jeudi 30 juin 2016

Le bal des funambules

à mon ami Lionel

Figurez-vous un filin en trois dimensions,
une tente de tissu, nœuds, parois de plâtre
et amples baies vitrées.

Partout de la musique. Du reggae qui s'enchaîne
sans répit. -Où sont passées les fameuses deux
secondes des anciens LP ?-

Au centre : des tables basses de verre et de rotin.
Je m'y verrais bien en funambule volumique,
slalomant entre gin-fizz, Alexandra et

Colonel. Je ferme les yeux. Bientôt les murs
se couvriront de tes photos et de mes poèmes.
De convivance, jamais de convenance.

Et le soir, délaissant l'accroche des lettres
et des couleurs, les estivants grisés danseront
le bal des funambules. 

On sera avec eux, dis, Lionel ?

Le bal des funambules

à mon ami Lionel

Figurez-vous un filin en trois dimensions,
une tente de tissu, nœuds, parois de plâtre
et amples baies vitrées.

Partout de la musique. Du reggae qui s'enchaîne
sans répit. -Où sont passées les fameuses deux
secondes des anciens LP ?-

Au centre : des tables basses de verre et de rotin.
Je m'y verrais bien en funambule volumique,
slalomant entre gin-fizz, Alexandra et

Colonel. Je ferme les yeux. Bientôt les murs
se couvriront de tes photos et de mes poèmes.
De convivance, jamais de convenance.

Et le soir, délaissant l'accroche des lettres
et des couleurs, les estivants grisés danseront
le bal des funambules. 

On sera avec eux, dis, Lionel ?

Je t'aime, moi non plus

-No pares mai.
-Tu tampoc, amor.

De Birkin i Gainsbourg havien
conservat les fantasies secretes,

mes es movien en un altre món.
Tres anyets els separaven.

Havien passat ja el mig segle,
de vides plenes, pròpies i

alienes. Anaven de bòlit. Ara
com abans. No canviaven.

Mes quan la seva pell fregava
els seus dits, reflexionava.

Un instant. Després es deixava
emportar. Per unes hores.

-No pares mai.
-Tu tampoc, amor.

Voix

Il lui suffisait d'appuyer sur un bouton
pour réentendre sa voix. Messages brefs
où l'intime le disputait à l'anodin.

Au fil des heures, le fossé se creusait
entre ses confidences à elle, d'un trajet
nocturne en voiture sous la pluie

et son écoute à lui, silencieux, dans ce lit
qu'ils aimaient partager. Peu à peu, il sut
y dessiner une figure de l'attente qui lui plut.

mercredi 29 juin 2016

Comme un journal à rebours

Comme un journal à rebours,
je découvre le fruit de notes
quotidiennes, choisies, polies
puis publiées.

Clarté du titre, humilité du
moule, tout est fait pour
ciseler la parole brute et
ses interactions.

Je retire mes lunettes, arrête
un temps ma lecture, y reviens,
lentement. Si mon métier tient
dans l'examen des textes,

l'encre y est froide, souvent
informe. Là il s'agit de lettres
de sang, le mien. Gémellité ?

Non. L'autre naît du même, un
levain différent opère et déjà
lève la pâte odorante. «Non
habemus hic nisi quinque panes

et duos pisces», t'en souvient-il ?
Multiplication des victuailles,
régal des convives. Vite, mon fils,
l'avenir t'appelle, il t'appartient.

Caixes xineses, matrioixques, nines russes...

al meu fill gran Vincent

Tècnica complexa, callada i olorosa.
Aplicada a l'escriptura digital,
ens dóna els hiperenllaços,

pou de cultura sense fi. Però
quan s'hi barregen els sentiments,
dóna els blocs bessons,

de poemes i imatges, a vegades,
cançons. Mons d'ecos, de valuoses
remembrances on el pare, ja gran,

meravellat, beu de la tinta del fill.
Hi retroba fragments del passat comú
i imaginacions noves que mai hauria

pensat compartir. Caixes xineses,
obertes al futur i a geografies
alienes: nostàlgia pressentida.

Barca clara

«Jo, menorquí, nascut dins una barca.»
Fa anys que aquest vers m'acompanya,
de la mà de l'oncle estimat.

Adolescent, me l'imaginava blanca,
delicadament gronxada per un ventolí
qualsevol, en ignorava el nom.

Ara ho sé: és el gregal, a la profunda
cala de Fornells i ja veig ma barca,
la teva, la clara.

Ce ne furent

Ce ne furent que quelques foulées,
empressées, entre deux voitures,
à la nuit tombée.

