dimanche 21 août 2016

L'actor per antonomàsia

Ferreries sota la neu a finals d'agost...
Una neu vertical: paret de calç i desitjos.

No hi sóc, em miro les fotos de l'acte.
Amb plenitud, rialles i parsimònia.

Conec bé el text, me'l va oferir na Fina,
un matí esplèndid de juliol. Amb l'autor,

comparteixo amistat i confiança en l'avenir,
mes el Toni, de moment, és una ombra fugaç

que persegueixo per la xarxa. Imagineu-vos
doncs un esquiador al melic de l'agost

amb bata d'infermer psiquiàtric i casc de pilot
a la Saint-Exupéry. Una bufanda vermella com

un desig de llavis clars i foscos. Pur surrealisme.
El públic fascinat. Si hi hagués xoriços, farien

el seu agost, robant rellotges i moneders. No els veig
però els imagino bocabadats. Un bon llibre, un gran actor,

l'actor per antonomàsia. A Pézenas, Molière belluga l'esquelet
i em pica l'ullet: «És dels bons, Michel, no ho creus?»





La communication non violente

L'expression semble rébarbative,
son signifié un horizon fumeux.

Elle guide un ami cher, depuis
que je le connais. Quinze ans,

peut-être, nous ne savons plus.
Il me savait en peine, il vint

me visiter. Avec un mince paquet
vert, d'un libraire des Allées.

Un opuscule s'y tenait prêt, je le
lis à présent, revivant la chaleur

de l'ami reparti. Je l'y retrouve,
je nous y revois. Nous étions à

la Citadelle, devant la banque 
locale où mon grand-père avait

travaillé. Trois hommes nous hèlent,
émêchés, cherchant la dispute. Nous

nous approchons et un dialogue de
douceur s'instaure. Ils nous offrent

le goulot du Bourbon emmiellé. Nous
y portons les lèvres, tour à tour,

ils sont de Toulouse et repartent
enchantés de nous avoir croisés.

La communication non-violente avait
œuvré, sans tambour ni pépettes.

Et le papier cadeau de se faire la 
fleur qui, à chaque heure, en nous éclôt.



Si j'étais... mais j'y étais

Harmonie du dîner sous le drap tendu.
Une kémia réinventée. Couleurs et saveurs.

La cuisine-refuge est une forge d'or. Sans
cesse, des mets nouveaux en sortent : saucisse

de taureau, côte de bœuf si tendre. Pommes frites
esseulées, un instant dédaignées, avant que les doigts

buissonniers se fassent pincettes. Le vin coule, aux
couleurs des peuples frères, trait d'union avec une

soirée lointaine que la tristesse écourta. Le repas est
une oasis au milieu de la haine biterroise. L'humanité

nous unit. Deux des trois hommes portent le même prénom,
ils parlent haut et fort mais ne sont rien sans ces dames

et le fils heureux. Bientôt la fraîcheur contraint au retour
dans le salon. Le poste est éteint, les Jeux Olympiques loin.

Les yeux, parfois se ferment, il est temps de partir. Doucement.
C.G.T. Si j'étais... Mais j'y étais.

vendredi 19 août 2016

Al vespre

Al Pere, al Damià i al Joan

Avui, al vespre, un poeta
presentarà un altre poeta,
allà on es pon el sol,

a l'illa tan estimada, amant
de les paraules i de la vida,

tèbia i entusiasta. «Pedraules»,
«Lletrescades», tantes paraules

creuades, creades, que revelen
vincles forts, el melic dels quals

és un parell de dies, al començament
de l'agost, a la Fornells revelada.

Illanvers... Avui, al vespre, faré el
vermut amb els amics besierencs mes

mon cor serà, en part, deliciosa, a
s'illa meva, a s'illa nostra...



Sur un mot

Et l'amour, un temps dévoyé,
revint, sans objet, sur un mot :

Toujours. Mais ne vous méprenez

pas. L'éternité n'est pas pour moi.

Un toujours de permanence, un encore,
cueilli à la fin du premier chapitre

du Rempart des béguines de Mallet-Joris.
Phrase anodine et qui marque. Ambiguïté

de l'adverbe vite résolue, cadence de la
finale. Prose apparente. Métrique cachée.

Deux hexasyllabes -l'un masculin, l'autre
féminin- suivis d'un octosyllabe féminin.

Deux respirations brèves, cœur battant,
conclues par l'apaisement du point focal

dévié et qui fixe la mémoire. Je ne suis
ni Hélène, ni Tamara, mais je ressens cette

nécessité d'évasion par la vue quand la terre
s'ouvre sous les pieds. Et je reviens à l'amour.

L'objet viendra plus tard. La tension, créatrice,
est là et le soleil, toujours, me sourit déjà.


mercredi 17 août 2016

Des petits poissons de papier

Quelques mots lancés, croisés,
qui se frôlent et s'en vont.

