jeudi 26 novembre 2020

Un miracle

M'he sentat al pedrís glaçat
de novembre, contra l'avet alt,
i l'he mirat llargament.

Quanta ombra i quants somnis
silenciats, quantes visions
amagades de tants amants quiets

passejant-se de bracet, al fosquet.
Dolç record dels estius i espera
callada de les neus de desembre.

***

Je me suis assis sur la pierre glacée
de novembre, contre le haut sapin,
et je l'ai regardé longuement.

Que d'ombre et que de rêves
tus, que de visions
cachées de tant d'amants paisibles

se promenant bras dessus, bras dessous,
le soir. Doux souvenir des étés et attente
silencieuse des neiges de décembre.

Dans ma main

Dans ma main, la terre sèche
des ancêtres, sèche et salée,
granuleuse, pour combler

chacun des sillons que la vie
m'a creusés, patiemment, avec
brusquerie ou bienveillance.

Dans ma main, de tes doigts
l'image juste, comme encrée par 
quelque Bertillon des faubourgs.

Mes mains se vident dans la frappe
matinale, encore gourdes de sommeil
et s'emplissent de souvenirs

que les monts au coucher, rayonnants
d'un feu froid de marjolaine et de
serpolet, sauront raviver.

mardi 24 novembre 2020

Noces vermelles / Noces rouges

Noces de sang i d'or,
sobre la nuesa gelada
dels arbres de novembre.

S'acomiada el sol. No mor.
Deixa en l'aire milions de
llavors fines, com de mostassa.

Silenci de persianes tancades
i de llars somnolents. Un dia
nou es prepara, de gebre i amor.

***

Noces de sang et d'or,
sur la nudité gelée
des arbres de novembre.

Le soleil nous quitte. Sans mourir.
Il laisse dans l'air des millions
de semences fines, comme de moutarde.

Silence de volets clos et de
cheminées somnolentes. Un jour
nouveau se prépare, de givre et d'amour.



lundi 23 novembre 2020

Vocals coloraines

Per al Martí que aprèn a pintar vocals

- Voldria una vocal oberta 
i tota rodona...

- Obre el bocal de vidre
que hi ha dins del bagul
i tanca els ulls.

- Ha! hi ha una cosa glaçada
com una taronja blava.

- Ja la tens. És una O. Oberta
i trista, sense amics. Plora
llàgrimes de gel que l'ofeguen.

- I què puc fer, ara que la tinc
tota i em blaveja la mà dreta.

- Dona-li una C ben ossada
i una R riallera i tindràs...
... un COR obert i vermell.

dimanche 22 novembre 2020

Una platja de mots / Une plage de mots

No llencis llençols al terra brut,
seu i endevina en cada plec un prec,
una frase corta, un glopet de mots,

la història tendra dels amants reunits.
Una platja de sorra fina i blanca, com al 
sud d'una illa estimada, per a traçar-hi

mil petjades casualment orientades. Llavors,
silent i respectuós, entendràs el sentit de
la vida, rere les persianes tancades.

***

Ne lance pas de draps sur le sol sale,
assieds-toi et devine dans chaque pli une prière,
une phrase courte, une gorgée de mots,

l'histoire tendre des amants réunis.
Une plage de sable fin et blanc, comme au
sud d'une île aimée, pour y tracer

mille empreintes de pas orientées au hasard. Alors,
silencieux et respectueux, tu comprendras le sens de
la vie, derrière les volets clos.

vendredi 20 novembre 2020

Currĭcŭlum vitæ

J'aime les ligatures
qui unissent lettres
et sons. Que d'amour

dans les noces d'un O
et d'un E, pour faire
battre nos cœurs.

Mais j'aime encore plus
le A, première des lettres,
reléguée pourtant à épouser 

le E au pluriel, ou dans des cas
subalternes, génitif, locatif.
Et combien j'exècre l'abréviation

qui l'étouffe. CV. Qui rime avec WC.
Currĭcŭlum vitæ, là est l'essence
d'une vie qui se déroule, à la course,

car le papier est cher, mais que riches
sont les silences, les interlignes,
qui invitent à ralentir le pas et à

glaner les herbes du chemin. Sans hâte,
mais en société, car que serions-nous
sans les ligatures, nos aînées ?



Foradar es món / Trouer le monde

A un poeta i sa seua musa

No has somiat mai de foradar
es món, d'obrir el cor de sa penya
i de fer-ne còdols d'or salat?

Un poeta, assentat sus d'una roca,
hi pensa, sense que li vegi es rostre.
Al darrere, sa seua musa en capta

es suau misteri, silent. Pel forat
es cola es solet de novembre, dia vint,
amarat de sol i d'iode.


***

N'as-tu jamais rêvé de trouer
le monde, d'ouvrir le cœur de la roche
et d'en faire des galets d'or salé ?

Un poète, assis sur un rocher,
y pense, sans que je ne voie son visage.
Derrière lui, sa muse en capte

le doux mystère, silencieuse. Par le trou,
se faufile le soleil de novembre, le vingt,
imbibé de soleil et d'iode.



jeudi 19 novembre 2020

Au fil de l'aube

N'aie plus peur de la nuit.
Laisse entrer le soleil,
aime celle que tu as négligée.

Dans son sac de tissu rêche,
le bon pain a séché
et tes larmes le ravivent.

Sors de chez toi et cours.
L'air de l'aube est vif
et l'amour t'y attend.

Nocturnes

Et ma bouche a cherché
l'ombre tiède de ton corps.
Le ressac est un rideau de perles.

mercredi 18 novembre 2020

Ton p'tit coussin

Un coussin petit,
serré et odorant,
tricoté au crochet,

tout en fuchsia
et bleu pastel.
Un compagnon,

un confident.
Pour traînailler
les jours d'hiver

ou bien t'aimer
dans les parfums
de réséda, d'ambre

et de sève. Précieux et 
sage, discret et enflammé. 
Ton p'tit coussin.

mercredi 11 novembre 2020

Onze novembre

à Paribou

La neige tombe lentement
sur la fine moustache.
Les lèvres se gercent

et le sourire se fige,
avant de disparaître sous 
les obus qui se taisent.

Cent deux ans sont passés
et le brouillard recouvre
Paris, épais, silencieux.

L'eau est grasse et noire,
qui en charrie lentement, à
son fil, la mémoire enneigée.

Une grue tutoie l'uniforme
ciel bleu horizon, comme un
Jésus suppliant l'armistice.

Mon fils aîné est à vélo qui
connaît mon amour pour un poète
qui y laissa son ample front et,

bientôt sa vie, emportée par 
un autre virus, que d'aucuns,
faussement, appelèrent espagnol.

«Une belle minerve est l'enfant de ma tête,
une étoile de sang me couronne à jamais».

