundi 28 novembre 2022

Un mardi de novembre

Un mardi de novembre,
surgissant d'une ondée,
je quitterai ma chambre
pour venir gambader.

Des vers dans ma besace
et tout à votre écoute,
je boirai votre angoisse,
et vous tairez vos doutes. 

À l'ombre de Maillol,
et de sa bienveillance
je volerai à Éole
la clé de vos vacances.

Envelopper la vie

Envelopper la vie,
dans du papier de soie,
dans un recoin de soi.

La fermer aux deux bouts,
en un tournemain, comme
fait la boulangère, avec

un croissant odorant. Vivre
avec les siens, le cœur dans
les étoiles. Et se développer
                        
                                        vers toi.

dimanche 27 novembre 2022

T'he assaborit

T'he assaborit, llengua d'or,
al caliu tendre de les converses,
llengua de l'estimada, pedretes

de passió. La pell era magrana
i les passes de vinya roja.

T'he assaborit, llengua viva,
al foc cremant de l'amistat,
on espetarregaves suaument.

Que sera le silence ?

Que sera le silence,
le livre refermé, après
tous ces visages,

se défroissant sous mes vers ? 
Polyphonie de l'offrande
des voix individuelles

qui se taisent en s'asseyant.
Que sera le silence,
sinon le labrys du lycée ?

Deux bracelets de cuivre


À Yves et Lionel

De cuivre, pas de cuir.
Les lettres surnuméraires
sont celles du rêve.

À gauche ou à droite,
le métal rigidifie d'or
le poignet et irradie.

Sages conversations
d'automne, au feu rouge
de l'anneau frappé.

samedi 26 novembre 2022

Arpenter la ville

Arpenter la ville,
avec des doigts
de géomètre,

du pas vif et sûr
de l'architecte.
Du nord au sud,

puis du sud au nord.
Négliger le fleuve
glacé, à sec.

Coucher enfin sur
la feuille quadrillée
le récit de tes pensées 

SMS

L'entaille dans le cuir tanné
au zinc. Sous les nervures
aplanies, brillantes, les fibres

sèches des antiques vaisseaux,
chargés de sang veiné.
Fausse urgence. Essence

sous l'existence. L'écran vif
est miroir de l'autre que les doigts
appellent à revenir, en vain.

vendredi 25 novembre 2022

Encegar-se

La pluja ha cessat,
espero el sol, tímid.
No pas un arc irisat,

tot just un fulgor breu,
violent, que li robarà
tota la llum a l'estany

rodó per a encegar-me,
durablement, i portar-me,
nou Èdip, cap al teu cos.

Tes cheveux

Tes cheveux et mes yeux
qui se closent, mêlant leurs cils
si courts à leur masse odorante.

Vive lumière de l'obscurité
que seuls des baisers de papier 
peuvent saisir en milliers de pages 

à écrire. Tes cheveux sur la vitre
froide que mon haleine, attentive,
embue de passion retenue.

Tes cheveux au vent

Et si tu essayais de me répondre,
quelle serait ma question, la question ?
Œillères contre les yeux, deux chevaux

aux pattes lourdes et lentes, remontent
le canal, délaissant le port riant et
l'avoine fraîche. La barge est sombre,

goudronneuse et vide. La lumière naît
plus haut, dans ces champs aux routes 
rares, où le blé pousse et blondit en 

juillet, espérant emplir d'or le chaland
oublié. Tout à la marche, les deux chevaux
ne voient pas tes cheveux qui battent au vent.

L'un possible, lent possible, long probable

Si l'un est possible, pourquoi l'autre
ne le serait-il donc pas ? Laissons
du temps au temps, des silences,

une lente respiration... Substituons,
au tonitruant impossible, un humble
lent possible ou un long probable.

Par le simple fait d'exister, de parler,
de proférer des sons, de les offrir à
la cité, ne suis-je pas un nain possible ?

Poemejant... en grup, en tribu

A l'Eduard G i als aragonesos de la Rosalba...

Poemejant, a dos, tres o quinze. 
Dempeus o asseguts, ben desperts
o mig adormiscats, que la poesia

és vida, sense necessitat de mots
escrits a la pissarra o en un llibre.
El batec d'una veritat muda en jezz

que es prolongarà més enllà dels murs
vermellosos del liceu, pels carrers muts
o sonors de la Fidelíssima. Interrogueu

la llengua, dubteu de la seguretat de
les paraules. Feu com el Víctor Hugo
que li posava una gorra frígia vermella

al diccionari vell, abans d'oferir al món
la saviesa sensual d'uns versos ballarins.
I, sobretot, gaudiu, gaudiu. I conviviu.

