Tu courais, les bras ouverts, riant
et gesticulant. Une erreur de guidage
t'avait conduite en pleine Italie

et le pizzaiolo, rougeaud, t'avait prêté
son téléphone pour que tu m'appelles. Tu
étais près de moi, si près,

et ne le savais pas encore. Ce fut la plus
belle course que je vis jamais. Il y a si
longtemps déjà et j'en souris encore.

lundi 27 juin 2016

Le Skateur

Pour Hadrien

Mon petit se fait grand,
de courbes de béton en
rampes d'acier.

Je l'ai regardé à Poissy,
sous le soleil, manier
sa trottinette 

avec des planches dans
les yeux, je l'ai vu,
sur la place de la ville

s'essayer à son nouveau
jeu ; puis, à Poissy, de
nouveau, je l'ai imaginé.

Un dimanche, à l'heure des
paroissiens et des gâteaux.
Concentré,

avec ses premières rides 
d'expression. Équilibre
difficile à trouver,

sur la tranche. Vidéo
envoyée aux grands frères
pour en recevoir

l'adoubement complice.
La famille est une sphère,
centrale,

l'école, un peu plus loin,
cruciale. Maintenant d'autres
naissent quand le jeu

se fait sport et que les muscles,
autrefois si gauches, sont déjà ceux
du grand que l'on sera bientôt.

dimanche 26 juin 2016

Une soirée

Inattendue. Un long moment
dont je n'eus conscience
que plus tard, la portière
de ta voiture rouge claquée.

La chaleur avait baissé,
le vent s'étant levé ;
le canapé lourd et éteint
s'est soudain réveillé

sous ton rire et ton regard,
ta voix s'est fait geste et
le soir a pulsé véhément.
Au dehors, la pierre 

était sonore, au dedans le cœur
battait fort. Il y eut des boissons
et des devis, un brin d'absolu pour
rendre jaloux les dieux inconsistants.

La cambra del violoncel

Estreta i llarga,
lluminosa, de parets,
elegants.

Sobre el cobrellit beix,
una funda carmesina
tancada.

A dintre, sons i flaire.
L'olor silenciosa de
l'espera.

Tot un món per conèixer,
per conviure, tèbiament,
en lloc de l'instrument.

A les fosques, callat,
sense moure'm, atent
a la respiració

del petit, m'imaginaré
el descans del cel·lo
i la gelosia

de la finestra oberta a
la ciutat, rere la cortina
de quadres.

Ocupar un espai estret, 
a la mida de l'home, per
unes hores, uns dies,

ens ensenya el lent fluir
de la vida, amb l'amor
per guia.



mercredi 22 juin 2016

Clara

No silenciaré el teu nom,
l'escriuré al peu de cada
pàgina com una promesa
d'avenir.

M'he passat massa mesos,
tristament alambinats,
disfressant de generalitats
la nuesa

de la veu. Cinq lletres, cinc
sons on s'imposen les velars
com qui s'enfonsa en un mateix
per a descobrir 

qui és, vertaderament. Un nom
breu i límpid que ritma els dies,
de l'aurora al crepuscle. O Déu,
no crec en tu

però t'estic agraït per l'ofrena
del seu nom al zenit de l'estiu.
De bracets o, senzillament, acostats,
l'escriuré, a cada petjada, o passa.

L'estiu ets tu

L'estiu ets tu, amor,
ja em preparava a passar
d'una estació a l'altra
sense adonar-me'n o quasi.

Rere les cireres sucoses
els albercocs dorats, la pell
bronzejada per la platja de
Sérignan, al vespre.

I m'arribes. De cop i volta,
la primavera se'n va i ens reunim,
paraules senzilles. La poesia és
en els actes. Nostres.

mardi 21 juin 2016

Été

La peau se couvre de perles vives,
le souffle, rapide, est d'une forge.
Je cherche les ruelles ombreuses
et pense à toi.

Fête de la musique, solstice fébrile,
l'été s'amorce et le soleil frôle nos
joues et nos cœurs. Si tu le veux,
à cloche-pied,

nous lui rendrons hommage, des sommets
du Népal aux anses de Minorque. Voix,
cliquetis, frôlements se mêleront.
Et nous existerons.

Ànimes bessones

No s'havien creuat. Mai.
Oferien als amics el millor,
mes els hi faltava quelcom.

No ho haurien saber dir. Ni
n'eren conscients. Un buf.
Un alè. Una cosa lleugera

que sabés a glòria. Una ànima.
Bessona. El mirall invers. El
trobaren, un diumenge al vespre.

