No és un home qualsevol. Fa anys
va amarrar el seu barco de fusta
clara al fons de la bodegueta,
esperant, dia rere dia, els dilluns
on podrà sortir cap a Castelldefels.
Mentrestant, blanquíssimes les seves
veles són d'escuma de llúpol i les moltes
drisses de sípies arrebossades. Amb ell,
al matí, parlo de filosofia francesa i
recordem la figura inesborrable del Carlos
Barral. No sóc com aquest conco meu, menorquí
nascut dins una barca. Arraconat en una sala
petita de quadrats i rectangles blancs, grisos
i vermells, bec de les seves paraules i m'imagino
fent bordos per arribar a on mai no he somiat.
***
Ce n'est pas un homme ordinaire. Il y a des années,
il a amarré son bateau de bois clair
au fond d'un petit troquet, à l'affût,
jour après jour des lundis
où il pourra mettre le cap sur Castelldefels.
Pendant ce temps, toutes blanches, ses
voiles sont de mousse de houblon et les nombreuses
drisses de seiches panées. En sa compagnie,
le matin, je parle de philosophie française et
nous nous rappelons la figure ineffaçable de Carlos
Barral. Je ne suis pas comme mon oncle, Minorquin
né dans une barque. Reculé dans une petite salle
à carrés et à rectangles blancs, gris et rouges,
je bois ses paroles et je m'imagine voguant contre
le vent pour arriver là où je n'ai jamais rêvé.
samedi 6 juillet 2019
mardi 2 juillet 2019
Réapprendre
Réapprendre à écrire. Lentement,
posément, poser ses pieds dans les
ruelles ombreuses, à peine oubliées.
Laisser la ville au matin, sonore,
s'emparer des menus reliefs d'une vie
émiettée et dont la cohérence, soudain,
éclate dans le jour franc. Comme une évidence.
Songer enfin que l'étoile de Vénus ne perce
pas toujours la voûte sombre mais se découvre,
mois après mois, à la terrasse serrée d'un troquet
de province. Le temps qui passe, ne vole pas. Il danse
et ma plume, revigorée, de s'y attendrir lentement.
Posément.
posément, poser ses pieds dans les
ruelles ombreuses, à peine oubliées.
Laisser la ville au matin, sonore,
s'emparer des menus reliefs d'une vie
émiettée et dont la cohérence, soudain,
éclate dans le jour franc. Comme une évidence.
Songer enfin que l'étoile de Vénus ne perce
pas toujours la voûte sombre mais se découvre,
mois après mois, à la terrasse serrée d'un troquet
de province. Le temps qui passe, ne vole pas. Il danse
et ma plume, revigorée, de s'y attendrir lentement.
Posément.
Un chimiste
à Y.
Il est assis, au bord de la piscine.
Le geste lent, le cœur en éveil.
Non loin de lui est son aimée, taquine.
Il manipule de petites fioles qu'il emplit
d'eau chlorée, avant d'y jeter deux ou trois
gouttes d'une solution colorée. Je regarde
la couleur envahir chacun des tubes et voler
à l'arc en ciel ses plus belles couleurs.
Je n'y comprends rien, sa belle non plus. Nous
ergotillons sur la graduation, la palette des
nuances de bonbons acidulés. Le chimiste n'en
a cure ou feint de ne pas en prendre ombrage.
Patiemment, il nous explique comment équilibrer
l'eau bleutée de la piscine ronde. Tout sourire.
Plus tard, nuit tombée, fioles rangées, deux amants
s'ébroueront dans l'onde fraîche et calme. Tout sourire.
Il est assis, au bord de la piscine.
Le geste lent, le cœur en éveil.
Non loin de lui est son aimée, taquine.
Il manipule de petites fioles qu'il emplit
d'eau chlorée, avant d'y jeter deux ou trois
gouttes d'une solution colorée. Je regarde
la couleur envahir chacun des tubes et voler
à l'arc en ciel ses plus belles couleurs.
Je n'y comprends rien, sa belle non plus. Nous
ergotillons sur la graduation, la palette des
nuances de bonbons acidulés. Le chimiste n'en
a cure ou feint de ne pas en prendre ombrage.
Patiemment, il nous explique comment équilibrer
l'eau bleutée de la piscine ronde. Tout sourire.
Plus tard, nuit tombée, fioles rangées, deux amants
s'ébroueront dans l'onde fraîche et calme. Tout sourire.
dimanche 30 juin 2019
Nostàlgia de l'estanyol / Nostalgie de l'étang
Diuen que fa temps, el lloc on visc
era un petit estanyol. Un eixam viu
d'invisibles mosquits, un brunzit fosc
de gatoses embullades i una terra verge
de petjades. El formigó el va esborrar
com una goma de cautxú. Presoners
cridaners, veïns amb graelles, ningú
se'n recorda. Mes jo, quan la canícula
fosqueja, en sento la nostàlgia. Crua.
***
On dit qu'il y a longtemps, le lieu où je vis
était un petit étang. Un essaim vivant de
moustiques invisibles, un bourdonnement sombre
d'ajoncs enchevêtrés et une terre vierge
de traces de pas. Le béton l'a effacé
comme une vulgaire gomme. Des prisonniers
criards, des voisins à grillades, nul ne
s'en souvient. Mais moi, quand la canicule
s'assombrit, j'en sens la nostalgie. Crue.
era un petit estanyol. Un eixam viu
d'invisibles mosquits, un brunzit fosc
de gatoses embullades i una terra verge
de petjades. El formigó el va esborrar
com una goma de cautxú. Presoners
cridaners, veïns amb graelles, ningú
se'n recorda. Mes jo, quan la canícula
fosqueja, en sento la nostàlgia. Crua.
***
On dit qu'il y a longtemps, le lieu où je vis
était un petit étang. Un essaim vivant de
moustiques invisibles, un bourdonnement sombre
d'ajoncs enchevêtrés et une terre vierge
de traces de pas. Le béton l'a effacé
comme une vulgaire gomme. Des prisonniers
criards, des voisins à grillades, nul ne
s'en souvient. Mais moi, quand la canicule
s'assombrit, j'en sens la nostalgie. Crue.
Donner à voir
par L. I.
Le jour est laiteux. Nul besoin
d'artifice scintillant. Ni soleil
ni nuages. Grisaille de la clarté.
Le fond est une page et les poteaux
de bois une portée d'où partent, fins,
des câbles caoutchoutés vers le fini.
Le temps s'est arrêté à la Nouvelle,
mi d'aube, mi de soir, l'appareil
noir pèse dans les mains de l'artiste.
Donner à voir est son credo. Sans fard,
ni fièvre, sans la suffisance du cliché
parfait. Le lait de la vie. Et sa grammaire.
Le jour est laiteux. Nul besoin
d'artifice scintillant. Ni soleil
ni nuages. Grisaille de la clarté.
Le fond est une page et les poteaux
de bois une portée d'où partent, fins,
des câbles caoutchoutés vers le fini.
Le temps s'est arrêté à la Nouvelle,
mi d'aube, mi de soir, l'appareil
noir pèse dans les mains de l'artiste.
Donner à voir est son credo. Sans fard,
ni fièvre, sans la suffisance du cliché
parfait. Le lait de la vie. Et sa grammaire.
vendredi 28 juin 2019
Un lit trop étroit
Formica bleu pâle sur les armoires
de la chambre de tous oubliée.
Au centre est un lit de fer, étroit.
Lit de douleur et d'attente. Silence.
Heures longues. Pas un chant d'oiseau
et la lune que les arbres ont ravie
prie en silence, de sa face immuable.
Au creux du lit, la fièvre d'un regard.
de la chambre de tous oubliée.
Au centre est un lit de fer, étroit.
Lit de douleur et d'attente. Silence.
Heures longues. Pas un chant d'oiseau
et la lune que les arbres ont ravie
prie en silence, de sa face immuable.