Petits poissons découpés dans
la cartoline pastel, écrits

à la main. Fils translucides,
presque insensibles et qui

les unissent avant de les
confondre d'un tournemain.

Je les aime ces poissons
hasardeux, si longtemps

disparus et qu'un soir
de jeudi m'apporta,

dans la lueur bleutée
d'un coucher cendré.

dimanche 14 août 2016

Efecte retard / Un effet retard

Cortesia, timidesa, afecte,
agraïment i respecte. No plorava.
Com si res. I les nits tremolants

s'apoderaren de mi. Rere el somriure,
els ulls han deixat de verdejar,
el caminar es fa més insegur. Ja m'havia

acostumat a petites coses del quotidià,
a la tendresa oferta i rebuda, a la tebior
de dues mans creuades. A una veu que se'm

feia indispensable. Com una seguretat duradora i
mai m'havia posat a recer. «Amabam amari».
Estimava o m'agradava ser estimat?

***

Politesse, timidité, affection,
reconnaissance et respect. Je ne pleurais pas.
Comme si rien ne s'était passé. Et les nuits

tremblantes s'emparèrent de moi. Derrière mon 
sourire, mes yeux ont cessé leur verdeur,
la marche est plus incertaine. Je m'étais

habitué à de petits détails du quotidien,
à la tendresse offerte et reçue, à la tiédeur
de deux mains étreintes. À une voix qui devenait

indispensable. Comme une durable sécurité et
jamais je ne m'étais mis à l'abri. «Amabam amari».
Aimais-je ou aimais-je être aimé ?

samedi 13 août 2016

En lisant, en écoutant

Tot i el seu encapçalament francès, aquest poema 
serà en català, desformant, una mica, un títol del 
Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Llegeixo, i escolto, al mateix temps, Historietes
de la veu de la Clara del Ruste. Obra densa,
sintética, ambiciosa i elegant, i d'una pedagogia

més que envidiable. L'havia llegit fa unes setmanetes
sense escoltar-lo per complert. Ara que es reafirma
la nostra amistat el faig amb plaer i atenció.

I en acabar-lo, no m'estranya que tingui a la seva
biblioteca fornellenca una novel·la de la Marguerite Duras. 
La Clara revela, cantant, els fonaments de la realitat.


Polysémie

Françoise Mallet-Joris est morte.
Sans jamais le savoir, elle m'avait
appris la polysémie.

Friands de lectures abordables, mes parents
tenaient serrés au pied d'un meuble belge,
des dizaines de livres de poche. 

Sans dire mot, je les tirais de leur réserve,
les examinais et les reniflais longuement.
Deux avaient ma faveur : l'anonyme Madame

Solario, dont j'apprendrais plus tard
l'auteure, au Bar à Lire de Sète, et
Le rempart des béguines. Je croyais

alors dans la candeur de l'âge enfantin
qu'il s'agissait d'un mur où s'étreignaient 
les amoureux. Ma mère me corrigea avec

douceur et m'apprit l'entre-deux des béguines.
Françoise Mallet-Joris était dans l'entre-deux,
elle aussi. En écrivant La Parisienne pour

Marie-Paule Belle, elle nous entraîna dans un
étourdissement de sons, de mots et d'images,
tout en animant celle qu'elle avait fait

renaître, selon ses propres mots. Je n'ai jamais
lu finalement Le rempart des béguines. Je le ferai,
en hommage aux femmes libres, dont elle fut.

Une confiance neuve

J'avais pris le parti de laisser mon ordinateur
portable chez moi avant de partir pour Minorque,
laissant au hasard le pouvoir de me prêter un

support à l'heure d'écrire. La presse nationale
n'était pas encore parvenue au tabac de Fornells
quand je décidai d'y entrer. De rutilants carnets

m'y aguichaient, jouant de leur spirale complexe
ou d'une couverture plus brillante qu'un lac
canadien en hiver. Mon regard y glissa, j'avais
besoin de gagner une nouvelle confiance en retrouvant

l'écriture manuscrite. Sur la gauche, sous des enveloppes
cartonnées, un mince cahier à l'ancienne m'attendait.
Couverture bleu de France, feuilles quadrillées de violet

(trente). Porteur de la sobre mention «Cuaderno» en cursive.
Ce qu'il me fallait, avec un stylo bille frappé du nom de
l'île. J'en remplis le tiers. Le reste, à l'avenant.



Deux mois

Deux mois. Pas plus,
mais pas tout à fait.

Mirage d'or et de myrrhe,
milliers de kilomètres.

Baisers de papier. Délice
de l'attente. Respect

mutuel. Folie. Le plein
et le creux voisinent

et s'entrechoquent.
Nouveauté des cuivres.

La langue duelle rêvée.
Unique au final.