Les distàncies desaparegueren,
els seus llavis foren mar i platja.
S'estimaren. Molt. Et voilà.

lundi 20 juin 2016

Polyptotes

À Fabienne Amadori

Pilote, pilotin, pilotine...
Le pilote avec son bateau
effilé, tout comme le bateau-phare,
a guidé mon enfance dunkerquoise,

dans ce port gris foncé, à la surface
moirée, où mon père travaillait dans
l'administration des douanes. 
Des années plus tard,fortuitement, 

j'appris que le président Chirac 
avait été pilotin dans ses jeunes années 
jouant au loustic en route pour le Vénézuéla.
De la pilotine, j'ignorais qu'elle ramassait

le bateau du pilote dans une bonbonnière de
lettres et de sons. Une amie me l'apprit par
une belle histoire. Elle concevait alors un
programme informatique à l'usage des pilotes,

des commandants de bord et de leurs armateurs.
Il fallait éprouver le progiciel ; on la manda.
Sans se départir de son élégance, elle monta
dans la haute cabine, toute à ses calculs et

aux manies des armateurs jaloux. Elle avait 
oublié l'indispensable épreuve du feu, ou
plutôt de l'eau, en l'occurence. Le navire
prenait de la gîte, chaussée de fins escarpins

à talons, elle entreprit la descente. Les marins
rougeauds riaient à gorge déployée. Elle n'en menait
pas large. En bas, si bas, tout contre l'écume étaient
les haubans de la minuscule pilotine. Le jeu -mais elle

ne riait pas- consistait à saisir prestement le hauban
et à passer d'une embarcation à l'autre. Entre les deux,
les flots grondaient, avides d'engloutir cette informaticienne
trop belle pour être vraie. Elle ne disait rien et, avec grâce,

s'empressa de saisir fermement le cordage tendu. De la suite,
je ne traiterai pas, elle avait réussi son examen de passage.
Un parmi tant d'autres. À Barcelone je lui promis de l'écrire,
l'amour de Clara, un temps, m'en détourna. Et le voici, Fabienne,

comme promis.

dimanche 19 juin 2016

Glissements

En planche à Poissy,
En trottinette au parc,

Hadrien glisse en silence.
Jours, mois et années

s'écoulent comme on jette
une poignée de semences.

D'inopinés arrêts me livrent
avec les graines semées

des bribes de conversation,
comme si le temps clément

me renvoyait au passé
partagé, entre billes de plâtre

coco bœr écœurants et
carambars filants.

Una festa grossa

Un tiquet de cartró beix
amb un val per menjar.

Ets convidada a la festa
grossa. Serviran paella

amb ''tinto del verano'',
l'estan preparant vora

el banc on ens vam
abraçar i besar. A dalt,

entre núvols, coloms i
gavines en porten el

record sense que ningú
en senti el cant esperat.

M'imagino la teva gana,
l'or dels grans i la boca

tacada de taronja on els
meus llavis et desitgen

ja. 

Amor

Despertar-se de nit,
creuar-se de dits,
somriure a l'infinit.

Deixar-se de rimes,
treure-se del cap
tots els infinitius.

Amor : principi
i encarnació,
t'assaboreixo,

sencera. Ben pocs
te saben el nom,
amics parents.

Des de la plaça
apartada on juguen
els Lluïsos, mai

ens hem separat
i m'escolto les
cançons de

ton fill petit,
ben gran,
com l'ona

prepara la
revetlla
de foc.

M'has pintat
la nit de batec
rosa.

I la seva foscor
s'ha fet tan
clara.

Amor si el temps
i l'espai només
fossin miratges

per apropar-nos
millor?

jeudi 16 juin 2016

M'esperaves

Al vespre, fosquet,
m'esperaves sense
ser vista.

Batec d'uns cors
encara separats,
per uns instants.

La plaça era del Nord,
nosaltres l'haviem
perdut feia temps.

El terra era d'or, els coloms
t'envoltaven. De cop i volta
desaparegueren.

Ja es fregaven les nostres
mans abans d'arrambar-se,
paraula teva, la primera

que m'ensenyaries. La parada
se'ns empassà i les ombres
s'uniren mostrant-nos el camí.

mercredi 15 juin 2016

L'ombra de la partitura

Fugaç com una estrella d'agost,
quadrada com un billet de banc,
apartada com la meva presència,

callada i constant. Serà teva,
o de l'objectiu de la càmera
petita que portes a la mà?

Cap importància, l'ombra signa
les bodes de la veu i de l'arc,
del passat i del present,

del francès oblidat i de la dona
radiant. Llegeixo i no comprenc res,
ensenya'm, amor, que t'hi espero.



Dialogant amb el Paco

El Paco m'explica coses,
a distància; barreja les llengües.
La seva, la meva, les nostres.

Els porcs són fredolics, qui ho sabia?
L'ullastre més gros de l'illa es troba
a ca seva. Com una font de tinta fosca

per a la Tònia i al Joan a qui dec tant.
El Valentí té un xiringuito. Hi anirem,
amor, si déu vol. En kayak. Del gregal

haurem deixat la casa. I farem el vermut
a la platja, rodejat pels amics essencials.
Em deixaràs un temps, oi? Que el Paco és 

home de diàlegs innombrables però cada dia
distints, adaptats als seus nombrosos amics.
Els porcs són fredolics. Amb tu no ho seré mai.

