mardi 17 février 2015
Un bon amic / Un bon ami
Mentre bevíem lentament,
m'ensenyà a escriure versos,
sense canviar-hi res o ben poc.
L'alè, la disposició. Em recordà
la presència del lector i em digué
que no em coneixia ni havia de temptejar.
Era al Zürich ; un amic comú ens mirava.
Sense dir res, assentia i bevia, lentament.
Fou un moment d'amistat profunda. I bona.
***
à J. J.
Cependant que nous buvions lentement,
il m'apprit à écrire des vers,
sans rien y changer ou fort peu.
Le souffle, la disposition. Il me rappela
la présence du lecteur et me dit
qu'il ne me connaissait ni devait tâtonner.
C'était au Zürich ; un ami commun nous regardait.
Sans rien dire, il acquiesçait et buvait, lentement.
Ce fut un moment d'amitié profonde. Et bonne.
samedi 14 février 2015
Aléas
Trois dés jetés sur le formica sombre.
Trois faces livides sans le moindre point.
Grâce de la main claire qui lance.
Grâce de la frange brune qui voit.
Jour néfaste et souffle qui passe.
Le sort reviendra en six rangées
de points de jais. Demain ou ailleurs.
Je le saurai et te sourirai.
El desmemoriat de Vilapicina
Tot sol, dempeus, amb cara fosca,
mira al davant sense veure'm.
A ses mans, unes monedes, seques,
no es mouen ni fan soroll. No demana
res. Res de l'altre món. D'aquest, un dia
formà part. Dia llunyà, esborrat, ningú
se'n recorda. Ningú el veu, entotsolat,
el desmemoriat de Vilapicina.
Pujant per Fabra i Puig
a N. A. i X. G.
Ni un Valentí ni una Valentina,
l'amor és per tot arreu i el cel,
entre blau i carbassa, s'aixeca.
Vorejo el mercat i pujo, a poc a poc,
són pocs els vianants, tots callats,
tracto de veure'ls als ulls, no puc.
Ja han baixat cap a la vida humil,
cap a la vida veritable. Només sóc
una veu estranjera que camina.
Porto una motxilla fosca, pesada,
sense no res a dintre, o ben poc,
o molt, i més que molt:
la vostra amistat, amics, assaborida
a la nit entre sopar i teatre mentre el sol
no deixava d'amagar-se darrere dels carrers.
Al mercat de la Mercè
no hi balla tothom.
Només hi ballen
carnisseres de postín,
quatre nenes amb disfressa.
el cos de colors, seductores.
I si no les admira ningú,
¡Allá ellos! Parlen castellà,
i beuen vi. Angèliques...
vendredi 13 février 2015
Attente
Bien disposées, propres
et délicatement exotiques,
elles semblaient attendre
qui les chausserait et les
délivrerait des grilles de bois.
Je n'eus pas ce courage mais,
quittant la rue de Ferran Junoy,
je sentis, confusément, qu'elles
guideraient mes pas vers une autre
Barcelone.
mercredi 11 février 2015
Hendécasyllabes non phaléciens
Mytilène est loin et vous lui souriez.
Sappho y chanta des femmes la beauté
avant de s'endormir pour enfin rêver.
Je vous croyais toutes deux en Allemagne,
voilà qu'on me dit que vous longez les côtes
des Landes jusqu'à la plage de la Concha.
Bilbao au couchant, l'or de Guggenheim,
un peu d'axoa fumant, les trois couleurs
d'une Ikurriña de poivrons et d'amour.
La voisine, pas les voisines
Je ne suis pas Renan Luce et le pluriel me déplaît,
alors je m'interroge. La rue est large et jamais
je ne la franchirai sans y être invité.
Hasardeuse, la proximité n'est pas promiscuité.
La fin de la semaine approche et des chalets de la plage
aux premières pentes de Montjuich il y a bien de la
place et des respirations.
Te savoir là et ne pas te déranger. Pressentir que des
mois passeront avant une nouvelle discussion ne me fera
pas languir. Avoir une voisine coiffeuse quand, presque
chauve, on coupe les cheveux en quatre, pas mal, non ?
«Le vent se lève, il faut tenter de vivre»
La discussion a évoqué des années et des terres
que jamais je n'aurais imaginées. La femme qui se
tenait devant moi, de blanc et de noir, mais pas
de gris, ni une fois, ni cinquante, me fascinait,
m'invitant au silence feutré d'une cigarette fine
longtemps caressée, jamais fumée. La bouteille de
Champagne glacée était depuis longtemps finie mais
je n'avais pas soif. À un moment - il était tard,
ou tôt -, je feignis la fatigue pour la laisser
se reposer. Le sommeil ne vint pas, pas tout de suite,
du moins. La femme que j'avais eue devant moi, si brune,
était-elle la blonde métropolitaine qui, voici vingt ans,
déchirait les non-dits de l'Océan Indien ? Je le crois. Et même
si j'émaillai parfois l'échange d'anecdotes, elles me parurent
sans sel.
Cinquième commandement toltèque : être sceptique et apprendre à écouter.
Suite du chemin de l'Œil-doux
1 - le champ déplacé
Te souviens-tu de ce champ de coquelicots
devant ta maison, au début de notre amour.
Je ne le voyais pas et tu me le décrivais
avec flamme.
Un jour, le champ fut fauché, la terre
retournée et les coquelicots s'en furent
rejoindre le mobilier imaginaire de notre foyer.