Au creux du lit, la fièvre d'un regard.
dimanche 23 juin 2019
No volia / Je ne voulais pas
No volia escriure, escriure versos,
volia deixar entrar la frescor del matí,
les converses dels veïns, el xiu-xiu dels petits.
Sabia que hauria de tornar a França, sense cap
rossinyol per guiar-m'hi. Em fixava en el curiós
sotragueig de la gran locomotora negra portada
pel més gran dels cambrers. La llengua catalana
corria per les meves espatlles, barrejada amb les
ones de l'aire acondicionat. La duresa del marbre
em duia al tremolor de les fulles del José Agustín,
orfe de la mare i dels regals ensangonats. Al fons
se sentia un estàndar americà, «A Friend Of Mine».
***
Je ne voulais pas écrire, écrire des vers,
je voulais laisser entrer la fraîcheur du matin,
les conversations des voisins, le pépiement des petits.
Je savais qu'il me faudrait rentrer en France, sans
rossignol pour m'y guider. Je m'attardais sur le curieux
vacarme de la grande locomotive noire menée par
le plus âgé des serveurs. La langue catalane
courait sur mes épaules, mêlée aux
vagues de la climatisation. La dureté du marbre
me conduisait au tremblement des feuilles de José Agustín,
orphelin de mère et des présents ensanglantés. En fond,
on entendait un standard américain, «A Friend Of Mine».
volia deixar entrar la frescor del matí,
les converses dels veïns, el xiu-xiu dels petits.
Sabia que hauria de tornar a França, sense cap
rossinyol per guiar-m'hi. Em fixava en el curiós
sotragueig de la gran locomotora negra portada
pel més gran dels cambrers. La llengua catalana
corria per les meves espatlles, barrejada amb les
ones de l'aire acondicionat. La duresa del marbre
em duia al tremolor de les fulles del José Agustín,
orfe de la mare i dels regals ensangonats. Al fons
se sentia un estàndar americà, «A Friend Of Mine».
***
Je ne voulais pas écrire, écrire des vers,
je voulais laisser entrer la fraîcheur du matin,
les conversations des voisins, le pépiement des petits.
Je savais qu'il me faudrait rentrer en France, sans
rossignol pour m'y guider. Je m'attardais sur le curieux
vacarme de la grande locomotive noire menée par
le plus âgé des serveurs. La langue catalane
courait sur mes épaules, mêlée aux
vagues de la climatisation. La dureté du marbre
me conduisait au tremblement des feuilles de José Agustín,
orphelin de mère et des présents ensanglantés. En fond,
on entendait un standard américain, «A Friend Of Mine».
jeudi 13 juin 2019
Un dinaret / Un petit repas
Plou i fa sol, les bruixes no es pentinen.
Dinen al meu costat en un petit bistrot
del bulevar Blanqui.
Carn crua amb espècies. Un steak tàrtar,
com diuen aquí. Són tres. L'una beu vi
blanc, l'altra negre i la tecera una birra.
Les sento xerrar mes no les entenc. Deu ser
una barreja de llengües incompatibles. Una
mica de rus, un pessic de quètxua, un dit
de menorquí i tres cullerades de Volapük.
No m'han vist o no em volen veure. Si ho fessin
et voldria al meu costat, pel carrer clar i moll.
***
Il pleut et fait soleil. Les sorcières ne se coiffent pas.
Elles déjeunent à côté de moi dans un petit bistrot
du boulevard Blanqui.
De la viande crue avec des épices. Un steack tartare,
comme on dit ici. Elles sont trois. L'une boit du vin
blanc, l'autre du rouge et la troisième une bière.
Je les entends bavarder mais je ne les comprends pas. Ce doit
être un mélange de langues incompatibles. Un brin
de russe, une pincée de quechua, un doigt
de minorquin et trois cuillerées de Volapük. Elles ne m'ont
pas vu ou ne veulent pas me voir. Si elles le faisaient,
je te voudrais à mes côtés, dans la rue claire et mouillée.
Dinen al meu costat en un petit bistrot
del bulevar Blanqui.
Carn crua amb espècies. Un steak tàrtar,
com diuen aquí. Són tres. L'una beu vi
blanc, l'altra negre i la tecera una birra.
Les sento xerrar mes no les entenc. Deu ser
una barreja de llengües incompatibles. Una
mica de rus, un pessic de quètxua, un dit
de menorquí i tres cullerades de Volapük.
No m'han vist o no em volen veure. Si ho fessin
et voldria al meu costat, pel carrer clar i moll.
***
Il pleut et fait soleil. Les sorcières ne se coiffent pas.
Elles déjeunent à côté de moi dans un petit bistrot
du boulevard Blanqui.
De la viande crue avec des épices. Un steack tartare,
comme on dit ici. Elles sont trois. L'une boit du vin
blanc, l'autre du rouge et la troisième une bière.
Je les entends bavarder mais je ne les comprends pas. Ce doit
être un mélange de langues incompatibles. Un brin
de russe, une pincée de quechua, un doigt
de minorquin et trois cuillerées de Volapük. Elles ne m'ont
pas vu ou ne veulent pas me voir. Si elles le faisaient,
je te voudrais à mes côtés, dans la rue claire et mouillée.
Palimpsestes
Sur les murs blancs, de fines pellicules
de vie : visages, arabesques, sentences,
plaques de rue au mauve évanescent.
La pluie, le vent, font leur œuvre lente,
constante, impitoyable. Ce ne sont pour
l'heure que de fines griffures. Un jour
viendra l'effacement. Mais, de la Butte
aux Cailles aux rues réticulées, je garderai
au fond de mon cœur un peu de ces mains qui,
un jour de printemps ou d'automne, savamment
ou grossièrement, les encollèrent sur la paroi
rêche et vide d'un quartier oublié.
de vie : visages, arabesques, sentences,
plaques de rue au mauve évanescent.
La pluie, le vent, font leur œuvre lente,
constante, impitoyable. Ce ne sont pour
l'heure que de fines griffures. Un jour
viendra l'effacement. Mais, de la Butte
aux Cailles aux rues réticulées, je garderai
au fond de mon cœur un peu de ces mains qui,
un jour de printemps ou d'automne, savamment
ou grossièrement, les encollèrent sur la paroi
rêche et vide d'un quartier oublié.
Daumesnil montant
à P.C.
La foule se presse, il est neuf heures,
elle ralentit dans un goulet avant l'ample
quai de la ligne 6. Visages fermés. Parapluies
serrés contre le cœur où serait le génie, selon
le lointain Musset. L'odeur aigre des aisselles
tôt levées ne peut masquer l'angélique musique
d'un petit homme ramassé dans un coin, tenant tout
contre son cœur, une harpe trapue au bois usé.
Quelques notes volées, une pièce de cuivre prestement
déposée. Les «Merci !» qui s'entrechoquent et un bout
de papier vert glissé dans la main du flâneur fugitif.
Plus tard les notes s'égrèneront. Dans l'anonyme montée.
La foule se presse, il est neuf heures,
elle ralentit dans un goulet avant l'ample
quai de la ligne 6. Visages fermés. Parapluies
serrés contre le cœur où serait le génie, selon
le lointain Musset. L'odeur aigre des aisselles
tôt levées ne peut masquer l'angélique musique
d'un petit homme ramassé dans un coin, tenant tout
contre son cœur, une harpe trapue au bois usé.
Quelques notes volées, une pièce de cuivre prestement
déposée. Les «Merci !» qui s'entrechoquent et un bout
de papier vert glissé dans la main du flâneur fugitif.
Plus tard les notes s'égrèneront. Dans l'anonyme montée.
mardi 4 juin 2019
Blat de muntanya / Blé de montagne
a un foeta
Perquè m'arriba la veu càlida
del Joan Pau Giné quan miro
aquesta foto en blanc i negre?
Silenci. No veig res del vilatge
d'Err que conec prou bé i que el
bon amic del Lionel m'ofereix
de bon matí. Espigues ufanoses,
com una cabellera rossa, amada.