© Rosalba Pages

mardi 22 novembre 2022

El seny que s'ensenya

Del gran seny del Riberal,
pare i fill ensenyen una mica.
Ambdós llueixen un somriure

i fan com si no existís res,
tret del pilar de dos i de la bona
entesa que viuen cada dia.

A l'amic Hervé, es mostren decidits,
fent de llur camisa verda de cotó,
una magnífica peça d'organdí.





















© Hervé Pi

En Joanet i el cambajó

A la Julie

En Joanet és un bon paio:
agafa, de la mà de l'amiga
dels seus pares, una bona

llesca de cambajó de Pesillà
i se la mastega sense dir ni piu.
Ningú se n'adona i el mainatge

ja en demana una altra. Vigila,
Joanet, que si segueixes aixins,
d'aquí ben poc, et diran Joanot!






Té nom...

Té nom d'apòstol i cognom de mar brava,
tot i això en Marc guarda la terra al cor,
com a baix fidel i valent, o com a caçaire

apassionat de senglars d'un quintar o quasi.
Ara bé, avui, amb motiu de son aniversari,
ha decidit de tutejar els cims, o, almenys

el cim fosc d'una xarxa de cordes clares.
No l'atura res i ja pensa en retrobar, a la fi,
l'estimada, per ell, vinguda de Provença.



Que cherche donc cet homme ?

Que cherche donc cet homme,
dans un vieux dictionnaire ?
J'entends claquer des pages,
son précieux métronome.

Un chauve échevelé
agite son stylo,
c'est bien notre lecteur
qui se repose un peu.

Il lève ses deux mains,
comme curé en chaire,
mais aucun son ne sort
d'entre ses feuilles blanches.

Que cherche donc cet homme ?
La nuit s'annonce en vain,
sa quête se poursuit.
Je me lève et m'en vais.

C'est un dôme...

C'est un dôme curieux qui veille
sur Saint-Jacques, un octroi couleur
de brique, depuis longtemps désaffecté.

Les mouettes y font halte, avant de gagner
le large, et c'est en vain que l'on y cherche
une porte d'accès. Un escalier le longe, qui

n'y conduit jamais. Est-ce là la figuration
de l'improbable tour de Babel, ou bien
un observatoire sommeillant à l'ombre de la lune ?



Qui ho hauria dit?...

Qui ho hauria dit?... El mixi ha canviat 
el nas rogenc del pallasso pel mocador
vermellós del casteller airenovenc...

I vet aquí que s'enfila com enxaneta
famolenca darrere d'un cambajó sucós.
Tot sembla anar a la perfecció i ja se veu

en el paradís canaller. Mes... patatra!
comença a caure lentament, ensenyant
el pompis blanc a tots els seus amics.






















© Marie Lopez

L'equilibri és silenci

L'equilibri és silenci.
Silenci d'anys i segons
La Mireia fa anys,

aguantant-se en tots aquells
que l'escolten, dia rere dia,
millorant postures i girs

lingüístics. L'equilibri tot just
abans de l'aleta és perfecte...
mes em falta la seua veu.






















© Marie Lopez

une dame de haute veillée

Cette dame m'attend,
du haut de son balcon.
Marquise du Vernet,
elle y vit délaissée.

Un jour pourtant la vis,
un jour que je marchais,
sans but avec l'envie
de me renouveler.

Je voulais du social,
mais j'aime trop les êtres,
pour regarder le monde
à travers un bocal.

Sa vie de privations
et d'espoirs tôt frustrés,
m'invitait au silence.
Pourtant je n'en fis rien...





J'ai pris une brindille

J'ai pris une brindille,
de ma poche tombée.
Une simple vétille
qu'un autre aurait jetée.

Telle est ma poésie,
de rebuts constituée.
Du pain gardant la mie,
je m'en fais une alliée.

Le cœur dans les étoiles
d'un beau percolateur,
je rêve à notre voile,
négligeant la vapeur.




La nit sense coral

La nit sense coral,
la pluja en va t'espera.
Els carrers són sonors.
mes no hi tremoles pas.

Turquesa de coral,
ta mar és un bell somni,
on xerres sense treva,
al bord viu de la llar.

M'esperes i no m'ho dius.
Teclejo el teclat,
abans de te trucar,
com un home del nord.

Le ciel était mouillé

Tes lèvres entrouvertes,
ce sourire exhalé.
Le ciel était mouillé,
envieux émerveillé.

Marelle toute en six,
je me faisais de craie,
et rêvais de juillet,
du chaume sous les blés.