Le Pont Mirabeau est loin encore,
avec mon autre fils et sa compagne
qui t'attendent, Vincent. Sous le

pont de vos bras, l'espoir renaîtra
et, au loin, déjà printanière,
une fine moustache frétillera.

















By courtesy of Vincent Bourret

M'has dut un ram de roselles

En set síl·labes jovials
m'has dut un ram de roselles,
roges floretes vitals,
tan delicades com belles.

Sorprès i content, t'he dit:
- però si aquestes no es cullen,
roig pentinat ajupit,
d'agres plors veig que es mullen.

- No escoltis mai els teus ulls,
m'has contestat amb tendresa,
germanes dels saltaülls,
les roselles treuen vellesa.




Disposer

Disposer le monde à sa table
de formica blanc, le cœur à
la terrasse, le dos au patio,

Dessiner en carreaux rouges
et blancs une cuisine petite,
faire tomber des murs le plâtre

gris et lever les volets, d'un
geste de la main, prendre le temps
de savourer le silence clair, tendre

sur les Baronnies immuables. Oublier
la clé derrière la lourde porte et
danser sur le carrelage froid.

samedi 7 novembre 2020

Lloar / Louer

Llauraré la terra grassa
amb l'arada de fusta bona
fins a no sentir els braços

i aniré a dormir, quan el sol
es pongui, rere l'espigó. Llavors
començarà la nit de lloances.

Sinceres i senzilles. Lloaré cada
segon de silenci com si fos infinit
i la fe profunda em bressarà.

***

Je labourerai la terre grasse
avec ma charrue en bois massif
jusqu'à ne plus sentir mes bras

et j'irai dormir, quand le soleil
se couchera, derrière la jetée. Alors
commencera la nuit de louanges.

Simples et sincères. Je louerai chaque
seconde de silence comme si elle était 
sans fin et ma foi profonde me bercera.

Caducifoli / Décidu

Caigudes mústigues al sòl,
les fulles ben rovellades
es tornen humus gras i fosc

i ja no interessen els cargols 
lents i bavosos que deixen
el bosc pels somnis dels nens.

M'agraden més les grogues i
groguenques amb la seva lluïssor
efímera : cometes d'or al cel infinit.

***

Tombant flétries sur le sol,
les feuilles frappées de rouille,
deviennent un humus gras et sombre

et n'intéressent plus les escargots
lents et baveux qui abandonnent
la forêt pour les rêves des enfants.

Je leur préfère les jaunes et
les bistres avec leur éclat éphémère : 
cerfs-volants d'or dans le ciel infini.



lundi 2 novembre 2020

Et le port s'est ouvert

Et le port s'est ouvert,
entre rires et gorgées,
sur la banquette cramoisie.

La brise était tiède, la crique
clapotait. On vit passer deux
barques effilées, aux cales closes

et sombres, chargées d'anchois luisants.
Le soleil se coucha, le port se referma, mais 
il s'était ouvert, que l'on attendait plus.

Au cœur des Baronnies

Il est, au cœur des Baronnies,
une pente sereine, suspendue
entre des arbres sombres et droits.

Une maison de verre y donne, du lever
au couchant, faisant son miel des rayons
d'un astre libre, entre une chatte timide

et des blettes turgescentes. Il est, en ce cœur,
un havre souverain, fermé aux regards importuns
mais ouvert aux amants de la nature impérissable.



El sender gebrat / Le sentier givré

Te'n recordes dels versos del poeta,
«Caminante no hay camino...»? Hi penso
mentre segueixo les teves passes llargues

entre fronteres i estacions. Camí sec i dur,
vorejat de molsa i herbes curtes. Corba
secular traçada per qualques carros de

«trajineros» pirinencs. Silenci dels pics
llunyans, majestuosos, amb gorguera d'avets
i desig infinit d'excursions estiuenques.

***

Te souviens-tu des vers du poète,
«Chemineau, il n'est point de chemin...» ?
J'y pense tout en suivant tes pas longs

entre frontières et saisons. Chemin sec et dur,
bordé de mousse et d'herbes courtes. Courbe
séculaire tracée par quelques charrettes de

contrebandiers pyrénéens. Silence des pics
lointains, majestueux, avec leur fraise de sapins
et un désir infini de randonnées estivales.





















By courtesy of Lionel ITIE

jeudi 29 octobre 2020

La princesse du bord de l'eau

C'est une princesse un peu particulière. Elle n'a pas de diadème ou de longue robe en mousseline. Elle a des habits tout jolis de la couleur de la barbe-à-papa. Au lieu d'un palais, son royaume c'est la plage, le bord de l'eau, plus exactement où elle aime enfoncer ses pieds nus dans le sable froid et mouillé avant de jeter des cailloux plats dans la mer salée. Oh, les beaux ricochets !




Un enfant s'applique

Silence de blé et de vermillon,
l'enfant écrit, lent et appliqué.
Le temps n'a pas de prise sur

sa main précise ni sur ses yeux
qui découvrent un monde autre,
aux signes naguère indéchiffrables.

Silence de blé et de vermillon,
la table blanche, immaculée,
est un terrain de jeu inavoué.



Et l'automne

Et l'automne est venu,
que l'on n'attendait plus,
étoffe safranée que gercent

les premiers froids timides.
Les fenêtres se closent et
les rideaux pâlissent sous

le feu froid des branches
dépouillées. Silence des monts
et des plaines. Sous le labour

gras, la vie attend patiemment
l'antique primevère et la joie
de la liberté retrouvée.



Hojarasca

No las pisotearon. Por el momento.
Con el otoño, se han dormido en un 
lecho de humus las hojas olvidadas 

del verano amarillo. Cuántas diferencias,
cuánta similitud. Aparentes las venas
como surcos obedientes, la hojarasca

virgen nos recuerda el precio del convivir
y los peligros que lo amenazan pero también
el sueño que prepara otra generación.



mardi 27 octobre 2020

Une rose jaune pâle

Elle ne sera jamais
l'absente de tout bouquet,
une fleur hâtivement coupée

pour poètes chahutés. C'est
une fleur de béton, le joyau
d'un rosier malmené ayant crevé

l'épaisse couche de goudron clair
pour s'offrir fugacement au
passant emmitouflé longeant

les cafés morts aux rideaux tirés.
Un carnet aux milles feuilles
étincelantes qui attendent de chacun

non point des larmes de sang ou de fiel
mais l'encre bleue des poèmes à venir.
Écrits, ou à vivre. Intensément.



lundi 26 octobre 2020

Primícia

Com unes fruites de tardor,
al cor de la nit, unes notes
delicades i el cor se'm bressola.

