lundi 19 octobre 2020

dimanche 18 octobre 2020

Quelques blettes

Au milieu des cartons d'un déménagement,
quelques blettes dans une passoire en tôle
émaillée. Le blanc de l'albâtre et le vert 

du porphyre. L'eau de cuisson s'est écoulée
en aval du haut quartier. Prégnance de l'instant.
La chaleur s'en va si vite et déjà les feuilles

se flétrissent. Un trait de jus des olives du cru
le suspendra le temps d'un repas frugal avant qu'une
nouvelle semaine ne commence, sereine et sans encombre.



vendredi 16 octobre 2020

Un humble potager

Je rêve d'un humble potager,
un lopin de terre improvisé
sur une terrasse de terre

grasse. Pour y faire pousser
des légumes de saison et les voir
croître et se balancer aux caprices

du vent. Un petit carré, sans limite
ni contrainte, sans herbe folle
ni rudérale... que je garde pour mes vers.

Une boîte aux lettres

Rétive, elle ne veut plus la clé
qu'elle accueillait naguère, comme
si elle s'était soudainement grippée,

à l'approche de l'hiver. La fine tôle
tremble et les charnières souffrent.
Un peu d'huile de moteur, fluide et

présomptueuse suffirait-il à la dégripper,
sous une main entreprenante et décidée.
La boîte aux lettres attend. Il ne pleut plus.

Niu de frontera

De molsa molla, un niu,
com una basseta de besos
tendres i humits.

A l'invisible frontera
d'un altiplà de roques
i herbes remeieres.

Remembrança folla, hom viu
una nostàlgia pressentida
del que hauria pogut ser.

Un niu domèstic

Entre ombres sàvies
de fulles sens saba,
un niu fluix i rodó.

Adintre tres ous buits,
com un mirall d'aire
tebi i acollidor.

Entre ombres cabelludes,
uns ous calbs, com fruites
sàviament embruixades.



jeudi 15 octobre 2020

La mesura de l'alè

Has tractat mai de mesurar
l'alè? No pas el baf sobtat.
No, l'alè d'intel·ligència

i de cor. L'ànim de l'ànima.
Quàntes síl·labes, quants mots?
Has tractat mai de descobrir-hi

la musiqueta de l'estimada, o
de l'estimat? La seva paraula
tan seva i alhora tan teva?

L'homme du seuil

Jour après jour,
il vient au café
et demeure sur le 

seuil. Il s'agite,
prononçant des mots
inintelligibles, sans

personne pour l'écouter.
Au début, il faisait peur
puis la vile transparence

a gagné. On ne l'a plus vu,
sa voix était un cran au
dessous de la musique ambiante.

Il ne gênait pas ou, plutôt,
il ne gênait que ceux qui entraient 
ou sortaient, de guingois, pour l'éviter.

Mes vers, au fil des strophes, se sont allongés,
comme ce seuil du café qui grâce à lui, pour moi,
une après-midi a cessé d'être transparent. Pour exister.

mardi 13 octobre 2020

Seguint la cursa del sol / En suivant la course du soleil

Un amic m'ha ensenyat a escriure
seguint la cursa del sol. De llevant
a ponent, hora rere hora, oblidant

la flaire dels rostits i la calor 
dolçona de les misteles daurades.
Un ascetisme humil i bondadós

amb ploma de ferro i tinta blava.
I no li he seguit el consell. Mesos,
anys potser. Ara és temps de sortir

al pati nou, entre oliveres i vinyes
i de seguir la cursa del sol amb una
llibreta petita, tota enquadernada d'amor.

***

Un ami m'a appris à écrire
en suivant la course du soleil. De l'orient
à l'occident, heure après heure, en oubliant

le fumet des rôtis et la chaleur
douceâtre des mistelles dorées.
Un ascétisme humble et plein de bonté

avec une plume en fer et de l'encre bleue.
Et je n'ai pas suivi son conseil. Des mois,
des années, peut-être. À présent il est temps de

sortir dans le nouveau patio, entre oliviers et vignes
et de suivre la course du soleil avec un
petit carnet, tout relié d'amour.

«On n'est beau que dans le regard de l'autre»

À un Breton qui se reconnaîtra

Mot confié par un ami, en fin de soirée,
quand la conversation s'épuise et ne laisse
place à la réponse.

Mot qui roule la nuit comme galet sur grève
avant de s'imposer au petit matin comme un
cristal de sel.

Regards croisés, mots suspendus, la langue
est pauvre pour exprimer ce qu'un canapé
de tissu recèle dans le regard de l'autre.

Escorces

Escorça sens llana

Arbres de tardor,
plorant regalims freds
per l'escorça despullada.

Arbres tremolosos de febre
i que no saben queixar-se,
sense boca ni ulls.

Arbres de fulgor,
resant mutíssims precs
per la nuesa del pati.

***

Escorça amb llana

Algú ha sentit els precs
silents o és la casualitat?
Unes mans s'apropen amb llana

de color i, molt a poc a poc,
comencen a vestir els troncs,
a la manera d'uns Arlequins

de fira. Deixa de ploure i
pels carrers engalanats, passa
la fanfara. Dolçor d'octubre.

lundi 12 octobre 2020

Dotze d'octubre, dolç atorgar

Un grapat de tecles,
una pantalla ben blanca
i jugues amb tabes.

La lletra del pare

Blava, elegant, preservada
al fons d'uns calaixos de fusta
olorosa, la lletra del pare

esperava els dits de la filla
gran. Prims, enfebrats i quiets
alhora. Apaivagats. I les frases

feixugues per a molts, plenes de
subordinades antiquades, cobren
una vida nova entre les tecles

ràpides, com una pluja sobtada
d'estiu a la muntanya tan estimada
abans d'enlairar-se en avions de paper.

Une pomme sur un quai

On la dit maléfique,
mais je n'en crois rien.
Son acide est malique
sa douceur me sied bien.

Sur le quai une pomme
et dans mes poches rien.
La beauté de la forme
et l'appétit qui vient.

Que bref soit le chemin
qui m'en distingue un brin
et long le souvenir
qui m'y fait revenir.

samedi 10 octobre 2020

Al cor tendre de Besalú

Al cor tendre de Besalú,
dins del seu cor fredolic,
hi ha una piscina d'or fos.