Quan parles francès

Quan parles francès, ric.
Oloro la fusta tendre
del cavallet de ton pare.

Els vianants segueixen
el seu rumb. La caixera
del cine fa mitja

i ens oblida al mig de
l'escena improvisada.
Pesco sons aguts,

entonacions brusques.
T'atures de parlar,
em mires.

Et robo un petó i corro
com un franxute salvatge
que saberes despertar.

Caminar

Caminaré per la ciutat en obres
amb tu al meu costat, passarem
pels carrers ombrívols amb perfum
de mandarina.

Deixarem els barris cèntrics.
No portaràs el nas vermell,
ja no el necessites. Et coneixen
els infants

i els seus pares. M'inclinaràs
definitivament cap a la llengua
compartida. Som i serem.
I somiarem.

lundi 13 juin 2016

Deus absconditus

No crec en Déu. Ni en el dimoni.
Crec en els homes i en les flors.
La rosella, el Lionel, el Rémi.

També crec en amics llunyans i
propers, cults i elegants. Ric.
Penso en l'«¡adiós, paredes!»

de la Celestina quan aquella deixava
la casa i se n'anava pels carrers.
Una parella divina, ¡sí, senyor!

Dos Déus amagats, silenciosos i
atents. Un impuls, només donaren
un impuls. I la vida se'ns emportà.

dimanche 12 juin 2016

Lliscar

La boca es tanca i s'obre de sobte
rere la paret velar de tova seca.

Mai hauries pensat que es podria acariciar,
acaronar, una atzavara de pell resseca.

Una d'aquelles on els adolescents tímids
es juren un amor etern a força de signatures.

Mes una amiga nova te l'acaba d'ensenyar amb
veu tranquil·la com una evidència amagada a

un prestatge d'una llibreria petita de Ferreries.
La yema de los dedos, el rovell de l'ou: les llengües

es confonen i neix la sensualitat. Qui et prestarà un
d'aquests dits fins i sensibles que saben acaronar

les atzavares a l'illa dels arbres vençuts, fosquet,
en companyia d'amics comuns que ja sabien que us trobaríeu?

Langues et vers

La langue ne se choisit pas,
elle te cueille un matin puis
t'exprime comme un agrume

avant que de partir. Dehors,
les autobus ronronnent.
Ta bouche de la veille

est pâteuse. Tu ne parleras pas.
D'ailleurs, rauque, ta voix est cassée.
Non, tu écriras. En vers brefs, emprosés.

Et les langues, tes langues, alterneront.
Non loin, une amie digitale veille et t'y
autorise. Tout près, la ville s'éveille.

El xarnego

El xarnego

El xarnego. No pas un xarnego qualsevol.
Un fill de Castilla la Mancha, al Bon Pastor
instal·lat. La nit s'allarga. Al darrere del gin

tònic de gel blau, t'explica la vida. La seva.
El fill de vuit anyets, el barri menestral.
Els festivals de judo, escola rere escola.

Tu també ets un xarnego o ho voldries
ser. A Ciudad Real hi ha un poble petit
on els fills de sa mare riuen i somien.

Al sud de la capital, entre vinyes verdes,
tan verdes, es dorm la migdiada, becaina
allargada. T'ho contà un amic nou i profund.

Un xarnego. No pas. El xarnego.

A la ciutat en obres

Mercè, la novel·lista t'ho havia explicat:
aquesta és una ciutat en obres, sense
fi. A Horta o a Roger de Llúria.

Sota la pell de quitrà o de sorra, ensenya
la vida tèbia, dels veïns reunits el seny
i la rauxa sobtada. Sota la interminable

senyera quatribarrada. A la pista vermella,
al bell mig del col·legi, una parella ballava.
De besos i de retrets. En silenci. L'hora

era morada. Ho sabies. Sense explicar-li
mai, ella et comprengué. A dalt, per un
altaveu rovellat, una rossa cantava.

D'altres balls. De nenes i nens. Uniformats
de blanc amb cinturons de color.
Barcelona era bona. I la rossa sonava.

El sopar

Foren hores rares, a la posta antiga.
Mantell de paper quadrat. Veu trencada.
T'hi jugaves la vida puix que la vida,

sense jugar-se en perd la sal. Vam compartir
la ventresca i el formatge, la comtessa
de gel i els riures d'infant. Acabàrem
en un jardí de begudes blaves i cossos

de cireres. No sabiem l'hora. Tot just sabiem
que érem homes i dones de moviments
amples i elegants, de kimonos d'alfàbrega.
La nit tindria fi. Ho endevinàrem. De sobte.