La diferència com a riquesa.
El sacrifici de les espigues
dorades que prest segaran per
a fer-ne el nostre pa de cada
dia, el sol secret que cadascun
de nosaltres porta a dintre, com
un missatge de pau universal.
***
Pourquoi la chaude voix de Joan
Pau Giné m'arrive-t-elle quand je
regarde cette photo en noir et blanc ?
Silence. Je ne vois rien du village
d'Err que je connais assez bien et dont
mon bon ami Lionel me fait offrande
de bon matin. Fiers épis, telle
une chevelure blonde, aimée.
La différence comme richesse.
Le sacrifice des épis
d'or qui bientôt seront moissonnés pour
en faire notre pain quotidien,
le soleil secret que chacun
de nous porte en lui, comme
un message de paix universelle.
Perquè m'arriba la veu càlida
del Joan Pau Giné quan miro
aquesta foto en blanc i negre?
Silenci. No veig res del vilatge
d'Err que conec prou bé i que el
bon amic del Lionel m'ofereix
de bon matí. Espigues ufanoses,
com una cabellera rossa, amada.
La diferència com a riquesa.
El sacrifici de les espigues
dorades que prest segaran per
a fer-ne el nostre pa de cada
dia, el sol secret que cadascun
de nosaltres porta a dintre, com
un missatge de pau universal.
***
Pourquoi la chaude voix de Joan
Pau Giné m'arrive-t-elle quand je
regarde cette photo en noir et blanc ?
Silence. Je ne vois rien du village
d'Err que je connais assez bien et dont
mon bon ami Lionel me fait offrande
de bon matin. Fiers épis, telle
une chevelure blonde, aimée.
La différence comme richesse.
Le sacrifice des épis
d'or qui bientôt seront moissonnés pour
en faire notre pain quotidien,
le soleil secret que chacun
de nous porte en lui, comme
un message de paix universelle.
Tu aurais eu
à mon père
Tu aurais eu quatre-vingt-quatorze
printemps en cette chaude journée,
près des traverses goudronnées
que tu aimais. Tu me disais, narquois,
que le monde n'existait pas avant ce jour
de juin de mil neuf cent vingt-cinq.
Je me récriais, flattant ton immense
mémoire, tu ne répondais pas. Tes beaux
yeux bleus s'étaient délavés au fil
des ans et Proust, pages serrées, dormait
auprès de Balzac dans la grande bibliothèque
sombre. Tu avais peut-être raison, je n'y étais
pas. Mais là, un an et onze jours après que
la chaleur eut quitté ton front, tu es là
par la voix et le geste que je n'oublierai pas.
Tu aurais eu quatre-vingt-quatorze
printemps en cette chaude journée,
près des traverses goudronnées
que tu aimais. Tu me disais, narquois,
que le monde n'existait pas avant ce jour
de juin de mil neuf cent vingt-cinq.
Je me récriais, flattant ton immense
mémoire, tu ne répondais pas. Tes beaux
yeux bleus s'étaient délavés au fil
des ans et Proust, pages serrées, dormait
auprès de Balzac dans la grande bibliothèque
sombre. Tu avais peut-être raison, je n'y étais
pas. Mais là, un an et onze jours après que
la chaleur eut quitté ton front, tu es là
par la voix et le geste que je n'oublierai pas.
Matí de calitja / Matin de brume
a P. G.
Bufa el vent entre els arbres alts,
fresc, tot es silenci i no m'he tret
el barnús blau. Són hores llargues
de feina i de lectura. No aniré a Maó.
Pas aquest mes de juny i el cel amic
se n'ha adonat. No plora encara, guarda
una mica d'esperança. Jo no. Penso quiet
en la tardor propera i el ressol dels dies
escurçats. En l'amic Paco entrevist breument
a l'estació de Perpinyà acordonada divendres.
Caminàvem de pressa i xerràvem molt. I tan poc.
S'instal·la la calitja, les aus comencen a cantar.
***
Le vent souffle entre les arbres hauts, fraîchement,
tout est silence et je n'ai pas enlevé mon
peignoir bleu. Ce sont des heures longues
de travail et de lecture. Je n'irai pas à Mahon.
Pas ce mois de juin et le ciel mon ami
s'en est rendu compte. Il ne pleure pas encore et garde
un brin d'espoir. Pas moi. Je pense calmement
à l'automne si proche et aux reflets du soleil des jours
écourtés. À mon ami Paco, brièvement entrevu
à la gare de Perpignan barrée vendredi.
Nous marchions pressés et bavardions beaucoup. Et si peu.
La brume s'installe, les oiseaux commencent à chanter.
Bufa el vent entre els arbres alts,
fresc, tot es silenci i no m'he tret
el barnús blau. Són hores llargues
de feina i de lectura. No aniré a Maó.
Pas aquest mes de juny i el cel amic
se n'ha adonat. No plora encara, guarda
una mica d'esperança. Jo no. Penso quiet
en la tardor propera i el ressol dels dies
escurçats. En l'amic Paco entrevist breument
a l'estació de Perpinyà acordonada divendres.
Caminàvem de pressa i xerràvem molt. I tan poc.
S'instal·la la calitja, les aus comencen a cantar.
***
Le vent souffle entre les arbres hauts, fraîchement,
tout est silence et je n'ai pas enlevé mon
peignoir bleu. Ce sont des heures longues
de travail et de lecture. Je n'irai pas à Mahon.
Pas ce mois de juin et le ciel mon ami
s'en est rendu compte. Il ne pleure pas encore et garde
un brin d'espoir. Pas moi. Je pense calmement
à l'automne si proche et aux reflets du soleil des jours
écourtés. À mon ami Paco, brièvement entrevu
à la gare de Perpignan barrée vendredi.
Nous marchions pressés et bavardions beaucoup. Et si peu.
La brume s'installe, les oiseaux commencent à chanter.
jeudi 30 mai 2019
Una dona arraconada / Une femme au rancart
Entre el bar i el vàter,
contra la paret llardosa,
una dona juga i s'escura
lentament, amb resignació
les seves butxaques buides.
No li veig la cara,
ni li sento la veu. No m'ha vist
passar ni ha sentit el sorroll
de l'aigua bruta al meu darrere.
Puta vida de diners il·lusoris,
de monedes grisenques i aviat
esborrades. Una dona s'arracona.
***
Entre le bar et les toilettes,
contre le mur crasseux,
une femme joue et épuise
lentement, avec résignation,
ses poches vides.
Je ne vois pas son visage,
ni n'entends sa voix. Elle ne m'a pas vu
passer ni n'a entendu le bruit
de l'eau sale derrière moi.
Vie de merde et d'illusion avec
ses pièces grisâtres et bien vite
effacées. Une femme se met au rancart.
contra la paret llardosa,
una dona juga i s'escura
lentament, amb resignació
les seves butxaques buides.
No li veig la cara,
ni li sento la veu. No m'ha vist
passar ni ha sentit el sorroll
de l'aigua bruta al meu darrere.
Puta vida de diners il·lusoris,
de monedes grisenques i aviat
esborrades. Una dona s'arracona.
***
Entre le bar et les toilettes,
contre le mur crasseux,
une femme joue et épuise
lentement, avec résignation,
ses poches vides.
Je ne vois pas son visage,
ni n'entends sa voix. Elle ne m'a pas vu
passer ni n'a entendu le bruit
de l'eau sale derrière moi.
Vie de merde et d'illusion avec
ses pièces grisâtres et bien vite
effacées. Une femme se met au rancart.
mercredi 29 mai 2019
Une paire de babouches
à C. R.
Pliées, côte à côte,
ces fausses jumelles
de peau havane
invitent à la caresse.
