dimanche 2 mai 2021

Ciel

Tourbillons gris perle
épais, comme nés en automne,
farcis de pluie et de vent,
ils nous prennent toute chaleur.

Menaçant le printemps,
ils volent ciel et soleil.
Si triste en est notre foyer...
D'où tirerons-nous du réconfort ?

Ça fait sept jours qu'ils s'imposent,
et règnent en tout lieu.
Que le bon Éole souffle et les emporte
car nous voulons voir le ciel !!!

© Roser Blàzquez Gómez, traduit du catalan
par Michel Bourret Guasteví




No hi ha distància

De bon matí, uns versos,
espontanis o de repte.
Unes cosetes senzilles

amb gust de xocolata bona.
Els vells llits tenen cel
i els somriures sabors mil.

De bon matí, uns besos,
de llavis a penes tancats
i de cors meravellosament oberts.

Cel de llit

Un cel de llit tot blanc,
de guix antic i llàgrimes moltes,
un cel de llit ben sorprès que mira
en silenci com es desplega la carpa.

Parella de pallassos, malabaristes
immensos, ombres venecianes i cavalls
embogits. Tanta senzillesa a recer
d'un bon de cel de llit pur i ver.

No sortiràs avui

No sortiràs avui
pels camins dels afores.
La pluja desdibuixa
els camps primaverencs.

Et quedaràs a casa
sota la manta verda
i llegiràs l'Aloma,
perduda per son barri.

Et somriurà la llar,
de llenya confitada
i somniaràs ben prest
abans que es pongui el sol.

Onde aveugle

La vieille familiale, harassée,
a fini sa course dans les halliers.
Le bleu ciel brillant a changé

sa livrée coquette pour une rouille
terreuse. Édentée, énuclée, elle sourit
au temps qui, pour nous, passe encore

et qui, pour elle, s'est arrêté. L'Aronde,
en perdant deux lettres, s'est muée en
onde si proche qui rêve de Méditerranée.








By Courtesy Of Lionel Itié

Xicolata

Tan espessa que la O
original s'hi atura
en una I de cullereta.

Delícia col·lectiva
a cada banda fronterera.
Tanco els ulls i la revisc.

Un dia, a Palau de Cerdanya,
t'hi portaré, i en beurem
una tassa fumant, o dues...

mercredi 28 avril 2021

Mai no he escrit...

Mai no he escrit tan poc
i no me'n penedeixo. Els dies
fan olor de romaní i sajolida

i les nits em porten tendres
refilets d'ocells encegats
i greus sentències gripauenques.

Mai no he escrit tan poc
i me n'alegro. M'omplo a cabassos
la memòria per a desconfinar-m'hi més.

Un carnet impromptu

Le carnet s'était perdu
dans les replis de jours
bien plein. Les pages,

cornées par l'absence et
le jeûne, s'effeuillaient
peu à peu, quand, soudain,

le vent de la nuit, espiègle,
décida, bien inopinément, d'en
redessiner la course légère

et c'est sur tes paupières closes,
comme un marin dans le brouillard,
que, dessillant les miennes,

j'entrepris de retrouver ta main
qui, matin après matin, dans le
silence de la pièce vide, écrivait

quelques mots, lignes ou vers,
comme ces pas dont, naguère, tu marquais
la terre de ton empreinte indélébile.

mardi 27 avril 2021

Un poeta fa anys

Un poeta fa anys
i no sap que és poeta.
Tendre tacte de la fusta.

Dinarà arrosset amb amics
tot somniant amb pilotes.
La pluja freda és tèbia

quan un bon noi té vint anys.
Tallaran arbres i flors seques.
El poeta ja ha fet anys.

jeudi 22 avril 2021

Trente-trois ans

À F. et L.

Trente-trois ans,
trente-trois traces
de pas dans la neige

aveugle des Ardennes.
Un regard, noir comme
la tendre obsidienne,

qui lutte puis s'éteint,
sans plus jamais me quitter.
Et trente-trois ans plus tard,

le miracle inespéré d'un autre
regard noir qui a longuement
cherché dans les entrailles

du vivant avant d'entrer, enfin,
pleinement, dans ce collège des docteurs
où la parole s'essaie à vaincre la peur.

dimanche 18 avril 2021

On oubliera Mia

La France en effervescence,
le bandeau des alertes au pied
de chacun des écrans aveuglants,
on oubliera Mia.

Des conversations s'animent,
la mère est une fille perdue,
la grand-mère une sainte,
on oubliera Mia.

Les frontières abolies, France
et Suisse se serrent les coudes,
un squat crasseux est encerclé,
on oubliera Mia.

Le procureur fait des points-presse,
on s'exclame, on tance, on condamne,
le regard d'une enfant s'efface,
on oubliera Mia.

LA PEAU / LA PELL

La peau. Desséchée par le temps.
Les années se paient cher...
Un doigt parcourt les rides,
dont certaines profondes,
tels des tatouages insistants.
Mais, au cœur de la caresse,
le bout du doigt comprend.
Il s'arrête un instant et, lentement,
reprend la peau harassée.
Comme s'il lisait du braille,
le derme devient un livre ouvert,
des pages de faits et de vie.
Des noms, des mots qui ont blessé,
des échos de joie et d'allégresse.
Des chemins, des valeurs, amours et mensonges.
Des arrivées et des départs.
Et le doigt poursuit son parcours,
avec tendresse à présent,
et se montre orgueilleux de cette peau,
si sèche et si fanée, mais peut-être
jamais lue auparavant
comme une carte de trésors vivants

© Roser Blàzquez Gómez, traduit du catalan 
par Michel Bourret Guasteví
© Lionel Itié (photo)


La pell. Resseca pel temps.
Els anys passen factura...
Un dit ressegueix les arrugues,
profundes algunes,
com tatuatges insistents.
Però, enmig de la carícia,
el capciró comprèn.
S'atura un instant i, lentament, 
reprèn la pell cansada.
Com si llegís braille,
la dermis es fa llibre obert,
pàgina de fets i de vida.
Noms, mots que han ferit,
ressons de joia i alegria.
Camins, valors, amors i mentides.
Arribades i partides. 
I el dit ressegueix, ara tendrament,
i es perfila orgullòs d'aquesta pell,
tan seca i tan pansida,
però mai abans potser llegida
com a mapa de tresors vivents.

vendredi 16 avril 2021

A porta tancada

No has somniat mai
en escapar-te? Sense
moure't però d'on vius.