Eh bien, figure-toi que ce matin, sur le chemin
du gouffre de l'Œil-doux, je le vis pour la première
fois. Déplacé en marge de la route, il était pareil
à ton récit énamouré. Au retour, dans une nuée de
touristes alsaciens, allemands et suisses, j'en ai
fait une photo qu'ici-bas je te joins, mon coquelicot bleu.
2 - la photo égarée
Sur la carte mémoire, en relief discret, une photo
de Sassenage, tôt le matin ou tard le soir. L'air est
encore sombre ou l'est déjà qui s'illumine à la lueur
calme des Alpes enneigées et aux feux criards d'un
tramway à son terminus et des commerces éloignés. L'immeuble
semble morose. En bas à gauche, une lumière jaunâtre domine de
rares voitures. Les appartements montrent leur dos. Derrière,
la vie couve et les dialogues naissent, insoupçonnés.
J'ai peu connu la résidence des Colibris et la rue des Pies
de Sassenage mais elles sont en moi, secrètement, comme une
porte ouverte vers ce temps possible qui ne fut pas et qui
cependant me fait, jour après jour, à l'ombre de ta vie.
3 - à l'écart du chemin tracé
Quelques cailloux blancs de Poucet, une étroite clairière
et me voici à l'écart du chemin tracé. Ça sent le graphite
et le miel. Je ferme les yeux et la leçon de choses de l'école
me revient. C'était haut en France et si loin de l'Œil-doux.
Je fais silence et m'accroupis. Des trilles d'oiseaux se
rapprochent et me courtisent. Un bourdonnement me tire de ma
rêverie. Non-chemin des possibles, havre de vie ou pause nécessaire,
cet écart m'a requinqué et je reprends ma route vers l'eau calme
et froide où jamais on ne peut se baigner.
4 - Dans l'ombre de la falaise
Cercle parfait, eau glacée dans l'ombre
de la falaise de craie. Le vertige me prend
et pourtant ne me penche. Combien de millénaires,
d'ères peut-être pour en arriver à cette perfection ?
Les touristes ne sont pas encore là, ils ne tarderont
pas. Un arrêté municipal les dissuade de s'immerger.
Le feront-ils, au péril de leur précieuse existence ?
Je me recule. En moi l'image de l'orbe parfait.
5 - rupture scalaire
Variante sèche et plane du gouffre,
la roche blanche ménage une pincée
de terre pour les fourmis affairées.
Un instant, je perds le sens commun
et me trouve précipité à leur échelle.
Revivre la scène finale de La planète
des singes, sans nulle eau, dans un
silence assourdissant. Humble porte-faix
au service de la communauté des fourmis.
6 - la mer, la mer toujours recommencée
«Le vent se lève, il faut tenter de vivre»,
Valéry me revient, avec insistance. La mer
est proche qui iode l'air salin. Derrière
les pins et les cistes, la vie m'appelle.
L'eau glacée du gouffre s'y réchauffera et
s'y vivifiera. À droite l'opulente Catalogne,
à gauche la flamboyante Provence. Devant, au
hasard des flots, les cailloux clairs de mes
îles chéries.
Ceux dont je ne parlerai pas
par la désinence celte qui sent bon
le combat. Un fils, un presque fils.
D'eux deux, je ne parlerai pas.
Pourquoi as-tu été infidèle ?
ne t'ont pas fait varier. Forte de
ton amour qui ne dit pas son nom
pour un homme d'exception qui porte
mon prénom, tu m'interroges.
Nulle curiosité malsaine dans tes propos,
nulle accusation ni pointe de mépris, une
marque d'estime vers celui que tu apprends à
connaître. Tout, rien, jamais n'importe quoi.
J'écoute votre amour qui ne dit pas son nom.
J'admire ce musicien polyglotte aux quatre coins
du monde, votre avoir lieu qui des frontières
étroites d'une maison toujours s'est affranchi.
Il porte mon prénom mais n'est pas un alter ego.
Alors je m'interroge. La réponse du désir
insatiable ne me suffit plus, ni celle du Peter Pan
sautillant qui croit se prolonger par des miroirs
artificiellement démultipliés. Ai-je vraiment aimé ?
Aujourd'hui, dans ma réponse, je ne le pense plus.
Un jour tu as mouru
la maladie desserrait l'étau et tu t'y endormais.
Tu ne voulais pas glisser, tant l'anniversaire
de la mort de Gislain te faisait redouter des
amis communs les pleurs injustement redoublés.
Alors tu as mouru, la nuit s'est faite, sans peur,
en confiance, et au matin la vie t'avait rendue.
Réunion
la Réunion en toi perd et retrouve
la majuscule d'une phrase à l'autre.
Du créole de ton fils t'ouvrant aux
cases colorées de Bas de la Rivière
à la Mercedes se frayant un chemin
en bimbeloteries. D'un salon par
dix-sept fois dessangélique à la
zoreille blonde dessalée, un saut,
rien qu'un saut. Celui de tes paroles,
qui suivent le cours d'un Jacquart ouvert
voilà peu pour fêter une presque infirmière.
