Retenir le temps,
ralentir la course du sable
dans la main qui l'égrène.
Penser aux frontières indistinctes
de la ville qui nous séparent au fil
de l'eau. Le blé ondule sous le vent
et l'épouvantail s'agite près du cerisier,
dans le silence et les coups d'œil narquois
des passereaux qui grappillent les épis.
Retenir le temps, pour un jour, pour toujours.
Le prendre par l'épaule et le conduire dans les
chemins où personne ne va. Nos jambes se frôlent
qui écartent les hautes graminées. Le sens-tu, toi
qui, sans que nous ne nous soyons jamais tutoyés,
retiens encore un peu le temps et croques la cerise ?
lundi 25 mai 2015
dimanche 24 mai 2015
Des gens vrais
Je ne les connaîtrai jamais, ces gens vrais
que vous avez connus dans une ville amie.
Ils sont passés et ont glissé entre les murs
hauts et blancs, couronnés de tuiles rouges.
Pourtant, ce soir, malgré le vent froid et aigre,
je sors dans l'entrelacs des rues, sans personne,
et je m'imagine leurs pas serrés, vos rencontres,
au hasard des commerces, des soirées autour d'un vin
franc sous la lampe tiède. Nulle parole que le frôlement
des oiseaux indistincts, mais tout me parle d'une chaude
humanité. Sous le réverbère, la marque noire d'un pneu
sur la chaussée, un paquet de cigarettes froissé dans
la pelouse, une odeur de soupe aux poireaux qui ne veut pas
partir. Et la nostalgie de ce que je ne connus pas et pourtant
reconnais.
que vous avez connus dans une ville amie.
Ils sont passés et ont glissé entre les murs
hauts et blancs, couronnés de tuiles rouges.
Pourtant, ce soir, malgré le vent froid et aigre,
je sors dans l'entrelacs des rues, sans personne,
et je m'imagine leurs pas serrés, vos rencontres,
au hasard des commerces, des soirées autour d'un vin
franc sous la lampe tiède. Nulle parole que le frôlement
des oiseaux indistincts, mais tout me parle d'une chaude
humanité. Sous le réverbère, la marque noire d'un pneu
sur la chaussée, un paquet de cigarettes froissé dans
la pelouse, une odeur de soupe aux poireaux qui ne veut pas
partir. Et la nostalgie de ce que je ne connus pas et pourtant
reconnais.
Diumenge de vots
Devot? De cap manera. Trenca el silenci
un diumenge de vots, a la meva terra
estimada. Aquí serà un diumenge de vots.
Meus, secrets. Tant de bo que fossin lliures.
***
Dévot ? Aucunement. Le silence se brise
sur un dimanche de vote, dans ma terre
adorée. Ici ce sera un dimanche de vœux.
Les miens, en secret. Pourvu qu'ils soient libres.
un diumenge de vots, a la meva terra
estimada. Aquí serà un diumenge de vots.
Meus, secrets. Tant de bo que fossin lliures.
***
Dévot ? Aucunement. Le silence se brise
sur un dimanche de vote, dans ma terre
adorée. Ici ce sera un dimanche de vœux.
Les miens, en secret. Pourvu qu'ils soient libres.
Sexus / Saxum
M'acarona el llatí dels primers anys
de l'edat adulta. Suau i violent.
Guerra d'accents, paronímies.
Sexus vs Saxum. El tall entre
els amants contra la pedra bruta.
Cova fosca i amagada, gelada,
on ens apropem. Llavis de carn,
sabor de sang mossegada. Calor
tendre de l'abraçada. Ens fonem,
sense confondre'ns. El tall es fa llit.
***
Je suis caressé par le latin des premières années
de l'âge adulte. Doux et violent.
Guerre d'accents, paronymies.
Sexus vs Saxum. La coupure
entre les amants contre la pierre brute.
Grotte sombre et cachée, gelée,
où nous nous rapprochons. Lèvres de chair,
goût de sang mordu. Chaleur
tendre de l'étreinte. Nous nous fondons,
sans nous confondre. La coupure fait notre lit.
de l'edat adulta. Suau i violent.
Guerra d'accents, paronímies.
Sexus vs Saxum. El tall entre
els amants contra la pedra bruta.
Cova fosca i amagada, gelada,
on ens apropem. Llavis de carn,
sabor de sang mossegada. Calor
tendre de l'abraçada. Ens fonem,
sense confondre'ns. El tall es fa llit.
***
Je suis caressé par le latin des premières années
de l'âge adulte. Doux et violent.
Guerre d'accents, paronymies.
Sexus vs Saxum. La coupure
entre les amants contre la pierre brute.
Grotte sombre et cachée, gelée,
où nous nous rapprochons. Lèvres de chair,
goût de sang mordu. Chaleur
tendre de l'étreinte. Nous nous fondons,
sans nous confondre. La coupure fait notre lit.
Pubis angèlic / Pubis angélique
Deixar la llengua de la ment i tornar
a la pràctica del cos. Nus. Els dos.
Ja és de dia, una llum violenta penetra
el pis en calma. Dorms. Respiro el teu
hàlit de vida ple. T'acaricio l'espatlla,
fina, tan fina, i la teva cuixa m'acull.
Pubis angèlic. Res de l'altre món.
Tot d'aquest.
a la pràctica del cos. Nus. Els dos.
Ja és de dia, una llum violenta penetra
el pis en calma. Dorms. Respiro el teu
hàlit de vida ple. T'acaricio l'espatlla,
fina, tan fina, i la teva cuixa m'acull.
Pubis angèlic. Res de l'altre món.
Tot d'aquest.
***
Laisser la langue de l'esprit et revenir
à la pratique du corps. Nus. Tous les deux.
Il fait déjà jour, une lumière violente
pénètre
l'appartement calme. Tu dors. Je respire ton
haleine de vie pleine. Je caresse ton épaule,
fine, si fine, et ta cuisse m'accueille.
Pubis angélique. Rien d'extraordinaire.
Tout d'ordinaire. Merveilleusement.
Haikulte
El desig brillant
m'acompanya pels carrers
de la nit en va.
***
Le désir brillant
m'accompagne dans les rues
de la nuit en vain.
samedi 23 mai 2015
Lágrimas negras
Lágrimas negras, de tinta amarga,
que te corren por la mejilla
y te dejan exhausta, acurrucada
en un rincón de la finca.
Lágrimas negras, ya secas, como
surcos por la piel. Arrugas tiernas,
sutiles marcas del pasado remoto
y ya no tan amargo.
Lágrimas negras, de tinta ríos,
por donde fluye tu pluma en pos
de recuerdos ricos y profundos
que te enseñaron a ser. Tú misma.
que te corren por la mejilla
y te dejan exhausta, acurrucada
en un rincón de la finca.
Lágrimas negras, ya secas, como
surcos por la piel. Arrugas tiernas,
sutiles marcas del pasado remoto
y ya no tan amargo.
Lágrimas negras, de tinta ríos,
por donde fluye tu pluma en pos
de recuerdos ricos y profundos
que te enseñaron a ser. Tú misma.
Inventar-se... / S'inventer...
M'invento la veu de mon amic llunyà
en llegir el text de la seva intervenció
d'ahir, a Ponent, fosquet.
Retrobo el seu caminar lent, sota les ulleres
de carei, per la vida d'un poeta ja mort. Retalls
de premsa, articles emocionats o freds com un taüt.
I tota una vida neix. De patiments molts i poques
alegries. La mort d'un infant em fa tremolar. La seva
activitat, incessant, entre dues llengües i diverses
formes. L'evolució de les idees. El pes del cos, els
somriures que s'esfumen i el vers que s'imposa, brillant:
«i canten la malícia de les dones impures»...
***
Je m'invente la voix de mon ami lointain,
à la lecture du texte de son intervention
d'hier, à l'ouest de l'île, le soir venu.
Je retrouve sa marche lente, sous les lunettes cerclées
d'écaille, dans la vie d'un poète depuis longtemps décédé.
Coupures de presse, articles émus ou froids comme un cercueil.
Et toute une vie de naître. Beaucoup de souffrances et bien peu
de joies. La mort d'un enfant me fait trembler. Son
activité, incessante, entre deux langues et plusieurs
formes. L'évolution des idées. Le poids du corps, les
sourires qui s'envolent et le vers qui s'impose, brillant :
«et ils chantent la malice des femmes impures»...
en llegir el text de la seva intervenció
d'ahir, a Ponent, fosquet.
Retrobo el seu caminar lent, sota les ulleres
de carei, per la vida d'un poeta ja mort. Retalls
de premsa, articles emocionats o freds com un taüt.
I tota una vida neix. De patiments molts i poques
alegries. La mort d'un infant em fa tremolar. La seva
activitat, incessant, entre dues llengües i diverses
formes. L'evolució de les idees. El pes del cos, els
somriures que s'esfumen i el vers que s'imposa, brillant:
«i canten la malícia de les dones impures»...
***
Je m'invente la voix de mon ami lointain,
à la lecture du texte de son intervention
d'hier, à l'ouest de l'île, le soir venu.
Je retrouve sa marche lente, sous les lunettes cerclées
d'écaille, dans la vie d'un poète depuis longtemps décédé.
Coupures de presse, articles émus ou froids comme un cercueil.
Et toute une vie de naître. Beaucoup de souffrances et bien peu
de joies. La mort d'un enfant me fait trembler. Son
activité, incessante, entre deux langues et plusieurs
formes. L'évolution des idées. Le poids du corps, les
sourires qui s'envolent et le vers qui s'impose, brillant :
«et ils chantent la malice des femmes impures»...
Te parler
Te parler sans te parler,
caresser du bout des doigts
l'infime de la vie passée.