Ta voix me réveilla
et me rendit aux mots
qui sages t'attendaient
dans mes cahiers fermés.

lundi 21 novembre 2022

Què vols que et digui?

Què vols que et digui? 
Res. No em diguis res.
Ni a mi ni a ningú més.

Parla. Parla en veu alta.
Cisella cada mot, a poc
a poc, deixa que cada

floquet de llengua que
caigui t'acaricïi la mà

Entre les tables

Il est entre les tables une eau douce
et tiède qui s'évapore quand se referme
la porte. Je m'y sens batelier, avançant

lourdement, au rythme des chevaux de
halage. Nulle œillère n'entrave mes pas.
Mon œil est globe chevalin, obscur

et brillant à la fois. Je caresse l'encre
bleue biffée, comme l'onde des blés
sous le regard de Charles Péguy.

Sage transe

Sage transe que celle
de la transmission.

Étrange mission.
Un regard, un sourire,

un mot partagé. Autant
de voix qui le déclinent,

du clair au cassé,
du grave à l'aigu. 

Partagé à l'envi,
le mots est envie.

Et si tu croquais avec moi,
la pomme du mal qui,

                jamais
                        ne s'ennuie.

Ricochet statique

J'ai aimé cette danse statique, ces mille visages
virevoltant autour des sons qu'ils proféraient,
cette parole pailletée, apprivoisée, appropriée,

puis jetée, au hasard, entre les tables. Des vers
éclatés jaillissant de tercets hâtivement froissés
ou déchirés. J'ai reconnu ma verve, puis je l'ai

déconnue. Elle n'était plus mienne, comme si
un cadenas intime avait fait sauter son ressort
pour bondir, soudain, d'un demi-siècle en avant.

Une mise en bouche

À L. et à ses élèves

Une simple mise en bouche,
sans italiques ni guillemets.
Une belle lexie fuyant hardie

le dictionnaire ensommeillé.
Pas un amuse-gueule corseté,
pour quelques  gueules-cassées,

rescapées de Quarante. Non...
De simples mots jetés sur le
formica tiède, comme on joue

aux osselets, au craps ou au yams.
Et puis le cœur qui bat, devant
le hasard des cueillettes.



dimanche 20 novembre 2022

Image exacte

La mire m'ennuyait avec ses faux airs
de géométrie exacte, intelligible aux
seuls réparateurs de télés. Elle était

grise, elle était noire. Moi, je rêvais de 
couleur, je rêvais en couleurs. J'avais, 
alors, l'âge de ma fille aujourd'hui.

Et voilà que ma fille m'offre, pliée en
mille, une feuille quadrillée en couleurs,
l'image exacte de ce que je n'osais rêver.



Taller

Taller, el tall, el ball,
el bell pal de paller
del matí. Tres hores,

amb trenta somriures, 
tacats de blau, de blanc,
de roig. La Cassandre,

el Nico amb la Mireille,
la Bernadette, rodones
taules del meu deler.

Quel est ce cœur...

Quel est ce cœur,
au bord du chemin ?
Une pierre grise, mal
dégrossie, si froide,

entre tes doigts si fins
et doux. Le vain rocher
petit, informe, s'adoucit
et brille de quartz, de mica,

de milliers de maux, de mots,
de vers sans mètre régulier,
qui s'allongent jusqu'à l'abîme
du blanc de la marge tranchée.

Quel est ce cœur,
au bord du chemin ?
C'est le mien, le tien.
C'est le nôtre, bon apôtre,
aux mille mains trouées 


Set per tres, per tres...

Set per tres, per tres,
no us diran res, res.
Seixanta-tres poemes,

la pell, la poma, el vers. 
Un tris-tras deliberat,
ton siscall al meu voral.

Sis més u, per tres, quin
pes! Més tres. Vint-i-un
botons. Per tu, per tu...

vendredi 18 novembre 2022

Sin sentido pero en siete...

Te quiero enamorar
pero no tengo un duro.
¡Qué duro es el cantar
para un novio maduro!

Si me prestaras el sol,
el sol me guiaría,
y dejaría el béisbol
por esta batería...

Roca

Quanta riquesa tinc entre les mans!
Tot un món o, potser, un bocinet de
la lluna nocturna. Grisa amb matisos

i, a dintre, desenes de diamants fins.
Seré l'alumne més ric de la terra?
A les butxaques no ho sé... però

a una butxaca sí. Aquesta esquerra
on porto els meus tresors i, des d'ara,
aquesta roca lunar que pesa tant.



