Le pied droit joue avec un carreau disjoint. Fraîcheur du salon silencieux à la fraîche. La casserole glougloute sa danse avec les œufs. Au loin, grave et si léger, un clocher sonne
trois quarts. Les enfants dorment encore. Le café embaume en refroidissant. La poésie a quitté mes mots, convenus, pour cette pièce d'appartement, tout en haut d'une montagne poussiéreuse et desséchée.
Délice de la journée écoulée, appétit du jour à venir. Reconnaissance éperdue pour le carreleur qui a oublié un trait de ciment-colle, offrant au voyageur inattendu la joie sereine de danser lentement avec son carreau disjoint.
Le professeur Mathurin Ovono Ebè est une personne rare que j'apprécie pour son immense humanité. Nos chemins se sont croisés voici vingt ans à l'occasion de la préparation de sa thèse de doctorat ès lettres qu'il a eu la délicatesse de me demander de diriger.
Engagé auprès de la communauté universitaire, dès le début de sa carrière, comme maître-assistant puis maître de conférences à l'Université Omar Bongo de Libreville, il s'est très vite fait apprécier de ses étudiants par sa liberté de ton et sa passion de concevoir, d'enseigner et de transmettre, sans langue de bois, ni crainte du pouvoir.
Ses pairs l'ont porté à la présidence du syndicat des enseignants-chercheurs du Gabon. Son travail inlassable, particulièrement précieux, pendant la pandémie, a été apprécié de tous.
De tous ? Assurément pas. Voici quelques années, il a été victime d'un terrible accident de la route, sa voiture a été détruite et il n'a dû son salut et celui de son jeune fils qu'à la solidité légendaire de sa Toyota. Quelque temps plus tard il a été kidnappé, mis au secret et, vraisemblablement torturé. Il a repris son combat et son enseignement avec un entrain digne d'éloge.
Voici trois semaines, il a été enlevé pour la deuxième et, espérons, la dernière fois. Le professeur Ovono Ebè aime son pays et les peuples qui y vivent. Quand tant de ses compatriotes souhaitent quitter le continent africain pour rechercher un bien-être illusoire en Europe, il n'a eu de cesse de revenir sur ses terres pour transmettre sa connaissance de la littérature espagnole contemporaine et de devenir l'un des ténors de la littérature africaine.
J'avoue que Mathurin a été et demeure une des rencontres marquantes de ma vie. Une personne qu'assurément mon maître Montaigne eût aimé fréquenter.
Mon soutien indéfectible lui est acquis. La jeunesse gabonaise a besoin d'enseignants de sa trempe.
La casa que vull que sigui ben nostre té una porta oberta a la llibertat amb brisa marina que ens despentini, paisatges amb gust de sal o sembrats.
Finestres que ens llencin a l'aventura de deixar-nos sorprendre i navegar, i alhora, discreta, una llar que cremi i escalfi a tothora els cors cansats.
Un ancien premier ministre français, candidat malheureux à la mairie de Barcelone, s'est ému récemment de la pochade qu'avait réalisée à son endroit une émission à succès de la télévision catalane.
Cet éternel jeune homme connaît depuis quelques années une érosion rapide à la mesure du rythme effréné auquel il nous avait habitué et dont le fond de teint de sa caricature est un signe assez juste.
Quand il a pointé son nez dans la course à la magistrature suprême, parlant à l''envi dans un catalan qui est sa langue première mais qu'il a toujours refusé de parler dans les Pyrénées Orientales, le cantonnant à quelque intervention gouilleuse en Andorre, tous mes amis d'Horta, son quartier d'origine, dont deux grands écrivains, me félicitaient comme si j'avais quelque chose à y voir.
Puis, au fil des mois, ils ne m'en ont plus parlé. À l'approche du scrutin, il n'y avait, dans son quartier, qu'une seule affiche de campagne hâtivement ficelée à un arbre de l'avenue qui y mène et qui porte le nom d'un très grand poète catalan, grand-père d'un grand maire et président de la Généralité.
On connaît la suite de ce qui ressemble, il faut bien le dire, à une pantalonnade, sous couvert de palinodie.
Je ne parlerai pas, toutefois, en tant que Barcelonais de cœur, mais de Minorquin d'âme et d'origine.
Cet émule de Rastignac, au nom de dépression géologique entre deux éminences montagneuses, a insulté l'île de mes ancêtres à deux reprises.
Tout d'abord par un mariage dispendieux qui était insultant pour une population aux minces revenus, puis en se carapatant dans une luxueuse propriété appartenant à sa fraîche épousée, patronne d'une entreprise pharmaceutique florissante, pendant le premier confinement, alors que le COVID faisait des ravages sur l'île.
Je ne dirai rien des lourdes allusions que glisse le clip (le Mac chipé, la veste farcie de gros billets), je n'en sais rien ni ne veux le savoir.
Je me contente de songer à une vieille dame digne qui avait apprécié l'ancien édile d'Evry et qui en parle maintenant avec une lucidité que seuls les chansonniers osent avoir.
Sic transit gloria mundi.
PS : il y a quelques années j'ai prononcé au Ministère des Finances, en espagnol, une conférence sur les transformations urbanistiques de Barcelone à la faveur des Olympiades. On avait annoncé sa venue...ajournée pour cause de défense d'un 49.3 devant l'assemblée. Un signe, déjà ?
Elle n'a voulu, ni l'or des Amériques, ni les joyaux doux d'un ami minorquin, elle a préféré offrir, entre deux rires,
des fils d'argent, à mes doigts fatigués. On la croit au volant d'un monstre de la route, mais elle dit convoyer des amis au pas lent,
dans nos rues tout étroites. Elle fait des onguents, des sirops embués et de drôles de potingues. Elle joue à la sorcière. Mais, elle si bonne, l'est-elle vraiment ?
Je ne sais que penser, qui s'envole déjà, et voilà que s'effeuillent la rose, le réséda, les pâles lueurs vives de mon esprit curieux, batifolant léger sur un nuage bleu.
Je me tais et contemple. Dans la foule si grise, chaque face est un saint ; je ne sais que penser. Le possible m'ennuie, lui préfère le souhait. Devoir être poète, ah la belle entreprise.
J'en connais deux ou trois, qui songent à s'y coller, cherchant dans le travail le parfum du gratuit, la liberté soudaine, le vertige des sons,
ce brin de nuit de nacre où le sourire luit, et les vers insolents visent le mirliton, avant de s'endormir, sous les plus doux baisers.
Deux fragilités en devenir, car le présent est si plein pour les fragiles que le futur les boit déjà. Inexorablement.
Improbable rencontre entre la fille d'Alexandrie et le beau gosse de Yale. Vêtements compassés, sourires forcés à quatre-vingt-dix degrés l'un de l'autre.
Leurs peaux se sont-elles frôlées et leurs longs bras étreints ? Je n'en sais rien, mais dans mon cœur résonne My Foolish Heart.