Aire lent i leu, un trosset de cel,
de caire atemporal. En torn del pianista
un grapat de sorollets. Vida pura, senzilla

tota generositat. No se li veu la cara,
ni se li sent l'alè, els seus dits dibuixen
un paradís en petit: tocinillo de cielo.

vendredi 23 octobre 2020

Desig

Fulles folles pel pedrís,
tan vives i lleus. La pell
d'una mà, el color d'un cutis.

Desig madurat, lentament. De dia
com de nit. Petjades sense peu.
Picades sense ullet. Força pura

de l'ànima i del cos com una ombra.
He apagat la llum per tractar de reviure
el somni tendre d'unes mans vegetals.

mercredi 21 octobre 2020

Ils

Ils s'endormirent chacun
dans le souffle de l'autre,
harassés et heureux.

Le drap était d'ivoire, comme
la lune sur le patio ouvert.
Nul bruit ne se fit, la nature

les aimait, réservant pour la terre
les bruits les plus ténus, et pour
leur cœur la plus tendre des étreintes.

La bibliothèque close

 La bibliothèque est tiède
qui attend au fond de cartons
scellés. Vers et vies mêlés.

Pêle-mêle de mots et de baisers.
L'encre est aveugle entre les pages 
collées. Lire, relire, ou vivre, revivre ?

De sal

De sal una dansa
Al fons d'una cova freda
Frec de llavis cecs.

lundi 19 octobre 2020

Tiédeur

Que la main est froide
qui se réveille au matin
bien avant les paupières

et que doux est le souffle
qui, en rêve éveillé, s'approche
et l'enveloppe de sa chaleur.

Tiédeur soudaine qui invite
au lever et à la tasse d'un café
brûlant pour inaugurer la semaine.

Flors del matí

Uns mots saviament
disposats desperten l'ànima,
dissenyant les hores.

dimanche 18 octobre 2020

Quelques blettes

Au milieu des cartons d'un déménagement,
quelques blettes dans une passoire en tôle
émaillée. Le blanc de l'albâtre et le vert 

du porphyre. L'eau de cuisson s'est écoulée
en aval du haut quartier. Prégnance de l'instant.
La chaleur s'en va si vite et déjà les feuilles

se flétrissent. Un trait de jus des olives du cru
le suspendra le temps d'un repas frugal avant qu'une
nouvelle semaine ne commence, sereine et sans encombre.



vendredi 16 octobre 2020

Un humble potager

Je rêve d'un humble potager,
un lopin de terre improvisé
sur une terrasse de terre

grasse. Pour y faire pousser
des légumes de saison et les voir
croître et se balancer aux caprices

du vent. Un petit carré, sans limite
ni contrainte, sans herbe folle
ni rudérale... que je garde pour mes vers.

Une boîte aux lettres

Rétive, elle ne veut plus la clé
qu'elle accueillait naguère, comme
si elle s'était soudainement grippée,

à l'approche de l'hiver. La fine tôle
tremble et les charnières souffrent.
Un peu d'huile de moteur, fluide et

présomptueuse suffirait-il à la dégripper,
sous une main entreprenante et décidée.
La boîte aux lettres attend. Il ne pleut plus.

Niu de frontera

De molsa molla, un niu,
com una basseta de besos
tendres i humits.

A l'invisible frontera
d'un altiplà de roques
i herbes remeieres.

Remembrança folla, hom viu
una nostàlgia pressentida
del que hauria pogut ser.

Un niu domèstic

Entre ombres sàvies
de fulles sens saba,
un niu fluix i rodó.

Adintre tres ous buits,
com un mirall d'aire
tebi i acollidor.

Entre ombres cabelludes,
uns ous calbs, com fruites
sàviament embruixades.



jeudi 15 octobre 2020

La mesura de l'alè

Has tractat mai de mesurar
l'alè? No pas el baf sobtat.
No, l'alè d'intel·ligència

i de cor. L'ànim de l'ànima.
Quàntes síl·labes, quants mots?
Has tractat mai de descobrir-hi

la musiqueta de l'estimada, o
de l'estimat? La seva paraula
tan seva i alhora tan teva?

L'homme du seuil

Jour après jour,
il vient au café
et demeure sur le 

seuil. Il s'agite,
prononçant des mots
inintelligibles, sans

personne pour l'écouter.
Au début, il faisait peur
puis la vile transparence

a gagné. On ne l'a plus vu,
sa voix était un cran au
dessous de la musique ambiante.

Il ne gênait pas ou, plutôt,
il ne gênait que ceux qui entraient 
ou sortaient, de guingois, pour l'éviter.

Mes vers, au fil des strophes, se sont allongés,
comme ce seuil du café qui grâce à lui, pour moi,
une après-midi a cessé d'être transparent. Pour exister.

mardi 13 octobre 2020

Seguint la cursa del sol / En suivant la course du soleil

Un amic m'ha ensenyat a escriure
seguint la cursa del sol. De llevant
a ponent, hora rere hora, oblidant

la flaire dels rostits i la calor 
dolçona de les misteles daurades.
Un ascetisme humil i bondadós

amb ploma de ferro i tinta blava.
I no li he seguit el consell. Mesos,
anys potser. Ara és temps de sortir

al pati nou, entre oliveres i vinyes
i de seguir la cursa del sol amb una
llibreta petita, tota enquadernada d'amor.

***

Un ami m'a appris à écrire
en suivant la course du soleil. De l'orient
à l'occident, heure après heure, en oubliant

le fumet des rôtis et la chaleur
douceâtre des mistelles dorées.
Un ascétisme humble et plein de bonté

avec une plume en fer et de l'encre bleue.
Et je n'ai pas suivi son conseil. Des mois,
des années, peut-être. À présent il est temps de

sortir dans le nouveau patio, entre oliviers et vignes
et de suivre la course du soleil avec un
petit carnet, tout relié d'amour.

«On n'est beau que dans le regard de l'autre»

À un Breton qui se reconnaîtra

Mot confié par un ami, en fin de soirée,
quand la conversation s'épuise et ne laisse
place à la réponse.

Mot qui roule la nuit comme galet sur grève
avant de s'imposer au petit matin comme un
cristal de sel.

Regards croisés, mots suspendus, la langue
est pauvre pour exprimer ce qu'un canapé
de tissu recèle dans le regard de l'autre.

Escorces

Escorça sens llana

Arbres de tardor,
plorant regalims freds
per l'escorça despullada.

Arbres tremolosos de febre
i que no saben queixar-se,
sense boca ni ulls.

Arbres de fulgor,
resant mutíssims precs
per la nuesa del pati.

***

Escorça amb llana

Algú ha sentit els precs
silents o és la casualitat?
Unes mans s'apropen amb llana

de color i, molt a poc a poc,
comencen a vestir els troncs,
a la manera d'uns Arlequins

de fira. Deixa de ploure i
pels carrers engalanats, passa
la fanfara. Dolçor d'octubre.

lundi 12 octobre 2020

Dotze d'octubre, dolç atorgar

Un grapat de tecles,
una pantalla ben blanca
i jugues amb tabes.