Endinsar-te en els vells
carrerons de la Ciutat
dels Sants i, a porta

tancada, amb amics cars
deixar volar el teu magí
per caminois inescrutables.

Que s'ouvre la porte

Que s'ouvre la porte qui joint mal l'hiver, 
laissant passer le froid
et le rideau à franges de couleur.

Le printemps est là avec son or tiède
et déjà la vieille cheminée s'assoupit.
Au soleil, la lecture est plus douce

et les doigts fourmillent de désirs neufs.
L'herbe est grasse et luisante, qui
accueille trois livres pour Sant Jordi.

jeudi 15 avril 2021

Una catifa voladora

A Lablaz

Com una capçalera de llit
en levitació, ingràvida,
una porta, de fusta bona,

amb pany i frontisses negres.
Una pell morena, llisa i amb
cicatrius regulars sobre un

fons immaculat. La vida. Els anys,
la fruïció serena, nit rere nit.
Una catifa voladora silenciosa

per emprendre uns viatges a dos
pels somnis més inesperats. Tot
el contrari d'una porta tancada.





















By courtesy of Marta BG

mardi 13 avril 2021

Froissements

Tu es celle qui écris,
le matin, dans le silence
du boudoir. Froissement

clair des pages imaginées,
souvenir, tout proche,
de Lucifer qui te sourit

encore, du haut d'un jujubier,
et t'encourage à jongler avec
les langues, car il n'est de mots

que de la faim, de la soif,
et de l'amour. Froissement vif
du matin qui t'appelle et t'emporte.

FLEUR DE CERISIER / FLOR DE CIRERER

Si tu savais comme je t'admire,
branche de cerisier, tout entière,
avec tes fleurs blanches comme la lune,
une bouffée de printemps, une joie de nature,
des pétales de neige et un soupçon de vert 
qui pointe à peine, dans l'attente
du rouge sang qu'il veut être déjà.

© Roser Blàzquez Gómez, traduit                        
du catalan par Michel Bourret Guasteví               

Saps com t'admiro, branca de cirerer,
sencera i de flors tan blanques com la lluna,
alè de primavera, goig de natura
pètals de neu i un verd que tot just despunta
esperant el roig de sang que ja vol ser.



lundi 12 avril 2021

Pluja d'abril

Pluja d'abril,
un bes a la terra
i poncelles mil.

La cuina a les fosques

La cuina a les fosques,
de terra glaçat i persianes
tancades, conserva la flaire

de les converses tardanes.
Sorolls d'escuma cremant
i xiuxiueig tendre dels amants.

La vida senzilla d'allavòrens
segueix fluint per les venes
i la porta s'obre a records infinits.

dimanche 4 avril 2021

Il peint

Midi le juste d'un dimanche
de Pâques. Lentement, il peint.
Les lettres esquissées, bombées,

dansent sans bouger. Du bleu,
du blanc, du rose, qu'enserre
la perfection du noir jusqu'à 

ce qu'il l'oublie et s'évade.
Lentement, sans raison, croit-on,
sinon celle de la beauté. Pure.



Un livre d'Alain

Le livre s'ouvre, au détour
du chemin, craquement lent
des pages blanches.

Une tranche de vie, qui tient
dans la main commodément,
lourde et légère à la fois.

La langue en est limpide,
primesautière, croit-on,
mais les mots sont d'argent

et la mémoire est exigeante.
Se peut-il que tu parles la langue
d'Alain, au terme de l'ouvrage ?

Escriure

Escriure. A ditades.
Deixar vagar el pensament.
Escoltar els batecs del cor.

Infinitius rodons com còdols
del camí compartit fa poc,
fa tant. Hores llargues

de pessics breus i pessigolles
moltes. Dents de lleó collides
a la vora del canal, com sols

vernals, sense olor, tot molls.
Records tan presents que els dits
s'aturen i volen acariciar.

samedi 3 avril 2021

Panache

Comme une écume légère,
une coiffure de plumes
irisées, le panache

ne sert à rien. Il est
le sourire complice,
la main dans le dos,

les doigts qui se frôlent
sans jamais vous abandonner.
On le croit présomptueux,

bouffi d'orgueil, vaniteux.
Il est la grâce sans laquelle
la vie se serait affadie.

Toujours

Pas un jour, ni tous les jours.
Toujours. Contre vents et marées,
l'air chargé d'iode et de baisers.

Sempiternelle offrande du matin,
quand la plage encore vierge attend 
les pas des promeneurs incertains.

De l'amour qui rime avec toujours,
plus que de la gaieté qui rime avec l'été.
Nunquam error, lectio semper est...

El diamant i la tòfona

Com un granet de sorra,
un cristall de sal oblidat
a les mines de Silèsia,

el diamant brilla a la llum
del dia, vermella i d'aire suau,
somniant en una tòfona oculta,

molla de tendres secrets i paraules 
callades, sa germana d'un dia, de dos,
o de tota una vida, en silenci còmplice.

Un chemin entre les dunes

Le chemin qui conduit à la plage,
en tendres vagues et plaisirs infinis,
est fait de sable, si doux, si chaud,
un pont étroit qui s'ouvre à l'infini.

Et il se meut en dansant entre de vieilles dunes,
promptes à s'inonder sous la mer si saline,
cependant que l'ombre y dessine des rides
qui tracent pour l'amant le plus doux des chemins.

© Roser Blàzquez Gómez, traduit du catalan
par Michel Bourret Guasteví



Una hora

Una hora en silenci,
a les tendres fosques.
Una hora escrivint

a la llum petita
d'un ocell de paper.
Una hora desvetllant

el misteri dels amants
que caminen per la vida
com per casa, simplement.

Pézenas

Carrers sonors de la vila vella,
passeig lent dels amants de bracet.
En veu baixa, li dic a la bella
la història d'un vell teatret.

La vida nova del Lluci

En un sofà vell, de pell
taronja i marró, Lluci
gaudeix de la blancor

sobtada. S'obre, badalla,
sedueix la bella lectora,
amb històries d'Alvèrnia

a les fosques i algun cloquer
punxegut. Hores tan lentes,
dolç cruixir de les pàgines

obertes. Un ceramista deixa
les arts del foc per la passió
de la lectura compartida.



mercredi 31 mars 2021

Rrose Sélavy

À mon fils Vincent

Au début, ce fut une promesse,
tenue à l'aube dans le silence.
Parler de Rrose Sélavy,

qui me poursuit depuis tant.
Tant d'années, de souffles,
de vie, d'envies.

