En ce jour sans nuit,
la parole, naguère gelée,
se libère. Glissements
de doigts sur l'écran,
lettres qui se précipitent.
Silence, arrêts, reprises.
Appartement et maison n'ont
plus de murs ni de fenêtres.
Audacieuse, tu me révèles
le feu qui couve sous mes mots,
un lyrisme empesé ou convenu
qui me fait aller du pareil
au même. Brûler mes vaisseaux,
les voir s'abîmer rougeoyant
dans l'encre noire du couchant.
M'y aideras-tu, que je veille
longuement ? Syntaxe dépareillée,
mes galoches sur tes sentiers.
En cette nuit sans jour,
les mots, autrefois ajustés,
égosillent leur moitié.
dimanche 22 décembre 2019
samedi 21 décembre 2019
Doigts
Tes doigts ont laissé le stylo,
dont ils conservent pourtant
la marque bleue, comme tatouée.
Ils jouent avec tes cheveux,
dans le silence clair d'un
matin froid. Paix, silence.
Une bouffée de désir t'envahit
et tes doigts glissent vers
d'autres ombres. Odorantes.
Plis qui s'éveillent. La jonque,
lentement déploie sa voile dans
le soleil levant.
Tendre houle de la peau et de
la chair qui, imperceptiblement,
se contracte et convoque le monde.
Le souffle se fait de cuivre.
Grave puis aigu. Les doigts se
tendent et s'abandonnent.
Le sommeil te reprend. Ce fut un
rêve et le bleu de tes doigts
a coulé dans ta fleur.
dont ils conservent pourtant
la marque bleue, comme tatouée.
Ils jouent avec tes cheveux,
dans le silence clair d'un
matin froid. Paix, silence.
Une bouffée de désir t'envahit
et tes doigts glissent vers
d'autres ombres. Odorantes.
Plis qui s'éveillent. La jonque,
lentement déploie sa voile dans
le soleil levant.
Tendre houle de la peau et de
la chair qui, imperceptiblement,
se contracte et convoque le monde.
Le souffle se fait de cuivre.
Grave puis aigu. Les doigts se
tendent et s'abandonnent.
Le sommeil te reprend. Ce fut un
rêve et le bleu de tes doigts
a coulé dans ta fleur.
Com una finestra / Comme une fenêtre
Com una finestra oberta al món,
s'encén la pantalla. Blanc, negre
i colors. Cants d'ocells i veus
dels coneguts. Cançons i vídeos.
Silenci de l'home que esmorza i beu.
Cafè ristretto, cremant.
Penso en tu. Encara estàs dormint
i m'imagino l'or clar i fred del sol
que es desperta lentament. És un
dissabte de vacances, el primer.
Nadal, enguany, té un sabor rar,
el de la llibertat conscienciada.
Les alumnes han deixat les poesies
al calaix, substituint-les per unes
llaminadures exquisides.
Però el seu cor et ret homenatge.
Les ajudes a fers-se dones i a guanyar-se
la flor de cada dia. Rosa o rosella.
***
Comme une fenêtre ouverte sur le monde,
l'écran s'allume. Noir, blanc
et couleurs. Chants d'oiseaux et voix
familières. Chansons et vidéos.
Silence de l'homme qui déjeune et boit.
Café ristretto, brûlant.
Je pense à toi. Tu es encore dans le sommeil
et j'imagine l'or clair et froid du soleil
qui se réveille lentement. C'est un
samedi de vacances, le premier.
Noël, cette année, a une saveur rare,
celle de la liberté en conscience.
Les élèves ont laissé leurs poésies
dans le tiroir, les remplaçant par des
confiseries exquises.
Mais leur cœur te rend hommage.
Tu les aides à devenir femmes et à gagner
la fleur de chaque jour. Rose ou coquelicot.

s'encén la pantalla. Blanc, negre
i colors. Cants d'ocells i veus
dels coneguts. Cançons i vídeos.
Silenci de l'home que esmorza i beu.
Cafè ristretto, cremant.
Penso en tu. Encara estàs dormint
i m'imagino l'or clar i fred del sol
que es desperta lentament. És un
dissabte de vacances, el primer.
Nadal, enguany, té un sabor rar,
el de la llibertat conscienciada.
Les alumnes han deixat les poesies
al calaix, substituint-les per unes
llaminadures exquisides.
Però el seu cor et ret homenatge.
Les ajudes a fers-se dones i a guanyar-se
la flor de cada dia. Rosa o rosella.
***
Comme une fenêtre ouverte sur le monde,
l'écran s'allume. Noir, blanc
et couleurs. Chants d'oiseaux et voix
familières. Chansons et vidéos.
Silence de l'homme qui déjeune et boit.
Café ristretto, brûlant.
Je pense à toi. Tu es encore dans le sommeil
et j'imagine l'or clair et froid du soleil
qui se réveille lentement. C'est un
samedi de vacances, le premier.
Noël, cette année, a une saveur rare,
celle de la liberté en conscience.
Les élèves ont laissé leurs poésies
dans le tiroir, les remplaçant par des
confiseries exquises.
Mais leur cœur te rend hommage.
Tu les aides à devenir femmes et à gagner
la fleur de chaque jour. Rose ou coquelicot.

vendredi 20 décembre 2019
Vertige
Vertigineux océan, où le soleil
se suspend un long moment, avant
de basculer dans les flots noirs.
Éclaboussure de sang et d'or, d'où
ne surnagent, squelettiques, que les
flèches des lourdes grues à l'arrêt.
Fenêtres aveugles et pas feutrés,
la ville s'assoupit mais ne dort pas.
Les miroirs au tain moucheté happent
les rares passants et la soupe fume
sur le foyer. Sous la couette, ta peau
a l'onctuosité doucereuse de la mandarine.
se suspend un long moment, avant
de basculer dans les flots noirs.
Éclaboussure de sang et d'or, d'où
ne surnagent, squelettiques, que les
flèches des lourdes grues à l'arrêt.
Fenêtres aveugles et pas feutrés,
la ville s'assoupit mais ne dort pas.
Les miroirs au tain moucheté happent
les rares passants et la soupe fume
sur le foyer. Sous la couette, ta peau
a l'onctuosité doucereuse de la mandarine.