Chausser ses baskets, sortir
dans le quartier, délaisser
les immeubles blancs pour un
silence moins minéral et gagner
la montagnette qui est au cœur
de la ville nouvelle. S'asseoir
au pied du château d'eau. Fermer
les yeux et songer à la courbe
gracieuse de pissenlits soufflés.
caresser du bout des doigts
l'infime de la vie passée.
Chausser ses baskets, sortir
dans le quartier, délaisser
les immeubles blancs pour un
silence moins minéral et gagner
la montagnette qui est au cœur
de la ville nouvelle. S'asseoir
au pied du château d'eau. Fermer
les yeux et songer à la courbe
gracieuse de pissenlits soufflés.
Casuistique douanière
Il était en douane -je ne sais si on l'enseigne encore-,
une matière captivante, le Tarif. On y apprenait à classer
objets et être vivants dans le but de les imposer à leur
juste valeur. Qu'allait-on taxer ? Le contenant ou le contenu ?
Dans le cas d'un mince carton recelant des chemises en soie,
c'était simple. Tout comme un coffre Louis XIII rempli de sable
de rivière. Mais dans celui de jouets en métal bruni contenant
un petit taille-crayon en plastique vil ? Je ne le sus jamais.
C'était du temps que mon père me précédait. Mon frère et moi,
adolescents, jouions avec ces objets de fantaisie sans jamais
y tailler le moindre crayon. Nous y apprîmes la route des
Caraïbes et l'envoûtante tractation du commerce de détail.
une matière captivante, le Tarif. On y apprenait à classer
objets et être vivants dans le but de les imposer à leur
juste valeur. Qu'allait-on taxer ? Le contenant ou le contenu ?
Dans le cas d'un mince carton recelant des chemises en soie,
c'était simple. Tout comme un coffre Louis XIII rempli de sable
de rivière. Mais dans celui de jouets en métal bruni contenant
un petit taille-crayon en plastique vil ? Je ne le sus jamais.
C'était du temps que mon père me précédait. Mon frère et moi,
adolescents, jouions avec ces objets de fantaisie sans jamais
y tailler le moindre crayon. Nous y apprîmes la route des
Caraïbes et l'envoûtante tractation du commerce de détail.
Mines
Les mines du roi Salomon ne sont rien pour moi.
Absolument rien. Mon cœur va vers les mines de
Valmanyà, au pied du Canigou. Abandonnées depuis
des lustres du temps que j'étais enfant. Mon pépé
les avait acquises avec sa petite propriété qu'il
appelait la Cova, en souvenir de son île lointaine.
Me prenant par la main, il m'y emmenait, me promettant
l'Eldorado à l'âge d'homme. Je le croyais, examinais
les pierres comme s'il s'était agi de pépites précieuses.
Je ne voyais alors qu'une bouche sombre, énorme et infinie.
Je la pris longtemps pour la bocca della verità avant que,
à l'automne de ma vie, le tunnel de Malpas ne m'en offre
une vision sereine et claire en son terme. Que sont devenues
les mines ? Il est à craindre qu'elles ne se soient encore
éboulées, remisant à jamais les rêves des enfants oubliés.
Absolument rien. Mon cœur va vers les mines de
Valmanyà, au pied du Canigou. Abandonnées depuis
des lustres du temps que j'étais enfant. Mon pépé
les avait acquises avec sa petite propriété qu'il
appelait la Cova, en souvenir de son île lointaine.
Me prenant par la main, il m'y emmenait, me promettant
l'Eldorado à l'âge d'homme. Je le croyais, examinais
les pierres comme s'il s'était agi de pépites précieuses.
Je ne voyais alors qu'une bouche sombre, énorme et infinie.
Je la pris longtemps pour la bocca della verità avant que,
à l'automne de ma vie, le tunnel de Malpas ne m'en offre
une vision sereine et claire en son terme. Que sont devenues
les mines ? Il est à craindre qu'elles ne se soient encore
éboulées, remisant à jamais les rêves des enfants oubliés.
Festejades
À Lionel et Julie, à Marie aussi.
I - Le labyrinthe
Il y eut, au cœur même de la nuit ventée,
le lacis minéral, au bord de l'encre noire,
ces mots qui nous tenaient abrités après avoir
quitté les amies de Julie, envolées, sur un parking
de maraudes comblé. La marche était rapide, la parole
mesurée. De Gruissan j'entrevoyais les enseignes éteintes.
Les oiseaux s'en étaient allés loin. Seuls cliquetaient
les cordages. Au terme de la course, un autre parking
avala le jeune couple ami et je m'en fus, sur la route
venteuse, vers cette Catalogne où mes parents dormaient.
II- La ribambelle
Comme le photographe traquant l'angle d'un regard, le décroché
d'une corniche, je cherchais un motif et la soirée avançait
quand soudain je la vis serpenter, cette longue ribambelle
de jeunes-filles enjouées. Ribaudes d'un soir longeant les
guinguettes à musiques avant de disparaître dans la nuit. Près
de la bodega des municipaux où rissolaient des sépious, il se passa
un phénomène étrange. La ribambelle fut sur le point d'accrocher le front
disjoint de garçons, mâchoires serrées, prêts à en découdre et qui ne firent rien.
III - Le pain perdu
Nous rivalisions pour savoir qui offrirait aux autres un peu de leur repas.
Marie, la première, fut la plus prompte. Et en un tournemain, la directrice
me laissa le billet bleu à la main comme un amoureux transi sur le quai d'une gare
désertée. Je me rattrapai pour la boisson avec la complicité de municipaux avisés.
Lionel, fut le deuxième larron - Marie faisant Jésus - et nous offrit de Buster Keaton
une pantomime ventée. Il emplit notre table d'assiettes en cartons portant chacune deux
tartines de pain perdu recouvertes de sucre et de pâte à tartiner. La tramontane s'en mêla,
les assiettes volèrent et les tartines churent. En bonne tourneuse, Marie s'en fut discuter
le bout de gras avec les confiseurs voisins et parvint à leur soutirer en plus des envolées
quelques tartines supplémentaires que le pauvre Lionel fut contraint d'avaler : Gruissan, mes amours...
I - Le labyrinthe
Il y eut, au cœur même de la nuit ventée,
le lacis minéral, au bord de l'encre noire,
ces mots qui nous tenaient abrités après avoir
quitté les amies de Julie, envolées, sur un parking
de maraudes comblé. La marche était rapide, la parole
mesurée. De Gruissan j'entrevoyais les enseignes éteintes.
Les oiseaux s'en étaient allés loin. Seuls cliquetaient
les cordages. Au terme de la course, un autre parking
avala le jeune couple ami et je m'en fus, sur la route
venteuse, vers cette Catalogne où mes parents dormaient.
II- La ribambelle
Comme le photographe traquant l'angle d'un regard, le décroché
d'une corniche, je cherchais un motif et la soirée avançait
quand soudain je la vis serpenter, cette longue ribambelle
de jeunes-filles enjouées. Ribaudes d'un soir longeant les
guinguettes à musiques avant de disparaître dans la nuit. Près
de la bodega des municipaux où rissolaient des sépious, il se passa
un phénomène étrange. La ribambelle fut sur le point d'accrocher le front
disjoint de garçons, mâchoires serrées, prêts à en découdre et qui ne firent rien.
III - Le pain perdu
Nous rivalisions pour savoir qui offrirait aux autres un peu de leur repas.
Marie, la première, fut la plus prompte. Et en un tournemain, la directrice
me laissa le billet bleu à la main comme un amoureux transi sur le quai d'une gare
désertée. Je me rattrapai pour la boisson avec la complicité de municipaux avisés.
Lionel, fut le deuxième larron - Marie faisant Jésus - et nous offrit de Buster Keaton
une pantomime ventée. Il emplit notre table d'assiettes en cartons portant chacune deux
tartines de pain perdu recouvertes de sucre et de pâte à tartiner. La tramontane s'en mêla,
les assiettes volèrent et les tartines churent. En bonne tourneuse, Marie s'en fut discuter
le bout de gras avec les confiseurs voisins et parvint à leur soutirer en plus des envolées
quelques tartines supplémentaires que le pauvre Lionel fut contraint d'avaler : Gruissan, mes amours...
Envahissement
Mer épaisse, comme de liqueur, d'un bleu profond
qui ne bouge en surface. Tapie dans l'œil engourdi
de sommeil et qui s'apprête à basculer vers l'autre
rivage. Tel est, à peu de choses près, l'image que je
me forme du bleu ultramarin dont vous souhaitiez naguère
qu'il envahît ma nuitée. La nuit est passée et je garde
de cet envahissement discret un souvenir serein et des vers
plein ma musette pour courir les semer sur les chemins ventés.
qui ne bouge en surface. Tapie dans l'œil engourdi
de sommeil et qui s'apprête à basculer vers l'autre
rivage. Tel est, à peu de choses près, l'image que je
me forme du bleu ultramarin dont vous souhaitiez naguère
qu'il envahît ma nuitée. La nuit est passée et je garde
de cet envahissement discret un souvenir serein et des vers
plein ma musette pour courir les semer sur les chemins ventés.
Vouvoiements
Vouvoyer, voussoyer,
le son glisse, comme
couleuvre en herbages.
Distance proche, savoureuse.
Tu me vouvoies, je te vouvoie.
Et s'il n'était ces vers, le tutoiement
serait impensable. Une audace qui fait rire
tout seul, tôt le matin, devant l'ample baie vitrée.
le son glisse, comme
couleuvre en herbages.
Distance proche, savoureuse.
Tu me vouvoies, je te vouvoie.