La lletra del pare

Blava, elegant, preservada
al fons d'uns calaixos de fusta
olorosa, la lletra del pare

esperava els dits de la filla
gran. Prims, enfebrats i quiets
alhora. Apaivagats. I les frases

feixugues per a molts, plenes de
subordinades antiquades, cobren
una vida nova entre les tecles

ràpides, com una pluja sobtada
d'estiu a la muntanya tan estimada
abans d'enlairar-se en avions de paper.

Une pomme sur un quai

On la dit maléfique,
mais je n'en crois rien.
Son acide est malique
sa douceur me sied bien.

Sur le quai une pomme
et dans mes poches rien.
La beauté de la forme
et l'appétit qui vient.

Que bref soit le chemin
qui m'en distingue un brin
et long le souvenir
qui m'y fait revenir.

samedi 10 octobre 2020

Al cor tendre de Besalú

Al cor tendre de Besalú,
dins del seu cor fredolic,
hi ha una piscina d'or fos.

Escales de pedres angulars,
baixada lenta i poc sonora,
l'escalfor es fa esperar.

Al cor tendre de Besalú,
quan retardin els rellotges,
la vida tèbia es dansarà.



vendredi 9 octobre 2020

wabi-sabi

À mon fils Jérôme

Blancheur, page après page,
pure composition en LaTeX
dépouillé, pointillisme

coloré des schémas. Perfection.
Et soudain, une coquille suspend
la lecture comme l'improbable

couture de l'ornithorynque. J'aime
quand la symétrie se brise et révèle
notre inscription dans le temps.

Jardin japonais au fond d'un tiroir
que l'enfant garde jalousement,
ignorant qu'un jour il sera appelé

à coder la vie pour mieux la déchiffrer.
wabi-sabi. Caractères en couleur sur
écran noir, puis page blanche qui chemine.

mardi 6 octobre 2020

La pauvreté, l'élégance et l'amour

Printemps 1951, maussade ;
le rationnement demeure ;
mes parents viennent de

se marier. Ma mère néglige
la tasse de thé. Elle boit
des yeux mon père. 

Moi, je ne vois que les pois
de son tailleur et sa noire
chevelure. Mon père, tout en

gestes élégants, tient sa tasse
négligemment mais avec force,
comme un calice que l'on offre

en expiation de péchés inconnus.
Son regard est ailleurs, déjà.
Romantique, rebelle et abscons.

Soixante-cinq années plus tard,
il portera la chemise et le pantalon
avec la même élégance intemporelle.

L'amour de ma mère n'aura pas cessé,
ni son extrême attention. Seul aura
disparu son moucheté de petits pois.



Rides et plis

Douces arabesques
sous les lettres
ciselées. Le vert,

longtemps enseveli,
au fond d'un tiroir,
a pâli et le minaret

ne perce plus le ciel
pur. Illusoire monnaie
d'un échange fantomatique.

Doigts desséchés, envolés,
le filigrane n'est plus,
remplacé par des rides.

Sainte face incompréhensible
dans l'absurde foisonnement 
de chiffres sans comptable.




Un verre de vin rouge

Le vent mauvais d'outremer
lui a apporté une mauvaise
nouvelle pour ses trente ans.

L'homme s'assied à la table
du petit séjour du Mellah
et boit un verre de vin,

sans dire un mot. Sa femme
a compris. Au loin, si loin,
une femme petite s'est éteinte

qui l'avait bercé naguère de
son discret accent polonais.
De la vieille dame, seul demeure

un vieux missel corné et usé par
ses doigts gourds. Et ce verre de 
vin rouge d'un port ultramarin.

lundi 5 octobre 2020

Que sont ?

Que sont les siècles pour la mer ?,
dit le poète. Et les kilomètres pour
l'amitié ?, répondent, égrillards, cinq

joyeux drilles du pays des olives et 
du bon vin. Heures riches, détachées 
du cours du temps, à savourer, sur 

la langue de petites bulles d'or brut
et de délicieux petits gâteaux salés.
Du passé faisons table rase... Et bombance.

dimanche 4 octobre 2020

Un déménagement

Que de couleurs que nul n'appréciera,
de formes incongrues que le hasard
façonne en les réunissant.

Un temps qui fuit l'espace aimé pour
en réchauffer un autre, immaculé,
les lourds volets soigneusement tirés.

Un luminaire éclaire encore qui vit,
dans son cône ivoire, tant de livres
s'effeuiller et de pensées s'étreindre.



Fueron

Fueron unos días aciagos,
de llanto y desesperanza,
la Mercedes había salido
para la gran ciudad

y, en casa, desolada, postrada,
su madre no paraba de mirar
el lóbrego reloj de la sala
como si éste supiera descifrar

el dilatado mapa de Barcelona.
Fueron muchos días aciagos,
la Mercedes había salido
y no mandó ninguna carta.

Com un temps suspès

Li agrada veure nevar,
rere el vidre entelat.
Floquets de somnis verds

que tarden tant en caure.
A poc a poc el gruix
silent de la catifa blanca

va apaivagant la fredolica 
observadora. Desig sobtat
de xocolata desfeta i amor.

samedi 3 octobre 2020

Barcelone

Au coup de sifflet, elle enfonça la main dans la poche de son manteau. À l'intérieur, elle y portait la balle avec le cœur tricolore, et une enveloppe pliée avec une lettre et une adresse à Barcelone. Elle approcha son visage de la fenêtre et son souffle embua la vitre. Elle serrait si fort la balle que celle-ci lui transperçait la paume de la main. La gare s'ébranla, lentement, comme si quelqu'un l'étirait par derrière et son père disparut avec le quai. Sa mère n'était pas venue, elle l'avait embrassée sur le pas de la porte, en sanglots, parmi des géraniums rouges. Dieu te bénisse, ma fille ! Son père lui avait dit qu'à Barcelone, on viendrait la chercher à la gare, qu'elle travaillerait dans une grande maison, comme bonne, et elle avait senti son âme se déliter. Elle n'avait que treize ans et elle quittait sa maison avec pour seule compagnie une balle au cœur tricolore. Son petit monde, tout à coup, devint immense. Immense et hostile. Elle appuya la tête contre la fenêtre et se laissa bercer par les cahots du train pour oublier la peur. Elle ferma les yeux comme pour cacher ses rêves et ses larmes. Une vie tout juste entamée roulant sur un chemin de fer et de fumée qui l'éloignait de la misère mais la poussait, irrémédiablement, vers un destin de servitude.