De retour chez moi, la forteresse franchie,
je ne sus si tu avais parlé ou si la couette
tiédie m'avait inventé tes confidences. La nuit
passée, le peignoir bleu, rarement enfilé, me trouve
devant l'écran interrogeant ces heures où, pour une fois
bien peu je m'exprimai. Quand naquit la Réunion ? Au cœur
de tes propos ? Avant Tahiti et le congé sabbatique ou bien
tout juste après ? Peu me chaut. Une Réunion neuve s'est dressée,
de mille religions, et qui déjà n'est plus, tenante de la moitié
de ton cœur d'un autre moi épris...
mardi 10 février 2015
Derrière ses lunettes...
noires qui lui mangent élégamment une partie
du visage. Il faut dire que je l'avais si peu
vue. Ou presque.
Ce fut un éclair, effacé bientôt par un dégivrage
aussi inopiné qu'impérieux. La route m'avala et
je partis vers mes étudiants et l'enseignement de
l'ubuesque pratique catalane des heures.
Ce n'est que plus tard que je revis son visage, ton
visage que le soir allait me rapporter tout aussi
inopinément avec une bouffée de lectures. Des yeux
clairement sombres qui parlaient en silence.
A deshora / Hors d'heure
sobre vida i passió, el plaer
dels dies, la tensió gradual
dels sentiments i la dificultat
del viure a dos.
Era d'hora, molt d'hora, gairebé
no veia la pantalla petita del
mòbil i m'equivocava teclejant.
Tu contestaves en frases llargues
sense faltes.
Sense veure'ns, rèiem i esperàvem
la resposta a una pregunta que ni tan
sols sabíem si l'havíem enviat.
Foren hores impermanents, tan belles
com el sol que a fora s'anava aixecant.
***
Hors d'heure nous nous sommes écrit,
sur la vie et la passion, le plaisir
des jours, la tension graduelle
des sentiments et la difficulté
de vivre à deux.
Il était tôt, très tôt, et c'est tout juste
si je voyais le petit écran de
mon portable et je me trompais en tapant.
Toi, tu répondais en phrases longues
et sans faute.
Sans nous voir, nous riions et nous attendions
la réponse à une question dont nous ne
savions même pas si nous l'avions envoyée.
Ce furent des heures impermanentes, aussi belles
que le soleil qui, au dehors, commençait à poindre.
lundi 9 février 2015
L'impertinent
Il n'a que faire des autres et de la bienséance,
il va où le vent le pousse. Là où pointe un jupon,
voilà déjà qu'il le trousse. En pensée, puis en manières
car l'impertinent n'est pas mauvais bougre et si ses gestes
rudoient, son âme est bien candide. L'impertinent roucoule
mais jamais il ne dévoile et dans l'intimité, loin de l'indécente
société, il s'endort sur un vieux dictionnaire ouvert à la page "I".
"I". Comme... impermanence;
Lidos
de sable et de saladelles,
le lido.
Et sur l'étroite bande, un
fil tendu et ton manteau
blanc qui avance.
Je n'écoute plus le vent
menteur et ses histoires
de poivrots,
Je te regarde, de dos, avancer,
ballerine de jais et d'ambre,
je soutiens mon souffle.
Nul besoin de mes bras venus
tard. D'un bond, tu sautes,
et tu reparles. Un brin.
Il y a
et il y a ce que tu lis. Le
papier défroissé à la lueur
d'un soir de février, les
souvenirs des ans passés,
sans commune mesure mais parfois
dans une semblable démesure. Les
yeux qui nous unissent dans le
silence de la lecture (toi), de
l'écriture (moi), sont un miroir
aux alouettes. Bientôt tu écriras,
bientôt je te lirai, impermanente
flâneuse des bords de la Robine.
Il y aura ce que tu ne diras pas
et il y aura ce que je lirai.
Promis ?
Lectures
dans la salle d'attente comble. Que sont
les mots quand la chair de ta chair souffre ?
Les heures passent lourdes, l'appel se ralentit.
Comment était la lumière du mont Faron quand il
la décrivit ? Ce qui te semblait facile dans
l'obscurité de la chambre ne l'est plus. Ton cœur
bat pour deux et tu voudrais faire tienne la souffrance
endurée, l'appétit tranché dans le vif. Tu ne cries pas,
tu ne t'emportes pas. Tu es là, tu soutiens ton enfant qui
ne l'est déjà plus. Autour de toi, silence et impatience.
Que belle sera l'impermanence quand vous serez revenus...
dimanche 8 février 2015
Le salon de coiffure
la couleur de son papier, l'odeur qui
y flotte, subtile ou entêtante.
Les personnes qui s'y rendent aiment
qu'on caresse leurs cheveux, qu'on frôle
leur visage, qu'on leur donne un peu de
ce qu'elles recherchent, mais surtout elles
aiment le miroir léger, sans tain, que leur
tend la coiffeuse, riche d'une vie de hasard
et de découvertes. Qui l'entendrait jurerait
le dialogue léger, presque insignifiant, mais
dans l'obscurité de la chambre, quand le froid
coupe les paupières et déchire le rêve laissant
à nu l'esseulée, il prend un relief inattendu.
Et si cette femme, seule, savait tendre des liens ?
La mer était notre amie
et je ne sus la voir ni
l'écouter. La bande de
sable était mince pourtant
à Vias et l'amour aveuglait.
Moins de passion, plus de
patience eurent suffi à me
la faire longer, les pieds
crissant sous le sable humide.