Et s'il n'était ces vers, le tutoiement
serait impensable. Une audace qui fait rire
tout seul, tôt le matin, devant l'ample baie vitrée.
L'autre
L'autre n'a pas de sexe
mais il a un timbre.
En français. La syllabe
centrale, accentuée, s'ouvre
démesurément, que je ne puis
reproduire. Mon au est un o
du midi. Plus timide, plus chaleureux
aussi. Comme l'ostre catalan, à peu
de choses près. Sans le s. Huître
entrouverte. À peine. Penser à l'autre
c'est avant tout pour moi le penser.
Différent, autonome, merveilleusement
autonome. Sans nulle possession. Tout juste
de l'admiration. Et une infinie reconnaissance
à la vie qui m'a permis d'en partager un brin le
parcours. Et si cette autre, aujourd'hui, c'était toi ?
mais il a un timbre.
En français. La syllabe
centrale, accentuée, s'ouvre
démesurément, que je ne puis
reproduire. Mon au est un o
du midi. Plus timide, plus chaleureux
aussi. Comme l'ostre catalan, à peu
de choses près. Sans le s. Huître
entrouverte. À peine. Penser à l'autre
c'est avant tout pour moi le penser.
Différent, autonome, merveilleusement
autonome. Sans nulle possession. Tout juste
de l'admiration. Et une infinie reconnaissance
à la vie qui m'a permis d'en partager un brin le
parcours. Et si cette autre, aujourd'hui, c'était toi ?
vendredi 22 mai 2015
Silence (petit atelier poétique en six hexasyllabes libres)
Silence de lilas,
ombre légère et forte.
Tu me lis et ne cilles.
Jamais je ne saurai
ton avis, ton sourire,
tes cris et ton rejet.
ombre légère et forte.
Tu me lis et ne cilles.
Jamais je ne saurai
ton avis, ton sourire,
tes cris et ton rejet.
jeudi 21 mai 2015
Martí au Plateau
La poussette avance lentement,
ses yeux semblent ne se poser
sur rien et pourtant il boit
le monde. Il chantonne.
Deux oies entrelacées attirent
un instant son attention. Celle
de gauche, immaculée, a l'œil droit
bleu ciel bordé d'orange pâle.
Mais déjà Martí s'endort, son souffle
calme rosit ses joues, je continuerai
en silence la promenade, en lui souriant.
ses yeux semblent ne se poser
sur rien et pourtant il boit
le monde. Il chantonne.
Deux oies entrelacées attirent
un instant son attention. Celle
de gauche, immaculée, a l'œil droit
bleu ciel bordé d'orange pâle.
Mais déjà Martí s'endort, son souffle
calme rosit ses joues, je continuerai
en silence la promenade, en lui souriant.
Formatell
Des étés vibrants de l'enfance,
m'arrive, frais, le parfum de la terre,
des chemins ravinés par le grincement des charettes
dans le temps doux où l'on courait entre les clôtures,
des jeux sur l'aire et des porches de tendresse,
inconscients dans un décor amène
des travaux de jadis, longues journées
que le paysan engraissait
de la sueur crue du métayer.
Dans les flashes subtils de la mémoire,
je retrouve la fraîcheur du souvenir de mes oncles
et le nom de Formatell évoque toujours
la plénitude qui se dégage de ces années
quand les champs de Minorque se maintenaient
au fil lent des générations
qui en reçurent les fruits, la sagesse
des racines du peuple et du parler.
À présent, à l'heure des fermes abandonnées,
des champs déserts de vie et des bastides
qui vivotent silencieuses, alanguies
comme un corps désolé qui s'incline déjà,
une île qui vit du soleil et de son paysage,
il y en a encore qui attendrissent
la terre, la fécondent et la maintiennent
abondante en fruits et généreuse.
Peut-être que les semences ou le bétail d'aujourd'hui
seront les graines pour des lendemains plus riches
en maturité et en désir de ces mains
qui sont amour fécond sur la terre.
Pere Gomila, Géographies du vent, traduit du catalan par Michel Bourret Guasteví
Archétype
Caché au cœur du cliché, sous le fronton,
d'entre la frondaison et la balustre claire,
une tête de monnaie. Inexpressive. Ataraxie.
Qu'il est reposant de découvrir un être qui
n'est pas, un archétype commode pour soutenir
l'édifice. Et pourtant... Je pense au jeune
homme qui servit de modèle, payé d'une bourse
de cuir ou d'un haricot de mouton avec du mauvais
vin. Il fut. Poussa, aima, souffrit et s'en fut,
sans que nul ne s'en souvînt. Alors l'ataraxie
cesse, un vent coulis aigre me parcourt l'échine
et je cours à ma table pour qu'il subsiste un peu.
d'entre la frondaison et la balustre claire,
une tête de monnaie. Inexpressive. Ataraxie.
Qu'il est reposant de découvrir un être qui
n'est pas, un archétype commode pour soutenir
l'édifice. Et pourtant... Je pense au jeune
homme qui servit de modèle, payé d'une bourse
de cuir ou d'un haricot de mouton avec du mauvais
vin. Il fut. Poussa, aima, souffrit et s'en fut,
sans que nul ne s'en souvînt. Alors l'ataraxie
cesse, un vent coulis aigre me parcourt l'échine
et je cours à ma table pour qu'il subsiste un peu.
Acta est fabula
La pièce jouée, les acteurs partis,
l'herbe a repris ses droits. Les pierres
se disjoignent. Bientôt il ne restera plus
des gradins qu'une pente douce de terre et
de graminées. Je croiserai peut-être alors
Antigone dans les rues étroites et minérales
qui bordent le Plateau mais je crains qu'elle
n'aie de Créon qu'une caricature fade et vaine.
l'herbe a repris ses droits. Les pierres
se disjoignent. Bientôt il ne restera plus
des gradins qu'une pente douce de terre et
de graminées. Je croiserai peut-être alors
Antigone dans les rues étroites et minérales
qui bordent le Plateau mais je crains qu'elle
n'aie de Créon qu'une caricature fade et vaine.
Glycines
Je n'ai presque pas vu les glycines cette année
et les voici déjà fanées. Je me souviens en avoir
cueilli un grelot aux Réformés et l'avoir approché
du nez de mon petit cycliste. Il avait aimé cette
odeur surannée, un peu sucrée.
Les glycines s'en sont allées vers une autre saison.
Combien de fois un homme les voit-il dans une vie ?
Quelques dizaines, si la chance lui est donné.
Mais il lui reste toujours au fond de l'âme un peu
de cette présence ingravide et que le vent embaume.
et les voici déjà fanées. Je me souviens en avoir
cueilli un grelot aux Réformés et l'avoir approché
du nez de mon petit cycliste. Il avait aimé cette
odeur surannée, un peu sucrée.
Les glycines s'en sont allées vers une autre saison.
Combien de fois un homme les voit-il dans une vie ?
Quelques dizaines, si la chance lui est donné.
Mais il lui reste toujours au fond de l'âme un peu
de cette présence ingravide et que le vent embaume.
Une correspondance
L'échange est bref, pesé, élégant.
Il se fait dans la nostalgie du papier
bouffant et de l'encre violette à la saveur
amère. Rien ne pousse les deux correspondants
à s'écrire que le plaisir de l'attente et de
la découverte hasardeuse. L'extrême soin apporté
à la rédaction ne doit pas pas faire illusion.
Ce sont des êtres simples et leur regard est pur.
Entaille dans le secret, des graminées germent qui
agacent le campeur un instant assoupi, lui apportant
la brise des antiques devis. Point de lyre ni de flûte,
la campagne invite à la marche lente, imaginée, désirée,
et au soleil qui lentement se couche sur la découverte.
Il se fait dans la nostalgie du papier
bouffant et de l'encre violette à la saveur
amère. Rien ne pousse les deux correspondants
à s'écrire que le plaisir de l'attente et de
la découverte hasardeuse. L'extrême soin apporté
à la rédaction ne doit pas pas faire illusion.
Ce sont des êtres simples et leur regard est pur.
Entaille dans le secret, des graminées germent qui
agacent le campeur un instant assoupi, lui apportant
la brise des antiques devis. Point de lyre ni de flûte,
la campagne invite à la marche lente, imaginée, désirée,
et au soleil qui lentement se couche sur la découverte.
mercredi 20 mai 2015
Poetes «al alimón»
a P. G. i M. G.
No som Lorca ni Neruda,
i l'Argentina queda lluny
de la nostra illa estimada
Som dos poetes senzills,
sense DNI on consti la nostra
essència. En Pere és una mica
més gran que jo. Escriu des de
fa més anys. Menys però millor.
De fet, aquí on em veieu, ni tan
sols sóc poeta. Sóc el seu traductor
I no respecto metre ni rima. Tradueixo
per aprendre de la seva mà la nostàlgia
pressentida, els vincles prims i potents
que uneixen un infant amb la seva terra
i el gust amarg de les vinyes arrasades.
Compartim taula i conversa. Entre carbassó
i carbassó, xerrem a poc a poc. Bec de la
seva font. Aprenc paraules. Quan comencem,
en Pere parla català ; a poc a poc ralla maonès .
Se'm cau la màscara i retrobo els mots dels avis,
meticulosament guardats per la mare a sa cuina.
Quan deixo l'illa, de nit, veig com es multipliquen
les llums dels pobles i quan estic a punt de no veure-les
ja sé que em puc posar a escriure. Sense «alimón».
No som Lorca ni Neruda,
i l'Argentina queda lluny
de la nostra illa estimada
Som dos poetes senzills,
sense DNI on consti la nostra
essència. En Pere és una mica
més gran que jo. Escriu des de
fa més anys. Menys però millor.