Paroles
J'aime Dalida et Delon,
la rencontre forcée dans
un salon de l'aéroport
de Rome. La prise unique.
Leurs voix. Grave l'une,
sautillante l'autre.
Le drame et la vie. Oubliée.
Dalida disparue, Delon vieilli.
Silence et rares souvenirs.
J'aime plus encore ces paroles
qui nous lient et ne mentent pas.
Timides ou chamarrées, chuchotées
ou exaltées. Confidences par delà
les mots de la tribu et notre culture
commune. Richesse inextinguible.
la rencontre forcée dans
un salon de l'aéroport
de Rome. La prise unique.
Leurs voix. Grave l'une,
sautillante l'autre.
Le drame et la vie. Oubliée.
Dalida disparue, Delon vieilli.
Silence et rares souvenirs.
J'aime plus encore ces paroles
qui nous lient et ne mentent pas.
Timides ou chamarrées, chuchotées
ou exaltées. Confidences par delà
les mots de la tribu et notre culture
commune. Richesse inextinguible.
La chair et la viande
Entre plaisir et douleur,
qui connaît la mince
frontière ?
Les âmes s'unissent et
s'embrasent, respectueuses.
Mallarmé avait tort.
La chair n'est pas triste
pour qui délaisse les livres,
un temps, un brin.
La chair a une âme, une moire
où chacun se donne à l'autre.
Les dents mordent et ne blessent.
La viande, elle, est triste sous
la dent qui l'abolit et l'ingère.
Je ne vis que de chair. La tienne.
qui connaît la mince
frontière ?
Les âmes s'unissent et
s'embrasent, respectueuses.
Mallarmé avait tort.
La chair n'est pas triste
pour qui délaisse les livres,
un temps, un brin.
La chair a une âme, une moire
où chacun se donne à l'autre.
Les dents mordent et ne blessent.
La viande, elle, est triste sous
la dent qui l'abolit et l'ingère.
Je ne vis que de chair. La tienne.
Ab origine
Anciens peuplements,
étrangers a la langue
nouvelle : aborigènes.
Beauté des visages,
souplesse de la main
qui écarte la jungle.
Ainsi suis-je, devant
ton origine. Sombres
buissons que les yeux
embrassent et qui veulent
mes doigts et ma bouche.
À l'aide Stéphane Mallarmé
et son étrange palais.
Le bonheur est en rose
et le torrent se tait.
Danse des anémones, les plis
s'ouvrent et se déploient.
Soleil d'Austerlitz.
étrangers a la langue
nouvelle : aborigènes.
Beauté des visages,
souplesse de la main
qui écarte la jungle.
Ainsi suis-je, devant
ton origine. Sombres
buissons que les yeux
embrassent et qui veulent
mes doigts et ma bouche.
À l'aide Stéphane Mallarmé
et son étrange palais.
Le bonheur est en rose
et le torrent se tait.
Danse des anémones, les plis
s'ouvrent et se déploient.
Soleil d'Austerlitz.
Blasons : lobe
Sous le gras du pouce,
la droite et la gauche
se confondent.
Gémellité. Lobe petit,
clair et ramassé où
luit, enchâssé, un
joyau rond, comme un plat
marocain ou un gong balinais.
Mes dents le mordillent
et mes lèvres s'y inspirent.
Tendre tiédeur, jumelle
extérieure de la luette,
Doux contact qui fait taire
les mots. Yeux qui se ferment,
corps qui se tend.
la droite et la gauche
se confondent.
Gémellité. Lobe petit,
clair et ramassé où
luit, enchâssé, un
joyau rond, comme un plat
marocain ou un gong balinais.
Mes dents le mordillent
et mes lèvres s'y inspirent.
Tendre tiédeur, jumelle
extérieure de la luette,
Doux contact qui fait taire
les mots. Yeux qui se ferment,
corps qui se tend.
Un blason
Après la longue nuit si claire
de l'âge moyen, la Renaissance
fait voler en éclat les langues
et les corps. Blasons. Du corps
de l'aimée. J'oublie mes livres.
Marot, Mellin de Saint-Gelais.
Ombilic des limbes, ton nombril.
Longtemps tu, oublié des baisers,
se croyant insensible au souffle
de la vie. Paisibles senteurs et
le cœur qui bat grave. Lointaines
moiteurs, la grenade se fend et
s'ouvre aux rubis cent. Odeurs
de sous-bois et d'espaliers.
Le coing se marie à la giroflée
qui requièrent un langage neuf.
Mes doigts, mon nez, mes lèvres.
Grammaire de l'instant.
de l'âge moyen, la Renaissance
fait voler en éclat les langues
et les corps. Blasons. Du corps
de l'aimée. J'oublie mes livres.
Marot, Mellin de Saint-Gelais.
Ombilic des limbes, ton nombril.
Longtemps tu, oublié des baisers,
se croyant insensible au souffle
de la vie. Paisibles senteurs et
le cœur qui bat grave. Lointaines
moiteurs, la grenade se fend et
s'ouvre aux rubis cent. Odeurs
de sous-bois et d'espaliers.
Le coing se marie à la giroflée
qui requièrent un langage neuf.
Mes doigts, mon nez, mes lèvres.
Grammaire de l'instant.
Sous tes seins
Sous tes seins, ma main.
Silence des doigts gourds
qui tiédissent et renaissent.
Ton cœur, grave et lent,
les tend et les détend. Au loin,
la Callas chante Norma.
Ma main se serre sur l'orbe tendre
de mes nuits. Amour, délice et orgue.
Pluriel qui féminise et singulier
qui me dit. Les paupières sont rideaux,
un paravent de soie grège qui bat.
Je m'endors, me suis-tu ?
Silence des doigts gourds
qui tiédissent et renaissent.
Ton cœur, grave et lent,
les tend et les détend. Au loin,
la Callas chante Norma.
Ma main se serre sur l'orbe tendre
de mes nuits. Amour, délice et orgue.
Pluriel qui féminise et singulier
qui me dit. Les paupières sont rideaux,
un paravent de soie grège qui bat.
Je m'endors, me suis-tu ?
Un thé aux fruits rouges
Un thé aux fruits rouges,
brûlant, dans son gobelet
de papier et tes doigts
qui le serrent, rougeoyant.
Silence de la salle de classe.
Les élèves pépient ailleurs.