L'iode de l'honnête pirate
m'en eût rapporté le chant. Et
j'eusse enfin compris la leçon
de l'ailleurs : la distance,
portée par la saveur saline,
pénètre sous la peau et donne
au temps la ressource oubliée.
samedi 7 février 2015
Les livres brûlent
puis se dessèchent, j'avance
à tâtons. Mais je ne suis ni
Homère ni Œdipe. Les livres
brûlent. Ma vie n'est rien, un
souffle sur le monde effacé
à peine exhalé. Mais les livres
que je ne lirai pas portent
le souffle de ces hommes humbles
dont je serrai un instant la main.
Brûlés, le rideau se referme. Sur
le passé. Et sur l'avenir, hélas.
Le cinquième accord toltèque
je les vis lentement œuvrer
un soir de vendredi. Le nom
me plaisait, sonore et mystérieux.
De retour chez moi, je lus qu'ils
procédaient d'un titre à grand tirage
écrit après une expérience de mort
imminente. Je lus patiemment chacun
des quatre mais ne fus attrapé que par
le cinquième publié treize ans plus tard
avec un cœur neuf en torse. J'ai fait la
moitié du chemin : je suis sceptique, reste
à apprendre à écouter.
Lien ténu
Lien ténu du sms qui bouscule
les heures. Quelques dizaines
de caractères contre le bizarre
apparent. On joue à colin maillard
contre l'autre. Tout contre mais
sans jamais peser. Derrière le
volet, l'aube est incertaine. Qu'importe.
L'échange a eu lieu et les esprits, un temps
rassérénés, de s'envoler vers l'île sans bouée.
Paroles déliées
Sous la croûte fendillée,
la lave pulse. Nul répit.
Le silence est illusion, la
parole se libère. J'écoute,
moi qui ai tant parlé. J'apprends
le monde. Rond comme les boules
de Lionel - ou sont-ce celles de Nadine ? -
contre la terre battue. Toulouse à moto
sous la pluie battante, un futur président
entrevu entre deux plateaux de petits-fours,
un escroc patenté à prime imméritée.
Banderilles de mots, les frites se plantent
dans le ketchup tiède. Il n'y aura pas de
mise à mort. Le taureau est repus
qui avait oublié ses herbages.
Impermanence
que, voici trois heures,
je ne connaissais pas.
Quatre syllabes sur un
air de tango. Présent
alangui, sans passé ni
futur. La gloire passe
et les honneurs aussi.
La rencontre est belle
qui n'est pas faite pour
durer mais pour être,
simplement. À un, deux,
trois ou quatre.
Les portes se sont refermées,
les voisins alités. Le froid sec
envahit la rue. Impermanence.
vendredi 6 février 2015
À distance
Sans poids ni intrusion, la chaleur
s'insinue. Un mot, un conseil, une
inquiétude, une plaisanterie.
Savoir que l'autre est là mais ne jamais
l'arracher à son monde ni à ses goûts.
Liberté des notes de musique qui s'envolent.
Toi la voix, moi le grave de la contrebasse.
Palabras de ultramar
despacio, con fuego en la mirada,
me alabó la inteligencia de tu trato
y el conocimiento de la otra lengua que
estamos compartiendo, día tras día.
Era tarde, muy tarde, estábamos arrinconados
contra la puerta de cristal, improbables porteros
de una noche sin límite. No dejé de interrogarle:
¿Cómo puede surgir y vivir a sus anchas una amistad
entre personas que no se conocen ni se conocerán nunca?
A nuestro lado, una pareja italiana dejó escapar una
preguntita sin relación aparente: «Chi lo sa?». Pensé
en los buques anchos cargados de semillas ultramarinas
y en los panes que aquí se comen sin conocimiento alguno
del lugar de origen de la vida sencilla, la vida placentera.
La memòria de l'amo / La mémoire du patron
Està eixugant els gots amb parsimònia,
aliè a la remor ambient. Arribo a la barra
per compartir cervesa amb mon amic, l'amo
aixeca la mirada i em saluda pel meu nom.
Som desenes de clients i jo hi vinc ben poc
sovint, a invitació d'una amiga o d'un amic.
Un nom, una paraula, dues síl·labes i em torna
el gust per la vida senzilla i sincera.
En tornar a Besiers, penso en aquest gest petit
i en el seu bar de la cantonada corba. Voleu saber
el seu nom? De l'amo, no us el diré. Però del seu
bar sí. És el Masami, nom de la seva estimada.
****
à D. D.
Il essuie les verres avec parcimonie,
étranger aux bruits ambiants. J'arrive au comptoir
pour partager une bière avec mon ami, le patron
lève les yeux et me salue par mon prénom.
Nous sommes des dizaines de clients et j'y viens bien
peu souvent, à l'invitation d'une amie ou d'un ami.
Un prénom, un mot, deux syllabes et je retrouve
le goût de la vie simple et sincère.
De retour à Béziers, je pense à ce petit geste
et au bar du coin courbé de la rue. Vous voulez connaître
son prénom ? Je ne vous dirai pas celui du patron. Mais celui
de son bar. C'est le Masami, du prénom de son aimée.
jeudi 5 février 2015
Flors vermelles / Fleurs rouges
Roselles, clavells, roses petites.
«Adéu, clavell morenet», em cantava
la mare mentre vorejàvem les vinyes
de Cabestany. Sang de passió als ulls
sense el regust insuls de la ferida.
Parleu, amigues, que sense vosaltres,
ja no puc escriure.