Escales de pedres angulars,
baixada lenta i poc sonora,
l'escalfor es fa esperar.

Al cor tendre de Besalú,
quan retardin els rellotges,
la vida tèbia es dansarà.



vendredi 9 octobre 2020

wabi-sabi

À mon fils Jérôme

Blancheur, page après page,
pure composition en LaTeX
dépouillé, pointillisme

coloré des schémas. Perfection.
Et soudain, une coquille suspend
la lecture comme l'improbable

couture de l'ornithorynque. J'aime
quand la symétrie se brise et révèle
notre inscription dans le temps.

Jardin japonais au fond d'un tiroir
que l'enfant garde jalousement,
ignorant qu'un jour il sera appelé

à coder la vie pour mieux la déchiffrer.
wabi-sabi. Caractères en couleur sur
écran noir, puis page blanche qui chemine.

mardi 6 octobre 2020

La pauvreté, l'élégance et l'amour

Printemps 1951, maussade ;
le rationnement demeure ;
mes parents viennent de

se marier. Ma mère néglige
la tasse de thé. Elle boit
des yeux mon père. 

Moi, je ne vois que les pois
de son tailleur et sa noire
chevelure. Mon père, tout en

gestes élégants, tient sa tasse
négligemment mais avec force,
comme un calice que l'on offre

en expiation de péchés inconnus.
Son regard est ailleurs, déjà.
Romantique, rebelle et abscons.

Soixante-cinq années plus tard,
il portera la chemise et le pantalon
avec la même élégance intemporelle.

L'amour de ma mère n'aura pas cessé,
ni son extrême attention. Seul aura
disparu son moucheté de petits pois.



Rides et plis

Douces arabesques
sous les lettres
ciselées. Le vert,

longtemps enseveli,
au fond d'un tiroir,
a pâli et le minaret

ne perce plus le ciel
pur. Illusoire monnaie
d'un échange fantomatique.

Doigts desséchés, envolés,
le filigrane n'est plus,
remplacé par des rides.

Sainte face incompréhensible
dans l'absurde foisonnement 
de chiffres sans comptable.




Un verre de vin rouge

Le vent mauvais d'outremer
lui a apporté une mauvaise
nouvelle pour ses trente ans.

L'homme s'assied à la table
du petit séjour du Mellah
et boit un verre de vin,

sans dire un mot. Sa femme
a compris. Au loin, si loin,
une femme petite s'est éteinte

qui l'avait bercé naguère de
son discret accent polonais.
De la vieille dame, seul demeure

un vieux missel corné et usé par
ses doigts gourds. Et ce verre de 
vin rouge d'un port ultramarin.

lundi 5 octobre 2020

Que sont ?

Que sont les siècles pour la mer ?,
dit le poète. Et les kilomètres pour
l'amitié ?, répondent, égrillards, cinq

joyeux drilles du pays des olives et 
du bon vin. Heures riches, détachées 
du cours du temps, à savourer, sur 

la langue de petites bulles d'or brut
et de délicieux petits gâteaux salés.
Du passé faisons table rase... Et bombance.

dimanche 4 octobre 2020

Un déménagement

Que de couleurs que nul n'appréciera,
de formes incongrues que le hasard
façonne en les réunissant.

Un temps qui fuit l'espace aimé pour
en réchauffer un autre, immaculé,
les lourds volets soigneusement tirés.

Un luminaire éclaire encore qui vit,
dans son cône ivoire, tant de livres
s'effeuiller et de pensées s'étreindre.



Fueron

Fueron unos días aciagos,
de llanto y desesperanza,
la Mercedes había salido
para la gran ciudad

y, en casa, desolada, postrada,
su madre no paraba de mirar
el lóbrego reloj de la sala
como si éste supiera descifrar

el dilatado mapa de Barcelona.
Fueron muchos días aciagos,
la Mercedes había salido
y no mandó ninguna carta.

Com un temps suspès

Li agrada veure nevar,
rere el vidre entelat.
Floquets de somnis verds

que tarden tant en caure.
A poc a poc el gruix
silent de la catifa blanca

va apaivagant la fredolica 
observadora. Desig sobtat
de xocolata desfeta i amor.

samedi 3 octobre 2020

Barcelone

Au coup de sifflet, elle enfonça la main dans la poche de son manteau. À l'intérieur, elle y portait la balle avec le cœur tricolore, et une enveloppe pliée avec une lettre et une adresse à Barcelone. Elle approcha son visage de la fenêtre et son souffle embua la vitre. Elle serrait si fort la balle que celle-ci lui transperçait la paume de la main. La gare s'ébranla, lentement, comme si quelqu'un l'étirait par derrière et son père disparut avec le quai. Sa mère n'était pas venue, elle l'avait embrassée sur le pas de la porte, en sanglots, parmi des géraniums rouges. Dieu te bénisse, ma fille ! Son père lui avait dit qu'à Barcelone, on viendrait la chercher à la gare, qu'elle travaillerait dans une grande maison, comme bonne, et elle avait senti son âme se déliter. Elle n'avait que treize ans et elle quittait sa maison avec pour seule compagnie une balle au cœur tricolore. Son petit monde, tout à coup, devint immense. Immense et hostile. Elle appuya la tête contre la fenêtre et se laissa bercer par les cahots du train pour oublier la peur. Elle ferma les yeux comme pour cacher ses rêves et ses larmes. Une vie tout juste entamée roulant sur un chemin de fer et de fumée qui l'éloignait de la misère mais la poussait, irrémédiablement, vers un destin de servitude.

Roser Blàzquez Gómez, «Barcelona»
traduit du catalan par M. Bourret Guasteví.





Plateforme

Le bus est ancien
et le chauffeur bon.
Un homme s'approche,

désemparé, en fauteuil
roulant. Le chauffeur
se lève et sort, souriant 

Lentement, il actionne
la vieille plateforme.
Puis pousse l'homme,

avec de bons mots.
Le bus reprend sa route.
Au terminus, deux solides

fonctionnaires le saisiront
sans égards, plaisantant
entre eux, bruyamment.

Je quitterai le bus, avec
mes trois enfants et une
pensée pour un chauffeur bon.