Eros, c'est la vie. Duchamp
aimait la gaudriole et on riait
fort, entre surréalistes.

La guerre avait amputé, énucléé,
vidé du sang artériel les corps
et les âmes. Et puis elle est venue,

Rrose, l'absente de tout bouquet, fichée
au cadastre des ans, sous un chapeau
et dans une ample manteline, tranchant

avec la lame de couteau du visage premier.
Si la littérature invite à être un autre,
que Rrose m'en montre la voie. Longtemps.



Mentre. M'entra.

Mentre condueixes, de nit,
com una flama roja fronterera,
m'entra un desig de fred pur,

sense vent ni neu per on relliscar.
No: un fred conceptual, com el glaç
cúbic al fons d'un got buit.

El fred com un silenci o una espera,
el desig de ser esculpit per les teves
mans al final del viatge. I escalfat.

mardi 30 mars 2021

Une langue c'est un voyage qui dure

À K. R.

Une langue c'est un voyage qui dure,
un froissement de sons dans le froid
vif du matin, la course d'une enfant

derrière un ballon rouge qui s'envole,
la douceur d'une épaule après la nuit,
le café amer sous le palais desséché.

Une langue c'est un bagage qui vole,
des vêtements soigneusement pliés
et qui, soudain, se gonflent au vent.



Un ami

À R.B.P

Un ami est dans la peine.
Les yeux qui l'ont guidé,
de feu et de patience,

s'en sont allés. Au-delà
des montagnes bleues, là 
où la parole s'éteint.

De son père, je n'ai qu'un
cliché, mais je sais déjà que,
sur le visage de son fils,

mon ami, je m'en inventerai
les traits et la bonhomie,
pour qu'il ne cesse de vivre.

samedi 27 mars 2021

Nour Rose

La lumière et les senteurs,
un prénom double pour la vie.
La force du feu solaire,
la délicatesse du matin.

Une enfant le porte, jour
après jour. Petite encore,
elle a pourtant mille ans.

Mille ans d'amour silencieux qui,
dans une nuit immense et glacée,
sans le savoir, déjà la cherchaient.

En pleine lumière, la rose s'épanouit.
Bientôt viendront les mots, aux syllabes
patiemment redoublées. Et l'amour, l'amour...

En sis per sis

La vida és de basseta,
de carlines i bosc.
S'hi mouen uns capgrossos
a recer de l'estiu.
I quan t'hi veig sencera,
la recupero tota.

Je sens

Je sens ta voix quand tu écris,
je lis ses envols et ses ruptures,
ses doutes et tes cris,

le trouble qui te saisit, quand
elle franchit la ligne des sons,
tout en haut des montagnes.

Je sens ta main quand tu parles
et que le grave, chuchoté, prend
la couleur de l'envie. Doucement.

Il est

Il est une constellation,
de coton et paillettes,
une nappe tendue sur

un mur pour que les rêves
viennent s'y attabler. 
Elle préside à tes nuits

et guide ta main, quand
tu écris, lime ou te relis.
Il est une constellation.

vendredi 26 mars 2021

Un peu d'eau tiédie

Un peu d'eau, tiédie par la rencontre,
et que les mains recueillent lentement.
un lac en petit, circonscrit de ridules,

et dans laquelle une bouche, naguère aimée,
dessine un sourire las, avant que ses lèvres
s'y prosternent et s'en abreuvent longuement.
Un sourire du soir, une nuée d'hirondelles,

la fraîcheur des collines, et un peu d'eau
tiédie qu'un regard saisit goulûment.

On ne touche pas



C'est un roman bref, l'un de ceux que l'on glisse dans une poche que le tabac a évasée ou sur le tableau de bord d'un vélo d'appartement désespérément statique.

L'argument tient en une poignée de pétales de myosotis ou l'un de ces minuscules strings qui jalonnent le récit.

Une professeure de philosophie d'un lycée de la banlieue nord de Paris, le jour, occupe certaines de ses nuits à se dévêtir et à danser dans une boîte chic des Champs Élysées. Joséphine se mue alors en Rose Lee, clin d'œil à la pionnière de cet art secret.


«Dans ses yeux exténués, je suis très belle.»


C'est cet hendécasyllabe, beau comme la nuit, qui m'a invité à vous en parler, au terme du chapitre 3, bien avant la moitié de l'ouvrage, à la façon d'un Work In Progress, pour jouer les cuistres joyciens à la petite semaine.


Un roman tendre sur les adolescents, malgré ou grâce à leur fureur, un libelle caustique sur la médiocrité des proviseurs que l'on rémunère hors-échelle comme ces universitaires qu'il rêvent d'être mais que leur asservissement -à la hiérarchie, aux parents, au qu'en dira-t-on - barre définitivement.


Roman d'une petite fille jadis laide et sans jouets, claquemurée entre des livres hors d'âge, et qui a vécu les oraux de l'agrégation comme la pire des tortures, saignant plusieurs semaines durant, pour renaître dans l'effeuillage, quelque dix ans plus tard.


Je porterai longtemps ce livre en moi, comme un vade-mecum, ou, mieux encore, un viatique aveuglément noir,

pour faire un dernier clin d'œil, à Nerval, cette fois.


Précipitez-vous y. Lentement...



mardi 23 mars 2021

Une soupette

Ancestrale et pourtant oubliée,
une soupette de pauvres, venue
d'une petite île, il y a cent

ans ou plus, un curieux brouet
brûlant des pauvres gens. Du pain,
rissolé dans de l'huile grasse,

de l'ail écrasé, de l'eau et deux
œufs battus et prestement jetés
avant que la main de la mère,

aimante et attentionnée,ne leur
donne un tour final, étourdissant,
et n'invite à partager l'ambroisie.



Une lecture

À Élodie et Thierry

Petite, essentielle.
Un livre mince et délicat, 
fleurant bon le lointain,

trop grand pour la poche,
assez large pour le cœur
qui s'y réchauffe vite,

très vite. Et il n'y a de
train qui vaille ni souper
attentionné pour arrêter

la course des yeux, l'empreinte
tiède des doigts. Maïa et Julien
retrouvent l'amour, le dessinent,

l'inventent, sous l'éventail
d'une cartomancienne complice,
faisant naître leurs enfants

tout en haut des arbres, tout
contre des étoiles qui, un jour,
les verront, eux aussi, danser.