Je retourne à la mienne.
La tienne est si belle.

Merci pour ces deux mois.
Bonne route, mon amie.

jeudi 11 août 2016

Felicitats

Dia de sant. De santa, més aviat.
Compartiràs taula amb fills i amics.

Pacientment preparada, decidida a l'últim 
moment, la fideuà farà xup-xup a les dues paelles.

Dia llarg, de frecs i ventolins, dia de festa
que no ha començat encara; dorm, preciosa.

L'habitació és com una illa dintre de l'illa.
En compte d'onades, ventades fredes.

Em jugaràs Preciosa y el aire, Clara?
No em contestes. Somric. Dorm, preciosa.

mercredi 10 août 2016

Tristesse du soir

«L'hora baixa», l'heure basse, c'est ainsi que l'on nomme,
ici, cette heure incertaine, entre chien et loup.

Les contours s'émoussent, les voix s'étouffent,
les cœurs battent plus lentement. Il est alors temps

de briser le miroir, ou, à tout le moins, de le retourner
prestement et d'écouter le monde autrement.

Tristesse de la conscience esseulée qui croyait
au reflet. Force de l'amitié qui, aujourd'hui, s'abandonne.

Hores de plata, minuts de plom, segons de diamant

La volta del dia en vuitanta mons,
com escrivia el Cortàzar, ja fa temps.

Cares creuades, mans que s'acaronen,
flueix l'estima, entre francès i català.

Hores tendres, minuts tràgics, segons somriures.
Havia oblidat la complexitat de la vida,
encegat com era per la pluma solitària.

Ja fosqueja, la tramuntana s'ha tornat ventolí.
Prest sortiran els estels d'entre els pocs núvols.

Algun dia, tard o aviat, recordaré, agraït,
aquelles hores, aquells minuts, aquests segons.

Més enllà

Més enllà de les fronteres físiques, de terra i mar,
s'estén la rialla. En tenen prou amb unes ulleres,
un barret inclinat, un posat -falsament- solemne.

Un accent fatal de francès que s'esforça per parlar
castellà com Déu mana. Uns pocs segons
i la platja s'atura per a deixar-vos volar.

Hamburguesa

«Ham-bur-gue-sa», quatre syllabes dites
avec difficulté par un touriste égaré :
«Yo quiero, señora, una hamburguesa».

Le touriste n'existe pas, c'est moi qui l'invente
dans la voiture qui nous mène à Sant Tomàs.
Et nous rions tous trois de cette saynète

improvisée. Jamais, je ne me suis senti aussi français
qu'en caricaturant mes concitoyens,
car, sous l'accent et la pantomime,

la tiède humanité tremble et se cherche.
Viens, mon ami, mon frère, de Paris ou d'ailleurs,
et partageons une «ham-bur-gue-sa».

Viridiana

Hàpax: mot insòlit, d'ús únic.
Piscina d'aigua verda, com cavada
entre les roques, al nord de Fornells,

a la bocamar. Record d'un amic
preciós. Tenien quinze anys. L'amor
de juventut que segueix la Tramuntana.

Silenci dels anys gèlids rere l'última
passejada. I de cop i volta sorgeix el mot.
Viridiana, hàpax tan fort i que dóna sentit a la vida.

A l'ombra de les roques

Vine, amor, vine, estimada,
que l'ombra se'ns escapa i només
ens queda una franja fresca. Deixa

la tovallola, l'enuig dels dies passats,
allibera't i dona'm un petó, una besada,
viurem feliços una estona, unes hores
o tota una vida. La que ens queda,

rica i sorprenent. Oberta a totes i a tots.
I no oblidis mai que tu i jo som fruits de l'atzar.
Melodiós i implol·lut.

Cementiri de vida

Algues grises a milers. Milions. Floquets
de fusta com paperetes llençades a la
desesperada una nitde febrer.

I nosaltres tres, descansant-hi.
Cala protegida dels vents, beneïda dels deus.
Tu i jo, al costat l'un de l'altre.

I, una miqueta més lluny, el teu fill gran
amb els peus dins de l'aigua.
Hora zenital. Silenci d'anys, de segles.

A mig camí de cavalls entre Son Bou i Sant Tomàs,
un dimecres d'agost, gavina, gavina blanca.
Els deus ja no són a la platja. I gaudim.

Una nit d'amor

De la nit no parlaré ni dels nostres
cossos tremolants a l'uníson.

Però sí del buit que sento a l'ànima,
sentat a la terrassa mentre tu dorms.

De bon matí, deixant els llençols tebis i molls,
he baixat al saló per a deixar-te dormir,
he esmorzat uns pastissets i t'he trobat a faltar.

Brutalment, com una necessitat profunda.
Ara tornaré, en silenci, i el meu esguard, carregat
de gavines, et parlarà d'amor, sense despertar-te.