Diacrítics oblidats

Per desídia o mal humor,
se n'han anat els diacrítics
deixant tan calves les vocals

com una cantant del Ionesco.
Han fugit cap al filaberquí
daurat per enfilar-s'hi, a 

l'estil sardinenc. Un, dos, 
tres. Vigorosos i egòlatres
mentre ploraven l'us i el desti.

vendredi 2 octobre 2020

Fronteres íntimes

Penso en les frontisses ocultes
de la teva porta tancada, a la nit.
Nostàlgiques dels grinyols joiosos

del dia, quan la filla corre a agafar
el bus, o el fill torna encaputxat amb 
desig silent de jocs vius i captivants.

Si gosés, les donaria una carta petita,
de paper de bíblia i faria sonar, a la 
unes exquisides campanades grinyolenques.

Rambarde

Ni garde-fou, ni garde-corps,
la rambarde est un chemin de
fer suspendu, une crémaillère

qui ne crépite plus. Le sombre
et le clair, par la jalousie
s'unissent. Sol de béton et 

de bitume, vaguelettes du port ;
le paysage industriel, flouté,
n'est plus un devenir mais un 

passé lancinant. Chantiers navals
exsangues, sans Champagne glacé
contre la coque immaculée.

De dos, un homme regarde, solidement
arrimé à la rambarde d'acier. Vitruve
redessiné comme une ancre à l'envers.

Pourquoi me revient-il soudain à l'esprit
Remorques de Jean Grémillon ? Immobile,
désireux, l'homme contemple et se regarde.





















By courtesy of Jean-François Caplat

Au rendez-vous des amis

Sur une table de bois clair,
à l'angle d'une place petite,
ils se sont réunis, pour boire

et converser. Douceur de la mousse
brune, pétillement des regards.
Peu à peu, l'assistance s'étoffe.

Les masques déposés ou fixés au coude,
on refait le monde. Les jeunes, enjoués,
parlent de leur mariage prochain et rient.

Les heures s'écoulent et bientôt la table
se vide, d'autres convives se joignent
que l'on ne connaît pas. Le ciel est gris

et l'atmosphère violette. Si le vert paradis
existe, j'aimerais bien qu'il ait la tendre patine 
de cette table de bois d'un soir d'automne.



Un banc

Un banc de pierre,
dépoli par la mousse
sèche. Une école d'angle

au doux nom de La Fontaine.
Cinq heures. Une jeune maman 
s'y est assise, attendant

la sortie de son enfant. Seule.
Immobile et silencieuse. Comme 
si sa gravité soudaine, invisible,

me renvoyait vingt ans en arrière.
Sur ce même banc, sur les coups de
neuf heures, un homme allongé geignait.

Paroles incompréhensibles. Yeux clos.
La maraude était désarmée qui voulait
l'assister et lui trouver une chambre

pour y passer la nuit. Plus tard, comme
étouffée, hoquetante, vint la parole,
hachée. Le métier disparu, l'épouse

partie loin avec les deux enfants. La vie
à la cloche, de rue en rue, le vin mauvais,
les vols, les coups, et puis plus rien.

Sur un banc de pierre, à l'angle d'une école,
une maman heureuse, souriante et silencieuse,
attendait son enfant.

Lune pleine

Je n'ai pas vu la lune
pleine. J'ai attendu que
tes yeux me l'envoient.

Alors je l'ai caressée
sur le papier mat. Ronde
et carrée. Rondes voyelles,

strophes carrées. L'infini
du sept rimé et les phrases
qui débordent. Face cachée,

désir de mots. La langue est
un sentier, d'ombre en cratère.
J'ouvre ma porte et je la vois. 

mercredi 30 septembre 2020

Engrunes per la taula

Engrunes blanques per la taula
com petxines per la platja,
record tan olorós d'unes passes

de tardor al centre viu del món.
Farigola sota els peus i un borinot
escapat de la presó del somni.

Viatge circular i la mà matinera
que, lentament, treu les engrunes
sense esborrar mai el record.

mardi 29 septembre 2020

Cim i tomba

al Ferran

Feia temps que els amics no s'havien vist.
Setmanes, mesos. De vida, joies i penes.
Començaren per treballar plegats, repassant

els escrits comuns, pàgina rere pàgina. Feina
apassionant, amb rialles i cerveses compartides.
Deixaren passar les hores, sense pressa.

En un moment el Ferran s'aixecà, deixà la taula
de treball i es dirigí cap a la cuina estreta
i elegant. Ja ho havia tot preparat. El fumet

de peix, les patates trossejades, el tomàquet,
l'allioli, les cues de rap lleugerament fregides.
Calladets, els ingredients esperaven el xef.

Aleshores comença el ball petit, l'alquimía 
olorosa, els moviments iniciàtics. De cim i
de tomba. El Ferran xerrava sense donar-se

la volta. No li veia la cara. Hospitalitat.
Tot l'ésser de l'amic dedicat a la feina.
Ja sabia que el dinar seria opípar. I senzill.



Sal de vida

Sal escampada pels cabells
despentinats al vespre.
Granets de sorra entre els

dits nostàlgics d'un estiu
entre mar i muntanya. Sal
de vida. Dues culleretes i

les teves mans, primes, fortes
donen vida a la farina que deien
de força. La llar de foc és al forn,

rere el vidre entelat. Olor de pa bo,
ganes de córrer per la platja, sorra
i sal barrejades. Despentinades.

lundi 28 septembre 2020

Foren hores / Ce furent des heures

Foren hores lentes, ingràvides,
davant de la llar encesa, com uns
castellers de llenya flamejant.

A la barra d'un bar de barri, Jacint
xerrava en argentí i l'aigua cremava.
Infusions fosques compartides. De sal

un pensament i de vida uns frecs petits.
Foren hores curtes i tan fecundes. Llavors
de mostassa, d'entre la cendre tèbia.

***

Ce furent des heures lentes, ingravides,
devant le foyer allumé, comme des
castellers de bois flamboyant.

Au comptoir d'un bar de banlieue, Jacint
parlait en argentin et l'eau brûlait.
Sombres infusions partagées. De sel

une pensée et de vie de petits frôlements.
Ce furent des heures courtes et si fécondes. Graines
de moutarde d'entre la cendre tiède.

Trois pas rapides

Trois pas rapides,
bonnet sur la tête,
elle est déjà partie.

dimanche 27 septembre 2020

Amb discreció

No dir-te res, o tan poc, deixar
passar les hores i els viaranys,
caminar amb tu a passos lents.