M'has regalat

M'has regalat una flor,
petita, delicada, miratge
de colors vius, vademècum

lleuger per passar un bon dia,
entre lectures i trajectes.
M'has regalat el teu cor,

rodó, olorós amb pètals quiets,
blancs i rosa amb un sol endins,
tebi i delicadament apassionat.



lundi 22 mars 2021

Vernal

Abandona el prefix, falsament
inclusiu, i deixa entrar la flaire
dels brots plens de saba verge.

L'hivern se'n va, amb la neu tardana
de Moià, i arriba la primavera bonica
amb pastissos d'aniversaris i flors

de paper fi. Ja és temps de treure
de la butxaca les sarbatanes petites
i d'oferir a l'estimat un somriure vernal.

SARBATANA

Tub tan llunyà que el seu record
en torç la grafia com sota l'efecte
d'un pètal de primavera.

Sarbatana d'or o de blat xeix, pestanyes
morenes i fils de plata. Sense cap dard
ni sageta. Una sarbatana d'alenades tendres

que menyspreen les fronteres i la fredor
de la nit silenciosa. Un mot, just un mot
que invita els amants a collir-ne els pètals.

samedi 20 mars 2021

Poemejant

Ella em va portar un mot.
Petit. Quatre síl·labes.
Una alenada sobtada,

després de setmanes
de lectures diurnes,
en silenci. Cap cot.

I he continuat a seguir-li
les passes, escrivint molt,
per anar acompanyant-la

pels viaranys de la vida,
fent país, fent llengua, fent
parella. No m'ha demanat

res. M'ho ha donat tot.
O gairebé. Demà serà diada
de la poesia. M'acompanyarà.

Printemps

La neige fond et voici venir le vert,
tout impatient du soleil tant prisé.
Désir du grain que le vent fait mûrir
sous l'éclat de l'épi songeur.

Les bourgeons crèvent leurs entrailles
et l'aube teint de rose la prairie,
telle une vieille fileuse, l'araignée
tisse des robes de son fil doré.

L'hiver s'en va avec sa brume grise.
Les fleurs se laissent énamourer.
Lenteur du réveil, la vie m'appelle !
Un banquet pour vivre et festoyer.

© Roser Blàzquez Gómez, traduit du catalan
par Michel Bourret Guasteví

Deixant el pati encegador

El sol t'enlluerna,
has deixat el pati
de pedres i rajoles

i has tornat endins.
T'hi espera el llibre
breu. Els sentiments

d'un carter enlluernat
per una presència rara.
Llegeixes. Et deixo vibrar.

vendredi 19 mars 2021

Elle est

À une petite fille de mars

Elle est et le silence se fait.
Stellaire Estel à la boucle d'or.
Le vent s'est tu qui, naguère,

en songe, caressait ses cheveux.
Le poing se ferme sur les rêves
à venir et l'oreille se dresse

dans un cocon de douceur. Du père,
non loin, on dit les vers gourmands.
Ouvrira-t-elle les yeux à sa voix

quand le soir se fera ? Coton blanc
et duveteuse peluche m'en convainquent,
assurément. Longue vie à cette étoile !



Se perdre et désigner

Se perdre dans la chair autorise l’instant
Pourquoi un alexandrin perdu dans la houle
de vers forts, suspend-il le souffle soudain ?

Magie de la traduction qui se suspend, au risque,
toujours présent, de s’essouffler. Le scalpel
brille et les doigts ne se crispent plus.

Que belle est la plume qui ne se traduit pas.
Pourquoi traduire, quand on sait impossible
la tâche, sinon pour désigner du monde l'origine ?

Comme un trait de salive

Comme un trait de salive,
la nuit écrit en blanc rosé.
Constellation de miroirs

et de doigts entrecroisés.
Le café brûlant s'approche
et les lèvres le devinent.

Que peut le coton froid contre
deux cœurs qui se réveillent
et conversent longuement. 

Casualitat

Penso en la casualitat
que va deixar a descobert
una punta de l'antic matalàs.

Urpes silencioses a la nit
que s'aferren, s'arrelen,
a la fina pell de cotó crema.

I ta veu que em desperta
i ens deixa desconsolat
mentre la foscor s'instal·la.

lundi 15 mars 2021

Il est

À Jean-Yves

Il est l'ami fidèle,
celui qui, jamais,
ne desserre la main.

Le délicat maître-queux
des soirées amicales,
le boute-en-train vif

et toujours prêt à rire
aux mots bons ou légers
des copains du mercredi.

Il fait des ans aujourd'hui,
comme on dit dans ma province
aussi têtue que la sienne.

Longue vie au tendre compagnon
de Valérie, duchesse de Boutonnet.
Il est l'ami fidèle...

mardi 9 mars 2021

Invertint R'lyeh



Punt Nemo literari,
geometria tan aïllada
que m'ha glaçat el cor.

I vet aquí que un amic
car me l'està invertint
amb unes ombres de fantasia.

El fotògraf es beu el mar
entre l'illa major i la menor,
pintant un llumí de connivència,

un far que dóna l'esquena a la remor
confusa de la gent. Crepuscle silent.
Preu infinit de la vida que batega, 

salada. 

By Courtesy of Pau Gener Torres

lundi 8 mars 2021

Unes flors de pruner

– La lluna, la pruna, vestida de dol.
– No diguis bestieses, tenim temps,
que arriba la primavera, amb son

sol tot nou. La flor, l'amor, tot d'una.
Enlluernat per la flaire i la blancor d'unes
floretes, no penses en les fruites dorades,

que, un dia, penjaran de les branques fulludes,
com la promesa d'unes noces impensables, entre
la rosada del matí i la flamarada del capvespre.

















By Courtesy of Roser Blàzquez Gómez

dimanche 7 mars 2021

CAPE ET TABLIER

8 mars, journée internationale de la femme






J'ai mis mon tablier
couleur de grenade
et je surveille le poulet.
Je fais des petites cuisses à la casserole.
J'écoute le son de la friture
et mes narines palpitent du fumet.
C'est dimanche et j'ai mis mon tablier,
car, aujourd'hui, nous serons nombreux à table !
Et tout en surveillant la casserole
je lis Emili Teixidor.
Et je vole en sa compagnie. J'apprends à voler.
Et l'univers pour moi devient infini
dans la cuisine de la maison.
Après j'écrirai...
et je limerai chaque mot,
sans rien faire, je ne peux vivre.
Et, invisible, la cape volette
sous le vent de la hotte.
J'aime cuisiner quand je porte ma cape.
J'aime voler quand je porte mon tablier.