***
Fleurs rouges de mes amours.
Coquelicots, œillets, petites roses.
«Adieu, mon œillet brun», me chantait
ma mère quand nous longions les vignes
de Cabestany. Sang de passion aux yeux
sans l'arrière-goût fade de la blessure.
Parlez, mes amies, car sans vous,
je ne puis écrire.
Une fleur
non, surtout pas. Celle du bord
du chemin que l'enfant cueille pour
l'offrir à sa mère. Un pissenlit à la
tige épaisse. Ou le coquelicot gracile
foulé par le pèlerin sur la route de
Saint-Jacques. L'adorée ou la laissée
pour compte. Deux visages d'une même
humanité. Fragile et qui se répète.
À l'infini. Si fuera una de esas flores,
me iría por los mares, paquebote de ancho
porvenir.
mercredi 4 février 2015
Lectures poétiques
J'aime lire, lentement, le regard perdu dans
l'océan des visages. Ma voix ne m'appartient
plus qui cueille des galets. Eau glacée du
torrent, elle les fait bouger et les emporte.
«Tes yeux sont si profonds qu'en m'y penchant
pour boire...» Magie de la parole étrangère
que l'on fait sienne un temps et qui bouscule
l'ordre immuable des jours. Le livre replié,
les lampes éteintes, il sera alors temps, chacun,
de retourner à ses sommeils et à la langue commune.
mardi 3 février 2015
Peurs d'enfant
Le dessous du bureau sombre,
les voix lointaines des camarades,
les chaussures du maître frottant
le lino gris. Drôle de piquet. Pas
au coin lumineux, non. Sous le bureau
pendant de longues minutes. Le maître
se lève, le bureau s'élargit, sans
s'éclairer toutefois. Où est-il ?
Sa voix grave s'éloigne. M'aurait-il
oublié ? Devrais-je passer le reste de
mes tendres années dans ce recoin ?
Sa face rougeaude et débonnaire se penche,
la punition est levée. Je rejoins ma place,
le cahier à remplir et l'encre violette.
lundi 2 février 2015
Et tu t'es penchée
dans la chambre qui tiédit. Lointaine est
la soirée où tu en fis l'acquisition
et le livre, un temps redouté, te plaît.
Tes mots se joignent aux siens, s'y mêlent.
Tu souris, sans le vouloir, refermes le livre
et prends le stylo et le carnet à spirale.
Quelques idées jetées comme, autrefois, une
grêle désastreuse qui t'attacha aux tiens,
indissolublement.
Lèvres
se disjoignent et la lymphe
sourd, translucide.
Résine saline d'un pin oublié.
Patience infinie des lèvres
accidentelles
qui attendent leurs sœurs essentielles,
les tiennes, rose tyrien, aimantes et
qui seules, d'un baiser, sauront les refermer.
dimanche 1 février 2015
Il aime penser
À la dérobée, en plein
jour. Nul remords ou regret
dans ses pensées. Non.
Il la voit marcher à l'ombre
longue de janvier, la tête
penchée, dans ses pensées à
elle
dont il ne veut rien savoir.
Ou si peu. Orsay est proche
dont elle voit la peinture,
comme elle lui a glissé.
Une poignée de gaz
glacé dans les entrailles d'une
bonbonne petite.
L'enfant attend le retour de la
mère et la savante installation.
La grille se bleute
et la chaleur diffuse. Face à l'écran,
serrés tous deux, la pizza partagée
aura goût d'infini.
samedi 31 janvier 2015
Ábreme
amiga desconocida, ábremelas
de par en par, sin miedo ni
timidez. Invítame a saborear
los detalles más nimios y hondos.
Mi vida se pierde hacia adelante,
los años placenteros se fueron y
sólo me quedan horas de sabia
observación. Pero de tanto hablar
en aulas pequeñas, perdí la humildad
y anduve esquivando los cuadros para
contentarme con lecturas austeras y
resecas. Ya no soy docente. Ya no soy
alumno. Soy nuevo. Por poco tiempo. Ábreme.
Te chercher en paix
et cornés par les voyageurs de passage,
te chercher sur les écrans lancinants des gares
en sommeil, interroger les passants, faire son
miel des mots qui se bousculent dans leur bouche
inhabituée puis partir en courant, le sourire aux lèvres
et le cœur en écharpe. Fermer la porte à double tour
sur la maison silencieuse. Te retrouver et te laisser en paix.
Feia dies / Cela faisait des jours
Havia deixat la llengua al caliu,
uns mots rodons com castanyes tendres.
Feia dies que hi pensava, que no contestava
les preguntes amigues, inquietes, tendrement
inquietes. A veure quan em decidiria a tornar
a ma llengua de cor? O era un propòsit secret,
d'aquests que et roben l'ànima a canvi d'una
falsa lleugeresa? No, senzillament, com solia
repetir qui fou president d'un país meu, deixava temps
al temps i assaboria les paraules callades, aturades
a la boca, tèbies, camí d'una certa i segura felicitat.
***
Cela faisait des jours que je n'écrivais pas.
J'avais laissé la langue au chaud,
des mots ronds comme des marrons tendres.