Bruits du matin

Drisses et vagues, silences des oiseaux.
La mer s'invite à la terrasse.
Il est sept heures, Fornells tarde à s'éveiller.

Le balancier du fauteuil de rotin a cessé,
ma vue s'accroche à de sages oiseaux blancs,
voiliers amarrés et aveugles, heures d'argent.

Mon aimée dort à l'étage, clair violoncelle
sous un drap léger. Je tourne mon regard
à l'entour du salon. Murs et étagères chaulés,

céramique vert bronze. Verre et rotin.
Tant de vies en si peu d'espace.
Le jour me pousse et déjà boit mes baisers.

mardi 9 août 2016

Estimada Clara

Com un diari de calç i sal que deixés
entreveure el marès de les cases,
t'estic escrivint, amor, fosquet,

mentre converses amb el fill gran
amb fons de cordes i velers.
Promenade, paseo, passejada, passegiata.

Tantes paraules mediterrànies per a expressar
el caminar lent de dues persones a la vora del mar.
Tu i jo. Vivint, tremolant, recordant,

anticipant ma non troppo que, a la nostra edat,
l'avenir es conjuga en present. Deixa'm estimar-te,
Clara, la resta és literatura.

dimanche 7 août 2016

Sainte Face / Santa Faç

Comme une Véronique sans son Christ,
Tònia peint. Le drap est tendu qui
vit s'aimer des corps tendres et beaux.

Son geste est précis, lentement cadencé,
la voix des rhapsodes la guide, dont son
homme que la terre sustente.

Sur la blancheur, la couleur, unie,
ne tranche pas, elle s'unit, se conjugue.
Couleur des femmes en lutte, blessées

dans leur cœur et dans leur âme, couleur
aussi d'une République que l'île aima
mais dont le pays ne voulut plus.

Des capitales, neuf précisément, où les
voyelles le cèdent notablement aux consonnes,
et au dessous une année, la nôtre.

Sainte Face fugace, toile volatile, qui se
grave pourtant plus justement en mon cœur
amoureux. Jusqu'à ce que s'effacent mes pas.

***

Com una Verònica sense Crist, Tònia 
pinta. El llençol s'estira amb la visió 
dels bells cossos tendres que s'hi estimaren.

Sòn precisos els seus gests, lentament ritmats,
la guia la veu dels rapsodes, al mig dels quals
el seu home, nutrit per la terra.

Per la blancor, el color, llis,
no contrasta, s'uneix, es conjuga.
Color de les dones en lluita, ferides

al cor i a l'ànima, color així mateix
d'una répública que l'illa va estimar 
però que el país no va acceptar.

Unes majúscules, nou exactament, de les quals
les vocals són menys nombroses que les consonants,
i, a sota, un any, el nostre.

Santa Faç fugaç, llenç volàtil, però que es
grava tanmateix amb més netedat al meu cor
enamorat. Fins que s'esborrin els meus passos.


Illanvers

A distància, amb constància.
Cada any, al començament del
mes d'agost, m'arriba la flaire

delicada d'un festival de pedres,
sons i colors. Illanvers. Enguany
l'he viscut d'una forma particular.

Per la presència de l'estimada que,
en mig dels amics preciosos, em solia
enviar fotos petites i fosques. Molt

fosques. Com quan, adolescent, anava
a la Cova d'en Xoroi, fosquet, a fer
de Travolta acomplexat. Silenci de la

vida aturada pel flaix. Clatells atents,
somriures de plaer. Tot un món per a
assaborir. A distància, amb constància.



Pere

«Tu es Petrus et hanc petram
ædificabo ecclesiam meam.»

«Je ne bastis que pierres vives,
ce sont homes». La Vulgate,

Rabelais, quoi de plus dissemblable,
me dira-t-on. Et pourtant...

Au cœur de l'humanité est la pierre.
Prénom qui ne se donne pas mais

se gagne, comme le fit Simon le pêcheur
avant de pleurer puis de prêcher.

Que le français est orgueilleux,
qui dirait «Je m'honore de compter

Pere au nombre de mes amis». Qui suis-je
pour m'honorer ? Non, Pere me fait l'honneur

et la grâce de son amitié bienveillante.
Depuis onze ans et quelques mois.

En deux jours, année après année, au cœur
de la pierraille travaillée par le malheur

des hommes, il fait se rencontrer des femmes
et des hommes, poètes, plasticiens, musiciens

qu'une langue claire unit et il donne à cette
rencontre le doux mot-valise d'Illanvers.