Roser Blàzquez Gómez, «Barcelona»
traduit du catalan par M. Bourret Guasteví.





Plateforme

Le bus est ancien
et le chauffeur bon.
Un homme s'approche,

désemparé, en fauteuil
roulant. Le chauffeur
se lève et sort, souriant 

Lentement, il actionne
la vieille plateforme.
Puis pousse l'homme,

avec de bons mots.
Le bus reprend sa route.
Au terminus, deux solides

fonctionnaires le saisiront
sans égards, plaisantant
entre eux, bruyamment.

Je quitterai le bus, avec
mes trois enfants et une
pensée pour un chauffeur bon.

Diacrítics oblidats

Per desídia o mal humor,
se n'han anat els diacrítics
deixant tan calves les vocals

com una cantant del Ionesco.
Han fugit cap al filaberquí
daurat per enfilar-s'hi, a 

l'estil sardinenc. Un, dos, 
tres. Vigorosos i egòlatres
mentre ploraven l'us i el desti.

vendredi 2 octobre 2020

Fronteres íntimes

Penso en les frontisses ocultes
de la teva porta tancada, a la nit.
Nostàlgiques dels grinyols joiosos

del dia, quan la filla corre a agafar
el bus, o el fill torna encaputxat amb 
desig silent de jocs vius i captivants.

Si gosés, les donaria una carta petita,
de paper de bíblia i faria sonar, a la 
unes exquisides campanades grinyolenques.

Rambarde

Ni garde-fou, ni garde-corps,
la rambarde est un chemin de
fer suspendu, une crémaillère

qui ne crépite plus. Le sombre
et le clair, par la jalousie
s'unissent. Sol de béton et 

de bitume, vaguelettes du port ;
le paysage industriel, flouté,
n'est plus un devenir mais un 

passé lancinant. Chantiers navals
exsangues, sans Champagne glacé
contre la coque immaculée.

De dos, un homme regarde, solidement
arrimé à la rambarde d'acier. Vitruve
redessiné comme une ancre à l'envers.

Pourquoi me revient-il soudain à l'esprit
Remorques de Jean Grémillon ? Immobile,
désireux, l'homme contemple et se regarde.





















By courtesy of Jean-François Caplat

Au rendez-vous des amis

Sur une table de bois clair,
à l'angle d'une place petite,
ils se sont réunis, pour boire

et converser. Douceur de la mousse
brune, pétillement des regards.
Peu à peu, l'assistance s'étoffe.

Les masques déposés ou fixés au coude,
on refait le monde. Les jeunes, enjoués,
parlent de leur mariage prochain et rient.

Les heures s'écoulent et bientôt la table
se vide, d'autres convives se joignent
que l'on ne connaît pas. Le ciel est gris

et l'atmosphère violette. Si le vert paradis
existe, j'aimerais bien qu'il ait la tendre patine 
de cette table de bois d'un soir d'automne.



Un banc

Un banc de pierre,
dépoli par la mousse
sèche. Une école d'angle

au doux nom de La Fontaine.
Cinq heures. Une jeune maman 
s'y est assise, attendant

la sortie de son enfant. Seule.
Immobile et silencieuse. Comme 
si sa gravité soudaine, invisible,

me renvoyait vingt ans en arrière.
Sur ce même banc, sur les coups de
neuf heures, un homme allongé geignait.

Paroles incompréhensibles. Yeux clos.
La maraude était désarmée qui voulait
l'assister et lui trouver une chambre

pour y passer la nuit. Plus tard, comme
étouffée, hoquetante, vint la parole,
hachée. Le métier disparu, l'épouse

partie loin avec les deux enfants. La vie
à la cloche, de rue en rue, le vin mauvais,
les vols, les coups, et puis plus rien.

Sur un banc de pierre, à l'angle d'une école,
une maman heureuse, souriante et silencieuse,
attendait son enfant.

Lune pleine

Je n'ai pas vu la lune
pleine. J'ai attendu que
tes yeux me l'envoient.

Alors je l'ai caressée
sur le papier mat. Ronde
et carrée. Rondes voyelles,

strophes carrées. L'infini
du sept rimé et les phrases
qui débordent. Face cachée,

désir de mots. La langue est
un sentier, d'ombre en cratère.
J'ouvre ma porte et je la vois. 

mercredi 30 septembre 2020

Engrunes per la taula

Engrunes blanques per la taula
com petxines per la platja,
record tan olorós d'unes passes

de tardor al centre viu del món.
Farigola sota els peus i un borinot
escapat de la presó del somni.

Viatge circular i la mà matinera
que, lentament, treu les engrunes
sense esborrar mai el record.

mardi 29 septembre 2020

Cim i tomba

al Ferran

Feia temps que els amics no s'havien vist.
Setmanes, mesos. De vida, joies i penes.
Començaren per treballar plegats, repassant

els escrits comuns, pàgina rere pàgina. Feina
apassionant, amb rialles i cerveses compartides.
Deixaren passar les hores, sense pressa.

En un moment el Ferran s'aixecà, deixà la taula
de treball i es dirigí cap a la cuina estreta
i elegant. Ja ho havia tot preparat. El fumet

de peix, les patates trossejades, el tomàquet,
l'allioli, les cues de rap lleugerament fregides.
Calladets, els ingredients esperaven el xef.

Aleshores comença el ball petit, l'alquimía 
olorosa, els moviments iniciàtics. De cim i
de tomba. El Ferran xerrava sense donar-se

la volta. No li veia la cara. Hospitalitat.
Tot l'ésser de l'amic dedicat a la feina.
Ja sabia que el dinar seria opípar. I senzill.



Sal de vida

Sal escampada pels cabells
despentinats al vespre.
Granets de sorra entre els

dits nostàlgics d'un estiu
entre mar i muntanya. Sal
de vida. Dues culleretes i

les teves mans, primes, fortes
donen vida a la farina que deien
de força. La llar de foc és al forn,

rere el vidre entelat. Olor de pa bo,
ganes de córrer per la platja, sorra
i sal barrejades. Despentinades.

lundi 28 septembre 2020

Foren hores / Ce furent des heures

Foren hores lentes, ingràvides,
davant de la llar encesa, com uns
castellers de llenya flamejant.

A la barra d'un bar de barri, Jacint
xerrava en argentí i l'aigua cremava.
Infusions fosques compartides. De sal

un pensament i de vida uns frecs petits.
Foren hores curtes i tan fecundes. Llavors
de mostassa, d'entre la cendre tèbia.

***

Ce furent des heures lentes, ingravides,
devant le foyer allumé, comme des
castellers de bois flamboyant.

Au comptoir d'un bar de banlieue, Jacint
parlait en argentin et l'eau brûlait.
Sombres infusions partagées. De sel

une pensée et de vie de petits frôlements.
Ce furent des heures courtes et si fécondes. Graines
de moutarde d'entre la cendre tiède.