© Roser Blàzquez Gómez, traduit du catalan
par Michel Bourret Guasteví

El navegant silenciós

Al Damià Coll, foeta

No es mou, emmirallat d'or.
Dels bergantins, ha oblidat
l'art exigent de salpar.

Silenciós, somnia amb sirenes
escabellades de pell platejada
i cabellera d'atzabeja. 

No es mou, tot pintat de sorra.
De la Banya d'Àfrica aprendrà
el lent bressoleig de les falugues.











By Courtesy Of Damià Coll

Set de març, el dia d'abans

Tinc set de març i de Marçal,
el dia d'abans. Res de l'altre món,
tot d'aquest, deliciosament.

M'he pres el blauet i el davantal,
ara netejo el bany, cap cot, de genolls.
La dona no és pas l'avenir de l'home,

com cantava un poeta d'abans. Ella és.
Senzillament, genuïnament, i ens acompanya.
O no. Per sæcula sæculorum. O no.



Somriures

Silenciosos, com gelats,
uns somriures de llavis
tancats a la nit de Verges.

El públic, sota la carpa,
escolta en Lluís cantant
Amor particular. Tretze

anys han passat. Un bon
grapat. O res. Un polsim
d'estrelles que cantusseja,

silent, pel do de la humanitat.
Particular i tan comú, com l'amor
més pur, al final de l'hivern.














Hamburgueses

De cansalada i formatge fos,
panets rodons i dos pessics
d'amor, les hamburgueses

esperen l'arribada de la colla.
Un sopar de dissabte. Riures
i bromes. Estovalles solars

i el somriure de la mare,
que no menja gaire i se'ls mira.
Les hamburgueses brillen.








Ventades

De cop i volta, a la mitja nit,
dues ventades terribles i breus.
Dormen els nens, no senten res.

Em quedo despert, pensant en tu
i en la casa del tercer porquet,
tota de ciment i maons bons.

Han passat ja, com una marca
insistent de la benevolència del
temps pels qui s'estimen fort.

Funambulisme

Il y a ces mots, que je ne connais pas,
et qui se présentent à l'improviste,
me laissant soudain sans voix.

Et pourtant, funambule audacieux,
je me lance dans cette langue seconde
et si première dans mon cœur débutant.

Par tes silences et ton regard,
tu ne cesses de me guider, et la
corde se tend délicieusement.

samedi 6 mars 2021

Panets

Quiets genets d'un Apocalipsi
de fantasia, rodons, tebis i
tous, dessota una armadura

de cicatrius gentils, els panets
esperen el berenar de la colla
entre cafès, infusions i birra.

Miracle d'un forn blanc capritxós,
un dissabte de finals d'hivern,
a recer d'una bruixa bona, tan bona.



La petite fille et les clarinettistes

À A., durable inspirateur

Il faisait froid et sombre,
si sombre, cet hiver-là.

La petite, une enfant de huit
ou neuf ans, accompagnait
son père aux répétitions

d'un petit orchestre amateur.
Assise entre deux clarinettistes,
dans leur ombre tiède et douce,

elle tournait lentement les pages
d'une partition dont elle avait
patiemment appris la grammaire,

ramassant les épingles sur des fils
noirs sans nulle autre lessive
étendue que celle des rêves à venir.

Il faisait froid et sombre,
si sombre, cet hiver-là.

vendredi 5 mars 2021

Madame Sarriette

Elle passe inaperçue,
embaumant de ses pas
la salle où l'on s'affaire.

Une pincée par ci, 
un frôlement par là,
sa chevelure caresse,

que l'on enfourne vite.
N'en déplaise aux grincheux,
elle m'est indispensable

Et s'il m'était donné, un jour,
de vivre sur une autre planète,
j'en voudrais bien le sol...

...d'incroyable sarriette.



Opípar

Al Víctor

Un sopar exquisit,
preparat al taller
llunyà i portat

pel fill estimat.
Perols de carn
amb cansalada

tendra i verdures,
patates i formatges.
Un enfilall opípar

de plats tan distints
i semblants. I, al final,
una conversa ben dolça.



Sense foto

Sense foto,
ulls tancats,
record viu.

Llavis clars,
tímidament
closos.

Arruguetes mil,
tan delicades,
d'esguard solar.

Nas entremaliat,
de narius inquiets
i amanyagats.

Coll tan fi i clar
que sembla un eix
del món mansuet.

Somriure d'ànima
que m'embriaga
el cor, mut i cec.

Prévert, forever

T'han proposat 
de traduir Prévert.
L'amic fidel, constant,

que t'assessora bé,com
sempre, amb més confiança
de la que tens en tu mateix.

Passen les hores i recordes
el llibre de butxaca usat,
de pàgines groguenques,

la llengua senzilla i pura
de les curses pels carrers
en blanc i negre, a la Doisneau,

la música de Kosma, la veu aguda
i greu de l'Yves Montand, la ploma
incisiva del Prévert. Forever...

jeudi 4 mars 2021

Kaeru

Une nuit claire venait de tomber,
subrepticement, au dos d'une page.
Au troisième étage, sur le balconnet,
un être de papier quittait l'orage.

Je songeai aussitôt à toi, si loin,
et si réelle, origami de sel
et de passion, de brume et de foin,
petite fée Sarriette dans le ciel.

Puis je revins au livre et à l'énigme,
Kaeru, grenouille et retour chez soi,
papier plié et curieux paradigme,
à mille lieues de tes baisers de soie.

Caresse nostalgique

Arôme caressant et peau de soie,
tu brilles des couleurs et de la vie
des printemps de jadis, de naguère,
cette espérance que le froid ne peut glacer.

© Roser Blàzquez Gómez, adapté du
catalan par Michel Bourret Guasteví



mardi 2 mars 2021

Una bicicleta

No pas una bici:
una bicicleta,
de rodes punxades.

Una companya de camí,
sense cap ni cos,
guiada de la mà.

Acer, plàstic, cautxú,
silenci sonor baixant
pels carrers de la vila.

lundi 1 mars 2021

Tapioca

Perles de vidre tou,
bones lupes a milers
per a lil·liputencs

curiosos. Sabor cremant
de la llet ensucrada o
del brou de gallina.

Vaixell, ulls tancats,
cap a l'altre costat
dels oceans furiosos.