Minorque, terre de poètes, dans le chant des
vents qui font gouleyer les pierres. Patiemment,

dans le dénuement, ses ancêtres, les miens, ont
poli les mots reçus avant de les transmettre

à leur tour. La normalisation linguistique a
tardé à s'y implanter, tant le langage y

bouillonnait. Voudriez-vous parler minorquin
qu'il vous faudrait des années pour vous en

approcher. L'article "salat", me direz-vous,
hérité de la côte de l'Ampurdan dont vinrent

nos aïeux. Mais son usage échappe à toute règle.
Par contre, un emploi hors de propos, vous dénote,

vous dénonce. Avec bonhommie. Alors sont les poètes.
Pere d'Alaior, Joan de Ferreries, qui fixent la terre

et ses us selon les points cardinaux. Lisez-les, je
vous prie, pour de Minorque sentir le souffle clair.

samedi 6 août 2016

Rosa dels vents

Ets de gregal; el nom de la teva casa ho diu.
Jo sóc més aviat de xaloc; coses de la vida
i de les històries personals. Compartim el
gust pel llevant on tot neix i pren força.

Unim-nos i pintem-nos la meitat de la rosa
dels vents, l'altra ens serà donada, mes
rere mes, sempre que li donem confiança
al temps que corre, tal com bufen els vents.

Più nessuno mi porterà nel Sud

El teu Sud no és pas el seu.
Aleshores entre Milà i Sicília,
la distància era infranquejable,
o gairebé.

Podries recitar els versos del
Quasimodo, mes no ho faràs.
Has agafat el cotxe vermell
amb els teus fills,

i us heu encaminat cap a les platges
del sud de l'illa, més protegides de
la Tramuntana inclement. Un viatge
de mija horeta,

amb set de sal i de frescor. Res de
l'altre món. Tot del nostre. Sense
cap necessitat de paraules. Vida pura.
Pura vida.

Alias Margon Reverdin

Triomphe de l'à-peu-près,
la combinaison fleure le mystère. 
Un soupçon d'Henri IV, deux de Proust.

Le patronyme est suisse et Wikipédia
ne relève pas moins de huit d'entre eux.
Mais de Margon, point. Alors il me faudra

me contenter du minimum. Margon jouait du
violoncelle, en virtuose, à Fontainebleau.
Des Joglars qui la portèrent, je ne sais rien

ou si peu. Mais ce violoncelle, je le connais, 
j'ai caressé son bois précieux et éprouvé la
tension de ses cordes. La certitude m'ennuie

qui froisse l'imagination, les indices m'enchantent.
Je me sens Poucet glanant des cailloux blancs dans
la forêt épaisse. Au terme du chemin est mon amour.

És quan dormo

És quan dormo que hi veig clar?
Tsss. No veig clar. Ni de dia
ni de nit. Mai. I no dormo tampoc.

Mes la nit, callada, fresqueta,
amb els nanos que dormen en pau,
m'ofereix un nexe inigualable

amb l'estimada, que dorm. Fantasia,
imaginacions, funambulisme. Tot se'm
permet. I m'adormo després. Sense veure res

Le gratuit

Mais que diable fait-il, à se lever matin,
pour coucher sur l'écran de vagues impressions ?
En retire-t-il quelque bénéfice ? S'assure-t-il

une position enviable, au Parnasse ou ailleurs ?
Rien de tout cela. Tout cela est gratuit, sans
nulle valeur marchande, la vie est derrière moi

qui m'a déjà beaucoup donné. Et puis, je vous ferai
une petite confidence : enfant, j'adorais le gratuit,
le produit offert pour l'achat de plusieurs de ses

congénères. Combien de fois, d'ailleurs, n'ai-je pas
demandé à ma mère désemparée devant six petits-suisses
identiques lequel était le gratuit afin que, prestement,

j'en fasse mon miel ? Mais j'ai déjà perdu assez de temps
à justifier l'injustifiable. Je vous laisse un brin, pour
m'en aller au fil de l'eau cueillir de tendres coquelicots.

Un fil d'Ariane

à Ariadna  Ferrer, pour son anniversaire

Une éditrice a-t-elle un anniversaire ?
La question, saugrenue, mérite d'être posée.
Elle est un nom sur une couverture, des piles

de livres serrés comme harengs en caque,
D'interminables conversations téléphoniques
avec des auteurs anxieux, des fournisseurs

impérieux. Oui, mais encore ? Elle est une femme,
comme vous et moi (enfin, moi, c'est beaucoup dire),
avec ses joies et ses peines. Sa détermination aussi.

Et, tout comme le boulanger, le couvreur et le commis
de cuisine, elle donne au monde joie et profondeur,
dont elle relève, page après page, le sel inégalable.

Marguerite Duras et ma mère

Et Duras m'a manqué, la divine, la capricieuse,
celle de l'Amant et des Petits chevaux de Tarquinia,
au rythme lent, aux thèmes ennuyeux, à la prose

envoûtante. Je préparais alors un concours que je
n'aurais pas, par paresse et par incompétence.
Ma mère ne le savait pas qui, en moi, avait déposé

la foi du charbonnier. En ce temps là, nul appareil
électronique, une simple machine à écrire de voyage
qui avait appartenu à mon grand-oncle, le poète.