Un quart d'heure, pas plus,
avant que ne sonne le jingle.
Tu m'appelles, je roule lentement
en Languedoc. Ma langue se mêle
à la tienne. Baudelaire nous voit,
nous sent, habite nos propos.
Je ralentis encore, le thé refroidit
dans le gobelet où je vois le rouge
de tes lèvres. Le désir, silencieux,
nous assaille. Les mots reviennent,
légers, les corps tremblent, se veulent,
ma main glisse sur ta nuque.
brûlant, dans son gobelet
de papier et tes doigts
qui le serrent, rougeoyant.
Silence de la salle de classe.
Les élèves pépient ailleurs.
Un quart d'heure, pas plus,
avant que ne sonne le jingle.
Tu m'appelles, je roule lentement
en Languedoc. Ma langue se mêle
à la tienne. Baudelaire nous voit,
nous sent, habite nos propos.
Je ralentis encore, le thé refroidit
dans le gobelet où je vois le rouge
de tes lèvres. Le désir, silencieux,
nous assaille. Les mots reviennent,
légers, les corps tremblent, se veulent,
ma main glisse sur ta nuque.
mardi 17 décembre 2019
J'ai parlé
J'ai parlé au vent, ce soir,
je lui ai demandé de suspendre
son souffle glacé et de me laisser
inventer ta journée, dans la froidure
de l'Atlas. Tes joues rosissant sous
la bise, le bout de tes doigts givré,
ton sourire s'estompant derrière mes
verres embués. Alors, serein, repus,
je lui ai demandé de se lever un peu,
sans forcir, en rafales lentes. Il m'a
écouté. Mes oreilles ont entendu ta voix
et ton parfum d'oranges m'a soudain envahi.
je lui ai demandé de suspendre
son souffle glacé et de me laisser
inventer ta journée, dans la froidure
de l'Atlas. Tes joues rosissant sous
la bise, le bout de tes doigts givré,
ton sourire s'estompant derrière mes
verres embués. Alors, serein, repus,
je lui ai demandé de se lever un peu,
sans forcir, en rafales lentes. Il m'a
écouté. Mes oreilles ont entendu ta voix
et ton parfum d'oranges m'a soudain envahi.
Una dona bateria / Une femme batteuse
Fons blanc, enlluernador,
esclat i lluïssor de gong,
molí de braços imparables.
Se la veu com aliena al grup.
I tan present, però. En porta
el ritme que ens arriba al cor.
Tres minuts i mig. Un ou passat
per aigua. I l'amor que se'm creix
per una dona bateria. Música musa.
***
Fond blanc, aveuglant,
brillance et éclat de gong,
moulin aux bras imparables.
On la voit comme étrangère au groupe.
Et si présente, cependant. Elle en porte
le rythme qui nous arrive dans le cœur.
Trois minutes et demie. Un œuf à la coque.
Et l'amour qui grandit en moi
pour une femme batteuse. Musicienne muse.
esclat i lluïssor de gong,
molí de braços imparables.
Se la veu com aliena al grup.
I tan present, però. En porta
el ritme que ens arriba al cor.
Tres minuts i mig. Un ou passat
per aigua. I l'amor que se'm creix
per una dona bateria. Música musa.
***
Fond blanc, aveuglant,
brillance et éclat de gong,
moulin aux bras imparables.
On la voit comme étrangère au groupe.
Et si présente, cependant. Elle en porte
le rythme qui nous arrive dans le cœur.
Trois minutes et demie. Un œuf à la coque.
Et l'amour qui grandit en moi
pour une femme batteuse. Musicienne muse.
lundi 16 décembre 2019
Entre illa i Barcelona
a I. i A.
Entre ta filla i la meva,
la sal de la distància minvant.
Dos somriures, una llengua.
Entre Barcelona i l'illa,
el gruix de les ones i la
foscor de la sorra. Silenci.
Somnis d'hivern i goig d'estiu.
Una llengua, dos somriures.
I tants de velers que ens esperen.
***
Entre ta fille et la mienne,
le sel de la distance qui diminue.
Deux sourires, une langue.
Entre Barcelone et l'île,
l'épaisseur des vagues et
l'obscurité du sable. Silence.
Rêves d'hiver et joie d'été.
Une langue, deux sourires.
Et tant de voiliers qui nous attendent.
Entre ta filla i la meva,
la sal de la distància minvant.
Dos somriures, una llengua.
Entre Barcelona i l'illa,
el gruix de les ones i la
foscor de la sorra. Silenci.
Somnis d'hivern i goig d'estiu.
Una llengua, dos somriures.
I tants de velers que ens esperen.
***
Entre ta fille et la mienne,
le sel de la distance qui diminue.
Deux sourires, une langue.
Entre Barcelone et l'île,
l'épaisseur des vagues et
l'obscurité du sable. Silence.
Rêves d'hiver et joie d'été.
Une langue, deux sourires.
Et tant de voiliers qui nous attendent.
Une autre route, la nôtre
Non pas cette route rectiligne,
envahie de camions, entre neige
et désert, sans autre conversation
que la radio forte et lancinante.
Non. Une route sinueuse, de bord
de mer, une route si basse que le
sel y imprime sa marque en séchant.
Une route étroite et rapiécée, avec
ses aires impromptues, le déjeuner,
coffre relevé, à même l'herbe ombreuse.
Toi et moi, dans une voiture petite,
vitres baissées, la chaleur étouffant
le silence. Nul but, nulle étape qui
ne soit improvisée. Une heure, ou deux.
Une semaine. Une vie. Notre vie.
envahie de camions, entre neige
et désert, sans autre conversation
que la radio forte et lancinante.
Non. Une route sinueuse, de bord
de mer, une route si basse que le
sel y imprime sa marque en séchant.
Une route étroite et rapiécée, avec
ses aires impromptues, le déjeuner,
coffre relevé, à même l'herbe ombreuse.
Toi et moi, dans une voiture petite,
vitres baissées, la chaleur étouffant
le silence. Nul but, nulle étape qui
ne soit improvisée. Une heure, ou deux.
Une semaine. Une vie. Notre vie.
Euuuuuh
Cette voyelle qu'ignorent le catalan et le castillan
et que moi, homme du midi, je ne prononce pas comme
je le devrais...si à la langue d’oïl je m'asservissais.