Cela faisait des jours que j'y pensais, que je ne répondais
pas aux questions des amis, inquiètes, tendrement
inquiètes. Voyons quand je me déciderais à revenir
à ma langue de cœur ? Ou bien était-ce une résolution secrète,
de celles qui vous volent l'âme en échange d'une fausse
légèreté ? Non, simplement, comme avait coutume de répéter
l'homme qui présida un pays mien, je laissais du temps
au temps et je savourais les paroles tues, suspendues
en bouche, tièdes, sur le chemin d'un bonheur certain et sûr.
Glissements
ni mon regard sur tes yeux mais nos
paroles glissent les unes sur les autres,
se croisent et se conjuguent .
Silence de l'instant, attente des heures
chaudes. Te savoir à l'écoute, inventer le
retour de l'esprit, partager la rencontre
hasardeuse d'un dramaturge aux yeux
d'enfant. La ville a froid que je sillonne, les
mains dans les poches, l'esprit libre et ouvert.
Que sont les siècles pour si peu ? Rien. Tout.
Une glissade amie sur des glissements à venir.
mardi 27 janvier 2015
Incansable
y cultura. Sorteas edificios y
cuadros con pies ligeros, a deshora.
Se me escapan las palabras, se te
gravan las impresiones a todo color
con tonos ligeros, a deshora.
Impresos, carteles, anuncios: el presente
se conjuga en futuro de ultramar. ¿Se te
ocurre dormir, amiga, a deshora?
A Brasileira
dans la pénombre et le café
amer me gerçait les lèvres.
Étranger à la ville et à l'amie
qui alors m'accompagnait, je regardais
fixement la pendule de bois silencieuse
sans savoir que des années plus tard, tu
croiserais mon regard vers un homme simple
qui s'appelait personne, intranquille et pressé.
Comme moi, tu mépriserais les hordes de touristes
étreignant au dehors la figure de bronze pour de
lunettes à monture d'acier boire les perles de rosée.
dimanche 25 janvier 2015
Sueño-insomnio
Al despertarme no te pudiste dormir,
no por el roce de mi piel, mediaban
millares de leguas marinas,
sino por la frialdad de los mundos
deshabitados que te ocupan, golosos
de tu inteligencia, tan aburridos ellos.
Al dormirme esta noche, ¿me podrás
acompañar? No te pido nada, sino la
tebia amistad de los mundos ajenos.
mardi 20 janvier 2015
Et le soir est tombé
ventées. Pas une âme qui vive, pas un mot
auquel t'accrocher. l'Alfama do Alto a tiré
ses volets et les bars à fado tardent à ouvrir.
Il te reste peu d'heures et les ossements de la
langue t'engoncent dans ton manteau. Tu es ombre
et tu es vie. Peau claire et frange de suie. Qui
te verrait marcher vite, tenant haut de la main
droite ton col, jurerait que tu es d'ici, serveuse
de vinho verde dans un petit bar à musique, familière
d'Amália, lectrice de Lídia. Il se tromperait lourdement
car c'est dans un petit bar de Sète que tu t'apaiseras.
El silencio del amar
del silencio entre los seres. Ni de la
desilusión que entrañan las palabras.
Tú lo hiciste, preciosa desconocida, en
una frase y varios blancos. Amante de las
palabras, impertérrito parlanchín, empecé
por rechazar tu opinión. Y ésta, poco a poco,
se me entró en la garganta y me cuestionó cada
una de las pocas certidumbres que suelo albergar.
Me detuve. No te miré a los ojos pues hasta no sé
que los tienes ni de qué color son. Pero me dije,
a ciencia cierta y en total desconcierto: nos estàs
hablando del silencio con palabras. Pues: el silencio
no es muerte. Son palabras suspendidas en vilo y que
esperan una buena sazón para caer suavemente a tus labios.
dimanche 18 janvier 2015
Cannellonis
les fondamentaux n'excluent pas l'expérimentation
hasardeuse.
«Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es».
Non, ici, la farce dit plutôt ce que la semaine fut.
Au porc haché, je mêle des reliefs de légumes vapeurs :
courgettes, fenouils, oignons.
En même temps, l'oignon émincé régit en poêle le face à face
du poivron et de la tomate que l'on mixera après cuisson.
Ou pas. Puis vient le moment de les farcir, à l'aide
d'outils improbables : une cuillère à moka, le manche
d'un couteau. Travail merveilleusement lent. Seize
fois répété avant disposition, nappage de sauce et de râpé
puis enfournement.
Quarante minutes de cuisson à four chaud suivies de dix minutes
de repos sur le plan de travail. On oubliera la préparation,
sa durée, son soin, on se régalera et on parlera. Si d'aventure
le repas se déroule le soir, on finira sur le canapé dans la
douceur de la conversation ou du spectacle partagé.
samedi 17 janvier 2015
A Feira da Ladra
et Sainte Claire s'ouvre.
Le marché de la voleuse où
le cuivre s'échange contre
des billets de couleurs plus
fades que celles des maisons
alentour. Déjeuneras-tu de
morue émiettée et de frites
aux œufs sur le lino vert et
blanc dune petite «casa da comida» ?
Je ne sais et je le sens, j'attends
tes photos et ta voix. Funambule, je
tendrai ma corde entre elles pour traquer
tes impressions qui déjà ne seront plus.