Circumvalació. Com un rellotge
antic de mecànica pesada i precisa.
Segons de segles i somriures d'estiu.

Qui calla diu, sentencien pels tímids.
Bufa el vent gelat. Al zenit. Raconets
ocults a recer, trets els dolmens.



Pensava

Pensava no escriure versos,
deixar-me portar pels carrers
estrets del poble gran

Beure de l'aire viu i viure
a les clares, guardant com un
tresor el fruit nou collit com

per ensalm, o de pur miracle.
I vet aquí que m'assec i escric.
Qui m'hi haurà inspirat?

A prop

A prop de la bassa gran
tan fosca i amb peixos 
lents, hi ha un saló

petit. De filferro blanc.
Sense ningú, com esperant.
T'hi voldria convidar

per compartir panellets
de ta mà, fina i dolça.
Amor de cordes clares.

samedi 26 septembre 2020

De foc i fum

De foc i fum, un capvespre
des de la caseta. Olor de nous
i de castanyes torrades.

S'han plegat les hamaques
i l'herba té desig de neu.
Un conillet ros es pentina.

La llar de foc ja dóna calor.
Tota llengua farà foc, com deia
l'antic carnisser de Sallagosa.

vendredi 25 septembre 2020

Dóna nous / Donne des noix

Dóna nous als nanos
i corre, corre, corre.

Dóna plomes als cecs
i sent, sent, sent.

Dóna ales als tímids
i ama, ama, ama.

***

Donne des noix aux gamins
et cours, cours, cours.

Donne des plumes aux aveugles
et entends, entends, entends.

Donne des ailes aux timides
et aime, aime, aime.

Je n'ai jamais su

Je n'ai jamais su sauter 
à cloche-pied, et pourtant
j'en parle, avec légèreté.

Je n'ai jamais su grimper
à la corde, et pourtant 
j'écris, en funambule.

Je n'ai jamais su dessiner
à main levée, et pourtant
je croque la vie, au débotté.

Oscuros

Ruido oscuro,
de grava pisada
a la medianoche.

Rumor profundo
de oleaje oscuro
a orillas del mar.

Crujido de nueces
para niños buenos,
de sueño oscuro. 

Ces heures

Ces heures que l'on gagne,
sur la nuit noire, 
ou le petit matin.

Ces heures que l'on vole,
par un hasard insomniaque
ou la grâce d'un larcin

délibéré. Ces heures comme
des minutes ou de longues années
que l'on peuple de figurines

de papier, sans arme, ensanglantées
de bleu des mers du sud ou de noir
de Chine. Ces heures bénies. Et si réelles.

Comme on joue

Comme on joue à cloche-pied,
une méthode pour apprendre,
sans nul effort, le français.

Ignorante des chapeaux graves
ou aigus et des sons ouverts
ou fermés. Une méthode apprise

d'un petit prince gris, dans une
grotte obscure, ou d'une sorcière
orange juchée sur un vieux caroubier.

Com seran? / Comment seront ?

Com seran les nits sense cap poema,
quan siguem junts, a la mitja lluna?
Com seran aquelles hores de silenci

a la caseta estimada que cadascú porta
dins del cor? Com seran el cel estrellat
i la lluna compartida, a mitges? 

Hores beneïdes de prestatges vius i muts,
plens d'alliberament. Una caseta al fons 
d'un pati verge, amb arbres quiets i fondos.

***

Comment seront les nuits sans nul poème,
quand nous serons ensemble, à la demi-lune ?
Comment seront ces heures de silence

dans la petite maison aimée que chacun porte
dans son cœur ? Comment seront le ciel étoilé
et la lune partagée, à moitié ?

Heures bénites de rayonnages vivants et muets,
plein de libération. Une petite maison au fond
d'une cour vierge, avec des arbres calmes et profonds. 

mercredi 23 septembre 2020

Ne cours pas

Ne cours pas, la terre est meuble
sous tes pas. Éprouve l'empreinte
de la semelle crantée dans la glaise,

joue de la cheville et du talon. Ose.
Ose te planter, jusqu’à ce qu'un bruit
saugrenu de ventouse te sépare du

soulier embourbé. Alors, à cloche-pied,
en chaussette à rayures tricolores,
tu te dégageras et riras de ta gaucherie.

Anònim

T'he deixat dormir. A les fosques,
suposo, i m'he assegut a la taula
de fusta clara. En silenci. Sol.

He esperat uns minuts, per sentir,
sota els dits la molsa gruixuda
de la nit. Aleshores he escrit,

com ara, tractant de franquejar
la frontera cega entre llengües.
Un viatge oníric, a passes lentes,

cap a un indret petit i anònim
on m'explicaves el nom de cada
arbre, de cada ocell. No els podia

memoritzar tots i acabava per cedir,
fixant-me en el gra de la teva veu
greu amb punxades agudes. Quan he 

tornat, la taula m'esperava, amb la
pantalla encesa i el teclat cruixent.
Dels dits em sortien branques i arrels.

mardi 22 septembre 2020

Prosa i versos

I si ens guiéssim de la mà,
com de nit per un camí molt
fosc. Escrivint, teclejant,

entrecreuant dits i sospirs,
vivint cada pàgina com la
darrera. O la primera.

I si ens encaminéssim ambdós,
com de dia cap a un riu fred
i ombrívol, on perdríem la sed.

Sa llengua primera

Sa meua llengua primera
serà s'última, si no se'm 
treu sa darrera alenada.

Peró es cor, ja mut, somiarà
amb aquesta tan propera que,
de sa mà de mumare he anat
aprenent, fullejant els mots

des conco adorat i ses passes
lentes i curtes de s'àvia Tònia,
que en pau i justícia descansin.



Dóna'm

Dóna'm un mot curt,
de quatre lletres groguenques,
i el sol es pondrà.



Des mots

Des mots simples et clairs,
comme un foulard se détache
du tendre cou qui soupire.

Des mots simples mais clairs
pour voir le jaune de l'œuf
crever à l'horizon et danser

au-delà du miracle, c'est à
dire en deçà, très en deçà,
de l'amour que tu m'inspires.

lundi 21 septembre 2020

Present

T'escalfen els records
recents, les carlines
solars sobre una catifa

d'herba. Hi penses molt,
en despertar-te, carinyós.
Përò viu el moment present,

la frescor de la tardor
sobtada, el soroll punyent
de la caldera, les seves fotos.