Lâcher prise

Marcher à tes côtés. Lentement.
Sans jamais vouloir refaire le monde.
Le vivre, ça oui. Passer sous l'Arc

de Triomphe de brique étranger
aux armées hostiles, boire la ville,
aux sons neufs, au sang tiède.

Savoir enfin qu'une amitié prend
racine. Avec plaisir et distance.
Puis rire à Barcelone, ton aimée.

samedi 4 juin 2016

''Le soir, je vieillissais''

Lecture lente. D'une écriture jeune
et lointaine. ''Bonjour tristesse''.

Cécile s'étourdit entre les adultes,
le soir, aux côtés de son père,

elle vieillit, un temps. Un temps,
seulement. Conversations

inconsistantes. La vie à fleur de
peau. L'amer, l'amer toujours

recommencé.

mercredi 1 juin 2016

Quand l'odeur fait silence

Quand l'odeur fait silence,
il est temps de rentrer en soi,
de tirer les volets, de se glisser

sous la courtepointe pour mieux
la savourer et se la réinventer
volubile et criarde, unique

et obsédante. La voix s'en est
allée, la silhouette aussi dans
le froissement glacé des draps.

Il ne reste plus dès lors que
l'odeur patiemment, méthodiquement
emmagasinée. Jusqu'à une autre fois.

Peut-être.

Il avait oublié

Il avait oublié la saveur des corps après l'amour,
la tiède onctuosité de la peau qui repose, le cœur
à fleur de chair, la bouche éperdue sur l'instant

pour tout avenir. Il avait oublié l'oubli, le regard
disjoint, la mémoire imprimée, les mains se croisant
dans le dos de l'autre comme sur le cœur d'un pécheur

repenti. Il avait oublié cela et plus encore. La voix
enrouée, les mots qui se conjuguent cependant que se
mêlent les langues et s'abîment les humeurs. Un temps.

Rien qu'un temps.

samedi 28 mai 2016

L'aprenenta de poeta

Un divendres, a la tarda,
una alumna se m'acostà.

Amb un feix de fulls
i un posat solemne.

Em mirà i parlà,
la solemnitat se n'anà.

Un sonet comentava,
en tan sols una hora

o mitja. Mai havia escoltat
una paraula tan clara.

No li mostrava res. Al final,
cità Miquel Martí i Pol

i al silenci ens deixà.
Calderó, point d'orgue.

Al francès tornàrem, que
mai havíem deixat. De versos

no n'escrivía gens, em confessà.
Naixia una poeta, ara li puc contar.

Les imaginer

La photo est petite, elle pèse deux ou trois kilos,
version contemporaine des médaillons anciens.

Une mère et sa fille s'y tiennent, comme un miroir
riant. S'étreignant par les bras et se frôlant les tempes.

L'une à la coupe ébouriffée, l'autre aux longs cheveux
châtains. Derrière elles, les arbres veillent. Serrés

et silencieux. Mais qui donc est le photographe qui,
un instant les prit ? Témoin de leur heure complice,

du sel de ce moment. Bien sûr, sous ces mots, je pourrais
vous la reproduire, je n'en ferai rien et vous laisse

tranquillement,
vous les imaginer.

Des larmes chargées de présent

«La poésie est une arme chargée de futur».
Paroles militantes, foi dans un avenir meilleur.

Mais que sont les mots de Celaya face à la douleur 
d'une amie ? Longtemps, il n'en sut rien, ou presque,

la confidente se taisait et ses larmes ravalaient.
Un jour n'y tenant plus, elle sortit de par la ville,

tenant son ventre déchiré, ses jambes ne la portaient pas,
essouflée elle s'affaissait, quand elle vit, à la dérobée,

un banc calme, de bois et de fonte ordonné, lui tendre
les bras ou, du moins, une assise commode. Elle s'y assit

et s'y endormit, ne sentant pas derrière qu'un homme la frôlait,
un musicien des rues, saltimbanque retraité, qui d'un limonaire,

ou d'une vielle, tirait des mélodies surannées. De présent, ses 
larmes se chargèrent et les vers, longtemps retenus, s'animèrent.

Alors qu'importent Blas de Otero, Goytisolo ou Gabriel Celaya,
mon amie souffrait et elle m'offrit ses vers, sans rien me demander.

Claire lumière

Chiara, svetlana, clara, claire :
italien, russe, catalan, français,

les langues s'ouvrent à la lumière
puis se referment derrière l'ineffable.

«Que la lumière soit, et la lumière fut.»
«Fiat lux et lux fuit». Du premier l'on fit

une automobile, du deuxième un savon, et le reste,
disparut entre les pages de la Vulgate épaisse.