D'une main, puis de deux
qui les portent au nez,
comme on s'abreuve à l'eau
d'un gourg soudain, enfin
apaisé. Odeur fine,
délicatesse infinie, travail
minutieux de la savetière
prodigieuse. L'intime
du clair et le faux rudoiement
du foncé. Bientôt, gonflées
par les allées et venues,
elles feront corps avec le marcheur.
Pour l'instant, ce ne sont encore
que d'humbles portefeuilles,
sans autre espèce que celle d'un don
précieux, l'offrande d'un séjour
caillouteux et d'une langue rare.
Pliées, côte à côte,
ces fausses jumelles
de peau havane
invitent à la caresse.
D'une main, puis de deux
qui les portent au nez,
comme on s'abreuve à l'eau
d'un gourg soudain, enfin
apaisé. Odeur fine,
délicatesse infinie, travail
minutieux de la savetière
prodigieuse. L'intime
du clair et le faux rudoiement
du foncé. Bientôt, gonflées
par les allées et venues,
elles feront corps avec le marcheur.
Pour l'instant, ce ne sont encore
que d'humbles portefeuilles,
sans autre espèce que celle d'un don
précieux, l'offrande d'un séjour
caillouteux et d'une langue rare.
mardi 28 mai 2019
Pyramides inversées
J'ai creusé ma paume gauche,
aux sillons épuisés, et j'y
ai glissé un peu d'eau tiède,
avant d'y jeter une pincée de
gros sel gris. Pyramides claires
à degrés, tête en bas, jouissant
de disparaître pour moi dans l'eau
étale de la fin mai. Flaque infime
ou larmes abondantes. Le premier
chagrin d'enfant ou l'eau glacée
de la crique de Cerbère, aveugle
et doucement bienveillante.
Ma peau se dessèche et se ride avec
les ans et pourtant je ne rêve que
d'anfractuosités où l'or blanc de
l'adolescence, alchimiste éventé,
d'un coup de vent comme un linge
ferait s'assécher l'onde pour en
tirer des milliers de cônes gris,
pyramides sages et claires, pointe
instantanément inversée.
aux sillons épuisés, et j'y
ai glissé un peu d'eau tiède,
avant d'y jeter une pincée de
gros sel gris. Pyramides claires
à degrés, tête en bas, jouissant
de disparaître pour moi dans l'eau
étale de la fin mai. Flaque infime
ou larmes abondantes. Le premier
chagrin d'enfant ou l'eau glacée
de la crique de Cerbère, aveugle
et doucement bienveillante.
Ma peau se dessèche et se ride avec
les ans et pourtant je ne rêve que
d'anfractuosités où l'or blanc de
l'adolescence, alchimiste éventé,
d'un coup de vent comme un linge
ferait s'assécher l'onde pour en
tirer des milliers de cônes gris,
pyramides sages et claires, pointe
instantanément inversée.
samedi 18 mai 2019
Un liseré jaune
à Martí
Le petit se tient droit, fier,
souriant, l’œil vif, pétillant.
Le kimono repassé met en valeur
une ceinture neuve, barrée d'un
liseré jaune franc, premier présent
d'un enfant à ses parents. Première
étape d'un long cheminement aux couleurs
de l'arc-en-ciel, guidé par ses trois
aînés ceints de noir et qui sont passés
par les mêmes stations. Minutes intenses
qu'un père fait durer en reconnaissance
envers ses enfants qui lui ont tant donné.
Le petit se tient droit, fier,
souriant, l’œil vif, pétillant.
Le kimono repassé met en valeur
une ceinture neuve, barrée d'un
liseré jaune franc, premier présent
d'un enfant à ses parents. Première
étape d'un long cheminement aux couleurs
de l'arc-en-ciel, guidé par ses trois
aînés ceints de noir et qui sont passés
par les mêmes stations. Minutes intenses
qu'un père fait durer en reconnaissance
envers ses enfants qui lui ont tant donné.
vendredi 17 mai 2019
Un hommage muet
à O.M.M.
La foule se presse dans la librairie.
On a dressé des chaises pliantes qui,
bientôt, ne suffiront pas.
Il y a là des collègues, des amis, des
curieux, des aveugles de mémoire, aussi,
aux yeux opaques et bien ouverts.
Le livre présenté est épais, un éventail
de papier mat et de photos, parcouru de
signets jaunes. Sur la gauche, parfaitement
alignés sur leurs chaises, cinq personnes,
trois femmes et deux hommes, tiennent en main
un semblable éventail, plus large et plus fin.
Ce sont les lecteurs qui ponctueront la présentation
de fragments voisés, témoignages sur le pouce, réflexions
ou fictions mémorielles. L'heure est grave et le propos
dévoile la peine et la souffrance, le déchirement entre
deux pays et deux langues, rien que la parole ne puisse
entièrement porter. Voire. Sur la fin, une confidence,
soufflée dans un sourire triste, livre l'origine première.
À rebours, l'oméga d'un prénom. Hommage de parents à celle
qui les a sauvés et qui se termine par un «e» muet que,
jamais, ils ne parviendront à prononcer. Un prénom qui,
toujours, portera les deux terres imbriquées et qu'encore
le timbre fait vibrer, comme passent les pages.
La foule se presse dans la librairie.
On a dressé des chaises pliantes qui,
bientôt, ne suffiront pas.
Il y a là des collègues, des amis, des
curieux, des aveugles de mémoire, aussi,
aux yeux opaques et bien ouverts.
Le livre présenté est épais, un éventail
de papier mat et de photos, parcouru de
signets jaunes. Sur la gauche, parfaitement
alignés sur leurs chaises, cinq personnes,
trois femmes et deux hommes, tiennent en main
un semblable éventail, plus large et plus fin.
Ce sont les lecteurs qui ponctueront la présentation
de fragments voisés, témoignages sur le pouce, réflexions
ou fictions mémorielles. L'heure est grave et le propos
dévoile la peine et la souffrance, le déchirement entre
deux pays et deux langues, rien que la parole ne puisse
entièrement porter. Voire. Sur la fin, une confidence,
soufflée dans un sourire triste, livre l'origine première.
À rebours, l'oméga d'un prénom. Hommage de parents à celle
qui les a sauvés et qui se termine par un «e» muet que,
jamais, ils ne parviendront à prononcer. Un prénom qui,
toujours, portera les deux terres imbriquées et qu'encore
le timbre fait vibrer, comme passent les pages.
mardi 14 mai 2019
Penso / Je pense
Penso amb tu, en la teu veu
fugaç com en una riuada seca,
sembrada de closques en volutes.
Miratge lent que m'acarona els
lòbuls carnosos i lleument rosats.
Espero el frec dels teus dits i
la teva llengua molla en espiral.
Tardor reinventada on pren força
la riuada i es creuen els braços.
***
Je pense à toi, à ta voix
fugace comme à une crue sèche,
semée de coquilles en volutes.
Mirage lent qui me caresse les
lobes charnus et légèrement rosés.
J'attends le frôlement de tes doigts et
ta langue mouillée en colimaçon.
Automne réinventé où prend force
la crue et se croisent les bras.
fugaç com en una riuada seca,
sembrada de closques en volutes.
Miratge lent que m'acarona els
lòbuls carnosos i lleument rosats.
Espero el frec dels teus dits i
la teva llengua molla en espiral.
Tardor reinventada on pren força
la riuada i es creuen els braços.
***
Je pense à toi, à ta voix
fugace comme à une crue sèche,
semée de coquilles en volutes.
Mirage lent qui me caresse les
lobes charnus et légèrement rosés.
J'attends le frôlement de tes doigts et
ta langue mouillée en colimaçon.
Automne réinventé où prend force
la crue et se croisent les bras.
lundi 13 mai 2019
S'altra teatrí de na Clara / L'autre petit théâtre de Clara
No en tenc fotos ni en vull tenir.
Una casa estreta i llarga, càlida,
amb olor de llenya filtrant-se
per ses fissures de sa llar apagada.