Laisse-moi donc choisir

Laisse-moi donc choisir
la forme ou son absence,
le vieux corset ou, pire,
la primauté du sens.

Écoute clapoter,
dans le port les bouées.
Est-ce de la beauté
ou un hasard fêlé ?

Le vieil hexasyllabe,
l'équation de Dirac,
un peu d'amour palpable,
la parité sans couac.

jeudi 17 novembre 2022

Pell d'eriço

— Eriço, amic, on t'has amagat,
que només et veig les punxes,
i res del teu petit nas rosat?

Mes l'eriço no contesta mai
i la seua pell és tan lleugera
que, tard o d'hora, s'envolarà.

- Eriço, amic, t'has disfressat
en aquest petit peluix bonic
que me vol acompanyar.





















 © Cassandre Masero, Nicolas Caveribère

Alfabet natura

Amb farina, aigua i sal,
han pastat una massa
bona. Rodona com...

un globus o el nas gros
d'un pallasso dormint.
Amb els seus dits prims,

els mainatges del Vernet,
han esculpit unes lletres
boniques. De pal. O de pa.





















© Cassandre Masero

Paisatge de tardor

Paisatge de tardor,
paisatge de paper.

Un cel blau clar,
un sol de gargots.

Arbres lleugers,
sense cap arrel,
de globus tots.

Paisatge de paper,
paisatge de tardor.

El cor batega, rosa.
De primavera verda.





Cinquante, sécante

À  Lionel

Mon ami le docteur en fait cinquante aujourd'hui.
D'années. Le mitan d'une vie de patriarche ? Non.
Tout juste une sécante. Pour qui fuit les fausses

tangentes et tranche la vie avec son Laguiole, ou 
bien son Opinel. La marque importe peu, le geste, oui.
Il taille et coupe, non pour lui-même, mais toujours

pour partager et pour interroger cette vie qui le passionne
et qu'il sillonne, en tribu, ou avec sa précieuse compagne,
dont le prénom sonne comme un gong au soleil.


mercredi 16 novembre 2022

Sense foto, mes amb afecte

Dempeus, rere el taulell,
ja no despatxa cerveses
la Marie. Aquest vespre,

escriu. Lentament. Mots
càlids i púdics, per dedicar
el seu llibre de fotos,

als qui en van ser, un dia,
els protagonistes magnífics,
per uns instants robats.

Cap al cel

Treu el cap de la xarxa d'esperança.
Tot just, com si la fregués somrient.
Ben aguantada, la nostra cap bonica

fa anys i la colla l'aguanta, l'anima.
Sense gralla però amb la cantarella
de qui se sap de memòria les notes

estimades. A distància, mussitant, o
taral⋅lalejant, me la fotografio. Amb
afecte, respecte. I admiració.



mardi 15 novembre 2022

Pissevin, Pleurevent

À Sylvie et à ses frères

Je ne suis jamais allé à Pissevin,
je n'ai pas non plus connu la dame
qui y vivait, et que mon amie aimait.

Mais, depuis ce matin, j'entends le vent
qui pleure dans ce quartier où elle vivait
et où ses enfants ont appris à vivre,

à ses côtés, puis sans elle, loin d'elle. 
Je ne connais pas Pissevin. Un jour j'y irai 
et, sans crainte, je parlerai au vent.

Je n'oublierai jamais

Je n'oublierai jamais
tes mains, dans les 
entrailles grenadines,

donnant vie à la mort.
Tes doigts rougis,
façonnant le chaos,

jusqu'à m'offrir cette
épaisse tasse citronnée,
qui veille sur mes nuits.

dimanche 13 novembre 2022

Première bougie

À mon neveu Adam

Première bougie, blanche.
La cire coule lentement
et illumine le visage

de tes parents, de tes sœurs
et de tes frères. Silence d'or.
Leurs yeux s'embuent des tiens 

qui rient aux éclats et ne quittent 
la bougie que pour mordre à pleines
dents dans le gâteau qui vous attend.

samedi 12 novembre 2022

Bonança

Bonança del mar,
Bonaventura del cel.
Ben arrelats a l'arena,

els falcons escriuen
amb els seus dits
la gesta de l'amic

somrient. Cendres
de vida portades
pel vent. Llavors...














© Simona Casals

vendredi 11 novembre 2022

Terra

Has nascut de la terra
i encara no ho saps.
Fang gras de Flandes

o farina empordanesa.
Sense cap terrissaire,
t'estàs afaiçonant en

el torn lent de la vida.
De terra a terrissa, només
hi ha tres lletres...
                       ...les teves.