Ce souffle de vie et de doute, cette merveilleuse
hésitation où je sens toute ton âme et le soir qui,
peu à peu, se fait, sur la récente cité.
Une interjection qui interjette si peu mais dit tant,
sous entend, appelle à l'amour et à la déraison.
Tes lèvres s'entrouvrent et ma langue piaffe pour
te tirer les vers du nez, d'un interminable baiser.
Que la vie nous offre encore, pendant des décennies,
tes «euh», comme un hommage à son souffle animé.
et que moi, homme du midi, je ne prononce pas comme
je le devrais...si à la langue d’oïl je m'asservissais.
Ce souffle de vie et de doute, cette merveilleuse
hésitation où je sens toute ton âme et le soir qui,
peu à peu, se fait, sur la récente cité.
Une interjection qui interjette si peu mais dit tant,
sous entend, appelle à l'amour et à la déraison.
Tes lèvres s'entrouvrent et ma langue piaffe pour
te tirer les vers du nez, d'un interminable baiser.
Que la vie nous offre encore, pendant des décennies,
tes «euh», comme un hommage à son souffle animé.
Tu m'as appris
Tu m'as appris le mètre.
Bref, blanc, sans nulle ride.
Le vers comme un hommage,
une bouffée d'amour.
Réunis en bouquets
de trois ou quatre vers,
mes chers hexasyllabes
exhalent nos pensées.
Qu'importe la distance,
l'eau noire du détroit,
quand je t'écris, tu vis,
en étreignant ma main.
Le silence se fait,
de lentilles brûlantes
et d'escaliers ombreux.
Ton rire est ma baguette,
un orchestre de chambre.
Le rideau des paupières,
une basse qui bat
et ton corps dans mes bras.
De l'argan sous mes doigts,
tes ongles qui me griffent,
ton souffle, en cadence,
qui me convoque enfin.
Bref, blanc, sans nulle ride.
Le vers comme un hommage,
une bouffée d'amour.
Réunis en bouquets
de trois ou quatre vers,
mes chers hexasyllabes
exhalent nos pensées.
Qu'importe la distance,
l'eau noire du détroit,
quand je t'écris, tu vis,
en étreignant ma main.
Le silence se fait,
de lentilles brûlantes
et d'escaliers ombreux.
Ton rire est ma baguette,
un orchestre de chambre.
Le rideau des paupières,
une basse qui bat
et ton corps dans mes bras.
De l'argan sous mes doigts,
tes ongles qui me griffent,
ton souffle, en cadence,
qui me convoque enfin.
vendredi 13 décembre 2019
Une pluie et une rencontre
Une pluie froide et noire.
Aveugle, insistante.
Sans raison.
Et l'orange vif de tes baisers,
rêvés, au-delà du détroit,
dans la clarté d'un ciel
si bleu et pareillement froid,
guettant de janvier la rencontre
soudaine et clairvoyante.
Aveugle, insistante.
Sans raison.
Et l'orange vif de tes baisers,
rêvés, au-delà du détroit,
dans la clarté d'un ciel
si bleu et pareillement froid,
guettant de janvier la rencontre
soudaine et clairvoyante.
Traduire
Traduire dès le matin.
Sur l'écran, poser côte
à côte la source dense
et la cible blanche.
Interroger d'abord ses mots,
appris de la bouche de
la mère puis les épais
dictionnaires, évanescents
aujourd'hui.
Ne pas compter les heures.
Lever l'oreille parfois.
Et écouter le vent.
Sur l'écran, poser côte
à côte la source dense
et la cible blanche.
Interroger d'abord ses mots,
appris de la bouche de
la mère puis les épais
dictionnaires, évanescents
aujourd'hui.
Ne pas compter les heures.
Lever l'oreille parfois.
Et écouter le vent.
Fragments
Ne cherche pas le fragment,
sois le fragment.
Au bords hasardeux
et à la substance pleine.
L'univers d'un baiser,
découpé dans la bouche.
sois le fragment.
Au bords hasardeux
et à la substance pleine.
L'univers d'un baiser,
découpé dans la bouche.
Lire Laâbi
Lire Laâbi, dans son autre langue,
comme un miroir trompeur,
délicieusement.
Y découvrir le souffle et le rauque
premiers, la fabulation du désert,
jamais son anticipation.
Se laisser guider par une sagesse
de mots et de rythme, si peu
de mètres.
Parvenir enfin à l'économie, quitter
les signes noirs pour la page sépia
et veloutée.
comme un miroir trompeur,
délicieusement.
Y découvrir le souffle et le rauque
premiers, la fabulation du désert,
jamais son anticipation.
Se laisser guider par une sagesse
de mots et de rythme, si peu
de mètres.
Parvenir enfin à l'économie, quitter
les signes noirs pour la page sépia
et veloutée.
jeudi 12 décembre 2019
Genoux
Comme pétrifiés par le plaisir
qui s'annonce et te renverse,
tes genoux ne courent pas.
Ils ne s'écorchent plus comme
quand tu jouais sur le terrain
de craie sèche du 4ème Zouave.
Ils sont doux et lisses. Pleins
d'un nectar qui jamais ne dit
son nom mais chante l'après-midi
quand le soleil décroît. Tes jambes
alors sont pirogues et le fleuve
jaunit. Que viennent les haleurs
et qu'ils prennent un ferme appui
sur tes genoux mes amants. La mer,
dès lors, ne sera plus loin.
qui s'annonce et te renverse,
tes genoux ne courent pas.
Ils ne s'écorchent plus comme
quand tu jouais sur le terrain
de craie sèche du 4ème Zouave.
Ils sont doux et lisses. Pleins
d'un nectar qui jamais ne dit
son nom mais chante l'après-midi
quand le soleil décroît. Tes jambes
alors sont pirogues et le fleuve
jaunit. Que viennent les haleurs
et qu'ils prennent un ferme appui
sur tes genoux mes amants. La mer,
dès lors, ne sera plus loin.
Une image oubliée
à A. P. R.
Le lexique amoureux
d'Adonis en six pieds,
ah la belle gageure !
Et pourtant me voilà,
recueillant d'Andrea
ce volume serré
d'une typologie
des amours incertaines,
au tournant du chemin.
Très sages tercets ou
calligrammes osés,
ses mots en éventail,
Adonis de l'amour
livre une des clés
puis m'invite à écrire.