Trois pas rapides

Trois pas rapides,
bonnet sur la tête,
elle est déjà partie.

dimanche 27 septembre 2020

Amb discreció

No dir-te res, o tan poc, deixar
passar les hores i els viaranys,
caminar amb tu a passos lents.

Circumvalació. Com un rellotge
antic de mecànica pesada i precisa.
Segons de segles i somriures d'estiu.

Qui calla diu, sentencien pels tímids.
Bufa el vent gelat. Al zenit. Raconets
ocults a recer, trets els dolmens.



Pensava

Pensava no escriure versos,
deixar-me portar pels carrers
estrets del poble gran

Beure de l'aire viu i viure
a les clares, guardant com un
tresor el fruit nou collit com

per ensalm, o de pur miracle.
I vet aquí que m'assec i escric.
Qui m'hi haurà inspirat?

A prop

A prop de la bassa gran
tan fosca i amb peixos 
lents, hi ha un saló

petit. De filferro blanc.
Sense ningú, com esperant.
T'hi voldria convidar

per compartir panellets
de ta mà, fina i dolça.
Amor de cordes clares.

samedi 26 septembre 2020

De foc i fum

De foc i fum, un capvespre
des de la caseta. Olor de nous
i de castanyes torrades.

S'han plegat les hamaques
i l'herba té desig de neu.
Un conillet ros es pentina.

La llar de foc ja dóna calor.
Tota llengua farà foc, com deia
l'antic carnisser de Sallagosa.

vendredi 25 septembre 2020

Dóna nous / Donne des noix

Dóna nous als nanos
i corre, corre, corre.

Dóna plomes als cecs
i sent, sent, sent.

Dóna ales als tímids
i ama, ama, ama.

***

Donne des noix aux gamins
et cours, cours, cours.

Donne des plumes aux aveugles
et entends, entends, entends.

Donne des ailes aux timides
et aime, aime, aime.

Je n'ai jamais su

Je n'ai jamais su sauter 
à cloche-pied, et pourtant
j'en parle, avec légèreté.

Je n'ai jamais su grimper
à la corde, et pourtant 
j'écris, en funambule.

Je n'ai jamais su dessiner
à main levée, et pourtant
je croque la vie, au débotté.

Oscuros

Ruido oscuro,
de grava pisada
a la medianoche.

Rumor profundo
de oleaje oscuro
a orillas del mar.

Crujido de nueces
para niños buenos,
de sueño oscuro. 

Ces heures

Ces heures que l'on gagne,
sur la nuit noire, 
ou le petit matin.

Ces heures que l'on vole,
par un hasard insomniaque
ou la grâce d'un larcin

délibéré. Ces heures comme
des minutes ou de longues années
que l'on peuple de figurines

de papier, sans arme, ensanglantées
de bleu des mers du sud ou de noir
de Chine. Ces heures bénies. Et si réelles.

Comme on joue

Comme on joue à cloche-pied,
une méthode pour apprendre,
sans nul effort, le français.

Ignorante des chapeaux graves
ou aigus et des sons ouverts
ou fermés. Une méthode apprise

d'un petit prince gris, dans une
grotte obscure, ou d'une sorcière
orange juchée sur un vieux caroubier.

Com seran? / Comment seront ?

Com seran les nits sense cap poema,
quan siguem junts, a la mitja lluna?
Com seran aquelles hores de silenci

a la caseta estimada que cadascú porta
dins del cor? Com seran el cel estrellat
i la lluna compartida, a mitges? 

Hores beneïdes de prestatges vius i muts,
plens d'alliberament. Una caseta al fons 
d'un pati verge, amb arbres quiets i fondos.

***

Comment seront les nuits sans nul poème,
quand nous serons ensemble, à la demi-lune ?
Comment seront ces heures de silence

dans la petite maison aimée que chacun porte
dans son cœur ? Comment seront le ciel étoilé
et la lune partagée, à moitié ?

Heures bénites de rayonnages vivants et muets,
plein de libération. Une petite maison au fond
d'une cour vierge, avec des arbres calmes et profonds. 

mercredi 23 septembre 2020

Ne cours pas

Ne cours pas, la terre est meuble
sous tes pas. Éprouve l'empreinte
de la semelle crantée dans la glaise,

joue de la cheville et du talon. Ose.
Ose te planter, jusqu’à ce qu'un bruit
saugrenu de ventouse te sépare du

soulier embourbé. Alors, à cloche-pied,
en chaussette à rayures tricolores,
tu te dégageras et riras de ta gaucherie.

Anònim

T'he deixat dormir. A les fosques,
suposo, i m'he assegut a la taula
de fusta clara. En silenci. Sol.

He esperat uns minuts, per sentir,
sota els dits la molsa gruixuda
de la nit. Aleshores he escrit,

com ara, tractant de franquejar
la frontera cega entre llengües.
Un viatge oníric, a passes lentes,

cap a un indret petit i anònim
on m'explicaves el nom de cada
arbre, de cada ocell. No els podia

memoritzar tots i acabava per cedir,
fixant-me en el gra de la teva veu
greu amb punxades agudes. Quan he 

tornat, la taula m'esperava, amb la
pantalla encesa i el teclat cruixent.
Dels dits em sortien branques i arrels.

mardi 22 septembre 2020

Prosa i versos

I si ens guiéssim de la mà,
com de nit per un camí molt
fosc. Escrivint, teclejant,

entrecreuant dits i sospirs,
vivint cada pàgina com la
darrera. O la primera.

I si ens encaminéssim ambdós,
com de dia cap a un riu fred
i ombrívol, on perdríem la sed.

Sa llengua primera

Sa meua llengua primera
serà s'última, si no se'm 
treu sa darrera alenada.

Peró es cor, ja mut, somiarà
amb aquesta tan propera que,
de sa mà de mumare he anat
aprenent, fullejant els mots

des conco adorat i ses passes
lentes i curtes de s'àvia Tònia,
que en pau i justícia descansin.



Dóna'm

Dóna'm un mot curt,
de quatre lletres groguenques,
i el sol es pondrà.



Des mots

Des mots simples et clairs,
comme un foulard se détache
du tendre cou qui soupire.

Des mots simples mais clairs
pour voir le jaune de l'œuf
crever à l'horizon et danser

au-delà du miracle, c'est à
dire en deçà, très en deçà,
de l'amour que tu m'inspires.

lundi 21 septembre 2020

Present

T'escalfen els records
recents, les carlines
solars sobre una catifa

d'herba. Hi penses molt,
en despertar-te, carinyós.
Përò viu el moment present,

la frescor de la tardor
sobtada, el soroll punyent
de la caldera, les seves fotos.