Les comètes recèlent, paraît-il, en leur queue,
de la glycine sans couleur ni pétale. Un acide aminé

complexe à la saveur légèrement sucrée. Principe de vie,
d'un amplement mouvement semé et qui disparaît aussitôt

passé l'astre de glace chevelu. Ainsi est la lueur qui embrase
tes yeux et que l'obscurité avale, la distance épuisée. D'elle

et des moments heureux ne subsistent alors que le mot bref
au cœur ouaté de voyelle allongée. Chiara, svetlana, clara, claire.

Quartier

La lune était en son troisième quartier,
il ne le savait pas, il l'ignorait,

tout comme il ne connaissait des fleurs
que la caresse légère et le bouquet de

couleurs odorantes. Dans une maison haute,
étroite, sans compagne ni passé, il avait

tant à apprendre et si peu de temps à consacrer.
Du moins le croyait-il jusqu'à ce qu'il lise,

par hasard ou presque, les pleurs d'une amie
confiés à un journal discret, l'épuisement sur

un banc, la main sur le ventre broyé, et cette vielle,
derrière elle qui soudain joue et joue, lancinante.

La lune était en son troisième quartier,
il ne le savait pas, il l'ignorait.

mardi 24 mai 2016

Emballée

Il grêlait fort et le vent faisait trembler
les fragiles volets. Il grêlait fort et l'esprit
allait vite, cliquetant sans répit, dans le noir.

Le temps, au dehors si hostile, s'était soudain
emballé. Exorbités, deux êtres conversaient
sans jamais s'échanger. Confiance de l'altérité.

Assumée, revendiquée. Découvrir des pans d'un passé,
semé de points communs, de vies croisées, de tranches
non encore entamées. S'emballer, ne pas se donner

le temps de réfléchir, de raisonner, d'apprécier
la tranche ainsi exposée. La garder pour plus tard.
La savourer enfin dans l'absence. Atypifiée.

dimanche 22 mai 2016

Douceur de la veille

Le jour est laiteux, l'immeuble fourmille
de mille bruits. Deux enfants dorment
paisibles. Respirations croisées.

Je les ai veillés sans qu'ils s'en doutent,
sourire aux lèvres, sens aux aguets.
Trop brève pour eux, la soirée les avait

vus jouer, bavarder, s'inventer un monde
neuf dans les rires et les mets dévorés
sur le pouce. Ils ont grandi. Encore.

samedi 21 mai 2016

Deux trottinettes

Elles s'ennuyaient dans une étroite
remise de parpaings bruts, à peine
chaulés. Imbriquées, coincées par

une poussette double, ancienne et
vaniteuse. Deux garçons les voulaient,
bavards et rapides. J'avais du mal

à ouvrir la porte. On eût dit que je
la forçais. Délice du larcin inventé.
De leur sortie, je ne garde mémoire.

Mais depuis lors, me poursuit l'entrelacs
du bleu et du rouge sur le gravillon
terne de la place. La pluie, un temps

menaçante, les regardait et suspendait
sa course. Enrubanné de fleurs flétries,
le Général ne cillait. Sa fine moustache

tremblait, je l'aurais juré. Les deux
compères du kebab mangeaient avec parsimonie,
tout à la nostalgie de la contemplation.

Eux aussi avaient été des enfants joueurs
à patins, skate, BMX ou trottinette. Qu'importent
les roulements, glisser à deux, sans dire mot,

sauter, slalomer, glisser, rider et éclater de
rire, à l'unisson. C'était un soir de mai. 
Sur une place, une amitié naissait.

jeudi 19 mai 2016

Un cocktail du bout du monde

L'heure est incertaine,
la table sombre.
Personne.

Dans une flûte effilée,
le bleu s'épaissit de
la pulpe

de fruits improbables,
de vieux rhums
oubliés.

N'était la distance.
je rejoindrais
Incontinent

le photographe
silencieux. Mais
le continent

est autre et
le contenant
dissuade.

Più nessuno
mi porterà
nel sud.

mercredi 18 mai 2016

Anodin

Je ne crois pas pas à l'anodin,
je recueille dans ma main les perles
envoyées, nichées au cœur de tes mots.

L'inconscience m'avais gagné quand tu
me les glissas dans un message bref
que nos fonctions induisaient.

Je le reçus à l'heure sans aiguille,
où la nuit traîne encore et exige que
l'on s'asseye au bord des mots.

Mon écran petit s'était allumé. Je lus
la missive et y souscrivis puis, comme
une récompense à la tâche des hautes heures,

j'écoutai la perle annexée. Petite et dense.
Quatre-vingts millions de bits serrés, aveugles,
obéissants, qui inventaient une musique qui,

à son tour, mimait la pluie ressouvenue. Non pas
l'averse d'été des Quatre Saisons, non : une pluie
de l'intime que d'autres oublient mais qu'un cœur

attentif garde pour la tourner en bouche. Il n'est
rien d'anodin. Il y a ces sons. Il y a nos pluies.
Merci.

dimanche 15 mai 2016

Mai(s)

à Vincent, Jérôme et Hadrien.