Le lexique amoureux
d'Adonis en six pieds,
ah la belle gageure !
Et pourtant me voilà,
recueillant d'Andrea
ce volume serré
d'une typologie
des amours incertaines,
au tournant du chemin.
Très sages tercets ou
calligrammes osés,
ses mots en éventail,
Adonis de l'amour
livre une des clés
puis m'invite à écrire.
Bruits
Presque inaudibles sur le fond
grave, des bruits comme du gravier
sous le pied du voleur précautionneux.
Tu n'en dis rien et meuble l'échange
de rires étouffés. Je tends l'oreille
et te surprends. Sous l'œil impassible
du chat Maxou, tu goûtes, sans ciller,
telle une ventriloque de la secrète.
Je m'en repais et te souris, silencieux.
grave, des bruits comme du gravier
sous le pied du voleur précautionneux.
Tu n'en dis rien et meuble l'échange
de rires étouffés. Je tends l'oreille
et te surprends. Sous l'œil impassible
du chat Maxou, tu goûtes, sans ciller,
telle une ventriloque de la secrète.
Je m'en repais et te souris, silencieux.
Peau-aime
Comment ne pas aimer ta peau,
au matin, perlée de senteurs
que le drap, indécent, exhale ?
Comment ne pas y écrire, sans
encre ni poinçon, le plus doux
des poèmes, en vers libres et
blancs ? Comment ne pas résister
au plaisir de te confier, au creux
de l'oreille, une interminable
histoire dont tu serais l'héroïne
interstellaire puis, une goutte
tombant de mes lèvres sur ton
lobe joli, me rapprocher de ton
cou me taire et laisser ma peau
parler, tout bas, à la tienne ?
au matin, perlée de senteurs
que le drap, indécent, exhale ?
Comment ne pas y écrire, sans
encre ni poinçon, le plus doux
des poèmes, en vers libres et
blancs ? Comment ne pas résister
au plaisir de te confier, au creux
de l'oreille, une interminable
histoire dont tu serais l'héroïne
interstellaire puis, une goutte
tombant de mes lèvres sur ton
lobe joli, me rapprocher de ton
cou me taire et laisser ma peau
parler, tout bas, à la tienne ?
mercredi 11 décembre 2019
Tu as pleuré
Tu as pleuré, à midi,
dans la clarté du jour,
après le plaisir,
dans le léger frisson
qui t'a rendue au monde.
La pièce avait fraîchi,
les chats te regardaient.
Au loin, la ville bruissait,
lente, gauche et océane.
Tu as pleuré, ce midi,
puis tu t'en es allée
toute libérée du désir.
dans la clarté du jour,
après le plaisir,
dans le léger frisson
qui t'a rendue au monde.
La pièce avait fraîchi,
les chats te regardaient.
Au loin, la ville bruissait,
lente, gauche et océane.
Tu as pleuré, ce midi,
puis tu t'en es allée
toute libérée du désir.
Épuisement fécond
Les yeux déjà se ferment
et l'attention s'épuise,
la voix se casse en six.
La couche est là qui veille,
le drap déjà tiédit
et la nuit nous appelle.
Mais l'amour est plus fort,
qui tourmente et féconde.
On joue aux osselets
les mots de la tribu.
On ne veut que le mètre,
on délaisse la rime.
Le mot s'épure enfin
qu'on croyait empesé.
Que viennent les sirènes,
qu'elles nous tirent enfin
du nez les vers anciens
et l'attention s'épuise,
la voix se casse en six.
La couche est là qui veille,
le drap déjà tiédit
et la nuit nous appelle.
Mais l'amour est plus fort,
qui tourmente et féconde.
On joue aux osselets
les mots de la tribu.
On ne veut que le mètre,
on délaisse la rime.
Le mot s'épure enfin
qu'on croyait empesé.
Que viennent les sirènes,
qu'elles nous tirent enfin
du nez les vers anciens
et la passion profonde.
mardi 10 décembre 2019
L'anniversaire
D'un fils, le plus petit.
Friandises de la Saint
Nicolas et caresse froide
de l'hiver. Dix ans d'amour
et un jour anniversaire à
deux, la mère, les mains
sur le ventre, en présent
au monde impatient. Nul mot
n'en traduira la félicité.
Friandises de la Saint
Nicolas et caresse froide
de l'hiver. Dix ans d'amour
et un jour anniversaire à
deux, la mère, les mains
sur le ventre, en présent
au monde impatient. Nul mot
n'en traduira la félicité.
Mots ben creuats / Des mots bien croisés
al Pau Gener, foeta.
Alineats en angles perfectes,
els mots s'esposen, rics dels
seus origens distints.
Res d'hispanismes grollers i
fàcils. La riquesa d'uns bons
xenismes que canvii l'espectre
de l'arc de Sant Martí i ens
inviti a rodar pel món i a
tornar al forn.
***
Alignés en angles parfaits,
les mots s'épousent, riches de
leurs origines diverses.
Nul hispanisme grossier et
facile. La richesse de bons
xénismes qui change le spectre
de l'arc en ciel et nous
invite à courir le monde
pour revenir chez nous.
Alineats en angles perfectes,
els mots s'esposen, rics dels
seus origens distints.
Res d'hispanismes grollers i
fàcils. La riquesa d'uns bons
xenismes que canvii l'espectre
de l'arc de Sant Martí i ens
inviti a rodar pel món i a
tornar al forn.
***
Alignés en angles parfaits,
les mots s'épousent, riches de
leurs origines diverses.
Nul hispanisme grossier et
facile. La richesse de bons
xénismes qui change le spectre
de l'arc en ciel et nous
invite à courir le monde
pour revenir chez nous.
lundi 9 décembre 2019
Et le vent...
Et le vent s'est levé,
que l'on croyait parti.
Il a gonflé les voiles
rapiécées et emmené sur
le lac les plus aguerris
des pêcheurs. Au village,
les femmes font bouillir
l'eau et y jettent le sel,
les épices et les herbes.
Elles scrutent l'horizon
dans l'espoir des barques
alourdies de poissons gris.
Une nuit passe, puis deux,
le jour est vide de vie et
les oiseaux ne se lèvent plus.