Toucher gras du ruban Korès que l'on changeait et de
son odeur amère. Les Viaducs de Seine-et-Oise n'avaient
aucun secret pour moi pas plus que ce Square où je

n'avais jamais joué. Mais ma mémoire pouvait défaillir.
Alors ma mère, patiemment, sans trêve ni repos, retapait
sur des feuilles blanches, au format A4, les passages

que négligemment je lui montrais. Ah que je regrette
cette légèreté d'alors... Et l'hommage que lui rends ici
n'est rien à côté de l'amour qu'elle n'a cessé de me porter.

Pantalleta

Mai heu escrit en la pantalla petita
versos, de nit? -I això? Coses de poeta
del quotidià. Pàgina encegadora,

caràcters minúsculs, dits encongits.
No? Bueno, segur que ja heu sigut
enamorats, oi? Doncs, és igual.

Perdo la son, trobo a faltar l'estimada
i m'invento passos petits al seu costat.
De paper. Perdò, electrònic...

Fosquets

Mentre la Mola vestia de versos
l'illa petita, et vas decantar pels
Fosquets de Ferreries.

Gust per totes les formes d'art,
per la seva vida de carrer. Des de
l'hotel Ses Sucreres fins a Sant

Tomeu. Pietat amistosa també.
Dos germans de la Tònia hi actuaven.
Essencials. Contrabaixista, ceramista.

La corda i la terra contra la mort de la nit.
En tornar, al bell mig de l'illa vaig veure
el teu somriure de carmí. A les fosques.

vendredi 5 août 2016

L'autre rive

Un fjord si profond
qu'il ressemblait à
la mer. Eau turquoise,

avec, dans ses entrailles,
dit-on, des langoustes sans
fin. Au milieu, une île,

oblongue, déserte, suivie
de sa jumelle petite. Au delà,
l'autre rive, inhabitée.

Quelque chose comme ce Rivage
des Syrtes qui a envoûté mes
jeunes années. Mais la Seigneurie

d'Orsenna n'est plus et, toi, tu
es belle comme le jour et la nuit unis
et avec ton kayak tu m'y conduiras, promis ?

Gent esquiva

Paraules teves.
Carrers estrets
imaginats a l'hivern.

Plugim fred. Pocs vianants,
capcots. De poques paraules,
fins i tot en el bar.

Gent esquiva, de cor ardent
que no coneixeré mai. O potser.
M'ajudaràs, actriu sirena? 

Square Barbara

à Olivier G., 
pour alléger sa journée

Grisaille sur Paris. L'air
est poudreux sur les Batignolles,
les arceaux de fer peinent à contenir

le gazon. Sur un banc vert, esseulé,
un couple tue le temps. Non loin d'une
statue hiératique, oiseau maigre aux ailes

à jamais repliées. Mais où es-tu, Barbara,
qui enchantas mon adolescence et m'invitas
à la langue et à l'humanité ? Dans l'auguste

frondaison ou dans les jets d'eau inutiles ?
Assurément non. Sur la droite, plus hauts que
des hommes, héliotropes égarés dans ce paysage

sans soleil, des tournesols jettent une poignée
d'or, hommage des manants éternels à la plus
belle des longues dames brunes.



Une Dame

à B. C.

Ne sortez pas votre Bottin Mondain, 
vous ne l'y trouverez pas.

Sa noblesse est ailleurs qui
n'aime pas les pages gelées.

Je la connais peu mais je sais,
depuis longtemps déjà, qu'elle

porte aux blessés de la vie
ou de l'âge une attention

particulière, comme si la
collectivité où elle œuvre

s'effaçait tout à coup et qu'elle
faisait de son bureau un salon

accueillant. Son sourire oublie
les interminables trajets qu'elle

faisait jusqu'à peu, jour après jour,
le matin comme le soir, sans rien perdre

de son sourire, ni de sa coquetterie.
Elle a rendu, voici peu, à notre famille

un service inestimable. Quand je m'en fus
la remercier, comme un gant qui se retourne,

ses patrons autour d'elle faisaient cercle.
Une Dame. Une vraie, vous dis-je.

Il est temps

Il est temps que je te parle.
Marianne, la muse scandinave
de Leonard Cohen, l'a laissé,
happée par la maladie, après
qu'un ami lui eut lu de Leonard
la missive d'adieu.

Il est temps que je te dise que
je t'aime, avec pudeur, car les sens
n'appartiennent qu'à nous et ne
se peuvent dire. Ta liberté, ton
empressement permanent, m'ont séduit

car ils étaient toujours portés par
une stricte humanité et l'amour de 
tes proches. Ta main est large et
chaude, j'en sens l'histoire, belle

et tourmentée. Tu cours, à la sortie
de ta voiture rouge, et la nuit se tait.
Nos propos sont torrentiels et nous nous

entendons, sans toujours nous écouter.
La bière glacée exige tes lèvres. Parle,

je te prie, moi je te contemplerai.