De fet, aquí on em veieu, ni tan
sols sóc poeta. Sóc el seu traductor
I no respecto metre ni rima. Tradueixo
per aprendre de la seva mà la nostàlgia
pressentida, els vincles prims i potents
que uneixen un infant amb la seva terra
i el gust amarg de les vinyes arrasades.
Compartim taula i conversa. Entre carbassó
i carbassó, xerrem a poc a poc. Bec de la
seva font. Aprenc paraules. Quan comencem,
en Pere parla català ; a poc a poc ralla maonès .
Se'm cau la màscara i retrobo els mots dels avis,
meticulosament guardats per la mare a sa cuina.
Quan deixo l'illa, de nit, veig com es multipliquen
les llums dels pobles i quan estic a punt de no veure-les
ja sé que em puc posar a escriure. Sense «alimón».
Un dialogue
Comme mille autres. Mais si différent.
Un dialogue à mots comptés, à mots perlés.
Un dialogue à colin-maillard où l'on découvre
l'autre en s'exposant soi-même par de petits
détails de la vie alentour. Des brindilles,
les fibres d'une chemise accrochées à l'étendoir
et dont on fait, comme on le peut, un arc-en-ciel
du pauvre. Un dialogue clair, sans faux-semblant,
et que je souhaite prolonger, au-delà du miroir.
Un dialogue à mots comptés, à mots perlés.
Un dialogue à colin-maillard où l'on découvre
l'autre en s'exposant soi-même par de petits
détails de la vie alentour. Des brindilles,
les fibres d'une chemise accrochées à l'étendoir
et dont on fait, comme on le peut, un arc-en-ciel
du pauvre. Un dialogue clair, sans faux-semblant,
et que je souhaite prolonger, au-delà du miroir.
Vigne au début des années 80
La treille était encore sous le porche,
je me souvenais d'abord de quand elle fut vigne,
nom hérité par tant de jardins de nos îles
d'un temps où les ceps poussaient fièrement
avant d'être rasés par le sombre genêt
du grand phylloxera, ces vignes
qui changèrent le raisin pour d'autres arbres
fruitiers dans l'entrain de mains humbles.
Il ne venait pas de lîle, ce vin des coteaux
que nous buvions dans des virées péripatéticiennes
ou dans des silences consacrés quand nous entendions
le torrent débridé, élémentaire,
des vers de Salvat-Papasseit dits par Ovidi Montllor
ou les chansons de Mikis Theodorakis
dans la voix tremblante de Farnatouri,
la beauté et la douleur qui emplissaient des coupes
de ferments, de désirs et de moût antique.
Nous distillions des heures les mots
aimés des vers d'Ausiàs March
et nous connaissions le philtre du druide
qui nous abreuvait d'effluves de poèmes
enracinés dans la terre et dans le droit
de pouvoir être ce que nous sommes en plénitude,
sans la menace permanente d'être étouffés.
Simple et élémentaire comme de se lever
chaque matin, comme de faire l'amour ou de s'asseoir
autour d'une table, ou de contempler
le coucher du soleil sur la mer étale.
Il réchauffe encore, le vin de ces heures,
le désir dans la chair, la voix cassée
qui veut davantage et davantage de chant dans la certitude
de nous savoir bien vivants par la parole
d'entre la poussière sèche des coups de vent.
Ne crains jamais l'entaille amère qui succède
à ces vignes que nous avons perdues mais
la terre stérile et crue de l'oubli,
les restes froissés des sarments
qui n'enflammèrent pas, d'un coup, un dernier feu.
Pere Gomila, Géographies du vent, trad. du catalan par Michel Bourret Guasteví
je me souvenais d'abord de quand elle fut vigne,
nom hérité par tant de jardins de nos îles
d'un temps où les ceps poussaient fièrement
avant d'être rasés par le sombre genêt
du grand phylloxera, ces vignes
qui changèrent le raisin pour d'autres arbres
fruitiers dans l'entrain de mains humbles.
Il ne venait pas de lîle, ce vin des coteaux
que nous buvions dans des virées péripatéticiennes
ou dans des silences consacrés quand nous entendions
le torrent débridé, élémentaire,
des vers de Salvat-Papasseit dits par Ovidi Montllor
ou les chansons de Mikis Theodorakis
dans la voix tremblante de Farnatouri,
la beauté et la douleur qui emplissaient des coupes
de ferments, de désirs et de moût antique.
Nous distillions des heures les mots
aimés des vers d'Ausiàs March
et nous connaissions le philtre du druide
qui nous abreuvait d'effluves de poèmes
enracinés dans la terre et dans le droit
de pouvoir être ce que nous sommes en plénitude,
sans la menace permanente d'être étouffés.
Simple et élémentaire comme de se lever
chaque matin, comme de faire l'amour ou de s'asseoir
autour d'une table, ou de contempler
le coucher du soleil sur la mer étale.
Il réchauffe encore, le vin de ces heures,
le désir dans la chair, la voix cassée
qui veut davantage et davantage de chant dans la certitude
de nous savoir bien vivants par la parole
d'entre la poussière sèche des coups de vent.
Ne crains jamais l'entaille amère qui succède
à ces vignes que nous avons perdues mais
la terre stérile et crue de l'oubli,
les restes froissés des sarments
qui n'enflammèrent pas, d'un coup, un dernier feu.
Pere Gomila, Géographies du vent, trad. du catalan par Michel Bourret Guasteví
Les paraules perdudes / Les mots perdus
Una nit de primavera, un malson
em despertà amb els ulls oberts
i la boca resseca. Havia perdut
els mots i el seu suau cantar.
En comptes de desesperar-me, repassí
les llengües que sabia. De les comunes
a les estrafolàries. Del volapük em
vingué pokamon amb ressonància de vell
joc infantil. Però de la meva tan estimada
llengua: no res ; ni una parauleta per
irrisòria que fos. Però només era un malson...
***
Une nuit de printemps, un cauchemar
me réveilla, les yeux ouverts
et la bouche sèche. J'avais perdu
mes mots et leur douce mélodie.
Au lieu de perdre tout espoir, je me repassai
les langues que je connaissais. Depuis les plus
communes jusqu'aux extravagantes. Du volapük
ne vint pokamon avec ses résonances de vieux
jeu pour enfant. Mais de ma très chère
langue : rien ; pas même un petit mot, pour
dérisoire qu'il fût. Mais ce n'était qu'un cauchemar.
em despertà amb els ulls oberts
i la boca resseca. Havia perdut
els mots i el seu suau cantar.
En comptes de desesperar-me, repassí
les llengües que sabia. De les comunes
a les estrafolàries. Del volapük em
vingué pokamon amb ressonància de vell
joc infantil. Però de la meva tan estimada
llengua: no res ; ni una parauleta per
irrisòria que fos. Però només era un malson...
***
Une nuit de printemps, un cauchemar
me réveilla, les yeux ouverts
et la bouche sèche. J'avais perdu
mes mots et leur douce mélodie.
Au lieu de perdre tout espoir, je me repassai
les langues que je connaissais. Depuis les plus
communes jusqu'aux extravagantes. Du volapük
ne vint pokamon avec ses résonances de vieux
jeu pour enfant. Mais de ma très chère
langue : rien ; pas même un petit mot, pour
dérisoire qu'il fût. Mais ce n'était qu'un cauchemar.
Silencio ultramarino
Me gusta el silencio de la noche,
el preciso momento cuando te preparas
al sueño y todavía no estoy despierto.
Me gusta perder las manecillas de la pared
de relojes que unen el mundo con el pretexto
de dividirlo.
Me gusta tu silencio, la preparación de un
evento lejano y que te absorbas entera
cuando ya no te has dormido.
el preciso momento cuando te preparas
al sueño y todavía no estoy despierto.
Me gusta perder las manecillas de la pared
de relojes que unen el mundo con el pretexto
de dividirlo.
Me gusta tu silencio, la preparación de un
evento lejano y que te absorbas entera
cuando ya no te has dormido.
Au fond de l'aquarium
J'avais un aquarium rond,
où tournaient deux poissons,
usés par la lumière et la ronde
incessante. Je voyais pâlir leur
éclat et jaunir leur orange et puis
je regardais au fond, d'entre les
herbes vertes, ces cailloux colorés
dont on les habillait alors.
Couleurs primaires et bon marché :
du rouge, du bleu, du jaune, pareilles
à celles des billes de plâtre de la
récréation. Ils me fascinaient puis
un jour me quittèrent bien avant l'aquarium.
J'en ignore le nombre et la forme. Tout juste
ai-je dans les yeux leur nuancier joli qui
égayait mes jours d'un silence et d'oubli.
où tournaient deux poissons,
usés par la lumière et la ronde
incessante. Je voyais pâlir leur
éclat et jaunir leur orange et puis
je regardais au fond, d'entre les
herbes vertes, ces cailloux colorés
dont on les habillait alors.
Couleurs primaires et bon marché :
du rouge, du bleu, du jaune, pareilles
à celles des billes de plâtre de la
récréation. Ils me fascinaient puis
un jour me quittèrent bien avant l'aquarium.
J'en ignore le nombre et la forme. Tout juste
ai-je dans les yeux leur nuancier joli qui
égayait mes jours d'un silence et d'oubli.
Gemmes
Je ne connais pas ton écriture,
le ballet de l'encre sur ta page,
les frôlements de ton poignet
au-dessous. Lies-tu les lettres
ou bien les distingues-tu en îles
petites, en archipels de sens ?