Record tan llunya que
ens apropa tu i jo,
entorn de la mandioca.



dimanche 28 février 2021

Une longue promenade

En deux ou trois groupes, le long
du front de mer bondé. Pas lents
de la mère qui se plaît à converser  

avec sa belle-fille, cliquetis sec des
trottinettes qui jouent avec le sable
à éprouver leurs roulements à billes,

douce poussée d'une princesse juchée,
cependant qu'une autre, plus petite,
rêve déjà de pêcher des canards.

Deux frères discutent et savourent
ce moment. Plus d'un siècle à eux
deux, de dialogues et de bons mots.

L'après-midi file, le retour déjà
l'absorbe et la géométrie esseulée
d'un parking de béton les attend.

Le feu couvert précipitamment, sur
les coups brefs de dix-huit heures,
ils revivront longtemps la promenade.

Els convidats

Estàs llegint. Al caliu de la llar.
I m'has convidat a la teva lectura.
Autor conegut, record tan llunyà

que sembla de somni. Terra exhausta,
sentiments profunds, una vida d'arrels.
Ja couen les empanades, lluitant contra

un forn capritxós. Te n'oblides, llegeixes,
amb el front clar, tot rinxolat de tinta
negra. No et molesto. Et miro. Estàs somrient.




samedi 27 février 2021

Llençant les deixalles

Lluna nostra, astre encegador...
Has sortit per llençar la brossa.
Placeta silent, passes sonores,
tens fred i te l'estàs mirant.

No se li veuen les taques, ni la
bellesa salvatge del rostre, mes
és tan nostra, que sense pensar-hi,
la comparteixo amb tu.

Lluna nostra, astre encegador...
Ets tan fredolica que has tornat
a dintre i, des d'allà, me l'ofereixes
abans que s'acabi febrer.




Outre-Atlantique

Mais qui donc me lit
aux États-Unis ?
Tout le monde dort,
mais un quinquet veille.

Est-ce une personne
ou bien un robot.
Jamais ne saurai
et déjà m'endors.

Autodefinits / Mots fléchés

Fletxes petites que et guien
per la pàgina de febrer.
Com un laberint en petit
que llauri els mots de ta llengua

De l'una passes a l'altra
i no et pares mai. De la mare
segueixes les passes i deixes

enrere les planes ja omplertes
abans de retrobar a la matinada

el bon repòs del sempre etern llit.

***

Des petites flèches qui te guident
sur la page de février.
Comme un labyrinthe en petit
qui laboure les mots de ta langue.

De l'une tu passes à l'autre,
jamais tu ne t'arrêtes. De ta mère
tu suis les pas et laisses

en arrière les grilles déjà remplies
avant de retrouver au petit matin

le bon repos du lit sempiternel.


Un dos tres

Un deux trois, soleil !
Una ditada de mel.
Un dos tres, salta pagès!
avant de s'immerger

dans la mer de juillet.
Va t'en vite au bal
que hi dansen les minyones
amb qui vols festejar.

À Portbou ou à Cerbère
ja no saps en quina llengua
tu parles ou tu écris
gaudint de la frontera vella.

Haikaragol

Dona-li una a
a aquest pobre cargol,
que tan lent camina.

Retour fugace

Je reviens à ma langue
que j'avais oubliée
dans un coin de la lande,
au détour d'un bosquet.

Elle me sait inconstant,
ne me tient pas rigueur
et voit passer le temps
qui m'écorne le cœur.

Que viennent des semaines,
avant le beau printemps,
pour m'offrir cette aubaine
que j'aimais tant avant.

Ja se't tanquen

Ja se't tanquen els ulls.
El dia ha sigut tan ple.
Un matí de feina grossa,

i la tarda de converses.
El vespre de plats molts
i un silenci de ganivets

bruts. Ara t'està acollint
la nit i canta l'Aretha Franklin:
Oh No Not My Baby...




Un altre dissabte

Avui faràs dissabte,
lentament, amb fruïció.
Bugades de paper blanc

i blauet de tinta bona.
Seuràs al teu raconet
i portaràs joies noves.

De llum i d'or fos. Girs
de pagesia i bons mots
de la plana. Aniiràs polint

i llimaràs, sense oblidar
dinar ni midgiadeta. Farâs
dissabte. I et celebrarem.

jeudi 25 février 2021

Tomàtic i tomàtiga

Tomàtic i tomàtiga
s'agafen de la mà,
caminant de bracet,

de llevant a ponent.
Tants matisos petits,
tornassols vermellencs.

Una sola llengua, en pla,
i tanta complicitat, d'una vora
a l'altra, de la mateixa mar.

Febrerenca

Melmelada febrerenca,
tornassolada d'or bo,
espargida al matí fred,

ja sento que t'endinses
en mí, fecunda, fructífera,
i em dónes d'alguns cítrics

el secret secular. De pell
i polpa. De sang i venes.
De tinta rossa. I morena.



mercredi 24 février 2021

Flor de fang

No podia res la riuada,
ni els troncs arrencats,
serpentejant cecs pel 

rebombori de fang foll.
La flor romania dreta,
prima i flexible amb

pètals blancs i rosa
com les aspes lleugeres
d'un molí de fantasia

Boira espessa

Boira espessa, matinera,
com un fum fred d'arbres
nus. Món conegut, formes

desdibuixades. Branques
enlairades, a les palpentes,
buscant el sol primaverenc.

Llum borrosa, sense zenit
ni nadir. Temps suspès, ple
d'esperança per qui creu en tu.



Et le jour s'est éteint

Et le jour s'est éteint,
c'était une belle âme.
La chaleur de l'étain,
le vague de la flamme.

Nous discutions sans fin,
tout en regards subtils.
Au bout du nez, un grain

et dans chacun des yeux,
tout l'autre en tout petit.
La distance, un non-lieu,
la présence sans prix.

Amb tu

Amb tu he creuat oceans,
sense moure'm de lloc .
Una conversa, un accent,

la flaire d'una salsa vermella
a cullerades, una Mallorca
exiliada, voluntàriament,

el preu de l'amistat en cases
sense finestres i de porta viva,
a cada hora del dia i de la nit.

Caragol de nit

Tendre caragol,
a la llum de la pantalla,
ton nas amb mon dit. 

lundi 22 février 2021

Sense espai nou

Sense espai nou no hi ha cabuda
i un riu de tinta blava corre
entre els somnis dels amants nus.