Petits pains

Sont-ils trois, quatre
ou cinq ? Pâles, enfarinés,
les petits pains attendent

dans un panier en osier.
Voici peu, ils étaient pâte
de farine, de sel et d'eau,

qui, patiemment pétrie, levait
dans un fournil improvisé.
Un, deux, trois, quatre, cinq

entailles de couteau net et vif,
le four les a doucettement éclairés
et, soudain, la mie s'est mise à embaumer.



Lignes de fuite

Sans nulle catabase,
édifices froidement
dressés. Dasein.

À leur pied, infinies,
comme de bois brisé,
les marches se taisent,
inutilement. Dasein.

En leur cœur marginal,
Œdipe déchaussé s'assied.
Quête éperdue. Dasein.















By Courtesy Of Jean-François Caplat

Silenci / Silence

Després de la festa grossa,
el mas ha tornat al silenci.
Foscor de les casetes tancades,
sense rellotge ni golfes.

Fa poques hores, hi arribava
un cotxe vermell amb l'elegància
d'una dona. Bullícia de fills i néts.
Conversas noves on cadascú s'hi coneixia.

Plaer tendre i quiet dels àpats en comú,
fora de casa, vora el foc olorós de carn
bona. Fredor de la piscina, embogides
curses dels menuts i passes lentes dels grans.

Comença una setmana als quatre cantons del món.
Tots hem tornat a la feina, atrapats pel quotidià,
a plena veu o en silenci, mes amb un record viu
al cor d'una dona elegant que tots ens il·luminava.

***

Après la grande fête,
le mas est retourné au silence.
Obscurité des maisonnettes fermées,
sans pendule ni grenier.

Il y a quelques heures, il y arrivait
une voiture rouge avec l'élégance
d'une femme. Brouhaha de fils et petits-fils.
Conversations neuves où chacun se reconnaissait.

Plaisir tendre et calme des repas en commun,
hors de la maison, près du feu fleurant bon la 
viande. Froideur de la piscine, courses
folles des peyits et pas lents des grands.

Une semaine commence aux quatre coins du monde.
Nous sommes tous revenus au travail, piégés par le 
quotidien, à pleine voix ou en silence, mais le cœur
plein du souvenir d'une femme élégante qui nous illuminait tous.

Esguards

Fotos ben confiades,
delicadesa de versos,
dos esguards creuats.

dimanche 20 septembre 2020

À l'ombre de la mère

À l'ombre de la mère,
deux frères. À l'ombre.
Pas dans son ombre.

Chez l'un, l'élégance
du détail, la lenteur
de la pose de profil,

sans affectation, 
les feuilles courant
sur le gravier gris.

La main délicatement
posée sur le sac, comme
une étude d'Ingres,

Le sourire discret, dévoilant
une dent petite, qui croque
la vie, sans la déchiqueter,

Un chemisier en couleur,
souvenir d'une sortie lente
avec une amie chère,

un chapeau hâtivement posé,
mais jamais dévoyé, la largeur
du ruban qui joue avec le sac

comme pour mieux chuchoter que
seul se noue ce qui est bien
préparé. Patiemment. Avec cœur.

Chez l'autre frère, ces mots que
vous lisez et qui, sans elle, jamais
ne se seraient manifestés.





















By Courtesy Of Alain Bourret

samedi 19 septembre 2020

Comme aveugles

Comme aveugles, les mains
tissent, sur le petit métier.
Noueuses, proches mais

jamais jointes, elles prient,
sans parole, et tracent
tout un Braille de couleurs.

lignes sages ou portées
musicales, elles dessinent
un monde étrange et neuf

à partir du toucher. Les fils
de nylon translucide sont
un rideau de pluie pour qui

ne sort pas. Les mains
ne tremblent pas. Lentes,
elles avancent sans bouger

ou presque. Aujourd'hui,
un camaïeu et, qui sait,
demain, un arbre.

Tourne

La terre qui tourne,
telle une orange
dans la main.

Ici nuit de silence
dans les bourrasques
de pluie.

Là, la luxuriance
des villes en pleine
lumière.

Ici où là, la confiance
juste d'hommes et de
femmes qui veillent.

vendredi 18 septembre 2020

Un pot buit / Un bocal vide

Un pot buit, petit i rodó.
De vidre clar y gruixut.
El monocle d'un ciclop sord

i elegant o el llum tendre 
d'un hotel fronterer. Un pot 
buit, anònim i únic, 

per l'etiqueta estreta, escrita
per una bruixa escabellada amb
inquietuds infinites. Un do.

***

Un bocal vide, petit et rond.
En verre clair et épais.
Le monocle d'un cyclope sourd

et élégant ou la lumière tendre
d'un hôtel frontalier. Un bocal
vide, anonyme et unique

par son étiquette étroite, écrite
par une sorcière échevelée avec
une curiosité infinie. Un don.



Abans de la festa grossa / Avant la grande fête

Com un ull de cicló o el bes tort
d'un huracà de fantasia, només tinc 
uns minutets abans de la festa grossa. 

Silenci del plugim sobre l'antiga
capital de Septimània. Converses
apassionades amb el fill que m'ofereix

les seves noves imitacions. Trajecte lent
fins a l'antiga capital del vi natural,
pensant ja en la Fidelíssima i el seu barri

tan blanc. Noranta anys d'una vida ben plena.
Més de seixanta compartits. Del blanc i negre
a la 4k assedegada, un mateix desig de vida

i una curiositat sense límits. Uns minutets
Pocs. Quatre o cinc. Per aturar la cursa del
temps i retre homenatge a la mare adorada.


*** 

Comme un œil de cyclone ou le baiser tordu
d'un ouragan de fantaisie, je n'ai que
quelques minutes avant la grande fête.

Silence de la pluie fine sur l'ancienne
capitale de la Septimanie. Conversations
passionnées avec mon fils qui m'offre

ses nouvelles imitations. Trajet lent
jusqu'à l'ancienne capitale du vin naturel,
en pensant déjà à la Très Fidèle et son quartier

si blanc. Quatre-vingt-dix ans d'une vie bien pleine.
Plus de soixante partagés. Du noir et blanc
au 4K assoiffé, un même désir de vie

et une curiosité sans limite. Une poignée de minutes.
Peu. Quatre ou cinq. Pour arrêter la course du
temps et rendre hommage à la mère adorée.