Je ne connais que les caractères
noirs, sans empattement, dont mon
logiciel habille tes mots. Alors,
souvent, je lis une phrase aux
allures de vers puis je ferme les
yeux et la fais rouler dans ma bouche,
dégageant des gemmes polies, de formes
et de couleurs diverses. Ce ne sont plus
dès lors les mots de la tribu, mais les tiens,
mystérieuse correspondante à la parole rare et
au verbe élégant. M'apprendras-tu, un jour, le secret
de leur éclat ou bien le tairas-tu pour mieux m'en envoûter ?
le ballet de l'encre sur ta page,
les frôlements de ton poignet
au-dessous. Lies-tu les lettres
ou bien les distingues-tu en îles
petites, en archipels de sens ?
Je ne connais que les caractères
noirs, sans empattement, dont mon
logiciel habille tes mots. Alors,
souvent, je lis une phrase aux
allures de vers puis je ferme les
yeux et la fais rouler dans ma bouche,
dégageant des gemmes polies, de formes
et de couleurs diverses. Ce ne sont plus
dès lors les mots de la tribu, mais les tiens,
mystérieuse correspondante à la parole rare et
au verbe élégant. M'apprendras-tu, un jour, le secret
de leur éclat ou bien le tairas-tu pour mieux m'en envoûter ?
mardi 19 mai 2015
Marque-pages et marque-vie
à S. R.
Ticket froissé d'une lointaine cafétéria,
fleur séchée, précocement pâlie entre les pages,
languette de cuir doré à l'or fin ou index de
carton souple, les marque-pages jalonnent une
lecture puis s'endorment au hasard. Quiconque
les trouve ne doit pas se méprendre : ils ne
désignent pas le dernier pan de texte englouti
avant l'endormissement. Non, ils sont un signe
ténu d'appropriation. Comme l'empreinte digitale
sur un verre de vin, où la marque du soulier sur
la terre battue. Et qu'en est-il de ces livres
qui marquent notre territoire ? Entamés, reportés
à un jour meilleur, abandonnés, retrouvés.
Sur la table de chevet, à même le lit, soigneusement
déposés ou ouverts contre la table ou le drap à
s'en faire péter la reliure ? Mutatis mutandis.
Le marque-page fait mémoire, le livre marque la vie.
Ticket froissé d'une lointaine cafétéria,
fleur séchée, précocement pâlie entre les pages,
languette de cuir doré à l'or fin ou index de
carton souple, les marque-pages jalonnent une
lecture puis s'endorment au hasard. Quiconque
les trouve ne doit pas se méprendre : ils ne
désignent pas le dernier pan de texte englouti
avant l'endormissement. Non, ils sont un signe
ténu d'appropriation. Comme l'empreinte digitale
sur un verre de vin, où la marque du soulier sur
la terre battue. Et qu'en est-il de ces livres
qui marquent notre territoire ? Entamés, reportés
à un jour meilleur, abandonnés, retrouvés.
Sur la table de chevet, à même le lit, soigneusement
déposés ou ouverts contre la table ou le drap à
s'en faire péter la reliure ? Mutatis mutandis.
Le marque-page fait mémoire, le livre marque la vie.
«L'autre est toujours un monde différent.»
Léger déséquilibre du décasyllabe,
la sentence ne tombe pas, elle ouvre.
Vers un espace neuf et infini.
Nulle terra incognita de fantaisie,
cependant, et ce serait en vain que
l'on y chercherait des monstres
effrayants dessinés à la plume. Non,
la rime est masculine, oxytone. Ce
n'est pas l'élégante différence qui
se marque, c'est le différent qui
s'impose et interroge. Point de pareil
au même dans ce beau vers.
Et la curiosité de s'en trouver éveillée.
On songe bien sûr au volapük, langue si
complexe qu'elle échappait même à son
créateur. Je fais silence. J'aime que les
mots d'une amie me poussent dans mes
retranchements. Yeux ouverts, sourire aux lèvres.
la sentence ne tombe pas, elle ouvre.
Vers un espace neuf et infini.
Nulle terra incognita de fantaisie,
cependant, et ce serait en vain que
l'on y chercherait des monstres
effrayants dessinés à la plume. Non,
la rime est masculine, oxytone. Ce
n'est pas l'élégante différence qui
se marque, c'est le différent qui
s'impose et interroge. Point de pareil
au même dans ce beau vers.
Et la curiosité de s'en trouver éveillée.
On songe bien sûr au volapük, langue si
complexe qu'elle échappait même à son
créateur. Je fais silence. J'aime que les
mots d'une amie me poussent dans mes
retranchements. Yeux ouverts, sourire aux lèvres.
lundi 18 mai 2015
«Je suis surprise de m'en voir l'objet.»
Coupé à l'hémistiche comme tige de coquelicot,
le décasyllabe est valéryen. Et je pense à Corona
et Coronilla, son dernier recueil, chant d'amour
délicat, absolu, sans âge et que l'on fait sien,
comme les Poèmes à Lou d'Apollinaire.
Oui, vous en êtes l'objet, je ne l'ai pas cherché,
vos mots mêmes m'y ont invité qui ne sont pas un
miroir mais un ferment, cailloux jetés dans l'onde
claire et dont je vois les reflets remonter lentement
jusqu'à moi.
J'aime ces mots qui nous lient à nos corps défendants,
repoussant la rencontre qu'ils nourrissent déjà.
Un café brûlant dans une tasse étroite, tournoyant
sous vos doigts, m'inspirera peut-être.
le décasyllabe est valéryen. Et je pense à Corona
et Coronilla, son dernier recueil, chant d'amour
délicat, absolu, sans âge et que l'on fait sien,
comme les Poèmes à Lou d'Apollinaire.
Oui, vous en êtes l'objet, je ne l'ai pas cherché,
vos mots mêmes m'y ont invité qui ne sont pas un
miroir mais un ferment, cailloux jetés dans l'onde
claire et dont je vois les reflets remonter lentement
jusqu'à moi.
J'aime ces mots qui nous lient à nos corps défendants,
repoussant la rencontre qu'ils nourrissent déjà.
Un café brûlant dans une tasse étroite, tournoyant
sous vos doigts, m'inspirera peut-être.
Un dimanche sans heure
J'aime tant les fleurs que je ne puis en recevoir,
surtout les coquelicots qui fanent aussitôt cueillis.
Hier pourtant j'ai reçu la plus belle des fleurs à la fin
d'une jolie missive. Une amie chère m'y souhaitait un
dimanche sans heure. J'ai tourné et retourné ces quatre mots
dans ma bouche avant de les faire miens. Bien sûr, mon dimanche
a eu ses heures, ne serait-ce que pour chérir mes parents et mon petit
qui m'accompagnait. Mais j'y ai glissé un peu de cette inactualité
qu'elle me souhaitait. Dans mes dialogues, mes gestes et jusqu'à l'écriture
de mes vers qui sut s'affranchir de l'irrémédiable tombée d'un soir de mai.
surtout les coquelicots qui fanent aussitôt cueillis.
Hier pourtant j'ai reçu la plus belle des fleurs à la fin
d'une jolie missive. Une amie chère m'y souhaitait un
dimanche sans heure. J'ai tourné et retourné ces quatre mots
dans ma bouche avant de les faire miens. Bien sûr, mon dimanche
a eu ses heures, ne serait-ce que pour chérir mes parents et mon petit
qui m'accompagnait. Mais j'y ai glissé un peu de cette inactualité
qu'elle me souhaitait. Dans mes dialogues, mes gestes et jusqu'à l'écriture
de mes vers qui sut s'affranchir de l'irrémédiable tombée d'un soir de mai.
dimanche 17 mai 2015
Vorejant el canal / En longeant le canal
Vorejant el canal, fosquet,
camino per la sorra deixada
per milers de passejants.
Les meves sabates s'hi tenyen
de color de vida, pena i treball.
I quan miro l'aigua ennegrida pel
capvespre tan proper, no hi veig
la meva cara, sinó les cames cansades
i els esclops de fusta dels antics
sirgadors, homes de poques paraules
i força descominal, sense qui encara
jo seria un esclau sense rumb.
***
En longeant le canal, sur le tard,
je marche sur le sable laissé
par des milliers de promeneurs.
Mes souliers s'y teignent
de la couleur de la vie, de la peine et du travail.
Et quand je regarde l'eau noircie par
la tombée du soir si proche, je n'y vois pas
mon visage, mais les jambes fatiguées
et les sabots de bois des anciens
haleurs, hommes de peu de paroles
et à la force hors du commun sans qui
je serais encore un esclave sans but.
camino per la sorra deixada
per milers de passejants.
Les meves sabates s'hi tenyen
de color de vida, pena i treball.
I quan miro l'aigua ennegrida pel
capvespre tan proper, no hi veig
la meva cara, sinó les cames cansades
i els esclops de fusta dels antics
sirgadors, homes de poques paraules
i força descominal, sense qui encara
jo seria un esclau sense rumb.
***
En longeant le canal, sur le tard,
je marche sur le sable laissé
par des milliers de promeneurs.
Mes souliers s'y teignent
de la couleur de la vie, de la peine et du travail.
Et quand je regarde l'eau noircie par
la tombée du soir si proche, je n'y vois pas
mon visage, mais les jambes fatiguées
et les sabots de bois des anciens
haleurs, hommes de peu de paroles
et à la force hors du commun sans qui
je serais encore un esclave sans but.
Ceux que j'aime
Ceux que j'aime vivent de leur côté.
Parfois nous nous croisons, nous frôlons
ou nous étreignons. Un temps. Parfois deux.
Puis nous repartons, chacun de notre côté.
Enfants, parents, frère, amantes, amies et
amis, présence bigarrée de personnes uniques
et dont la présence m'est nécessaire, jamais
indispensable. Ils viennent quand bon leur semble,
la musette pleine de victuailles, la guitare de chansons.