Au troisième, ils tournoient
désorientés puis font route
vers le large d'où viennent
les voiliers. Le retour est
lent mais déjà le village de
tend de pavois aux couleurs
vives. La fête durera longtemps,
comme un hommage à cet espoir
que, par deux fois, on croyait perdu.
que l'on croyait parti.
Il a gonflé les voiles
rapiécées et emmené sur
le lac les plus aguerris
des pêcheurs. Au village,
les femmes font bouillir
l'eau et y jettent le sel,
les épices et les herbes.
Elles scrutent l'horizon
dans l'espoir des barques
alourdies de poissons gris.
Une nuit passe, puis deux,
le jour est vide de vie et
les oiseaux ne se lèvent plus.
Au troisième, ils tournoient
désorientés puis font route
vers le large d'où viennent
les voiliers. Le retour est
lent mais déjà le village de
tend de pavois aux couleurs
vives. La fête durera longtemps,
comme un hommage à cet espoir
que, par deux fois, on croyait perdu.
Paroles
Paroles qui surgissent du silence,
jaillissent, se recouvrent, trébuchent,
se bousculent et ensemencent les terres
autrefois arides. Paroles de lumière,
lampions à bout de bras, lumignons,
fanals qui font de la nuit un grand bal.
Paroles nécessaires à l'amour qu'elles
irriguent et développent dans des sens
insoupçonnés, unissant les cœurs et
délassant les corps que le quotidien
malmenait. Paroles qui gèlent quand elles
ne sourdent plus, aveugles, orphelines.
Paroles hibernantes, sous la neige douce,
et qui attendent leur printemps au cœur
même de l'hiver. Espoir, espérance. Mots.
jaillissent, se recouvrent, trébuchent,
se bousculent et ensemencent les terres
autrefois arides. Paroles de lumière,
lampions à bout de bras, lumignons,
fanals qui font de la nuit un grand bal.
Paroles nécessaires à l'amour qu'elles
irriguent et développent dans des sens
insoupçonnés, unissant les cœurs et
délassant les corps que le quotidien
malmenait. Paroles qui gèlent quand elles
ne sourdent plus, aveugles, orphelines.
Paroles hibernantes, sous la neige douce,
et qui attendent leur printemps au cœur
même de l'hiver. Espoir, espérance. Mots.
Verbes défectifs
Il est des verbes que l'usage ampute,
leur enlevant, qui des personnes, qui
des temps, avant de nous laisser
inconsolés. Ainsi en est-il de clore
qui nous interdit le passé simple,
nous condamnant au passé composé,
comme si la clôture n'était jamais
tout à fait révolue, comme si, de dire
les choses, elles vivaient encore un peu.
leur enlevant, qui des personnes, qui
des temps, avant de nous laisser
inconsolés. Ainsi en est-il de clore
qui nous interdit le passé simple,
nous condamnant au passé composé,
comme si la clôture n'était jamais
tout à fait révolue, comme si, de dire
les choses, elles vivaient encore un peu.
Le goût de ta bouche
Je m'étais levé d'un bond,
la nuit, dans la pièce noire
et froide. Ma bouche, sèche
et insipide, avait perdu le goût
de la tienne. C'est alors que
mes paupières, pareilles au
rideau sombre des anciens cinémas,
se sont closes pour me laisser te
retrouver. Il pleuvait, l'eau
impérieuse qui, dans l'avenue, emportait
tout, glissait sur tes joues. Une goutte,
plus lourde que les autres, s'accrocha
à la commissure droite de tes lèvres.
Je fermai les yeux et la gobai d'un coup,
avide, comme assoiffé, au milieu du torrent.
Nous nous enlaçâmes, nous embrassâmes, le monde
pouvait bien basculer dans le bourbier. Ta bouche,
aux fraises des lèvres, mêlait la mandarine du palais.
la nuit, dans la pièce noire
et froide. Ma bouche, sèche
et insipide, avait perdu le goût
de la tienne. C'est alors que
mes paupières, pareilles au
rideau sombre des anciens cinémas,
se sont closes pour me laisser te
retrouver. Il pleuvait, l'eau
impérieuse qui, dans l'avenue, emportait
tout, glissait sur tes joues. Une goutte,
plus lourde que les autres, s'accrocha
à la commissure droite de tes lèvres.
Je fermai les yeux et la gobai d'un coup,
avide, comme assoiffé, au milieu du torrent.
Nous nous enlaçâmes, nous embrassâmes, le monde
pouvait bien basculer dans le bourbier. Ta bouche,
aux fraises des lèvres, mêlait la mandarine du palais.
Greffes
à P. G.
Affûté, le couteau court
et recourbé tranche net
la branche fine.
La sève sourd qui se mêle
au sang du jardinier qui
s'essuie machinal avant
de refaire son geste avec
une bouture et de doucement
les assembler en les liant.
La terre reposera, sous la
pluie et le soleil, et, un
jour ces mêmes mains
cueilleront le fruit tendre
et doucereux, tel un nectar
élevé dans une ombreuse cave.
Affûté, le couteau court
et recourbé tranche net
la branche fine.
La sève sourd qui se mêle
au sang du jardinier qui
s'essuie machinal avant
de refaire son geste avec
une bouture et de doucement
les assembler en les liant.
La terre reposera, sous la
pluie et le soleil, et, un
jour ces mêmes mains
cueilleront le fruit tendre
et doucereux, tel un nectar
élevé dans une ombreuse cave.
Point du jour
Le soleil piaffe, derrière
la ligne glacée. Il veut
te voir, te couvrir de son
or tiède au matin. D'un coup
ou lentement. L'aube désire tes
baisers. Mon âme, ta pensée.
Migranya / Migraine
Els llençols s'han tenyit de negre.
Ajaguda dins la foscor, tanques
els ulls. Ni visió ni records.
Patiment. Hores llargues. Angor.
Angoixa i gust de sang a la boca
resseca. La casa s'ha buidat
i les curves del camí són basques.
La son és un desig, els sons són
un càstig. Vida. Pura i terrible.
***
Les draps se sont teints en noir.
Allongée dans l'obscurité, tu fermes
Les yeux. Ni vision ni souvenir.
Souffrance. Longues heures. Angor.
Angoisse et goût de sang dans la bouche
sèche. La maison s'est vidée
Et les tournants un haut le cœur.