Quartos petits i plens d'objectes,
aparador de vidre com una finestra
oberta a sa carn callada i íntimament
preservada. Mantell fosc, banqueta de
fusta bona. Nínxols on cap sa conversa
después des xampany i una mica antes de
sa fideuà de verdures amb embotits finament
trossejats. Veus plenes, rialles agudes,
tota sa complicitat de dues amigues de poble
devora sa paret minuciosament encalcinada
i sa complicitat d'un pare i de son fill
ja gran. Hores delicioses, com diria un músic
al veure ses fotos des primer teatrí, ben lluny,
dintre ses terres, mes amb es mateix tint lorquià.
***
Je n'en ai aucune photo ni ne veux en avoir.
Une maison étroite et allongée, chaleureuse,
avec une odeur de feu de bois se glissant
par les fissures du foyer éteint.
Des pièces petites et pleines d'objets,
une vitrine de verre telle une fenêtre
ouverte sur la chair tue et intimement
préservée. Une nappe foncée, un petit banc
en bois massif. Des niches où se tient la
conversation après le champagne et un peu
avant la fideuà de légumes et de saucisses finement
découpées. Des voix pleines, des rires aiguës,
toute la complicité de deux copines de village
contre le mur minutieusement peint à la chaux
et la complicité d'un père et de son fils devenu
grand. Des heures délicieuses, comme dirait un musicien
à la vue des photos du premier petit théâtre, bien loin à
l'intérieur des terres, mais avec la même touche lorquienne.
Una casa estreta i llarga, càlida,
amb olor de llenya filtrant-se
per ses fissures de sa llar apagada.
Quartos petits i plens d'objectes,
aparador de vidre com una finestra
oberta a sa carn callada i íntimament
preservada. Mantell fosc, banqueta de
fusta bona. Nínxols on cap sa conversa
después des xampany i una mica antes de
sa fideuà de verdures amb embotits finament
trossejats. Veus plenes, rialles agudes,
tota sa complicitat de dues amigues de poble
devora sa paret minuciosament encalcinada
i sa complicitat d'un pare i de son fill
ja gran. Hores delicioses, com diria un músic
al veure ses fotos des primer teatrí, ben lluny,
dintre ses terres, mes amb es mateix tint lorquià.
***
Je n'en ai aucune photo ni ne veux en avoir.
Une maison étroite et allongée, chaleureuse,
avec une odeur de feu de bois se glissant
par les fissures du foyer éteint.
Des pièces petites et pleines d'objets,
une vitrine de verre telle une fenêtre
ouverte sur la chair tue et intimement
préservée. Une nappe foncée, un petit banc
en bois massif. Des niches où se tient la
conversation après le champagne et un peu
avant la fideuà de légumes et de saucisses finement
découpées. Des voix pleines, des rires aiguës,
toute la complicité de deux copines de village
contre le mur minutieusement peint à la chaux
et la complicité d'un père et de son fils devenu
grand. Des heures délicieuses, comme dirait un musicien
à la vue des photos du premier petit théâtre, bien loin à
l'intérieur des terres, mais avec la même touche lorquienne.
dimanche 12 mai 2019
Una botiga d'aquelles d'abans / Une boutique d'autrefois
a D. P. O.
No he volgut anar on queia.
Un dia, potser. De moment
deixo que entrin els anys.
L'asfaltat dolent del carrer,
la façana bruta. L'amo gros,
de braços creuats que espera
les clientes. Silenci. Persianes
tancades. Uns quants testos avorrint-se
lentament. Cap pressa. Encara no sabien
que la mundialització se'ls empassarien
i que la moda es faria petita i cruel.
Penso en Zola. I deixo que tornin els anys.
***
Je n'ai pas voulu aller où elle se tenait.
Un jour, peut-être. Pour le moment,
je laisse les années entrer en moi.
Le mauvais revêtement de la rue,
la façade sale. Le patron grand et fort,
bras croisés, dans l'attente
des clientes. Silence. Volets
tirés. Quelques pots de fleurs qui s'ennuient
lentement. Nulle hâte. Ils ne savaient pas encore
que la mondialisation les engloutirait
et que la mode deviendrait petite et cruelle.
Je pense à Zola. Et je laisse revenir ces années.
No he volgut anar on queia.
Un dia, potser. De moment
deixo que entrin els anys.
L'asfaltat dolent del carrer,
la façana bruta. L'amo gros,
de braços creuats que espera
les clientes. Silenci. Persianes
tancades. Uns quants testos avorrint-se
lentament. Cap pressa. Encara no sabien
que la mundialització se'ls empassarien
i que la moda es faria petita i cruel.
Penso en Zola. I deixo que tornin els anys.
***
Je n'ai pas voulu aller où elle se tenait.
Un jour, peut-être. Pour le moment,
je laisse les années entrer en moi.
Le mauvais revêtement de la rue,
la façade sale. Le patron grand et fort,
bras croisés, dans l'attente
des clientes. Silence. Volets
tirés. Quelques pots de fleurs qui s'ennuient
lentement. Nulle hâte. Ils ne savaient pas encore
que la mondialisation les engloutirait
et que la mode deviendrait petite et cruelle.
Je pense à Zola. Et je laisse revenir ces années.
samedi 11 mai 2019
Serenitat / Sérénité
De serenos ja no vull sentir parlar.
O tempora o mores. Pel·lis en blanc
i negre, por callada pels carrers.
Són les deu del matí. A can Pere,
han entrat per esmorzar una parella
de municipals seguida pel sergent
amb nom de professor universitari.
Conversa animada, cafès, entrepans,
truita de calçots. A poc a poc,
s'aturen les converses. Ja és temps
de percebre la calor de la vida. Plaent,
Serena. D'altres converses m'arriben
per l'esquerra. Una família amb samarretes
estampades, una parella de viatjants que
xerren baix. Paradoxa. Insuperable serenitat.
***
Je ne veux plus entendre parler des serenos.
O tempora o mores. Films en noir et blanc,
peur silencieuse dans les rues.
Il est dix heures du matin. Au bar Can Pere,
deux agents de police sont entrés déjeuner,
suivis par leur sergent qui porte le nom
d'un maître de conférence des universités.
La conversation s'anime. Cafés, sandwichs,
omelette à l'oignon tendre. Peu à peu,
les conversations cessent. Il est temps
de percevoir la chaleur de la vie. Plaisante.
Sereine. D'autres conversations me parviennent
de la gauche. Une famille avec des polos
imprimés, deux voyageurs de commerce qui
papotent tout bas. Paradoxe. Sérénité au sommet.
O tempora o mores. Pel·lis en blanc
i negre, por callada pels carrers.
Són les deu del matí. A can Pere,
han entrat per esmorzar una parella
de municipals seguida pel sergent
amb nom de professor universitari.
Conversa animada, cafès, entrepans,
truita de calçots. A poc a poc,
s'aturen les converses. Ja és temps
de percebre la calor de la vida. Plaent,
Serena. D'altres converses m'arriben
per l'esquerra. Una família amb samarretes
estampades, una parella de viatjants que
xerren baix. Paradoxa. Insuperable serenitat.
***
Je ne veux plus entendre parler des serenos.
O tempora o mores. Films en noir et blanc,
peur silencieuse dans les rues.
Il est dix heures du matin. Au bar Can Pere,
deux agents de police sont entrés déjeuner,
suivis par leur sergent qui porte le nom
d'un maître de conférence des universités.
La conversation s'anime. Cafés, sandwichs,
omelette à l'oignon tendre. Peu à peu,
les conversations cessent. Il est temps
de percevoir la chaleur de la vie. Plaisante.
Sereine. D'autres conversations me parviennent
de la gauche. Une famille avec des polos
imprimés, deux voyageurs de commerce qui
papotent tout bas. Paradoxe. Sérénité au sommet.
vendredi 10 mai 2019
Le travail d'une vie
L'or coule, épais, liquoreux,
il dégoutte de la cuillère
tenue négligemment.