Mais quand ils sont partis, devant l'écran silencieux de
mes nuits sans sommeil, je revis leur chaude présence et,
sans qu'ils ne s'en doutent toujours, je leur dédie ma parole.
Parfois nous nous croisons, nous frôlons
ou nous étreignons. Un temps. Parfois deux.
Puis nous repartons, chacun de notre côté.
Enfants, parents, frère, amantes, amies et
amis, présence bigarrée de personnes uniques
et dont la présence m'est nécessaire, jamais
indispensable. Ils viennent quand bon leur semble,
la musette pleine de victuailles, la guitare de chansons.
Mais quand ils sont partis, devant l'écran silencieux de
mes nuits sans sommeil, je revis leur chaude présence et,
sans qu'ils ne s'en doutent toujours, je leur dédie ma parole.
Portes obertes / Portes ouvertes
Portes obertes, despatx tancat.
A dalt, les parets fan olor de fusta
bona i la veu s'atura, buscant els
contorns d'un moment per compartir.
Unes hores, uns instants determinants,
l'ombra d'en Pepe Rubianes al record
rialler d'un degà. S'obre un futur sobre
calaixos freds. La vida neix de la mort
aliena. Una noia somriu. Per fi.
***
Portes ouvertes, bureau fermé.
En haut, les murs sentent bon le bois
massif et la voix s'arrête, recherchant
les contours d'un moment à partager.
Quelques heures, quelques instant déterminants,
l'ombre de Pepe Rubianes dans le souvenir
enjoué d'un doyen. Un futur s'ouvre sur
des tiroirs froids. La vie naît de la mort
d'autrui. Une jeune-fille sourit. Enfin.
A dalt, les parets fan olor de fusta
bona i la veu s'atura, buscant els
contorns d'un moment per compartir.
Unes hores, uns instants determinants,
l'ombra d'en Pepe Rubianes al record
rialler d'un degà. S'obre un futur sobre
calaixos freds. La vida neix de la mort
aliena. Una noia somriu. Per fi.
***
Portes ouvertes, bureau fermé.
En haut, les murs sentent bon le bois
massif et la voix s'arrête, recherchant
les contours d'un moment à partager.
Quelques heures, quelques instant déterminants,
l'ombre de Pepe Rubianes dans le souvenir
enjoué d'un doyen. Un futur s'ouvre sur
des tiroirs froids. La vie naît de la mort
d'autrui. Une jeune-fille sourit. Enfin.
Tes amis
Ils sont dix, ils sont cent,
frange décoiffée sur un matin
de givre. Qu'importe l'heure
ou le lieu, ils seront là, fidèles,
enjoués, dans le vin rouge ou l'âcre
fumée bleue. Flaubert peut bien mariner
sur son divan, le regard perdu dans les
cheveux d'Emma, la soirée avance, on fait
rissoler la côtelette et les patates.
Ça sent bon, quelqu'un propose Garbarek,
nul ne l'écoute. Et si le camion de la
blanchisserie n'était pas passé à cet instant ?
Mais personne ne se souvient de Barthes et de son
amour pour les jeunes garçons timides et enfiévrés.
Alors on surligne des mots et on s'endort heureux.
frange décoiffée sur un matin
de givre. Qu'importe l'heure
ou le lieu, ils seront là, fidèles,
enjoués, dans le vin rouge ou l'âcre
fumée bleue. Flaubert peut bien mariner
sur son divan, le regard perdu dans les
cheveux d'Emma, la soirée avance, on fait
rissoler la côtelette et les patates.
Ça sent bon, quelqu'un propose Garbarek,
nul ne l'écoute. Et si le camion de la
blanchisserie n'était pas passé à cet instant ?
Mais personne ne se souvient de Barthes et de son
amour pour les jeunes garçons timides et enfiévrés.
Alors on surligne des mots et on s'endort heureux.
Le Belvédère du Mont Toro
Couleurs pâlies. Photographie
de dos au belvédère. L'éclat
des yeux adolescents, le large sourire
dessiné contre le temps. Et déjà le silence.
L'amphore aveugle envasée en son fond.
Et si souvent dans ce même belvédère,
nous avons suspendu l'instant en perdant le regard
sur le contour précis du champ étendu,
les sentiers perdus, le complexe
labyrinthe de la pierre, la limite bleue,
absorbés et frappés comme par la prière
du pénitent qui, pieds nus, attend
le plus incertain des prodiges ou s'acquitte d'une dette,
confus dans la lumière comme celui qui pénètre
dans l'inconscience profonde du secret.
Souvent également depuis d'autres belvédères,
absorbés pareillementsur le temps dévasté
nous tournons les yeux. Pénombre d'un paysage,
les limites certaines, le vide de la frontière
et le vent dans la poussière de ceux qui tombèrent.
Pere Gomila, Géographies du vent, trad. du catalan par Michel Bourret Guasteví
de dos au belvédère. L'éclat
des yeux adolescents, le large sourire
dessiné contre le temps. Et déjà le silence.
L'amphore aveugle envasée en son fond.
Et si souvent dans ce même belvédère,
nous avons suspendu l'instant en perdant le regard
sur le contour précis du champ étendu,
les sentiers perdus, le complexe
labyrinthe de la pierre, la limite bleue,
absorbés et frappés comme par la prière
du pénitent qui, pieds nus, attend
le plus incertain des prodiges ou s'acquitte d'une dette,
confus dans la lumière comme celui qui pénètre
dans l'inconscience profonde du secret.
Souvent également depuis d'autres belvédères,
absorbés pareillementsur le temps dévasté
nous tournons les yeux. Pénombre d'un paysage,
les limites certaines, le vide de la frontière
et le vent dans la poussière de ceux qui tombèrent.
Pere Gomila, Géographies du vent, trad. du catalan par Michel Bourret Guasteví
samedi 16 mai 2015
Le puits de Patarrà
Nous étions gamins, le risque ne nous faisait pas peur.
Nous étions tentés par le danger et l'aventure,
l'entrée dans l'inconnu ou la découverte
de la limite minérale, l'ombre derrière
l'ouverture béante qui nous avalait lentement
jusqu'à son ventre humide de pure roche.
Joyeux, imprudents, nous nous soumettions
à l'appel profond sur le tapis
qui étendait la mousse sur les marches
avec le piétinement doux de celui qui veille
et dont le sommeil vainc enfin l'angoisse.
Et quand, après, nous touchions, tremblants,
ce fond sec avec des airs de victoire,
nous regardions, tête dressée, le trou bleu,
le monde lointain, plongés dans le silence.
Après tant d'années, un puits encore te tente,
ouvert au milieu de nulle part,
à l'écho minéral pour que tu t'y enfonces
en descendant la paroi. Et tu dégringoles,
imprudent, comme autrefois, les marches incertaines,
la main ferme contre le mur vertical
en descente mal assurée, sans cordée,
chargé de passé et de scepticisme,
jusqu'au tréfonds de toi-même,
jusqu'à la profonde incertitude des limites.
Que cherches-tu donc dans les entrailles profondes ?
Tu ne trouveras nulle réponse au vertige,
sinon la certitude de la descente.
Pere Gomila, Géographies du vent, trad. du catalan par Michel Bourret Guasteví
Nous étions tentés par le danger et l'aventure,
l'entrée dans l'inconnu ou la découverte
de la limite minérale, l'ombre derrière
l'ouverture béante qui nous avalait lentement
jusqu'à son ventre humide de pure roche.
Joyeux, imprudents, nous nous soumettions
à l'appel profond sur le tapis
qui étendait la mousse sur les marches
avec le piétinement doux de celui qui veille
et dont le sommeil vainc enfin l'angoisse.
Et quand, après, nous touchions, tremblants,
ce fond sec avec des airs de victoire,
nous regardions, tête dressée, le trou bleu,
le monde lointain, plongés dans le silence.
Après tant d'années, un puits encore te tente,
ouvert au milieu de nulle part,
à l'écho minéral pour que tu t'y enfonces
en descendant la paroi. Et tu dégringoles,
imprudent, comme autrefois, les marches incertaines,
la main ferme contre le mur vertical
en descente mal assurée, sans cordée,
chargé de passé et de scepticisme,
jusqu'au tréfonds de toi-même,
jusqu'à la profonde incertitude des limites.
Que cherches-tu donc dans les entrailles profondes ?
Tu ne trouveras nulle réponse au vertige,
sinon la certitude de la descente.
Pere Gomila, Géographies du vent, trad. du catalan par Michel Bourret Guasteví
Mentida petita / Un petit mensonge
Els pares et compraren un petit vaixell de plàstic,
groc i vermell, i et digueren que un dia et portaria
al país on pintaven els quadres. Passaren anys i segles.
anares a la universitat. Aprengueres a llegir i observar.
Se t'entraren quadres i poemes al cor i a la ment. Un dia
deixares als pares i te n'anares al vell continent. Havies
oblidat el vaixell de plàstic però sense moure's, calladet,
guiava les teves passes de la mà d'una mentida petita. D'amor.
***
Tes parents t'avaient acheté un petit bateau en plastique,
jaune et rouge et ils te dirent qu'un jour ils t'emmèneraient
au pays où l'on peignait les tableaux. Des années s'écoulèrent, des siècles.
Tu allas à l'université. Tu y appris à lire et à observer.
Tableaux et poèmes pénétrèrent ton cœur et ton esprit. Un jour
tu laissas tes parent et tu allas sur le vieux continent. Tu avais
oublié le bateau en plastique mais sans bouger ni dire mot,
il guidait tes pas sous la houlette d'un petit mensonge. D'amour.
groc i vermell, i et digueren que un dia et portaria
al país on pintaven els quadres. Passaren anys i segles.
anares a la universitat. Aprengueres a llegir i observar.