Platja de sorra freda i molla,
bones petjades innombrables.
La nit com un vaixell silent.

Sense espai nou no hi ha crescuda
i ens passem els dies teixint
un pegat de pell olorosa.

dimanche 21 février 2021

Sage mélodie

Sage mélodie du temps
qui passe, étourdi, sans 
seulement prêter garde

à la hâte des importuns.
Battement grave des horloges,
froissement imperceptible

du robinet qui fuit ou de
la page que tourne, distraite,
une cruciverbiste songeuse.

Verba non facta

I ara què? Els fets s'han silenciat
i la pica, sense plats per fregar,
es manté durablement a les fosques.

Del Condis o de l'Spar, no treuràs
brou de peix ni galetes dorades.
Et queden els mots del dia a dia,

el rumor tendre del carreró ocupat,
i el record punxant d'unes passes
de fang a les coves del Toll.

Roser boscà

Silvestre, de nom de poeta,
floreix a les poques bardisses
que el poble ens deixa ja.

De flors simples i rosades,
el diuen bord. Mes el trobo
molt més fecund que aquest

tan va de les moltes floristeries.
Cinc pètals, ni un més, i l'estel
s'enlaira, als afores del son.



La llengua del cor

Hem alternat tendrament
els mots de l'un, els girs de l'altre;
hem jugat a la gallina cega,

tot mastegant sons aguts i
consonants inesperades.
Ara bé la son ens ha vençut

i, en silenci, amb els cossos
a tocar, hem après la llengua
del cor, que ens fa bategar.

Ditades en la sorra

Has deixat d'escriure
a recer del silenci i de
la fredor del cotó.

Has deixat la ploma
per ditades lentes i
tendres en la sorra

de l'esquena estimada.
Res de l'altre món, no.
Tot d'aquest. Infinit.

Retrobant

Retrobant, al cor de la nit,
la força compartida dels mots,
l'alenada sobtada que trenca

el son, exigint camins nous
i coneguts. Un diàleg infinit,
aquests moviments lleus

que recorden la presència
des de la mateixa absència.
Un arbre de noms i frecs.

mardi 16 février 2021

Un home de bé

Dins de l'ull, una llàgrima
salada, com un món en petit.
Se li desdibuixa la cara

del conegut en la pantalla
encegadora. Tanta riquesa
compartida amb la llengua

mitjancera, a cada banda
de la frontera. L'home de bé,
amb nom de sant bretó, deixà

aquesta vall de llàgrimes
un dia de febrer del vint-i-u,
sense dir res, amb un llegat

infinit, teixit de fets i mots
que, ella ho sap, es continuaran
dia rere dia, a recer d'una arca bona.

lundi 15 février 2021

Il est des arbres

Il est des arbres qui dorment
entre les pages de recueils
à venir : un amandier gracile

avec des fleurs de mots, un
olivier sauvage, sombre et
massif, courbé par le vent,

des lauriers roses de poète
et un palmier nu si haut que
la vie s'y perd en méandres

colorés. Ouvre leurs pages,
je t'en prie, et laisse-toi 
guider quand seule tu seras.

Les yeux clos, tu les sentiras
embaumer doucement, du soir las
jusqu'au tendre matin.

jeudi 11 février 2021

Mimosa

Petits baluchons d'encre jaune,
imprégnés de senteurs et de douceurs,
vous fleurez bon le printemps.

© Roser Blàzquez Gómez, traduit
du catalan par M. Bourret Guasteví



mercredi 10 février 2021

Mirallets

Mirallets petits i nombrosos,
tan petits que no hi cap cap cara,
tot just un frec de llavis vague

i furtiu. Vaixells diminuts vogant
per un mar de cotó blau, com mandala
badallant al matí breu de febrer.

Mirallets entremaliats com marraquinques
impacients, esperant en la mà d'un franxute,
inacabables partits al caliu de la llar.

Animamistat

Amistat d'ànima i de cor,
de lectures llargues i mots
sobtats. Xarranca a peu coix,

sense guix ni ombra, peró de mans
càlides i, fugaçment, fregades.
Necessitat lliure, mai forçada,

cantussejada del trenc de l'alba
al fil greu de la nit. Animamistat
entre llengües cosines i cors veïns.

El Panki

Una bola de pèls suaus,
que t'escalfa la mà. Amb
dos ulls negres i brillants

com de joguina, uns crits breus
i aguts, quan sent la presència
matinera d'una bruixa tendra,

amb cabellera d'enciam i dits 
de pastanaga vella. La llibertat
en petit quan fuig de la llar

encegadora que ronca orgullosa
i va per la casa, a passes ràpides,
i, ditxós bitxo, cagallonets sobtats.

El cant de la llibreta

Misteri d'un despertar a l'alba,
silent, a la Sallagosa finagostera,
miracle d'un cant gradual, d'un frec

tendre i furtiu, ritmat pel so greu
de campanades cerdanes. Escrius, lenta,
a la llibreta. No et veig. T'imagino.

A la taula fosca, uns llibres de viatges
en petit, gelosos, i al Capcir proper,
gèlid, un rierol silenciós pren versos.

mardi 9 février 2021

Des branches comme des veines

Assoiffées de neige et de pluie,
des branches comme des veines 
en appellent au ciel pour exiger 
une averse qui les ranime,

Sachant que l'orage s'approche, 
elles s'accrochent à la roche 
comme jamais, dans une tentative
désespérée pour vivre.

© Lionel Itié (photo)
© Roser Blàzquez Gómez (poème)
© Michel Bourret Guasteví (traduction)



lundi 8 février 2021

Calitja matinera

He buscat el teu reflex
per la calitja matinera.

A les palpentes, guiant-me
pels capcirons que afilava
un desig de dies i setmanes.

Fugint de les parets punxegudes,
m'he aturat i, amb el tou de
les mans, t'he afaiçonat com

si fossis de fang clar. Goig
tremolós de qui et veu néixer

Blavejant

Mirallets teus sobre la mar,
blava i brava, d'escuma lleu
i de trenes iodades d'algues 

cabelludes. Bell cau marí,
fosc i acollidor, on marineres
i mariners s'uneixen a recer.

Constellation

De coton bleu et de paillettes
brodées, une belle constellation
domine sagement la tête de ton lit.

Fenêtre tiède sur l'univers des songes
qui se mire dans un chapiteau de madura
écru et deux coussins gonflées. Les mots

les plus intimes s'y abîme et le désir y
prend des tons moirés qui, en retour,
rebleuissent la trop sage constellation.