Le sommeil, un désir. Les son,s
un châtiment. Vie. Pure et terrible.
dimanche 8 décembre 2019
Incarnat
Le soir tombe, la lumière
s'en va, de la vie ne demeure
que ton souffle et l'incarnat
tendre de tes lèvres entrouvertes
dans le sommeil. Ta fille à tes côtés
marque le temps de la nuit en horloge
régulière. Bientôt les draps boiront
ta conscience et la tiédeur de vos âmes
C'est alors que je marcherai dans le noir.
s'en va, de la vie ne demeure
que ton souffle et l'incarnat
tendre de tes lèvres entrouvertes
dans le sommeil. Ta fille à tes côtés
marque le temps de la nuit en horloge
régulière. Bientôt les draps boiront
ta conscience et la tiédeur de vos âmes
C'est alors que je marcherai dans le noir.
La route et le silence
La route est longue. Froide, sèche.
De part et d'autre, un canyon. Devant,
un camion bâché aveugle. Monotonie
du trajet. Le chauffeur, appointé,
ne parle pas. Derrière ses verres
fumés, il mâchouille une papier maïs.
La passagère est en peine, immobile.
Au loin, la vie file qui lui fut donnée.
Elle restera peu avant de repartir
et de retrouver sa fille, en d'autres
lieux mal aimée. Au loin, plus loin
encore, un autre homme est là. Et se tait.
De part et d'autre, un canyon. Devant,
un camion bâché aveugle. Monotonie
du trajet. Le chauffeur, appointé,
ne parle pas. Derrière ses verres
fumés, il mâchouille une papier maïs.
La passagère est en peine, immobile.
Au loin, la vie file qui lui fut donnée.
Elle restera peu avant de repartir
et de retrouver sa fille, en d'autres
lieux mal aimée. Au loin, plus loin
encore, un autre homme est là. Et se tait.
vendredi 6 décembre 2019
Mandarines
a L.B.
Dia de Sant Nicolau, res d'avet
o de pi silvestre, l'amic Lluc
m'invita a passejar pel jardí.
Són les dues, un migdia zenital,
camino lentament per la gespa
molla, m'entren ganes de córrer,
però m'aturo, com petrificat per
la visió d'unes fruites petites,
rodones, brillants i, discretament
oloroses. Mandarines. Una, dues, deu,
trenta, cent. Les acaricio amb els ulls
i les acarono amb les mans abans de
collir-les d'un cop sec i tendre. Hores
de goig senzill i ver. En aquest moment
precís, el centre del món és Bonpàs.
***
Jour de Saint Nicolas. Ni sapin,
ni pin sylvestre, l'ami Luc
m'invite à me promener dans son jardin.
Il est deux heures. Midi au zénith,
je marche lentement sur le gazon
mouillé, j'ai envie de courir,
mais je m'arrête, comme pétrifié
par la vision de petits fruits,
ronds, brillants, et, discrètement,
odorants. Des mandarines. Une, deux, dix,
trente, cent. Je les caresse avec les yeux
et les câline avec les mains avant de
les cueillir d'un coup sec et tendre. Des heures
de joie simple et vraie. À ce moment
précis, le centre du monde, c'est Bompas.
Dia de Sant Nicolau, res d'avet
o de pi silvestre, l'amic Lluc
m'invita a passejar pel jardí.
Són les dues, un migdia zenital,
camino lentament per la gespa
molla, m'entren ganes de córrer,
però m'aturo, com petrificat per
la visió d'unes fruites petites,
rodones, brillants i, discretament
oloroses. Mandarines. Una, dues, deu,
trenta, cent. Les acaricio amb els ulls
i les acarono amb les mans abans de
collir-les d'un cop sec i tendre. Hores
de goig senzill i ver. En aquest moment
precís, el centre del món és Bonpàs.
***
Jour de Saint Nicolas. Ni sapin,
ni pin sylvestre, l'ami Luc
m'invite à me promener dans son jardin.
Il est deux heures. Midi au zénith,
je marche lentement sur le gazon
mouillé, j'ai envie de courir,
mais je m'arrête, comme pétrifié
par la vision de petits fruits,
ronds, brillants, et, discrètement,
odorants. Des mandarines. Une, deux, dix,
trente, cent. Je les caresse avec les yeux
et les câline avec les mains avant de
les cueillir d'un coup sec et tendre. Des heures
de joie simple et vraie. À ce moment
précis, le centre du monde, c'est Bompas.
une tranche de vie
Trente secondes. Aveugles.
Un mince fichier logé dans
le plastique de mon mobile.
Et mon cœur qui s'accélère
sur ton battement. Puissant,
régulier. Tes bras qui tranchent
l'obscurité du studio. Me parlent
puis rejoignent les autres. Accord.
Mélodie d'un vendredi treize.
jeudi 5 décembre 2019
Un cours de seconde
Tu les secondes et tu cours,
d'un lycée à l'autre, des vers
plein les mains.
Un cours de seconde, puis deux.
Une heure et vingt secondes pour
Desnos et pour Apollinaire un baiser.
Que courte est la journée quand
la ville est si longue. Et que douces
sont tes mains après tes secondes.
Mon coquelicot
De ta tige gracile, si pâle,
tu frôles l'acier doux des voies
que tu caresses avec nonchalance.
Mais que passe un express et tu te
couches, la joue contre le ballast
que tu éclabousses de ton sang clair.
Fleur libre mais enchaînée aux deux rails
et aux traverses de béton. Tige souple
et robuste qui jamais ne se rompt
ni même se plie. Mon coquelicot ferré,
tu es pareil à mon amour funambule entre
le cuivre des cymbales et la vitre du lycée.
tu frôles l'acier doux des voies
que tu caresses avec nonchalance.
Mais que passe un express et tu te
couches, la joue contre le ballast
que tu éclabousses de ton sang clair.
Fleur libre mais enchaînée aux deux rails
et aux traverses de béton. Tige souple
et robuste qui jamais ne se rompt
ni même se plie. Mon coquelicot ferré,
tu es pareil à mon amour funambule entre
le cuivre des cymbales et la vitre du lycée.
Sottie
L'amour se joue du temps
mais le temps fuit l'amour.
Que juteux est le fruit
que la bouche défend
contre l'empressement,
et que belle est la main
qui le retient de choir
avant que vienne l'heure.