Se t'entraren quadres i poemes al cor i a la ment. Un dia
deixares als pares i te n'anares al vell continent. Havies
oblidat el vaixell de plàstic però sense moure's, calladet,
guiava les teves passes de la mà d'una mentida petita. D'amor.
***
Tes parents t'avaient acheté un petit bateau en plastique,
jaune et rouge et ils te dirent qu'un jour ils t'emmèneraient
au pays où l'on peignait les tableaux. Des années s'écoulèrent, des siècles.
Tu allas à l'université. Tu y appris à lire et à observer.
Tableaux et poèmes pénétrèrent ton cœur et ton esprit. Un jour
tu laissas tes parent et tu allas sur le vieux continent. Tu avais
oublié le bateau en plastique mais sans bouger ni dire mot,
il guidait tes pas sous la houlette d'un petit mensonge. D'amour.
L'amor d'una filla
a L. G.
Onze minuts i tota una vida,
recollida amb paciència. I més.
En blanc i negre, a tot color,
somriures, frecs de cossos i
sentiments. Portes obertes cap
a unes vides compartides, encara
més saboroses per passades. Deixar
un rastre. No el volgué i tu no
el busques. Casualitats guiades:
la mà d'una filla i la d'una mare.
I a l'altre extrem del mar, uns cosins
llunyans que assaboreixen l'arrel comuna.
Onze minuts i tota una vida,
recollida amb paciència. I més.
En blanc i negre, a tot color,
somriures, frecs de cossos i
sentiments. Portes obertes cap
a unes vides compartides, encara
més saboroses per passades. Deixar
un rastre. No el volgué i tu no
el busques. Casualitats guiades:
la mà d'una filla i la d'una mare.
I a l'altre extrem del mar, uns cosins
llunyans que assaboreixen l'arrel comuna.
Correspondances enfantines
On écrivait sur des blocs de papier
épais parfumé dont j'apprendrais plus tard
l'austère classification DIN : A5. On me l'eût dit alors
que je me fusse écrié, assurément. «À cinq ? Mais à cinq,
on peut en faire des choses !» Sans nulle malice.
On écrivait à l'encre bleu des mers du Sud, avec des stylos
bon marché, invariablement jaune d'or et qui fuyaient, laissant
à l'index, parfois au pouce et au majeur, la trace âcre et pâle
du délicieux délit. L'enfance tardive ignorait les conventions
de sexe. La lettre rédigée, garçon ou fille, on la pliait en quatre,
humectait religieusement du plat de la langue la face adhésive
du timbre rouge - le vert était pour les avares ou les patients -
et on refermait le verso de formules aujourd'hui disparues : FPMB
(«fermé par mille baisers»), PFPPCANAP («Petit facteur, presse le pas,
car l'amitié n'attend pas»). Les lettres tardaient à parvenir à leur
destinataire et à recevoir réponse. Avec ma correspondante finnoise
cela mettait des semaines, parfois des mois. Notre anglais n'était
guère fameux - le sien assurément meilleur - mais j'arborais la missive
turquoise comme un noble étendard qui m'ouvrirait les portes de l'âge
adulte. - Dis, papa, tu t'en souviens ? - Et pourtant nous étions heureux.
épais parfumé dont j'apprendrais plus tard
l'austère classification DIN : A5. On me l'eût dit alors
que je me fusse écrié, assurément. «À cinq ? Mais à cinq,
on peut en faire des choses !» Sans nulle malice.
On écrivait à l'encre bleu des mers du Sud, avec des stylos
bon marché, invariablement jaune d'or et qui fuyaient, laissant
à l'index, parfois au pouce et au majeur, la trace âcre et pâle
du délicieux délit. L'enfance tardive ignorait les conventions
de sexe. La lettre rédigée, garçon ou fille, on la pliait en quatre,
humectait religieusement du plat de la langue la face adhésive
du timbre rouge - le vert était pour les avares ou les patients -
et on refermait le verso de formules aujourd'hui disparues : FPMB
(«fermé par mille baisers»), PFPPCANAP («Petit facteur, presse le pas,
car l'amitié n'attend pas»). Les lettres tardaient à parvenir à leur
destinataire et à recevoir réponse. Avec ma correspondante finnoise
cela mettait des semaines, parfois des mois. Notre anglais n'était
guère fameux - le sien assurément meilleur - mais j'arborais la missive
turquoise comme un noble étendard qui m'ouvrirait les portes de l'âge
adulte. - Dis, papa, tu t'en souviens ? - Et pourtant nous étions heureux.
Un bar petit (a Cas Vesins)
Estret i fosc malgrat les parets blanques,
el bar és de frontera, entre la plaça que
s'aprima i el carrer de Sant Bartomeu.
Una terrasseta, dues o tres taules de fusta
bona, i unes cadires plegables que criden
llur solitud quan la nit les abandona per
mirar-se en la lluna. Els altres bars viuen
el futbol amb llums de foc i olor de vermut.
Ell, pacient ens espera, amb porta de vidre
com una crêperie bretonne. A dintre hi cabem
tots. A l'esquerra del mostrador, un llarg
passadís blanc de cadires callades com una
classe, un dia de Setmana Santa. Al fons, una
diapositiva que no canviaran mai. Dos poetes
i dues cerveses. Comença l'acte, el bar gaudeix.
el bar és de frontera, entre la plaça que
s'aprima i el carrer de Sant Bartomeu.
Una terrasseta, dues o tres taules de fusta
bona, i unes cadires plegables que criden
llur solitud quan la nit les abandona per
mirar-se en la lluna. Els altres bars viuen
el futbol amb llums de foc i olor de vermut.
Ell, pacient ens espera, amb porta de vidre
com una crêperie bretonne. A dintre hi cabem
tots. A l'esquerra del mostrador, un llarg
passadís blanc de cadires callades com una
classe, un dia de Setmana Santa. Al fons, una
diapositiva que no canviaran mai. Dos poetes
i dues cerveses. Comença l'acte, el bar gaudeix.
vendredi 15 mai 2015
Constance
J'aime t'emporter avec moi, dans ma poche revolver,
quand je sillonne les villes. Je monte, descends,
dialogue, me retiens, imagine, programme jusqu'à
oublier cette induration oblongue qui te lie à moi,
sans lien ni promesse. Une légère vibration et l'échange
s'amorce qu'interrompt un klaxon impatient ou une tâche
accessoire mais qui cependant m'occupe un temps, rien qu'un
temps. Le reste est à toi, si tu le veux, à toi et aux livres
patiemment cornés, réservés, désirés. J'y ajouterai la musique
en suspens, cuivre froid que les draps tiédissent avant que le
sommeil ne m'absorbe tout à fait. Avec constance. Lui aussi.
quand je sillonne les villes. Je monte, descends,
dialogue, me retiens, imagine, programme jusqu'à
oublier cette induration oblongue qui te lie à moi,
sans lien ni promesse. Une légère vibration et l'échange
s'amorce qu'interrompt un klaxon impatient ou une tâche
accessoire mais qui cependant m'occupe un temps, rien qu'un
temps. Le reste est à toi, si tu le veux, à toi et aux livres
patiemment cornés, réservés, désirés. J'y ajouterai la musique
en suspens, cuivre froid que les draps tiédissent avant que le
sommeil ne m'absorbe tout à fait. Avec constance. Lui aussi.
Souffle
Si évident,
si transparent,
pour tant et tant.
Le souffle se fraie
un chemin d'épines
entre tes côtes serrées.
Et qui voit un sourire sur
ton visage, devrait s'interroger
sur tes rides soudain marquées.
La parole sort de ta bouche en flot
ininterrompu qui trébuche et se relève,
flux insécable. Le temps t'est compté
entre deux bouffées de ce liquide froid
et violet dont je reproduirai en te veillant
nuit après nuit, si tu le veux, la douce retombée.
si transparent,
pour tant et tant.
Le souffle se fraie
un chemin d'épines
entre tes côtes serrées.
Et qui voit un sourire sur
ton visage, devrait s'interroger
sur tes rides soudain marquées.
La parole sort de ta bouche en flot
ininterrompu qui trébuche et se relève,
flux insécable. Le temps t'est compté
entre deux bouffées de ce liquide froid
et violet dont je reproduirai en te veillant
nuit après nuit, si tu le veux, la douce retombée.
jeudi 14 mai 2015
Rues
Rues inconnues que tu traverses quand je dors,
rencontres furtives : tu cherches non pas l'amitié
ni même la simple camaraderie, mais à louer ta force
de travail et ton intelligence. Plusieurs langues parlent
en toi et nul ne les entend. Ou pas eux, pas encore.
S'ils savaient, s'ils savaient tes trésors, ils barreraient
les rues à grand renfort de pavés et incendieraient des voitures
pour ton regard un instant arrêter. Mais ils ne le font, pour l'instant,
et tu marches dans les rues. Sans jamais t'y attarder.
rencontres furtives : tu cherches non pas l'amitié
ni même la simple camaraderie, mais à louer ta force
de travail et ton intelligence. Plusieurs langues parlent
en toi et nul ne les entend. Ou pas eux, pas encore.
S'ils savaient, s'ils savaient tes trésors, ils barreraient
les rues à grand renfort de pavés et incendieraient des voitures
pour ton regard un instant arrêter. Mais ils ne le font, pour l'instant,
et tu marches dans les rues. Sans jamais t'y attarder.
Ballons
Légers ou lourds, ils vont où le hasard les guide,
espiègle ou empesé. Mais toujours plus haut, à moins
que la fine cordelette, l'ancre ou le sac de lest
ne les retienne un instant.