Taules buides, esperant

Al Jaume i a la Maria

Taules primaverenques,
delicadament florejades,
al cor tebi de la tardor.

Taules buides, esperant
qualque client somiador,
amb ganes de marcejar.

Medul·la prou despullada
per a invitar-me a seguir
avançant. Cap a la pau
                            binomial.




Nit estrellada

Nit estrellada, de goig,
fum i llum. Vida fugaç
però mai fugissera.

Anant de poble en poble,
els diables i bruixes
sembren estels petits,

com si fossin llavors
primaverenques, al cor
mateix de la tardor.



mercredi 9 novembre 2022

PoeTU

Encara no saps escriure
i jugues amb les lletres
com amb dòminos de color.

Però ja ensumes que, dessota
el meu nas gros de pallasso,
s'amaga una font deliciosa

de sucs vermellosos: granada,
maduixa, taronja sanguina,
amb què TU m'escriuràs poemes.

Le blanc est couleur

Maintenant que Soulages n'est plus,
je peux enfin crier que le blanc, 
lui aussi, est couleur,

et qu'il peigne de lumière les cheveux
de la bien-aimée, en étendard victorieux.
Ni d'argent, ni de métal précieux,

ses fils sont de coton écru, nostalgiques
du cocon soyeux que jamais ils ne tissèrent
mais qu'ils ne cessent d'appeler par mon cri.

Éveil à la vie

Pas le réveil qui relève
mais l'éveil qui élève.
Nul besoin de préfixe

ni de béquilles. L'âme
s'élève quand s'éveille
le cœurps engourdi,

riche des vers récités,
plus que sagement lus
et benoîtement appris.

Climes versals

Quin caminoi pedregós és el dels versos
impresos, sembrat de ganxos negres afilats.

I quin goig el de la veu que hi balla, lliure,
sense por de quedar-hi atrapada.

La veu que recita veu més enllà dels gargots
i retroba els climes del poeta mussitant.

El cor regalat

A l'Anaïs

Pensava en el cor menjat de la llegenda,
quan ma filla em regalà un cor dibuixat,
dins de la seua classe de Cerdanya.

Un gest tendre, sense una paraula, però
amb una mirada que m'escalfà l'ànima,
per hores i dies, fins aquest instant rar,

de l'escriptura a distància. Aquest cor
plastificat, me'l guardi a la butxaca
dreta i vos lo confii, per alegrar-vos.



El ventre de la Liliana

Liliana, què hi tens a dintre
de la teua panxolina quadrada?
Una caca pudent? Ecs! Ecs!

Obre'm amb la cremallera, suau,
i veuràs que tot hi és molt net.
Només hi porti fruites de tardor:

una magrana, una taronja petita
i un poncem molt gros. Una fulla
i un unicorn que m'alegra el cor.



Blava-Rosa, Blau-Vermell

Blava és la nit,
rosa serà l'alba.

Entre quatre i cinc
síl⋅labes coixejo.

Blau és l'oblit,
vermell el record.

Bleu-rose

Du bleu de la nuit au rose de l'aurore,
il n'y a qu'un pas, il n'y a qu'un drap.
Le froid sombre qui ensevelit gerce

soudain de lumière les yeux curieux
du monde au réveil. Le jour qui filtre
est couleur de lèvres et le sang bat,

calme et serein, au cœur des poignets
reposés. Telle est l'aube rose, encore
bleue des songes félins de la nuit.

dimanche 6 novembre 2022

Al cor

Al cor de la mani, dreta, amb faixa
i camisa castelleres, però amb texans,
l'Aaliyah encarna l'ànima airenovenca:

la cultura al servei de la llengua, vida
i poble. Humaníssimes construccions
els castells. De braços, cames i cares,

i no pas d'acer i de formigó fred. Bella
demostració, vella convicció que viu
i viurà sempre. Sempre endavant
                                        mai morirem!












© L'Indépendant

samedi 5 novembre 2022

La gata cega

Tan juganera com les seves
germanes, corre al darrere
del fil i la pilota. Quin ball!

Aquesta princesa de vestit
de ras negre té maneres de
seductora entremaliada.

Al dematí la sento fregar-se
rere la porta de l'habitació.
Pobre de mi, si li obrís!!!

vendredi 4 novembre 2022

Gelea reial

Cabells d'àngel preuats,
regal de l'estimada. Clar,
tan clar com gelea reial,

tan valuós també. Record
callat de la carbassa pacient,
esperant dies i nits a la cuina,

abans de convertir-se en joies
líquides i pastoses, a punt per
a l'esmorzar del matí.