Ministerium

Te'n recordes del Roberto
Benigni a Johnny Stecchino?
«Facce vedere il tuo ministero.»

Ministeri, menester, misteri,
miracles de les paraules que se
separen i es tornen a unir.

Saviesa de la llengua apresa i
de les eines manipulades. Sol
o a dos, però mai entotsolats.

***

Te Souviens-tu de Roberto
Benigni dans Johnny Stecchino ?
«Fais-voir ton ministère.»

Ministère, mestier, mystère,
miracle des mots qui se séparent
et s'unissent à nouveau.

Sagesse de la langue apprise et
des outils manipulés. Seul
ou à deux, mais jamais esseulés.


















Matinada de tinta / Petit matin d'encre

El dia m'ha despertat,
sense llum, tot de tinta
i de ventolins frescos

i pillins. Remor de cotxes
lents que acompanyen uns pocs
veïns somnolents. Olor plena

de cafè cremant. Assegut a l'ampla
taula de fusta clara, començo a
escriure a poc a poc. Em somrius.

***

Le jour m'a réveillé,
sans lumière, tout d'encre
et de brises fraîches

et espiègles. Rumeur de voitures
lentes qui accompagnent de rares
habitants ensommeillés. Odeur pleine

de café brûlant. Assis à l'ample
table de bois clair, je commence à
écrire peu à peu. Tu me souris.

Meldelluna / Mieldelune

Com les prunes brunes,
la lluna vol seduir:
dolça llum de mel.

***

Telles les prunes brunes,
la lune veut séduire :
douce lumière de miel.

mercredi 16 septembre 2020

Plumier insomne

Quan som lluna en quart creixent,
la son t'agafa i t'empresona.
Fredor de la casa silenciosa,
cristall de saba i sang rogent.

M'he assegut a la taula de fusta
bona i t'hi espero. Minuts, hores?
No ho sé. L'aire fa olor de desig viu
de cafè cremant i melmelada de color.

Deixo que m'entrin lentament per les venes,
els mots i els versos del vespre vigatà.
Truquets, errades, idees per a millorar,
i el teu somriure de plumier insomne.

lundi 14 septembre 2020

De ferro i de fusta

Com un mosquetó inservible,
tirat a l'aigua del nord,
salabrosa i glaçada,

s'uneixen el ferro i la fusta,
a cada banda del mont màgic,
sense pensar mai en el passat

ni en les aigues remogudes.
Present humil i regalimant
d'iode daurat. Tota ventura.

Le Petit Prince

À E.T., pour son accueil

Le petit Prince est sous l'escalier,
placide et comme tout rouillé.
Une artiste le modela puis l'oublia
dans son modeste jardin.

Vint alors un collectionneur, dont
l'imposant faîtage, dit-on, effrayait
les sorcières assoiffées de sang

princier et sans histoire. Il l'emporta
et le remisa, sous les larges marches
du colimaçon. Depuis lors, comme un

mirage incertain, le Petit Prince
ne salue que ceux qui repartent et,
curieux en diable, glissent les yeux
sous l'imposant escalier.

Una vida petita

Tan petita que cabia
en un puny estret,
de dits delicats.

Una vida qualsevol
i extraordinària,
plena d'olors suaus

i herbes remeieres.
Un mirall de sentit
únic, orfe d'un altre

que el buscava, caminant
cap cot, pels carrers
d'una ciutat, sense olors

suaus ni herbes remeieres.
Una vida petita, tan petita
i tan plena de sentit.

Una coca

Una coca daurada,
com lentament
pintada,

una rosca rossa,
com una corona
de diumenge

en antics afores.
Un substitut de blat
i sucre, tou i olorós.

Massa llevada a poc
a poc i cuita amb
parsimònia.

Era molt de matí.
Mormolaba el cafè
cremant i les mans,

per fi descansaven.
Hores de repós, de
dolça xerrada

i d'acudits sincers.
Cotxe vermell baixant,
coronat de blat ros.

dimanche 13 septembre 2020

L'enfant de céramique

Interminables oiseaux,
échassiers d'émail
qui ne cessent de

danser immobiles sur
une poterie replète
de la taille d'un

enfant grassouillet.
Longtemps recherchée,
patiemment accompagnée

dans un train bondé,
en proie à la folie
des hommes. Coups, cris,

sang qui jaillit. Et
l'enfant de terre cuite
protégé par le corps

drapé de l'accompagnant.
Près de la table, serein
l'enfant me regarde. Enfin.

Plats trencats

No trenquis els plats,
trenca les Ces i caça'm,
sisplau que els plats

són de parelles banals
i nosaltres no ho som,
ni som parella.

No trenquis els plats,
dibuixa pameles i ganxos
a les lletres estimades.

L'amistat porta pamela

De seda lila, elegant,
un barretet per caminar
pels carrers buits

de la Fidelíssima,
al matí. Âmitié,
d'ànima i amistat.

Sense el discurs,
la llengua moriria
als calaixos dels

impressors. Ànims!
Amistat. Tendresa
de la pamela. Nostra.

Un pain au raisin

Spirale finie,
plaisir infini,
vortex de la vie.

Le pain m'attend,
sur la table
de la cuisine.

Amour de la mère,
sans fin, détails
en colimaçon.

Dans la bouche,
la crème se mêle
aux raisins secs.

L'enfance revient,
les rues de Dunkerque.
Pain matin, pain malin.


vendredi 11 septembre 2020

Bienvenue à Zélie

À Lucie... et Rémi

Elle est venue au soleil
de septembre, sereine,
yeux clos, reposant tout

contre sa maman, son papa
non loin. Elle les a fait
patienter, comme elle fera

patienter le lent défilé
des lettres de l'alphabet.
Connaître Zélie et la nommer

sera un privilège et, d'émotion,
certains en zézaieront ou bien
encore zozoteront mais tous,

c'est certain, l'adoreront.
À Montarnaud, ou même encore
plus loin, et je pense déjà à

ces soirées qu'elle enluminera
de son joli minois étincelant.
Bienvenue à Zélie !!!

jeudi 10 septembre 2020

Taxis

Amb rodes de ferro
o de cautxú gris,
van i venen.