«- En mai, fais ce qu'il te plaît.»
«- Mais...» «- Il n'y a pas de mais 
qui tienne.»

«- Alors, mon bon ange, si tu le dis,
j'enlèverai, un temps, son «s» à la terrible
conjonction.»

«- Mais pourquoi donc, et pourquoi si terrible ? »
«- Parce qu'elle gâche nos belles journées et nos
riches initiatives...»

«...et parce que trois de mes beaux enfants y sont
nés, neuf mois après la floraison de l'été. Parce que,
sous leur regard...

«...je n'ai qu'une saison, où la glycine déjà s'évanouit
et où déjà prennent force les cerises. Parce qu'enfin
le monde quitte les conjectures et abolit la conjoncture»

« - Qu'il en soit donc ainsi. Un temps, rien qu'un temps.
Trente-et-une journées, presque autant que les dents qui,
depuis bien longtemps, leur font croquer la vie.»

samedi 14 mai 2016

Un instant de musique populaire

Images et sons volés, à la sauvette,
tremblants et parasités. Le harpiste
laisse se balancer son instrument d'or

sur son épaule sombre. Plus rien des 
outrances merveilleuses de Queen.
La mélodie épurée monte à l'aigu

et quitte la terre de nos ancêtres.
Je songe aux angelots silencieux qui
traversent les générations et sourient

à la moindre de nos tendresses. En quelques
pincements, Park Stickney les rejoint et, sans
jamais nous enlacer, nous envoûte infiniment.


À un ami dans la peine

à L. A.

Comme si je le pressentais,
je regardai longuement le mondial
de pétanque. Deux triplettes.

De deux continents, unies par une
même visière. Jeu lent et grave.
La terre battue de mes souvenirs

s'était transmuée en cailloutis
gris et sonore. Les boules noires
l'emportaient, le tireur malgache

écartait d'un éclat les sphères
d'argent qui osaient s'approcher
du bois. Je sombrai bientôt dans

le sommeil, le mondial était devenu
un bourdonnement terne quand m'arriva
un message de la compagne de mon ami.

C'en était fini. Au matin, après une nuit
de lutte inconsciente. Je revoyais mon ami
la veille. Tout ne s'était pas encore

accompli. Mais ses bras et ses joues tremblaient
d'un feu que je ne lui connaissais pas. Celui de
l'enfant qu'il fut et que jamais je ne connus.

dimanche 8 mai 2016

Une nappe de coton

tendue dans le sous bois,
entre les épineux desséchés,
sur la pierraille et les insectes
curieux.

Un simple drap brodé du chiffre d'aïeux
oubliés et qui reçoit le vin frais et
quelques gâteaux secs. Équilibre instable,
urgence 

de l'échange. On trinquera puis on jouera
aux osselets, de la terre au ciel. On rira,
les bulles glisseront sous les doigts et l'or
envahira la nappe.

Autrement

T'aimer. Autrement.
À distance, sans nulle
complaisance. T'aimer
en pensant, sans cesse,
à tes grands yeux
dessillés.

T'aimer contre la société,
sans en parler aux amis.
T'effleurer et m'unir,
sans jamais te peser,
te porter en moi,

frissonner quand le froid
du petit matin me surprend
dans un train, imaginer
ta peau si claire et ces baisers
que jamais nous ne nous offrîmes.

Souhaiter que la vie soit longue 
encore et nous offre un frôlement
de nos chairs car nos âmes, elles,
fraient depuis longtemps dans le
ruisseau vif.

T'aimer. Autrement.
Devant l'écran, à cinq-cents lieues
de ta terrasse atlantique, imaginer
les agrumes clairs et la semoule que
ta main, nostalgique, égrène.

vendredi 6 mai 2016

Brut

Une amie, naguère,
me demandait si 
je retouchais
mes vers.

Si je les ébarbais,
les polissais,
les réécrivais
longuement.

Non. Mon art est brut,
suite d'instantanés.
La ponctuation m'obsède.
Dans son silence,

elle dit le souffle
et le rythme. Alors, oui,
je la retouche.
Et l'orthographe aussi.

Refuser

Refuser la photo,
trop facile et qui
tue le mouvement.

S'efforcer de garder
ce que l'œil, fugace
et lent, grave.

Au-dessus du sable,
en limite de grève,
tout contre le canisse,

une plante grêle danse,
vert tendre grumeleux.
Sur l'une des tiges,

une jolie fleur jaune,
quatre pétales en croix
liés.

La danse étourdit, l'œil
doute et craint l'oubli,
les lèvres sourient.