Lueur opaque

Du sombre à la lueur opaque,
des bras nus louent le ciel,
dans l'encre glacée de la brume

qui trace de beaux cercles de lumière,
filtre discret de l'objectif saisissant
l'instant précis du savoir vivre

© Lionel Itié (photo)
© Roser Blàzquez Gómez (poème)
© Michel Bourret Guasteví (traduction)



Leçon de français pour devenir fou


Jeter les livres au feu
puis au feu prendre la jetée.
Gagner le port par le parc

épique, baigner le porc-épic.
Faire halte un peu puis talquer
un paon. Ah la belle leçon!

Or si le sel fait un bond, rien
ne sert de courir ni de rire du
cou. C'est touffu ou c'est foutu ?

dimanche 7 février 2021

À l'ombre du sureau

Le sureau m'a tant manqué ces dernières années. Quand sous son ombre, tu raccommodais les habits avec la petite Tina. Et Puça s'y couchait l'été. Quand il fleurissait, tu me demandais d'en ramasser les feuilles dans un cabas, et tu en faisais un sirop pour quand on toussait de tous ses poumons.

Et tu nous racontais que le sureau avait des pouvoirs magiques et qu'il protégeait la maison contre les mauvais esprits. Un jour Andreu m'a fait un chalumeau avec une branche tendre de sureau. Il en a vidé le cœur et à l'intérieur on y mettait des micocoules et on soufflait fort pour voir qui c'est qui arrivait le plus loin. Et c'était toujours lui qui gagnait. Et quand je me plaignais, il riait sous cape et me racontait que c'était parce que dans la petite branche vivait la fée du sureau et qu'elle était tombée amoureuse du pauvre berger et qu'elle lui donnait de la chance.

© Roser Blàzquez Gómez, traduit
du catalan par M. Bourret Guasteví

https://pescamots.blogspot.com/2021/02/sota-lombra-del-sauquer.html




samedi 6 février 2021

De tinta a paper

D'erugues de tinta tèbia
a papallones de paper,
nou mesos i un dia.

A poc a poc, sense córrer
mai. Somiant en una illa
petita i baixant a coves

altes. Jugant amb fronteres
com en una xarranca de guix
i terra bona. De tinta a paper.

Pell de mandarina

Pell de mandarina,
oberta pels teus dits,
i que roman resseca

i olorosa, estripada,
a la cuina, tan blanca,
silent i glaçada.

Pell discreta i dorada,
de què busco l'emprenta
olorosa en els capcirons

adorats, que descansen
ara en un llençol de cotó,
amb una flaire agraïda. 

vendredi 5 février 2021

Branques nues

Branques nues, 
negres, gèlides,
com uns dits torts

pidolant a la boira
el tendre esquitx de la nit.
Branques silents xarrupejant

com antenes lentes converses
d'uns amants exhausts a l'alba
amb la mirada fixa en branques nues.



Un quarantième vivifiant

On disait ce mois parfait,
commençant un lundi à minuit,
et se terminant un dimanche.

Rareté d'un mois bref ; aussi
rare que ce saint cinq qui ceint
ton quarantième vivifiant, Fabienne.

Caresses d'angora de chats par trois
et de tendres notes acidulées d'une
guitare toute proche et qui te sourit.



Estrelles en l'univers

Sota els teus dits,
les pigues són estrelles
que tan sols es mouen
quan busquen capcirons.

M'inventes històries tendres,
un monestir ocult,
la febre del desig,
el repòs de l'amic. 

I retrobo la son,
la teva gran amiga,
quan al cau de l'orella,
em confies ton silenci.

Jugant a ser llibreta

Avui dorms en pijama,
no et desperta la nit.
El ball és de cotó,
la dansa s'ha adormit.

Despert, a ta dreta,
jugo a ser llibreta.
Quantes pàgines
I de pell la cuberta.

La lluna ha pres el dol
amb un somriure pillin,
car sap la ben discreta,
que ton amor és abrigat.

Avui dorms en pijama,
no et desperta l'alè
de qui creuen la nit,
pour vivre à tes côtés.

Ton parfum si léger

Et les mots sont venus,
une nuit sans sommeil.
Mon cœur était à nu,
j'oubliais le réveil.

Ma gauche était si vide,
l'ombre blanche et gelée,
un souvenir livide
évoquait ton côté.

J'étais serein pourtant,
un sourire à ta peau,
je recherchais du vent
les humbles oripeaux.

Je rêvais d'un baiser,
et tu m'en offris mille.
Ton parfum si léger
avait choisi ma ville.

mercredi 3 février 2021

Sense rellotge

De les hores, la nit
havia perdut el compte
i el despertar sobtat

tenia un gust d'ametlla
fresca. La pell era mar
i la mà dreta un vaixell.

Començaren a ballar, lents,
sol·lícits. Entre els dits,
s'arrossava la dansa, menuda,

brusca, torrencial i mansueta.
Les boca s'omplien de pedres,
tenien set. Cadascú begué de

l'altre abans de tornar a emprendre
la dansa de la pell i de la mà. 
A la llunyania, un gall cantà...

Comme une pâte

Étaler le jour, comme
une pâte légère, qui
colle à la table avant

de ployer sous le rouleau.
L'étaler sans le percer,
ménager sa souplesse opaque

et garder pour la nuit complice
les quelques grumeaux  épars.
Étaler le jour, vivre de l'instant.

Une danse

La piste évanouie,
ils se sont mis à
danser. Lentement,

tout d'abord, puis
de plus en plus vite.
Deux toupies de peau

claire sous un chapiteau
de coton écru. Les mains
étaient conques et la pluie

de sirop léger. Au matin,
dans la fraîcheur soudaine,
une gorgée un peu plus amère

rappelait du désir l'ombre
partagée. Le jour les reprit,
la danse ne les quitta pas.

lundi 1 février 2021

Syllabes

Bonjour : deux syllabes,
que le sourire sépare
et que la main unit.

Entrée dans une langue
au matin et promesse
d'une nuit en deux mots.

Bonne nuit : deux mots
et trois syllabes.
Richesse d'un jour vécu.

Somriure olorós

Plegues roba. 
Faig silenci.
Cada gest teu

és ofrena de vida.
Lleu perfum de plecs,
carícies de mans.

Sense moure't,
balles, cap cot.
Somriure olorós.