Quand il atteint la table,
le miel essaie de se fondre
au vernis qu'il mime.
Sans succès. Le convive,
s'appuyant de ses deux mains
sur l'ample table havane, pour
appuyer son propos, peste.
L'or colle à sa main gauche que
la serviette ne parvient pas à
faire disparaître. L'orateur
s'emporte, s'empourpre et s'en va.
Au sous-sol, sous le jet tiède
des sanitaires, il se défera
prestement de ces larmes d'or.
Le travail d'une vie. Quarante
journées, du levant au couchant,
à butiner mille fleurs. Sèche,
couchée sur le côté, l'abeille
s'envole dans le vent et les fleurs
à sa mémoire replient leurs pétales,
naguère de velours. Un convive, rassuré,
reprend son monologue présomptueux.
il dégoutte de la cuillère
tenue négligemment.
Quand il atteint la table,
le miel essaie de se fondre
au vernis qu'il mime.
Sans succès. Le convive,
s'appuyant de ses deux mains
sur l'ample table havane, pour
appuyer son propos, peste.
L'or colle à sa main gauche que
la serviette ne parvient pas à
faire disparaître. L'orateur
s'emporte, s'empourpre et s'en va.
Au sous-sol, sous le jet tiède
des sanitaires, il se défera
prestement de ces larmes d'or.
Le travail d'une vie. Quarante
journées, du levant au couchant,
à butiner mille fleurs. Sèche,
couchée sur le côté, l'abeille
s'envole dans le vent et les fleurs
à sa mémoire replient leurs pétales,
naguère de velours. Un convive, rassuré,
reprend son monologue présomptueux.
La bodegueta del Congrés / Le petit troquet du Congrès
Faltaven tres anyets abans que jo nasqués
quan l'obriren. Anys grisos de postguerra.
S'aixecaven els immobles nus al bell mig
del fang. Ja feia quatre anys llargs que
se n'havien anat els preveres i homenots
del Congés eucarístic. Naixia un barri nou.
Amb gent forastera que faria prest la sal
de Barcelona. Barriada de barris, encontres
de personalitats. Paraules des de llavors
perdudes i que busco en escoltar aquells que
dinen a Can Pere. Bona gent. Converses vives.
Res de l'altre món, tot d'aquest. Humil i
insubstituïble. La terrassa era de taules grises
però d'un gris ben diferent dels primers anys.
Plata brillant de peixos de platja. M'hi he trobat
bé. La mar de bé.
***
C'était trois ans avant ma naissance
quand ils l'ouvrirent. Années grises d'après-guerre.
Les immeubles nus poussaient au beau milieu
de la boue. Ça faisait déjà quatre ans que les prêtres
et les dignitaires du Congrès Eucharistique s'en étaient
allés. Un quartier neuf naissait.
Avec des gens du reste de l'Espagne qui bientôt feraient
le miel de Barcelone. Grand quartier fait de petits, rencontres
de personnalités. Mots depuis lors perdus
et que je recherche en écoutant ceux qui
déjeunent à Can Pere. De braves gens. Des conversations vivantes.
Rien d'extraordinaire, merveille d'ordinaire. Humble
et irremplaçable. La terrasse était de tables grises
mais d'un gris bien différent des premières années.
L'argent brillant des poissons frais. Je m'y suis trouvé
bien. Merveilleusement bien.
quan l'obriren. Anys grisos de postguerra.
S'aixecaven els immobles nus al bell mig
del fang. Ja feia quatre anys llargs que
se n'havien anat els preveres i homenots
del Congés eucarístic. Naixia un barri nou.
Amb gent forastera que faria prest la sal
de Barcelona. Barriada de barris, encontres
de personalitats. Paraules des de llavors
perdudes i que busco en escoltar aquells que
dinen a Can Pere. Bona gent. Converses vives.
Res de l'altre món, tot d'aquest. Humil i
insubstituïble. La terrassa era de taules grises
però d'un gris ben diferent dels primers anys.
Plata brillant de peixos de platja. M'hi he trobat
bé. La mar de bé.
***
C'était trois ans avant ma naissance
quand ils l'ouvrirent. Années grises d'après-guerre.
Les immeubles nus poussaient au beau milieu
de la boue. Ça faisait déjà quatre ans que les prêtres
et les dignitaires du Congrès Eucharistique s'en étaient
allés. Un quartier neuf naissait.
Avec des gens du reste de l'Espagne qui bientôt feraient
le miel de Barcelone. Grand quartier fait de petits, rencontres
de personnalités. Mots depuis lors perdus
et que je recherche en écoutant ceux qui
déjeunent à Can Pere. De braves gens. Des conversations vivantes.
Rien d'extraordinaire, merveille d'ordinaire. Humble
et irremplaçable. La terrasse était de tables grises
mais d'un gris bien différent des premières années.
L'argent brillant des poissons frais. Je m'y suis trouvé
bien. Merveilleusement bien.
mardi 7 mai 2019
Ronger les balustres
à M. F.
Au hasard des mots, l'océan s'abolit
et j'entends de la Belle Province
le murmure lancinant.
Ici, les églises sont froides et vides
mais qu'en est-il là-bas ? Du bénitier
les grenouilles ne s'échappent plus
guère. Au Québec, ronge-t-on encore
les balustres, entre componction
et lentes génuflexions ? Questions
sans fin, lent entrelacs du lecteur
à l'amorce du jour. Je ne serais rien
sans mes dictionnaires, en toile et
en papier, ou sur l'écran large et clair
qui fait de ma table un autel, dans la
quête infinie de mes doigts engourdis.
Au hasard des mots, l'océan s'abolit
et j'entends de la Belle Province
le murmure lancinant.
Ici, les églises sont froides et vides
mais qu'en est-il là-bas ? Du bénitier
les grenouilles ne s'échappent plus
guère. Au Québec, ronge-t-on encore
les balustres, entre componction
et lentes génuflexions ? Questions
sans fin, lent entrelacs du lecteur
à l'amorce du jour. Je ne serais rien
sans mes dictionnaires, en toile et
en papier, ou sur l'écran large et clair
qui fait de ma table un autel, dans la
quête infinie de mes doigts engourdis.
dimanche 5 mai 2019
Accompagner
à Ponç Pons
Le matin est frais, la maison silencieuse.
Ma table est large et les textes m'environnent.
Livres à la blancheur crue qui béent de sommeil.
Je lis et commente, m'interroge. Un mien ami me
tient la main, il parle de ses proches, ailleurs,
dans cette Allemagne dont ils ignorent la langue.
Les vers se disposent régulièrement mais le texte
est une promenade, sur un rythme alerte ; par le vers,
l'anodin s'installe et triomphe du temps. La page
tournée, un écrivain important, aujourd'hui délaissé,
mort l'année où naquit mon ami, reprend vie et carnation.
Je pense au Christ en croix. «Eli, Eli, lama sabachthani?»
Le cri est rond, la parole franchit les siècles. Le corps
desséché sur les peintures pieuses ne laisse pas d'exhaler
ces mots et l'amour de l'amour, par mon ami s'exprime.
Le matin est frais, la maison silencieuse.
Ma table est large et les textes m'environnent.
Livres à la blancheur crue qui béent de sommeil.
Je lis et commente, m'interroge. Un mien ami me
tient la main, il parle de ses proches, ailleurs,
dans cette Allemagne dont ils ignorent la langue.
Les vers se disposent régulièrement mais le texte
est une promenade, sur un rythme alerte ; par le vers,
l'anodin s'installe et triomphe du temps. La page
tournée, un écrivain important, aujourd'hui délaissé,
mort l'année où naquit mon ami, reprend vie et carnation.
Je pense au Christ en croix. «Eli, Eli, lama sabachthani?»
Le cri est rond, la parole franchit les siècles. Le corps
desséché sur les peintures pieuses ne laisse pas d'exhaler
ces mots et l'amour de l'amour, par mon ami s'exprime.