Il faut bien des artifices pour casser la gravité
qui voudrait les accabler. L'air chaud des Montgolfier,
l'hélium de la baudruche enfantine. Mais que le gaz
s'en aille et l'enveloppe gît sur le côté, peau triste
et défraîchie qu'aucune veine n'irrigue. C'est alors qu'ils
sont le plus beau, ces ballons disparus que le souvenir ravive,
oiseaux de mille couleurs s'en allant avec grâce vers ce paradis
des amours belles qui furent de n'avoir point vécu.
espiègle ou empesé. Mais toujours plus haut, à moins
que la fine cordelette, l'ancre ou le sac de lest
ne les retienne un instant.
Il faut bien des artifices pour casser la gravité
qui voudrait les accabler. L'air chaud des Montgolfier,
l'hélium de la baudruche enfantine. Mais que le gaz
s'en aille et l'enveloppe gît sur le côté, peau triste
et défraîchie qu'aucune veine n'irrigue. C'est alors qu'ils
sont le plus beau, ces ballons disparus que le souvenir ravive,
oiseaux de mille couleurs s'en allant avec grâce vers ce paradis
des amours belles qui furent de n'avoir point vécu.
Cala Galdana
C'est là que tout commença. Ou peut-être que non.
Et puis oui, en fait. Le coup, à tout le moins. La certitude
d'un monde qui s'achève et la ruée
féroce et sans scrupule, l'ombre première
des embruns dévastés comme une fange pluvieuse
par des trottoirs du sud, la magnifique tromperie,
le paysage neuf enflammé par la blessure immense
qui engloutissait la pinède au bord même de la plage.
Avant que n'apparût la langue noire,
dans une longue descente nous traversions des chemins
serpentant humblement vers la crique
d'une heureuse journée de dimanche,
sous ces aimables pins dont se repaîtrait
sans pitié le corps pesant du monstre.
Ce fut peut-être le début, peut-être en ai-je l'impression.
L'image conservée de l'enfant que j'y étais
demeure inaltérable au fil des ans,
comme le torrent qui descend d'Algendar
devant les yeux encore fascinés
par le cours permanent qui vivifie.
Et dans le souvenir voyage le paradoxe
fixé au cœur même de l'ample crique
qu'ils sanctifièrent avant qu'elle ne fût vendue.
Pere Gomila, Géographies du vent, trad. du catalan par Michel Bourret Guasteví
Et puis oui, en fait. Le coup, à tout le moins. La certitude
d'un monde qui s'achève et la ruée
féroce et sans scrupule, l'ombre première
des embruns dévastés comme une fange pluvieuse
par des trottoirs du sud, la magnifique tromperie,
le paysage neuf enflammé par la blessure immense
qui engloutissait la pinède au bord même de la plage.
Avant que n'apparût la langue noire,
dans une longue descente nous traversions des chemins
serpentant humblement vers la crique
d'une heureuse journée de dimanche,
sous ces aimables pins dont se repaîtrait
sans pitié le corps pesant du monstre.
Ce fut peut-être le début, peut-être en ai-je l'impression.
L'image conservée de l'enfant que j'y étais
demeure inaltérable au fil des ans,
comme le torrent qui descend d'Algendar
devant les yeux encore fascinés
par le cours permanent qui vivifie.
Et dans le souvenir voyage le paradoxe
fixé au cœur même de l'ample crique
qu'ils sanctifièrent avant qu'elle ne fût vendue.
Pere Gomila, Géographies du vent, trad. du catalan par Michel Bourret Guasteví
mercredi 13 mai 2015
Tu m'écris
Tu m'écris et je fais silence,
je guette les mots à venir,
j'en évalue le poids et la longueur,
les soupèse comme s'il s'agissait
de vulgaires melons sur un marché
du midi, écartant la gourmande
abeille et le client jaloux.
Car vingt-six lettres peuvent tuer,
accabler d'ennui ou poursuivre toute
une vie durant. Or tes mots, simples
et ronds n'ont d'autre ambition que de
transmettre la chaleur de l'estime et de
guider le nageur que je fus de Calais à
Douvres parmi les chenaux glacés et adverses.
je guette les mots à venir,
j'en évalue le poids et la longueur,
les soupèse comme s'il s'agissait
de vulgaires melons sur un marché
du midi, écartant la gourmande
abeille et le client jaloux.
Car vingt-six lettres peuvent tuer,
accabler d'ennui ou poursuivre toute
une vie durant. Or tes mots, simples
et ronds n'ont d'autre ambition que de
transmettre la chaleur de l'estime et de
guider le nageur que je fus de Calais à
Douvres parmi les chenaux glacés et adverses.
Poussière du chemin
Poussière du chemin qui recouvre le cuir jaune
de mes mocassins, poussière portée sous la semelle,
relief de roches usées par le vent et la pluie,
colporté par des saltimbanques dans des roulottes
de cirque. Strada douce-amère, limon infertile en
apparence mais sans qui cependant mes pas ne se
seraient jamais mis dans les tiens. Poussière que l'on
brosse sur le paillasson de crainte de faire entrer
chez soi la belle âpreté de la vie et le hasard.
de mes mocassins, poussière portée sous la semelle,
relief de roches usées par le vent et la pluie,
colporté par des saltimbanques dans des roulottes
de cirque. Strada douce-amère, limon infertile en
apparence mais sans qui cependant mes pas ne se
seraient jamais mis dans les tiens. Poussière que l'on
brosse sur le paillasson de crainte de faire entrer
chez soi la belle âpreté de la vie et le hasard.
Cependant que tu dors
Cependant que tu dors, mon esprit s'envole,
timidement. Je caresse la page demeurée blanche
et je songe au lent mouvement des horloges qui
nous séparent et, paradoxalement, nous réunissent.
Nous ne sommes, toi et moi, que deux gouttes salées
dans le sombre océan. Larmes de joie ou de tristesse,
marque vive et humble de notre commune humanité.
Mais tu dors et je fais silence, laissant le sable te bercer.
timidement. Je caresse la page demeurée blanche
et je songe au lent mouvement des horloges qui
nous séparent et, paradoxalement, nous réunissent.
Nous ne sommes, toi et moi, que deux gouttes salées
dans le sombre océan. Larmes de joie ou de tristesse,
marque vive et humble de notre commune humanité.
Mais tu dors et je fais silence, laissant le sable te bercer.
mardi 12 mai 2015
Poetes i músics
al Bep Mercadal i a la casualitat que ens ha reunit
Poetes i músics s'entenen la mar de bé. Tenen
els seus llenguatges que s'agermanen fosquet.
els seus llenguatges que s'agermanen fosquet.
Si un dia un desconegut em demanés perquè escric,
segur que li contestaria: perquè no sé tocar cap instrument.
segur que li contestaria: perquè no sé tocar cap instrument.
Fa mesos que em trobo amb músics. Cadascú d'ells m'ensenya
alguna coseta. Avui, fa uns quants minuts se m'han apropat
alguna coseta. Avui, fa uns quants minuts se m'han apropat
un somriure i una paraula emocionada. Hem xerrat. Més aviat
l'he escoltat. Emocionat. Amb poques paraules en Bep m'ha fet
l'he escoltat. Emocionat. Amb poques paraules en Bep m'ha fet
un retrat viu i sentit del meu cosí Lluis, son amic de tota la vida.
La poesia era ell mateix. No pas els meus versos inhàbils que
La poesia era ell mateix. No pas els meus versos inhàbils que
traten de reproduir les meves impressions. Un dia, mon pare em
va dir que desapareixiem al mateix moment de la nostra mort.
va dir que desapareixiem al mateix moment de la nostra mort.
Ara li puc dir que no. Lluis segueix viu. Més que mai. Gràcies Bep.
"El segon per la set!"
Érem tres, en dues taules.
Em trobava al cor de la sala,
les senyores a la balconada.
Em trobava al cor de la sala,
les senyores a la balconada.
Feia tres anys i mig que solia
venir. A cada estada a Menorca,
com se sol anar al museu, un
museu sensual i benevolent.
venir. A cada estada a Menorca,
com se sol anar al museu, un
museu sensual i benevolent.
Com cada vegada, encarreguí
dos plats, sense postres:
aubergínies as forn i arròs de
sa terra, amb un got de vi blanc.
dos plats, sense postres:
aubergínies as forn i arròs de
sa terra, amb un got de vi blanc.
Masteguí lentament, assaboreia
cada mos. Recordava el temps
passat amb l'estimada, la primera
cada mos. Recordava el temps
passat amb l'estimada, la primera
vegada quan l'amo, l'incansable
Miquel, ens mostrà tota la varietat
del que sabia fer. Retrobí els plats
de l'àvia Antònia, desapareguts amb ella
Miquel, ens mostrà tota la varietat
del que sabia fer. Retrobí els plats
de l'àvia Antònia, desapareguts amb ella
al final dels seixanta. Beguérem dos gots
de vi blanc del Crispín. De quilòmetre zero,
com se sol dir ara, parlant dels productes
locals. La sala era plena a vessar, de crits
de vi blanc del Crispín. De quilòmetre zero,
com se sol dir ara, parlant dels productes
locals. La sala era plena a vessar, de crits
i de forquetades. Ara bé aquella vegada la sala
s'adormia, els plats eren saborosos. Però ningú
en parlà. Me n'aní ric de tot el que en Miquel m'havia
ensenyat i que seguirà fent, d'una altra manera. Seva.
s'adormia, els plats eren saborosos. Però ningú
en parlà. Me n'aní ric de tot el que en Miquel m'havia
ensenyat i que seguirà fent, d'una altra manera. Seva.
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