Un divendres escollit

No seria pas un dia qualsevol,
sinó el cinquè -o el sisè, segons
els calendaris-.

Dia de peixos i passió. De molta
calor, també. Al començament d'agost.
El cinc o el sis. Al matí. T'hauries

llevat d'hora, ja t'hauries banyat
abans de fer l'esmorzar. Pa amb
tomatic, amb una llesca de pernil.

Encara dormirien els teus tresors. L'un ple
d'esguards d'infants himalaiencs, l'altre
de cançons fines i joioses. Només et quedaria

llegir una de les cent poesies aplegades i
escollir-ne una, una sola, i recitar-me-la
a distància, saborosa i breu distància.

Quiétude

La scène est à la mer,
au matin, ton visage
me sourit, en marge.

En fond, ta baie. Nobles
oiseaux blancs amarrés,
voiles repliées.

Végétation touffue, de
lauriers roses et blancs.
Cœur de la quiétude :

ta table et sa nappe grège.
Deux livres y reposent,
sage invitation.

jeudi 4 août 2016

Oli d'oliva

Verda, grassa i que deixa
una capa olorosa entre els dits.

Cada vegada que sopo a Menorca,
hi penso. Sense dir res, a ningú.

De tan fàcil com és trobar-ne per tot
arreu, em prendrien per un boig. Però...

Aleshores, la guerra castigava l'illa,
la gent passava gana. Cada dos per tres,

un hidroavió que feia el recorregut de
Marsella a Alger, s'aturava a la badia

de Fornells per a fer-hi benzina. A més
de tres-cents quilòmetres d'allí, un poeta,

fill de Maó, publicava en la premsa rossellonesa,
uns articles breus i desesperats per demanar als

francesos, en pau, de donar un litre d'oli que
portaria l'avió per aplacar la gana illenca.

No sé si obtingué resposta ; només sé que, algun
dia, li acaronaré els dits a l'estimada amb oli.

I li explicaré perquè.

Sense tartana

El segle vint encetava el segon quart,
es casaren els avis, a mida d'illa.

Res de follia, de viatges transcontinentals.
Llogaren una tartana i se n'anaren de Maó

a Fornells. Lentament, per pedregars estrets.
Formosa era l'àvia, tan robust era son home.

I ara, gairebé un segle després, tu i jo,
farem el camí dels antics avis per cintes

de quitrà brillant. Sense tartana, les mans
tendrament creuades i les paraules engalanades.

L'offrande de l'eau

Le petit avait soif, il était tard,
le jardin, déjà cadenassé, allait fermer.

Il me demandait à boire d'une petite voix,
sans insistance. Une mère de famille,

parlant l'arabe marocain, vint à notre rencontre,
débouchant une petite gourde, dont elle lui fit

l'offrande. Gorgées fraîches, yeux clos. Puis 
l'échange des mots. Humbles, lents, chargés des

parfums des Hespérides. La poussette s'en fut, dans 
une direction tout autre. En moi, l'eau gouleyait.

mercredi 3 août 2016

Itaca teva

A vela lenta, o lleugera,
hi arribes al matí. Des de
l'Orient, com una maga.

A la teva Itaca, no parlen
grec, sinó una llengua clara,
molt clara, un català illenc

amb tast lleu de l'Empordà i
de la llunyana Anglaterra. Gent
de tracte fàcil. Càlida i fidel.

En passar davant de la Mola, pensa
en els picapedrers vinguts de les 
altres illes i del continent.

Ja saps que tradueixo la seva gesta
callada. Retroba el seu alè cendrós,
l'esguard febril a la posta del sol.

I en anar cap a Fornells on t'esperen
les ànimes passades, no dubtis en saludar
les orenetes. Et parlaran del meu conco.

Sense qui no coneixeria la teva Itaca.



Une grammaire

Des langues néolatines,
la première fut espagnole.
1492, «annus mirabilis»,

de sang, découvertes, expulsions
et colonisations. «Horribilis»
conviendrait mieux. Antonio

de Nebrija avait trouvé en la reine
Isabelle la Catholique une préfacière
combattive. Qui l'imaginerait aujourd'hui

avec l'inculte Rajoy ou la baudruche Hollande ?
«Siempre fue la lengua compañera del imperio»,
bien mal comprise plus tard par un dictateur

qui ne lisait pas encore Marca. Mais je m'écarte,
tu voyages avec une grammaire récente celle-ci,
du français. La mer est calme, étale, qui te conduit

à l'île. Sans écueil. Plus sauvage sera celle de la
langue, de ses règles, de ses exceptions. Délice que
j'accompagnerai, si tu le veux, de mes lèvres, de mon sang.