Refuser la photo, laisser
le bras ballant, boire
enfin l'instant.

Et fêter le printemps.

Au cirque

Et Martí de montrer du doigt
les étoiles qui naissent sous
le chapiteau bleu.

Le soir n'est pas encore tombé, 
la toile mal ajustée laisse
passer le jour, 

le spectacle tarde. Temps de
réclame et de ventes colorées.
Soudain les tigres 

rugissent contre les grilles.
Aladin caresse de la main
la blondeur de Martí 

puis saute dans l'arène. 
La magie a joué. Un autre moi
sourit.


Ce fut

Ce fut une journée paisible,
de soleil et de mots fléchés,
tout contre les succulentes,
les herbes endunées.

L'eau était glacée, le soleil
enjôlait, l'œuf dur prenait
le goût de l'iode et les propos
volaient.

Non loin, les cerfs-volants peinaient,
vagues étendards de conflits oubliés.
L'un d'eux s'emmêla, provoquant l'ire
batave. Nous en riions, comme des

écoliers. Le soir nous surprit, le
cabriolet nous attendait, brûlant
encore des feux de la journée.
Ma peau avait rougi, 

je dormis mal, le sourire aux lèvres.
La peine d'une amie, le vide dévorant,
un temps, de soleil et de mots fléchés,
l'avaient quittée.

mercredi 4 mai 2016

Une maison étroite

La rue est froide et vide,
silencieuse, interminable,
elle longe la voie des express
qui se taisent à cette heure.

Sur la droite est une grille
haute, à la peinture écaillée,
un cadenas compliqué la barre.
Au delà sont les herbes folles,

rudérales à peine domestiquées.
La sente se devine avec difficulté, tracée
par d'autres mollets, en d'autres temps.
La ville n'est plus et la campagne

est improbable. La marche est pénible
à la lueur du croissant et l'espoir bientôt
vous abandonne. C'est alors qu'elle se dresse,
miroitant de son unique fenêtre. Toute en tranche

et en hauteur. Une demeure d'un seul tenant.
Pièce unique avec sa mezzanine. Chaleur des
coussins, odeur prégnante du bois neuf.
Nous y voilà réunis, à deux, à quatre, à six.

Les heures s'écoulent lentes, les corps dansent serrés.
Une rare voisine, alarmée par le son, se joint au groupe.
Le vin rouge est épais et les voix chevauchées s'empâtent.
L'aurore tarde à venir, on sent qu'il faut partir.

Longtemps je me rappellerai l'étroitesse du lieu,
son improbable implantation, longtemps je me souviendrai
qu'à Billy Paul, se soir là en dansant resserrés
nous rendîmes hommage, avant de nous évanouir.

Quatrième de couverture

Mon informatique est de broussaille
et d'impulsions. De lignes de chiffres,
d'anglais de pacotille. Les yeux, les doigts,
le clavier me sont un guide incertain.

Je ne lis plus. Il fut un temps où les revues
rythmaient ma voie. Bien avant Linux, il y a
plus de douze ans. Je caressais les quatrièmes
de couverture.

L'une chantait les mérites d'un progiciel de
ma région, Windev, sur papier glacé où le jaune
étincelait. Mille fois je songeais à l'installer,
mille fois j'y renonçais.

Mais il était là, comme un talisman, un viatique
possible qui cependant jamais ne m'accompagnerait.
Une amie m'y fait songer ces jours-ci. Mon informatique
est de broussaille et d'impulsions. Et mes vers aussi.

lundi 2 mai 2016

D'amour et d'amitié

D'amour je n'aime plus,
le sus-je d'ailleurs,
le sus-je ? D'amitié
je fourmille.

D'amour je n'aime plus,
la courbe de ta peau
sous mes doigts tiédit.
La rêvé-je, la rêvé-je ?

L'amitié, cette espiègle,
m'enjôle de sa gouaille ;
sans sexe, âge ou couleurs,
elle parle vermillon.

L'amour a mes faveurs,
je le chante et le cherche,
d'un regard déporté, à pleine
bouche je l'embrasse. Puis me tais.

La veu dels amics

M'arribà de sobte,
sopàvem amb unes pizzes
i xerràvem. Fou curt,dens,
de flaire afegida.

Eren a la muntanya,
en podia sentir la remor
tèbia. No sé si es trobaven
a les acaballes

del dinar o començaven a fer
un nou vermut. Al meu costat,
la tendra veïna es callà.
Qui portava la veu cantant

del grup era la Noémie. Tenia
molt poc de temps, l'allargava
per a enriquir-lo amb el gruix
dels mesos compartits a dos, tres

o dotze. No sé quan s'acabà la trucada,
recordo que la veïna em mirà amb infinita 
complicitat. La pizza s'havia refredat. 
Una mica. No gaire.