«-Falas português?» «-Um tanto?». Peu importe,
l'essentiel est dans les odeurs que tu fais
tiennes et dont tu ensemenceras la cuisine du
petit restaurant portuaire. Il me tarde que tu
m'en parles. Non : que tu nous en parles car nous
sommes un petit groupe qui souvent à toi pensons.
frais-fraîche, variations
Le frais e(s)t le fugace
Llacuna, ligne 4, au sortir
de la bouche du métro, une
bouffée d'air frais sur tes
joues. La journée commence,
tu remontes ton col avant
d'entrer d'un bond dans la
boulangerie Pi. Tu demandes
un croissant, comme d'habitude.
Il est tout frais, c'est à dire
qu'il est tiède et imbibe le
papier. Au café Pujol, le tiède
l'aura quitté, un sourire naîtra
sur tes lèvres, fugace.
2
Boire frais pour aller loin ?
La gourde est tiède, peu épaisse,
on la dit en peau de chèvre, elle
perd ses poils noirs et blancs, si
secs sous les doigts. Je dévisse
le bouchon de bakélite et soulève
la petite outre. Le vin rosé coule
gouleyant. Je ferme les yeux, la
referme et la range dans ma besace.
J'appuie sur la pédale droite, la
route sera longue et déjà le vin
n'est plus.
3
De la fraîche froissée par tes doigts
Tu as trouvé un sac de skaï noir sous
la banquette du RER, là où passe le tuyau
brûlant du chauffage. Le wagon est vide.
Sans le relever, tu glisses la main par
l'ouverture béante, ta main aveugle froisse
des papiers par dizaines. Tu reconnais leur
toucher duveteux et sonore : de la fraîche,
beaucoup. Trop ? Tu vérifies que personne
n'est entré et tu fourres le sac dans le tien,
sans le regarder. Ce n'est que chez toi, à l'abri,
que tu en dénombreras le contenu : mille sept cent
cinquante-cinq euros en billets usagés, froissés par
d'autres mains, tant de mains. Malhonnêtes aussi ?
vendredi 16 janvier 2015
Tornar al carrer / Retourner à la rue
Tornar al carrer,
al carrer sense nom,
al carrer qualsevol.
Però no pas a un carrer
qualsevol, veritable.
Tornar a un dels carrers
del passat compartit quan
les nostres sabates es fregaven.
Tornar-hi i sentir la remor dels
cotxes lents i la fredor del ventolí.
Aclucar els ulls i pronunciar el teu
nom, barcelonina d'uns dies.
***
Retourner à la rue,
à la rue sans nom,
à la rue quelconque.
Mais pas à une rue
quelconque, véritable.
Retourner à l'une des rues
du passé partagé quand
nos souliers se frôlaient.
Y retourner et entendre la rumeur des
voitures lentes et la froidure de la brise.
Fermer les yeux et prononcer ton
prénom, Barcelonaise de quelques jours.
lundi 12 janvier 2015
À deux mains
non celles que l'on croise
sur le ventre rassasié ni celles
qui assurent les genoux avant
de se lever.
Non : ta main et la mienne,
sa main et la sienne, nos mains
étreintes en foule mais deux à deux
pour préserver l'unicité des regards
et des paroles croisés.
À deux mains, la vie n'est pas facile, chacune
tire à hue et à dia et la paume se ride des blessures
passées. Doigts longs ou boudinés, les cinq enseignes
de l'intelligence peinent à se serrer sans s'écraser,
à s'étreindre sans jamais songer à s'éteindre.
Étends tes doigts, j'étends les miens. Nulle chapelle
Sixtine où le créateur insuffle la vie au futur abandonné.
Non, sens tout simplement la chaleur de mes cinq pulpes
et donne-moi la tienne. Je ne te connais pas, tu ne me connais
pas. Pas encore, crois-moi.
dimanche 11 janvier 2015
Écoute
«Écoute, écoute...», la foule rit
et le petit ne comprend pas ce que
dit Roger Nicolas. Le soir, il revoit
encore sa face de lune qui le poursuit
de ces deux mots incompréhensibles.
Son métier, plus tard, le conduira à
écouter des voix diverses dans plusieurs
langues. Devant le miroir, il les répétera,
il se verra même en Billy Paul chuchotant
«When love is new».
Ce n'est que plus tard, beaucoup plus tard,
à l'invitation d'une amie, qu'il prendra
conscience qu'il a beaucoup parlé et peu
écouté, comme s'il avait eu peur que la parole
de l'autre, son frère, sa sœur, ne lui dévoile
l'ineffable du monde. Depuis, il tâtonne et
s'essaie à écrire non plus ses éternelles
marottes mais les objets et les mots de ses
contemporains, amis ou rencontres hasardeuses :
la route sera longue et la langue infinie.
samedi 10 janvier 2015
Quand...
sur les parvis et les trottoirs,
quand le noir des copies aura fané
et qu'elles auront rejoint les bennes
insatiables,
quand le prénom répété à pleins poumons
aura séché sur les lèvres de l'été et que
les abonnements promis remplaceront l'immuable
horloge du salon, alors le silence s'emplira
des pleurs de ceux qui aiment
ceux qui ne sont plus là. Mères, filles, frères
et amis. Pour eux, il n'y aura ni avant ni après,
seule la grisaille d'un jour fini avant que d'avoir
commencé. Et je ne pourrai même pas pleurer pour
celles et ceux dont j'ignorais le nom.
Coquelicots
jamais un coquelicot.
J'aime les voir peignés
par le vent, se courber
toujours ; et toujours se
relever d'une ondulation.