Un neguit lleuger

que signa la vida, com la ferida lleugera
signa el caminar entre les bardisses.
L'has sentit i ja el tens, a dintre teu.

No pateixis, que tinc una molèstia lleugera,
també, com un torticoli que m'impedeix veure
enrere. No sabem on anem. Ni tu, ni jo, ni

nosaltres. Millor. La vida ens invita. Els camins
no són fressats: s'han d'inventar. Millor. Dona'm
la mà, amor, i obrim ulls i sentits. Sense neguit.

Ce fut

Ce fut une nuit particulière,
d'encre de Chine puis de blanc
d'Espagne. Dans un navire haut,

surmonté d'une discothèque continue,
tu construisais ton île en parpaings
de noirceur que le vrombissement liait.

Le sommeil tardait, les heures s'étiraient
jusqu'à ce que, tout comme ici, tu perdes
la notion du temps et le bourdonnement

du sang aux tempes. Le silence de l'aube
me réveilla, je me levai seul et m'en fut
au salon devant l'ample baie claire,

je t'imaginais, encore entre deux terres,
dans la blancheur de l'Orient. Silence des
corps harassés roulés sur le ponton dans

de hideuses couvertures. Le transsibérien
ne connaissait pas encore sa prose. À Jaume
Fuster, tu n'en avais pas trouvé trace,

pas plus que de Kerouac. Mais comme moi ici,
là bas l'envie te prenait de renverser
Manrique comme, enfant, tu retournais

les livres aimés : «Nuestros mares son los ríos
que van a dar a la vida que niega el morir.»
Et le reste est plus que littérature, c'est nous.

mardi 2 août 2016

Inquiet, inquietant

Com un retrat en un mirall
de plata prima. Inquiet.
Inquietud : manca de quietud,

diuen els diccionaris que ens
dissimulen la veritat. No, la
inquietud és un ple. Permanent.

I que m'estreny l'alè. Veus clar
en mi, Clara. I, per això mateix,
has vist que l'inquiet, a vegades,

es tornava inquietant. No pas per
a atormentar-te, sinó per a despertar-te
la curiositat. Sempre. I per tot arreu.

Compulsives connexions

Et fan riure i t'hi apropes,
burleta, a so de bombo i platerets
amb un cientifisme de zarzuela.

Complicitat, rapidesa, tendres
intercanvis. A distància, en presència.
Endevinar l'estimat i deixar-se

sorprendre. Un joc lleuger ? I ca!
Profund i saborós, sense cap polsim
de solemnitat. Teatre. Pur teatre.

I del bo. Com aquell que m'ensenyaràs,
aviat i que ja m'estàs transmetent.
De dia com de nit. De nit, sobretot,

amor. 

Perspective inversée

Tu ne prends pas le bateau,
c'est le bateau qui te prend,
qui vous prend. Toute une nuit,

étoilée sur la coursive. Air 
poisseux d'obscurité et de sel,
voyageurs insomniaques qui se 

croisent et se saluent hagards.
Tu lèves la tête : où êtes-vous ?
Il faudrait des sextants pour bien

s'en persuader. La coupe trajectoire
est tirée, il faut la boire, dans le
grondement huileux des machines.

Le capitaine chamarré se promène grave,
où est-ce un commandant ? Est-il du cru,
ou bien slave, comme on dit souvent.

Comme les clowns et les acrobates, cocasse
coïncidence. La nuit sans sommeil, sauf pour
tes deux grands qui en écrasent, sous le faix de

leur jeune vie. Toi, tu veux déchirer le rideau,
entrevoir l'aurore, t'inventer un cap de pierre,
une nouvelle boussole, revenir à cette terre choisie

par ton père et où, bientôt, par les airs cette fois,
dans une semaine, et même un peu moins, tu retrouveras
un îlien, ou tout comme, ton inverseur de perspective.

lundi 1 août 2016

Llavors


No imposes, proposes.
Disposes objectes amb
perfecte harmonia,

i te'n vas. L'ús no es teu,
vindrà dels infants, del seu
tracte lent. Parsimònia.

No reparteixes fruites, com
regals aparatosos, sembres
llavors. Petites, sense color

ni olor, però amb força vital.
Les deixes créixer i te'n vas.
Per això també t'estimo.

Un peix al forn

Un record, brusc, que em torna
el gust per les coses senzilles
i compartides.

Havies preparat un peix al forn
amb mahonesa de poma en uns
pocs minuts, com un ballet.

En un racó de la cuina estreta,
et mirava bocabadat. No em veies,
cantussejaves l'havanera del peix.

Bueno, me l'invento ara mateix,
per a seduir-te, com em vas seduir,
un dia de xafogor, al juliol.