Per la costa salada
o la muntanya boirosa.
Pressa i espera ballen

un pas de dos. O de tres.
La vida es dansa, i, pillins,
els vespres es belluguen.

La langue ancienne

Parfois il me prend l'idée,
ou la toquade, de chercher,
dans mes vieux dictionnaires

la saveur affadie de la langue
ancienne. Celle-là même qui
courait dans les champs, pleurait

à l'Angélus et, timidement enrouée,
chuchotait des serments d'amour,
entre vêpres et matines. À jamais.

Dolça presó d'amor

La petxina s'ha separat
de l'estimada i el nacre
plora llàgrimes d'argent

fos. Dolça presó amb gust
d'arracada orellenca d'un
pirata exiliat. Ja penso

en qui la portarà pels carrers
ombrívols de la Capital de
ponent, i m'entren ganes de

dir-li, al cau de l'orella,
que mon cor vol viure a
la presó de Lleida. O de M.





















By courtesy of Joan Bagur Garrido

Un sofà

De cotó la platja,,
estiu vestit de tardor,
el sofà t'acull.

mercredi 9 septembre 2020

El futbol compartit / Le football partagé

Feia temps que no mirava
la pantalla fosca. Ara tota
de colors vius, verd sobretot.

Ens havíem instal·lat, còmodes,
el Víctor i jo i xerràvem, mentre
els jugadors anaven i tornaven

per un estadi buit de gent i ple
de propaganda presumptuosa. Hores
màgiques d'un pare amb un fill seu.

***

Cela faisait longtemps que je ne regardais pas
la lucarne sombre. À présent toute
de couleurs vives, du vert surtout.

Nous nous étions commodément installés,
Victor et moi et nous bavardions, pendant
que les joueurs allaient et venaient

dans un stade vide de gens et plein
d'une propagande vantarde. Des heures
magiques d'un père avec un de ses fils.

mardi 8 septembre 2020

Galtes de porc a la cervesa / Joues de porc à la bière

Trencar el somriure del porc
en dos, treure-li les galtes
rodonetes i salpebrar-les.

Deixar-les una estoneta a l'aire
lliure perquè s'enlairin els
mals pensaments del bestiar.

Preparar els trossos grossos
amb cervesa bona, seguint
minuciosament la recepta

rebuda. No beure massa de les
ampolles obertes perquè no es
malgastin les galtes a la cocció.

Invitar fills i amics, preferentment
d'una coral de poble, calculant dues
galtes per cada comensal. Bon profit!

***

Casser en deux le sourire du porc,
lui retirer chacune des deux joues
rondelettes, les saler et les poivrer.

Les laisser un petit moment à l'air
libre pour que s'envolent les
mauvaises pensées animales.

Préparer les gros morceaux
avec de la bonne bière, en suivant
minutieusement la recette

reçue. Ne pas trop boire des
bouteilles ouvertes, au risque de
gâter les joues à la cuisson.

Inviter enfants et amis, de préférence
d'une chorale de village, en calculant
deux joues par invité. Bon appétit !

https://robabruta.blogspot.com/2018/09/janet-de-galtes-de-porc-la-cervesa-dia.html?m=1

La veu

La veu. No per cridar ordres
ni obeir-los. No pas una veu
que trenca les venes del coll

perquè l' individu es faci una
mica més gros. No. La veu
compartida, unida, bessona.

D'aguda a greu, gran o jova.
La veu a recer d'un lloc sagrat
on les Escriptures se suspenen

perquè cadascú porti la paraula
del grup, la sang salada del poble,
l'amor que ningú gosava proclamar.

lundi 7 septembre 2020

El bocinet

Si mires la lluna,
avui, anit, vull dir,
veuràs que li falta

un tros petit, blanc,
com de pa àzim beneït,
bruscament fos dins la

tinta negra de les Santes
Escriptures. Ara bé, aquest
bocinet, el tinc jo, tancat

dintre de la meva butxaca,
a les fosques de lli fi i
de cotó grec. És la llum

del teu esguard quan tornes
capcot de l'església i et
figures la lluna...tota plena.

Une chorale

Le froid est tombé
sur la petite ville,
inclément tourbillon

d'entre les gouttes
tièdes de la fin d'un été.
Serrés dans une petite

église, des habitants
unissent leurs voix que
la toile légère de leurs

masques ne parvient pas à
étouffer. Pause du temps,
chaleur insoupçonnée,

les choristes se rassemblent
pour mieux se réchauffer.
L'automne peut arriver.

En blanc i negre / En noir et blanc

Al bon amic Lionel, amb tendresa

En blanc i negre,
uns cims nevats i
el reflex encegador

de tres llums avorrits.
La sala d'espera, buida,
invita a deixar l'antiga

capital de Septimània per
als viaranys i carenes de
la part riallera, oriental

dels Pirineus. Un somni o
unes ganes irrepremibles.
I si ens saltem el dentista?

***

En noir et blanc,
quelques cimes enneigées et
le reflet aveuglant

de trois lampes qui s'ennuient.
La salle d'attente, vide,
invite à laisser l'ancienne

capitale de la Septimanie pour
les sentiers et les crêtes
de la partie riante, orientale,

des Pyrénées. Un rêve
ou une envie irrépressible.
Et si nous séchions le dentiste ?


Le rendez-vous des inconnus

La table est ronde, large ;
cinq convives s'y tiendraient
commodément. Elle est seule

et attend. Les voyageurs, au
sortir de la gare, masqués,
chargés de valises et de sacs,

la frôleront sans la voir. Pour
s'entasser, chacun, sur d'étroits
guéridons de forlicas gris

Inconfort d'un temps. Une heure,
ou peut-être moins. Les visages
sont bus par de curieux écrans

aux lueurs tentaculaires. Et moi,
dans un coin, à les regarder,
rêvant de les voir s'attabler,

à cinq autour du cercle esseulé.
Après des regards furtifs et
deux ou trois raclements de gorge,

les conversations naîtraient d'un
rien, d'un brin, si peu, c'est à
dire tout. Et les inconnus, à leur

cœur défendant, connaîtraient alors
le premier de leurs rendez-vous.
Un peu, beaucoup, passionnément.

Pol·linitzant

Pol·len delicat
que liben unes abelles.
Bon mel d'amistat.