Le bonheur est proche et la vie fugace
à Nadine et Lionel
La pluie a dérangé les convives, comme une gifle froide,
la tente n'a pas résisté, les voici à l'intérieur. Larges
tables disposées côte à côte, chaises dépareillées.
La conversation suit son train. De petits groupes se forment,
on parle de tout, jamais de rien. Des pans entiers s'abattent
comme le glacier, au sortir de l'hiver, blanchit dans le fracas
des eaux. Certains, qui ne se connaissaient pas encore, s'interrogent.
À voix haute, derrière le dialogue. Les mots sont de la tribu,
c'est un fait, mais dans leur sphéricité que rehausse l'alcool,
chacun est un univers clos, ouvert et fascinant. Le bonheur,
de tous recherché, esquissé, rejeté, est proche, à portée de
souffle, et la vie, capricieuse, volubile, est si fugace.
La pluie a dérangé les convives, comme une gifle froide,
la tente n'a pas résisté, les voici à l'intérieur. Larges
tables disposées côte à côte, chaises dépareillées.
La conversation suit son train. De petits groupes se forment,
on parle de tout, jamais de rien. Des pans entiers s'abattent
comme le glacier, au sortir de l'hiver, blanchit dans le fracas
des eaux. Certains, qui ne se connaissaient pas encore, s'interrogent.
À voix haute, derrière le dialogue. Les mots sont de la tribu,
c'est un fait, mais dans leur sphéricité que rehausse l'alcool,
chacun est un univers clos, ouvert et fascinant. Le bonheur,
de tous recherché, esquissé, rejeté, est proche, à portée de
souffle, et la vie, capricieuse, volubile, est si fugace.
vendredi 3 mai 2019
Têtes de gambas esseulées
Esseulées, des têtes au regard noir,
voisinent avec des lambeaux de fine
carapace évidée. Nature à peine morte.
Reliefs refroidis d'un festin en réduit,
ces têtes amnésiques font paradoxalement
mémoire des ripailles d'autrefois
où l'on suçait goulûment le cerveau tiède
des crustacés rougis avant de s'essuyer
repus les mains huileuses sur un tablier
blanc. Silence de l'après dîner, des deux
convives qui se lèvent, paroles d'un poète
qui frissonne du prix de s'en ressouvenir.
voisinent avec des lambeaux de fine
carapace évidée. Nature à peine morte.
Reliefs refroidis d'un festin en réduit,
ces têtes amnésiques font paradoxalement
mémoire des ripailles d'autrefois
où l'on suçait goulûment le cerveau tiède
des crustacés rougis avant de s'essuyer
repus les mains huileuses sur un tablier
blanc. Silence de l'après dîner, des deux
convives qui se lèvent, paroles d'un poète
qui frissonne du prix de s'en ressouvenir.
Lobule
Des vingt tomes du vieux dictionnaire, tire
un volume au hasard, de la main gauche.
Et de la droite, ouvre-le à la page où feront
halte tes doigts. Laisse se poser ton regard,
comme un papillon aux ailes bien poudrées.
Ça y est ? Quel est le mot que ton cœur
a choisi ? - Lobule. Mise en abyme infinie
qui fait du cerveau un arbre à la ramure
dense. Et de toi un éternel cueilleur.
un volume au hasard, de la main gauche.
Et de la droite, ouvre-le à la page où feront
halte tes doigts. Laisse se poser ton regard,
comme un papillon aux ailes bien poudrées.
Ça y est ? Quel est le mot que ton cœur
a choisi ? - Lobule. Mise en abyme infinie
qui fait du cerveau un arbre à la ramure
dense. Et de toi un éternel cueilleur.
Pierres vives
T'en souvient-il ? Les mots avaient gelé,
son souffle les avait réchauffés, un à un,
comme marrons en foire.
Le printemps était de givre, un concours
s'était tu parmi les clameurs. Il était
temps de leur rendre leur liberté,
dans des nuits plus belles que leurs jours.
Le silence se fit, les mots couvaient,
braise tendre des amants bien trouvés.
son souffle les avait réchauffés, un à un,
comme marrons en foire.
Le printemps était de givre, un concours
s'était tu parmi les clameurs. Il était
temps de leur rendre leur liberté,
dans des nuits plus belles que leurs jours.
Le silence se fit, les mots couvaient,
braise tendre des amants bien trouvés.
Tes grands yeux (paronymies)
Tes grands yeux dans les terres,
sur le chemin qui crisse. Entre
les peupliers.
Ce regard qui se perd et tremble
tout à coup. Une pensée. Et un voile
soudain, comme une peau qui luit.
Tes grands yeux sur la mer,
dans la crique, sous sa main
repliée.
Ses égards. Tu te perds et trembles
à son cou. Un baiser. Et une voile
d'entrain, comme un drapeau qui fuit.
sur le chemin qui crisse. Entre
les peupliers.
Ce regard qui se perd et tremble
tout à coup. Une pensée. Et un voile
soudain, comme une peau qui luit.
Tes grands yeux sur la mer,
dans la crique, sous sa main
repliée.
Ses égards. Tu te perds et trembles
à son cou. Un baiser. Et une voile
d'entrain, comme un drapeau qui fuit.
No sé / Je ne sais pas
a Lionel, foeta
No sé pintar ni sacar fotos.
Paisajes y rostros de mí salen
huyendo, dejándome vanos los ojos.
como una cáscara amarga. Entonces,
solo, aislado en mi cuarto oscuro,
me los invento con palabras crudas
que combino rápido. Vivo bosquejo
con carboncillo. Palabras recortadas
en la carne de una fruta por madurar.
***
Je ne sais pas peindre ni prendre des photos.
Paysages et visages de moi partent
en courant, évidant mes orbites
telle une coque amère. Alors,
seul, isolé dans ma chambre obscure,
je les invente avec des mots bruts
que je combine rapidement. Vive esquisse
au fusain. Mots découpés
dans la chair d'un fruit restant à mûrir.
No sé pintar ni sacar fotos.
Paisajes y rostros de mí salen
huyendo, dejándome vanos los ojos.
como una cáscara amarga. Entonces,
solo, aislado en mi cuarto oscuro,
me los invento con palabras crudas
que combino rápido. Vivo bosquejo
con carboncillo. Palabras recortadas
en la carne de una fruta por madurar.
***
Je ne sais pas peindre ni prendre des photos.
Paysages et visages de moi partent
en courant, évidant mes orbites
telle une coque amère. Alors,
seul, isolé dans ma chambre obscure,
je les invente avec des mots bruts
que je combine rapidement. Vive esquisse
au fusain. Mots découpés
dans la chair d'un fruit restant à mûrir.
Instants
De partage. Fulgurance
sereine. Le visage d'une
enfant aimée, comme la mer
étale renvoie l'image tendre
du passé. Plaisir muet, sage
et complice. Si loin sont les
additions et la poésie du mardi.
Temps calme. La richesse est
dans l'anodin des instants partagés.
sereine. Le visage d'une
enfant aimée, comme la mer
étale renvoie l'image tendre
du passé. Plaisir muet, sage
et complice. Si loin sont les
additions et la poésie du mardi.
Temps calme. La richesse est
dans l'anodin des instants partagés.
Una giornata qualunque / Une journée ordinaire
La pioggia. Fredda. La matina come
un pomeriggio di novembre. Una lenta
campana e il mio cuore addormentato.
Sto sognando. Mi piacciono l'amore e
le ciliegie. Penso alle tue letture
e le invento. Atarassia piacevole.
***
La pluie. Froide. Le matin comme
une après-midi de novembre. La lenteur
du glas et mon cœur endormi.
Je rêvasse. J'aime l'amour et
les cerises. Je pense à tes lectures
et je me les invente. Plaisante ataraxie.
un pomeriggio di novembre. Una lenta
campana e il mio cuore addormentato.