J'aime les sentir à pleins
poumons, eux qui jamais
ne sentent car ils sont le
tulle léger qui filtre l'odeur
de la vie. J'aime les coquelicots
car ils sont libres. Par milliers.
Comme toi, ils sont insaisissables,
et dessinables. Instantané de lavis
aussitôt croqué, aussitôt effacé. Et
l'aquarelle se mouille de tes pleurs.
NO ET CONEC DE RES / JE NE VOUS CONNAIS PAS
navegant per internet,
collí la teva foto, triada
per un amic. Rere les ulleres
fosques i la gorra de titi parisenc,
la humanitat, senzilla de pudor, única.
No et conec de res, ni et vull conèixer,
som millons, mils de millons, cares i ulls,
cames i braços, tots, o gairebé, amb un somriure
estimable per únic. Ens uneixen una voluntat i un
rebuig. Passaran els dies, la pluja mullarà les
nostres passes per les voreres. Serem lliures, saps?
***
Je ne vous connais pas,
en surfant sur la toile,
j'ai cueilli votre photo, choisie
par un ami. Derrière vos lunettes
fumées et votre casquette de titi parisien,
l'humanité, à la pudeur simple et unique.
Je ne vous connais pas ni ne veux vous connaître,
nous sommes des millions, des milliards, des visages et des yeux,
des jambes et des bras, tous, ou presque, avec un sourire
aimable car unique. Nous sommes unis par une volonté et un
refus. Les jours passeront, la pluie mouillera
nos pas sur les trottoirs. Nous serons libres, vous savez ?
mardi 6 janvier 2015
Sable côtier
quand le silence se fait, au départ
des touristes et que le sable humide
avale tes pieds las ? La conversation
alors se pose et le soleil, jaloux de
toi, jette ses derniers feux par dessus
le Quartier-Haut. Brassens et Valéry, chacun
dedans sa tombe, prennent le relais des cigales
et marmonnent en contrepoint. Fermant les yeux,
tu les imagines et les accompagnes d'un roulement
d'orteils dans une nuée de coquillages somnolents.
Que la ville est loin qui te guide l'hiver, avec
ses rues sonores et ses bars lumineux, et loin encore
est le bar de ton frère où je connus naguère d'un roman
autrefois anonyme tout un dévoilement. Mais de quel été
parlé-je ? De celui passé qu'avec toi je ne pus partager
ou de celui à venir qu'avec ton amour ensemble vous vivrez ?
Peu importe. Tu es là, si brune, et la mer devant toi se retire.
lundi 5 janvier 2015
Alice
aux yeux clairs de noisette,
qui se perdent plus loin que
la jetée, m'accompagnerez-vous
un brin ce soir ? Non, ne sourcillez
pas. Certes, je vous suis inconnu, mais
vos quatre-vingt-trois printemps font
honte à l'hiver et le goudron de Sète
fond au zénith comme guimauve en bouche.
Les livres que recèle le bar de votre petit-
fils et les histoires que sait la fille de
votre chair ne sont rien face au monde que vous
avez vu et que vous leur conterez à l'oreille,
doucement, lentement. Alice, moi non plus, je ne
vous connais pas mais j'envie votre famille unie
qui s'enrichit de descendre de votre regard de terre
claire.
mercredi 31 décembre 2014
N.H.Ø.P., de bois et de métal
Un nom si long, imprononçable, riait
son ami le pianiste catalan Tete Montoliu.
Alors je m'en souviens par ses quatre
initiales. Quatre comme ses cordes de
métal, de l'épaisse à la presque fine.
La contrebasse est un instrument étrange.
Elle a le coloris d'un meuble et la corpulence
d'un homme assoupi. À la suite de Lafaro, fauché
sur la route à vingt-quatre ans, il en jouait en dialogue,
non en appui rythmique. Je fais silence et écoute : la mort
ne peut rien. Sur le mp3, j'entends ses doigts qui courent
sur le métal. Et le bois de leur donner du corps comme un cognac
vieilli en fût de chêne. Pour N.H.Ø.P ? Un V.S.O.P, of course.
lundi 29 décembre 2014
"Where Can I Go Without You"
I was six-month-old and
I was discovering the wide
world with my mummy.
Much time has passed since
the early sixties, Nina died
in the south of France, close
to my unforgettable wishes.
It's 12 o'clock and I'm listening
Nina's voice, once, twice, many
times. Slowly. With much more love
than my heart can contain...
dimanche 28 décembre 2014
La noia dels cabells blaus / La jeune femme aux cheveux bleus
enviat per un amic poeta. A fora,
el vent bufa fort i la Nina canta
el dolor de qui no té res, de qui ho
té tot. No conec la noia, ni la vull
conéixer. Per no parlar-ne a deshora.
Només veig els seus cabells com un crit
silenciós de llibertat. Ara és l'hora
de guardar a l'armari els mots usats
i d'escoltar i escoltar encara com flueix
la vida.
***
Je ne la connais pas, ça a été un flash
envoyé par un ami poète. Dehors,
le vent souffle fort et Nina
chante la douleur de celle qui n'a rien, de celle
qui a tout. Je ne connais pas cette jeune femme ni
ne veux la connaître. Pour ne pas en parler mal à propos.
Je ne vois que ses cheveux comme un cri
silencieux de liberté. L'heure est venue
de ranger au placard les mots usés
et d'écouter et écouter encore couler
la vie.