Le temps joue à l'amour
mais l'amour n'a pas l'temps.
mais le temps fuit l'amour.
Que juteux est le fruit
que la bouche défend
contre l'empressement,
et que belle est la main
qui le retient de choir
avant que vienne l'heure.
Le temps joue à l'amour
mais l'amour n'a pas l'temps.
mercredi 4 décembre 2019
D'une amie
à C. d. R.
Je reçois d'une amie
un manuscrit, avec
son unique confiance.
Et le temps se fait
lent, page à page,
vers à vers.
Tant de silences et
d'images, de mots forts,
de sablier grinçant
sous les ans comme noria
sous l'effort. Je feuillette,
je suspends l'annotation,
la parole est libre encore et
la tige du coquelicot résiste
avant d'être coupée d'un coup.
Je reçois d'une amie
un manuscrit, avec
son unique confiance.
Et le temps se fait
lent, page à page,
vers à vers.
Tant de silences et
d'images, de mots forts,
de sablier grinçant
sous les ans comme noria
sous l'effort. Je feuillette,
je suspends l'annotation,
la parole est libre encore et
la tige du coquelicot résiste
avant d'être coupée d'un coup.
Effluve
J'aime ces mots vaporeux qui hésitent,
entre un genre ou l'autre, contraignant
les orateurs pressés à feuilleter fébriles
de gros dictionnaires. L'effluve est l'un
deux que l'apostrophe sauve un temps du
choix cornélien. Il est de puissantes
effluves et des effluves doucereux, comme
la main se plaît à se plonge dans l'onde
qui naguère caressait les cheveux.
entre un genre ou l'autre, contraignant
les orateurs pressés à feuilleter fébriles
de gros dictionnaires. L'effluve est l'un
deux que l'apostrophe sauve un temps du
choix cornélien. Il est de puissantes
effluves et des effluves doucereux, comme
la main se plaît à se plonge dans l'onde
qui naguère caressait les cheveux.
L'or pressé du matin
À quelques minutes de la porte bleu
clair et des cartables qui s'ouvrent
bruyamment, il t'attend, ce verre
clair, sans une trace, et qui pèse
de l'or pressé des oranges d'occident.
Délice qui gerce parfois les lèvres
et qu'adoucit le feuilleté du croissant.
Breuvage doux qui tempère la hâte et
apaise le cœur par le trajet secoué.
Promesse de l'or brûlant du soir et des
effluves de menthe et de jasmin dans ce
curieux jardin aux portes de la ville.
clair et des cartables qui s'ouvrent
bruyamment, il t'attend, ce verre
clair, sans une trace, et qui pèse
de l'or pressé des oranges d'occident.
Délice qui gerce parfois les lèvres
et qu'adoucit le feuilleté du croissant.
Breuvage doux qui tempère la hâte et
apaise le cœur par le trajet secoué.
Promesse de l'or brûlant du soir et des
effluves de menthe et de jasmin dans ce
curieux jardin aux portes de la ville.
Le ferment de l'absence
L'absence comme un ferment,
une compagne des instants,
comme une force, une invite,
l'exigence vive et sereine
d'inventer ta présence par
des mots, des couleurs,
des images vibrantes comme des
gongs. Dès le point du jour
et jusqu'à la nuit noire.
L'absence comme un serment,
un compagnon des moments,
comme un guide, un présent.
une compagne des instants,
comme une force, une invite,
l'exigence vive et sereine
d'inventer ta présence par
des mots, des couleurs,
des images vibrantes comme des
gongs. Dès le point du jour
et jusqu'à la nuit noire.
L'absence comme un serment,
un compagnon des moments,
comme un guide, un présent.
Ta voix dans l'obscurité
Ta voix chuchotée, presque
inaudible. Un froissement
d'étoffe contre l'oreille.
Ta voix un brin suppliante
et qui parle pour mieux
se taire et écouter.
Ruisseaux du fil de la nuit
qui se mêlent et se confondent
sous le sceau du désir.
Ta voix cesse, elle est partie.
Ton souffle lui succède, grave,
confiant. La pénombre s'abolit,
l'obscurité totale se fait, froide,
et ma voix, qui t'accompagne, relève
un peu, si peu, la couette qui te couvre.
inaudible. Un froissement
d'étoffe contre l'oreille.
Ta voix un brin suppliante
et qui parle pour mieux
se taire et écouter.
Ruisseaux du fil de la nuit
qui se mêlent et se confondent
sous le sceau du désir.
Ta voix cesse, elle est partie.
Ton souffle lui succède, grave,
confiant. La pénombre s'abolit,
l'obscurité totale se fait, froide,
et ma voix, qui t'accompagne, relève
un peu, si peu, la couette qui te couvre.
lundi 2 décembre 2019
Pluie
Il pleut sur les vitres
et tu frissonnes. La cour
a perdu ses couleurs
Et les tables et les sièges
grelottent sans les rires
des élèves. Je devine ton
front songeur qui se pose contre
le carreau et se souvient.
Tu devenais femme. Une fête
improvisée réveillait le quartier
quand soudain la pluie s'abattit,
contraignant à ranger tables et
pliants. Tes pleurs salés se mêlaient
à la pluie du ciel, ta complice.
Tu étais triste et voyais déjà
ta carrière de sprinteuse brusquement
fauchée. Les années ont passé. Du sang,
tu as façonné la vie, par deux fois,
et l'eau qui tombe s'est affadie. Mais
Dieu que tu aimerais retrouver un peu
du sel qui la baptisait alors.
et tu frissonnes. La cour
a perdu ses couleurs
Et les tables et les sièges
grelottent sans les rires
des élèves. Je devine ton
front songeur qui se pose contre
le carreau et se souvient.
Tu devenais femme. Une fête
improvisée réveillait le quartier
quand soudain la pluie s'abattit,
contraignant à ranger tables et
pliants. Tes pleurs salés se mêlaient
à la pluie du ciel, ta complice.
Tu étais triste et voyais déjà
ta carrière de sprinteuse brusquement
fauchée. Les années ont passé. Du sang,
tu as façonné la vie, par deux fois,
et l'eau qui tombe s'est affadie. Mais
Dieu que tu aimerais retrouver un peu
du sel qui la baptisait alors.
Inscription à :
Articles (Atom)