Petits pains

Sont-ils trois, quatre
ou cinq ? Pâles, enfarinés,
les petits pains attendent

dans un panier en osier.
Voici peu, ils étaient pâte
de farine, de sel et d'eau,

qui, patiemment pétrie, levait
dans un fournil improvisé.
Un, deux, trois, quatre, cinq

entailles de couteau net et vif,
le four les a doucettement éclairés
et, soudain, la mie s'est mise à embaumer.



Lignes de fuite

Sans nulle catabase,
édifices froidement
dressés. Dasein.

À leur pied, infinies,
comme de bois brisé,
les marches se taisent,
inutilement. Dasein.

En leur cœur marginal,
Œdipe déchaussé s'assied.
Quête éperdue. Dasein.















By Courtesy Of Jean-François Caplat

Silenci / Silence

Després de la festa grossa,
el mas ha tornat al silenci.
Foscor de les casetes tancades,
sense rellotge ni golfes.

Fa poques hores, hi arribava
un cotxe vermell amb l'elegància
d'una dona. Bullícia de fills i néts.
Conversas noves on cadascú s'hi coneixia.

Plaer tendre i quiet dels àpats en comú,
fora de casa, vora el foc olorós de carn
bona. Fredor de la piscina, embogides
curses dels menuts i passes lentes dels grans.

Comença una setmana als quatre cantons del món.
Tots hem tornat a la feina, atrapats pel quotidià,
a plena veu o en silenci, mes amb un record viu
al cor d'una dona elegant que tots ens il·luminava.

***

Après la grande fête,
le mas est retourné au silence.
Obscurité des maisonnettes fermées,
sans pendule ni grenier.

Il y a quelques heures, il y arrivait
une voiture rouge avec l'élégance
d'une femme. Brouhaha de fils et petits-fils.
Conversations neuves où chacun se reconnaissait.

Plaisir tendre et calme des repas en commun,
hors de la maison, près du feu fleurant bon la 
viande. Froideur de la piscine, courses
folles des peyits et pas lents des grands.

Une semaine commence aux quatre coins du monde.
Nous sommes tous revenus au travail, piégés par le 
quotidien, à pleine voix ou en silence, mais le cœur
plein du souvenir d'une femme élégante qui nous illuminait tous.

Esguards

Fotos ben confiades,
delicadesa de versos,
dos esguards creuats.

dimanche 20 septembre 2020

À l'ombre de la mère

À l'ombre de la mère,
deux frères. À l'ombre.
Pas dans son ombre.

Chez l'un, l'élégance
du détail, la lenteur
de la pose de profil,

sans affectation, 
les feuilles courant
sur le gravier gris.

La main délicatement
posée sur le sac, comme
une étude d'Ingres,

Le sourire discret, dévoilant
une dent petite, qui croque
la vie, sans la déchiqueter,

Un chemisier en couleur,
souvenir d'une sortie lente
avec une amie chère,

un chapeau hâtivement posé,
mais jamais dévoyé, la largeur
du ruban qui joue avec le sac

comme pour mieux chuchoter que
seul se noue ce qui est bien
préparé. Patiemment. Avec cœur.

Chez l'autre frère, ces mots que
vous lisez et qui, sans elle, jamais
ne se seraient manifestés.





















By Courtesy Of Alain Bourret

samedi 19 septembre 2020

Comme aveugles

Comme aveugles, les mains
tissent, sur le petit métier.
Noueuses, proches mais

jamais jointes, elles prient,
sans parole, et tracent
tout un Braille de couleurs.

lignes sages ou portées
musicales, elles dessinent
un monde étrange et neuf

à partir du toucher. Les fils
de nylon translucide sont
un rideau de pluie pour qui

ne sort pas. Les mains
ne tremblent pas. Lentes,
elles avancent sans bouger

ou presque. Aujourd'hui,
un camaïeu et, qui sait,
demain, un arbre.

Tourne

La terre qui tourne,
telle une orange
dans la main.

Ici nuit de silence
dans les bourrasques
de pluie.

Là, la luxuriance
des villes en pleine
lumière.

Ici où là, la confiance
juste d'hommes et de
femmes qui veillent.

vendredi 18 septembre 2020

Un pot buit / Un bocal vide

Un pot buit, petit i rodó.
De vidre clar y gruixut.
El monocle d'un ciclop sord

i elegant o el llum tendre 
d'un hotel fronterer. Un pot 
buit, anònim i únic, 

per l'etiqueta estreta, escrita
per una bruixa escabellada amb
inquietuds infinites. Un do.

***

Un bocal vide, petit et rond.
En verre clair et épais.
Le monocle d'un cyclope sourd

et élégant ou la lumière tendre
d'un hôtel frontalier. Un bocal
vide, anonyme et unique

par son étiquette étroite, écrite
par une sorcière échevelée avec
une curiosité infinie. Un don.



Abans de la festa grossa / Avant la grande fête

Com un ull de cicló o el bes tort
d'un huracà de fantasia, només tinc 
uns minutets abans de la festa grossa. 

Silenci del plugim sobre l'antiga
capital de Septimània. Converses
apassionades amb el fill que m'ofereix

les seves noves imitacions. Trajecte lent
fins a l'antiga capital del vi natural,
pensant ja en la Fidelíssima i el seu barri

tan blanc. Noranta anys d'una vida ben plena.
Més de seixanta compartits. Del blanc i negre
a la 4k assedegada, un mateix desig de vida

i una curiositat sense límits. Uns minutets
Pocs. Quatre o cinc. Per aturar la cursa del
temps i retre homenatge a la mare adorada.


*** 

Comme un œil de cyclone ou le baiser tordu
d'un ouragan de fantaisie, je n'ai que
quelques minutes avant la grande fête.

Silence de la pluie fine sur l'ancienne
capitale de la Septimanie. Conversations
passionnées avec mon fils qui m'offre

ses nouvelles imitations. Trajet lent
jusqu'à l'ancienne capitale du vin naturel,
en pensant déjà à la Très Fidèle et son quartier

si blanc. Quatre-vingt-dix ans d'une vie bien pleine.
Plus de soixante partagés. Du noir et blanc
au 4K assoiffé, un même désir de vie

et une curiosité sans limite. Une poignée de minutes.
Peu. Quatre ou cinq. Pour arrêter la course du
temps et rendre hommage à la mère adorée.

Ministerium

Te'n recordes del Roberto
Benigni a Johnny Stecchino?
«Facce vedere il tuo ministero.»

Ministeri, menester, misteri,
miracles de les paraules que se
separen i es tornen a unir.

Saviesa de la llengua apresa i
de les eines manipulades. Sol
o a dos, però mai entotsolats.