Sto sognando. Mi piacciono l'amore e
le ciliegie. Penso alle tue letture
e le invento. Atarassia piacevole.
***
La pluie. Froide. Le matin comme
une après-midi de novembre. La lenteur
du glas et mon cœur endormi.
Je rêvasse. J'aime l'amour et
les cerises. Je pense à tes lectures
et je me les invente. Plaisante ataraxie.
Un livre
Posé à même la toile cirée vermillon,
un livre dont je ne vois pas la tranche
par tes doigts caressée.
Un titre, le noir et le blanc que brûle,
incontinent, le reflet fugace d'un flash.
Un instant de ta vie, de tes jours.
Une pause entre deux respirations, au parfum
doucereux d'acacia. Le livre comme refuge ou
comme alcôve. L'espace s'abolit, les océans
ne tiennent pas plus que l'eau tiède du tub
remuée par ta main nonchalante. Vieux cliché
inventé, révolu. Ma révolution. Envolée.
un livre dont je ne vois pas la tranche
par tes doigts caressée.
Un titre, le noir et le blanc que brûle,
incontinent, le reflet fugace d'un flash.
Un instant de ta vie, de tes jours.
Une pause entre deux respirations, au parfum
doucereux d'acacia. Le livre comme refuge ou
comme alcôve. L'espace s'abolit, les océans
ne tiennent pas plus que l'eau tiède du tub
remuée par ta main nonchalante. Vieux cliché
inventé, révolu. Ma révolution. Envolée.
jeudi 2 mai 2019
Polir les mots
Patiemment, les garder un peu dans sa bouche,
comme un galet tiédit au creux de la paume.
Mais l'œuvre, pour habituelle qu'elle soit,
durable ritournelle, reste inféconde s'il n'est,
proche ou lointaine, une oreille amie, pour s'en
repaître et en faire naître de nouveaux. Amour
des mots partagés, en une langue ou en mille,
au cœur des terres, sur la côte poissonneuse
ou à la frontière des monts escarpés. Respect.
Infini. Quand je polis mes mots en bouche, c'est
un peu comme si la pulpe de tes doigts clairs,
dessinait dans ma main du cœur la ligne infinie.
comme un galet tiédit au creux de la paume.
Mais l'œuvre, pour habituelle qu'elle soit,
durable ritournelle, reste inféconde s'il n'est,
proche ou lointaine, une oreille amie, pour s'en
repaître et en faire naître de nouveaux. Amour
des mots partagés, en une langue ou en mille,
au cœur des terres, sur la côte poissonneuse
ou à la frontière des monts escarpés. Respect.
Infini. Quand je polis mes mots en bouche, c'est
un peu comme si la pulpe de tes doigts clairs,
dessinait dans ma main du cœur la ligne infinie.
mercredi 1 mai 2019
Une bouteille à col de cygne
À Vincent et Victor
Un jour aura suffi, guère plus.
À petites lampées, les bulles
se sont envolées et le plastique
bleu pâle me reste entre les mains,
encore frais. Je songe à cette soirée où
mes grands fils, avant de reprendre leur
train m'en ont fait présent. La bouteille bombait
alors le torse et son bleu m'électrisait la voix.
Elle s'est épuisée et mon cœur de joie s'emplit.
Un jour aura suffi, guère plus.
À petites lampées, les bulles
se sont envolées et le plastique
bleu pâle me reste entre les mains,
encore frais. Je songe à cette soirée où
mes grands fils, avant de reprendre leur
train m'en ont fait présent. La bouteille bombait
alors le torse et son bleu m'électrisait la voix.
Elle s'est épuisée et mon cœur de joie s'emplit.
El balancí de fusta tèbia / Le fauteuil à bascule en bois tiède
No t'he parlat mai en català, no t'he parlat.
Coneixes el gra de la meva veu, a cegues,
en italià.
No hem xerrat mai en català, no hem xerrat.
Fregues la fusta tèbia del balancí quan la nit,
cansada, t'allunya de la platja d'Argelers
on nineta caminaves amb els teus pares. Passen
les hores, el balancí alenteix el ritme i s'adorm.
Ja és hora de deixar parlar la raó, el cor i el cos.
***
Je ne t'ai jamais parlé en catalan, je ne t'ai pas parlé.
Tu connais le grain de ma voix, à l'aveuglette,
en italien.
Nous n'avons jamais discuté en catalan, nous n'avons pas discuté.
Tu frôles le bois tiède du fauteuil à bascule quand la nuit,
fatiguée, t'éloigne de la plage d'Argelès
où, gamine, tu marchais avec tes parents. Les heures
s'écoulent, le fauteuil à bascule ralentit son rythme et s'endort.
Il est temps de laisser parler la raison, le cœur et le corps.
Coneixes el gra de la meva veu, a cegues,
en italià.
No hem xerrat mai en català, no hem xerrat.
Fregues la fusta tèbia del balancí quan la nit,
cansada, t'allunya de la platja d'Argelers
on nineta caminaves amb els teus pares. Passen
les hores, el balancí alenteix el ritme i s'adorm.
Ja és hora de deixar parlar la raó, el cor i el cos.
***
Je ne t'ai jamais parlé en catalan, je ne t'ai pas parlé.
Tu connais le grain de ma voix, à l'aveuglette,
en italien.
Nous n'avons jamais discuté en catalan, nous n'avons pas discuté.
Tu frôles le bois tiède du fauteuil à bascule quand la nuit,
fatiguée, t'éloigne de la plage d'Argelès
où, gamine, tu marchais avec tes parents. Les heures
s'écoulent, le fauteuil à bascule ralentit son rythme et s'endort.
Il est temps de laisser parler la raison, le cœur et le corps.
Une soirée
L'enfant couchée,
patiemment bordée,
la maison se prépare.
Nulle folie ; la pénombre
se peuple d'ombres bleues
et de sons veloutés.
Entre le canapé et l'écran
large, le sol se fait rivage.
Nus, les pieds des amants
y reposent, comme, retroussées,
les jambes des crevettiers foulent
la grève, en quête de trésors clairs.
À l'écran, d'autres amants devisent,
à l'ombre d'un cerisier en fleurs.
La langue est étrange et les sous-titres
confus. Deux mains se frôlent. À l'écran
comme sur le canapé. La charpente craque,
la lune est haute et le vin coule franc.
patiemment bordée,
la maison se prépare.
Nulle folie ; la pénombre
se peuple d'ombres bleues
et de sons veloutés.
Entre le canapé et l'écran
large, le sol se fait rivage.
Nus, les pieds des amants
y reposent, comme, retroussées,
les jambes des crevettiers foulent
la grève, en quête de trésors clairs.
À l'écran, d'autres amants devisent,
à l'ombre d'un cerisier en fleurs.
La langue est étrange et les sous-titres
confus. Deux mains se frôlent. À l'écran
comme sur le canapé. La charpente craque,
la lune est haute et le vin coule franc.
À l'encre violette
Entre les lignes monotones
d'un texte ronéoté, la plume
court gracile, yeux clos.
L'encre violette déborde de
la griffe d'acier biseauté,
tachant index pouce et majeur.
Odeur fade et entêtante, bruit
myriadaire, j'ai huit ans, gris
dans mon tablier de percale.
Mais je m'égare, le texte récent
s'en démarque. La feuille imprimée
n'est qu'une portée où courent
les notes liées d'un feutre violet.
Fermeté du trait, élégance des liens,
l'amour se cache sous l'agacement.
d'un texte ronéoté, la plume
court gracile, yeux clos.
L'encre violette déborde de
la griffe d'acier biseauté,
tachant index pouce et majeur.
Odeur fade et entêtante, bruit
myriadaire, j'ai huit ans, gris
dans mon tablier de percale.
Mais je m'égare, le texte récent
s'en démarque. La feuille imprimée
n'est qu'une portée où courent
les notes liées d'un feutre violet.
Fermeté du trait, élégance des liens,
l'amour se cache sous l'agacement.
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