***

Te Souviens-tu de Roberto
Benigni dans Johnny Stecchino ?
«Fais-voir ton ministère.»

Ministère, mestier, mystère,
miracle des mots qui se séparent
et s'unissent à nouveau.

Sagesse de la langue apprise et
des outils manipulés. Seul
ou à deux, mais jamais esseulés.


















Matinada de tinta / Petit matin d'encre

El dia m'ha despertat,
sense llum, tot de tinta
i de ventolins frescos

i pillins. Remor de cotxes
lents que acompanyen uns pocs
veïns somnolents. Olor plena

de cafè cremant. Assegut a l'ampla
taula de fusta clara, començo a
escriure a poc a poc. Em somrius.

***

Le jour m'a réveillé,
sans lumière, tout d'encre
et de brises fraîches

et espiègles. Rumeur de voitures
lentes qui accompagnent de rares
habitants ensommeillés. Odeur pleine

de café brûlant. Assis à l'ample
table de bois clair, je commence à
écrire peu à peu. Tu me souris.

Meldelluna / Mieldelune

Com les prunes brunes,
la lluna vol seduir:
dolça llum de mel.

***

Telles les prunes brunes,
la lune veut séduire :
douce lumière de miel.

mercredi 16 septembre 2020

Plumier insomne

Quan som lluna en quart creixent,
la son t'agafa i t'empresona.
Fredor de la casa silenciosa,
cristall de saba i sang rogent.

M'he assegut a la taula de fusta
bona i t'hi espero. Minuts, hores?
No ho sé. L'aire fa olor de desig viu
de cafè cremant i melmelada de color.

Deixo que m'entrin lentament per les venes,
els mots i els versos del vespre vigatà.
Truquets, errades, idees per a millorar,
i el teu somriure de plumier insomne.

lundi 14 septembre 2020

De ferro i de fusta

Com un mosquetó inservible,
tirat a l'aigua del nord,
salabrosa i glaçada,

s'uneixen el ferro i la fusta,
a cada banda del mont màgic,
sense pensar mai en el passat

ni en les aigues remogudes.
Present humil i regalimant
d'iode daurat. Tota ventura.

Le Petit Prince

À E.T., pour son accueil

Le petit Prince est sous l'escalier,
placide et comme tout rouillé.
Une artiste le modela puis l'oublia
dans son modeste jardin.

Vint alors un collectionneur, dont
l'imposant faîtage, dit-on, effrayait
les sorcières assoiffées de sang

princier et sans histoire. Il l'emporta
et le remisa, sous les larges marches
du colimaçon. Depuis lors, comme un

mirage incertain, le Petit Prince
ne salue que ceux qui repartent et,
curieux en diable, glissent les yeux
sous l'imposant escalier.

Una vida petita

Tan petita que cabia
en un puny estret,
de dits delicats.

Una vida qualsevol
i extraordinària,
plena d'olors suaus

i herbes remeieres.
Un mirall de sentit
únic, orfe d'un altre

que el buscava, caminant
cap cot, pels carrers
d'una ciutat, sense olors

suaus ni herbes remeieres.
Una vida petita, tan petita
i tan plena de sentit.

Una coca

Una coca daurada,
com lentament
pintada,

una rosca rossa,
com una corona
de diumenge

en antics afores.
Un substitut de blat
i sucre, tou i olorós.

Massa llevada a poc
a poc i cuita amb
parsimònia.

Era molt de matí.
Mormolaba el cafè
cremant i les mans,

per fi descansaven.
Hores de repós, de
dolça xerrada

i d'acudits sincers.
Cotxe vermell baixant,
coronat de blat ros.

dimanche 13 septembre 2020

L'enfant de céramique

Interminables oiseaux,
échassiers d'émail
qui ne cessent de

danser immobiles sur
une poterie replète
de la taille d'un

enfant grassouillet.
Longtemps recherchée,
patiemment accompagnée

dans un train bondé,
en proie à la folie
des hommes. Coups, cris,

sang qui jaillit. Et
l'enfant de terre cuite
protégé par le corps

drapé de l'accompagnant.
Près de la table, serein
l'enfant me regarde. Enfin.

Plats trencats

No trenquis els plats,
trenca les Ces i caça'm,
sisplau que els plats

són de parelles banals
i nosaltres no ho som,
ni som parella.

No trenquis els plats,
dibuixa pameles i ganxos
a les lletres estimades.

L'amistat porta pamela

De seda lila, elegant,
un barretet per caminar
pels carrers buits

de la Fidelíssima,
al matí. Âmitié,
d'ànima i amistat.

Sense el discurs,
la llengua moriria
als calaixos dels

impressors. Ànims!
Amistat. Tendresa
de la pamela. Nostra.

Un pain au raisin

Spirale finie,
plaisir infini,
vortex de la vie.

Le pain m'attend,
sur la table
de la cuisine.

Amour de la mère,
sans fin, détails
en colimaçon.

Dans la bouche,
la crème se mêle
aux raisins secs.

L'enfance revient,
les rues de Dunkerque.
Pain matin, pain malin.


vendredi 11 septembre 2020

Bienvenue à Zélie

À Lucie... et Rémi

Elle est venue au soleil
de septembre, sereine,
yeux clos, reposant tout

contre sa maman, son papa
non loin. Elle les a fait
patienter, comme elle fera

patienter le lent défilé
des lettres de l'alphabet.
Connaître Zélie et la nommer

sera un privilège et, d'émotion,
certains en zézaieront ou bien
encore zozoteront mais tous,

c'est certain, l'adoreront.
À Montarnaud, ou même encore
plus loin, et je pense déjà à

ces soirées qu'elle enluminera
de son joli minois étincelant.
Bienvenue à Zélie !!!

jeudi 10 septembre 2020

Taxis

Amb rodes de ferro
o de cautxú gris,
van i venen.

Per la costa salada
o la muntanya boirosa.
Pressa i espera ballen

un pas de dos. O de tres.
La vida es dansa, i, pillins,
els vespres es belluguen.

La langue ancienne

Parfois il me prend l'idée,
ou la toquade, de chercher,
dans mes vieux dictionnaires

la saveur affadie de la langue
ancienne. Celle-là même qui
courait dans les champs, pleurait

à l'Angélus et, timidement enrouée,
chuchotait des serments d'amour,
entre vêpres et matines. À jamais.

Dolça presó d'amor

La petxina s'ha separat
de l'estimada i el nacre
plora llàgrimes d'argent

fos. Dolça presó amb gust
d'arracada orellenca d'un
pirata exiliat. Ja penso

en qui la portarà pels carrers
ombrívols de la Capital de
ponent, i m'entren ganes de

dir-li, al cau de l'orella,
que mon cor vol viure a
la presó de Lleida. O de M.





















By courtesy of Joan Bagur Garrido