Rams

Diumenge de rams,
al principi de setembre,
amor i amistat.

Nuit claire

Que claire est la nuit,
goutte d'eau qui éclate au sol
et puis disparaît.

dimanche 6 septembre 2020

Cartes en blanc

«Cuando tengo enfrente el papel, 
veo color en el blanco
el bolígrafo es como un pincel, 
es él el que me va llevando.»
                                Sergio Makaroff

Deixa'm ballar per la cuina
mentre escolto cantar el Sergio.

No pateixis que tornaré aviat,
si no m'enxampa abans el beneït

del carter o la del Domino's Pizza.
Fa temps que he deixat d'escriure

cartes de paper amb segell de Bribón
o de Mariana guapa. Però me les invento,

tot teclejant davant de la pantalla de
colors vius i no paro de ballar dempeus

o d'espatlles al ritme dels versos blancs i
de les estrofes curtetes. Per sæcula sæculorum...


Perspective

Une visite proposée
lors d'un appel passé
dans un café riant.

Un portrait évoqué,
en noir et blanc,
sur papier mat,

de la mère tant aimée.
Et le projet de naître
puis de se développer

sous le regard silencieux
et constant d'un Roumain
géographe qui sautait à

cloche-pied les frontières
de papier avant de prolonger
le fil ténu de la photographie.





















By courtesy of Jean-François Caplat

Mandrotes de diumenge

Diumenge de setembre,
l'estiu es disfressa
de tardor fresqueta.

Amb les dues persianes
tancades, l'habitació
t'invita a fer mandrotes.

Silenci de cotó amb regust
de cafè somiat. La cuina
blanca queda encara lluny i

els fills somien amb rècords,
descartant els records que,
a poc a poc, es colen en ells.

Vindran hores llargues, curtetes,
de lectures i somieig fecund.
A cada banda de la frontera.

Lectures

En dues llengües
i tantes dècades,
en moments robats

a la cursa dels dies,
les lectures preparen
la feina compartida

i les lentes caminades
per paratges misteriosos.
Una ditada de mel salvatge.

samedi 5 septembre 2020

Paradoxe

À mes amis

Liens entre personnes,
vague tiède qui lèche
le rivage, l'ourle

et rapproche prestement
les coquilles disjointes,
orphelines de leur moitié.

Hasard qui s'oriente, au
point du jour ou au coucher,
emplissant d'un sens profond

l'anodin échevelé. Humble
paradoxe fleurant bon l'iode
d'une figue de mer que d'autres

eussent confondue avec une banale
roche. Moments partagés avec pudeur
et un insolent parfum d'éternité.

L'impensable

Tan innovador
que tanca els ulls i obre el cor,
l'impensable es viu.

***

Si innovant
qu'il ferme les yeux et ouvre le cœur,
l'impensable se vit.

Le portrait interdit

En noir et blanc,
tout en silences
et tout en verbe.

Chair d'années,
infinie pudeur.
Le photographe

invisible s'efface.
Le fond est noir,
les traits de taille

douce. Nuit sans nul
firmament. Instant
pur et éternel.

En nuances de gris,
un chant à la vie
et la littérature luit.

Tanka del camí / Tanka du chemin

Un viarany clar
al cor de boscos espessos,
un rierol glaçat.

Ja comença el caminar,
més enllà de les metàfores.

***

Un sentier clair,
au cœur des bois épais,
un ruisseau glacé.

Ainsi commence le cheminement,
au-delà des métaphores.

vendredi 4 septembre 2020

Un ram de flors

Un ram de flors, petites
i ja seques, entre quatre
pedres nues de l'ermita

de Sant Feliu, a dalt de
tot. Amb la seva piscina
a l'altre costat. Ja sense

aigua beneïta, plena de pols
i sorra. Un ram de flors
ofertes als pelegrins que

passen i s'aturen per beure
de la cantimplora de pell
abans de prosseguir el Camí.

TOUT EN CHEMINANT...

Dans le lointain, j'aperçus un village de maisons basses et blanchies à la chaux et, un peu plus loin, un autre petit village avec un clocher bien haut et un chemin qui suivait la ligne de crête et disparaissait à l'horizon. La route continuait et je ne devais jamais arrêter d'avancer. Je passerais par ces villages et par d'autres, je connaîtrais bien des gens. Et je me retrouverais avec mes vieux amis dans l'un de ces petits villages tranquilles, dans un champ semé d'orge ou une quelconque prairie verte, travessant un ruisseau au fond d'une vallée ou grimpant jusqu'à un ermitage à la cime d'une montagne. Je me levai et respirai profondément. Alors j'eus une pensée douce et reconnaissante pour la Sorcière du désert, la Bonne Guérisseuse des Âmes, qui m'apprit l'Art d'Aimer.

Tenant fort ma besace, portant encore mon ancien costume de Bouffon, plein de tous les trésors découverts en chemin, je mis mon luth en bandoulière et avançai à travers pré, vers le premier village pour poursuivre mon Chemin.

Le chemin, toujours incertain et surprenant de la Vie.

© Roser Blàzquez Gómez, traduit du catalan
  par Michel Bourret Guasteví

http://pescamots.blogspot.com/2020/09/reprenem-la-ruta.html?m=1


jeudi 3 septembre 2020

Em faré funàmbul / Je deviendrai funambule

M'han robat el patinet,
mansuet, delicadament
aparcat. No sé on és.

Ja venut, segurament.
Penso en ell, nascut
a Barcelona, company

i còmplice de tants
rics desplaçaments.
En fer-lo, m'han tornat

al meu funambulisme
original. Pels carrers
de les ciutats estimades,

somiant en el rostoll
dels dies, ja llaurat
i adob per l'any que ve.

***

On m'a volé ma trottinette,
docile, délicatement parquée. 
Je ne sais pas où elle est.

Déjà vendue, certainement.
Je pense à elle, née à
Barcelone, compagne

et complice de tant de
riches déplacements.
En le faisant, ils m'ont 

rendu à mon funambulisme 
originel, dans les rues 
des villes aimées,

rêvant au chaume 
des jours, déjà labouré
et engrais pour l'an prochain.


Pleniluni / Pleine lune

Bona lluna plena,
plat net després del sopar,
mirall esperat.

***

Bonne pleine lune,
assiette propre après le dîner,
miroir espéré.

Com un grapat de gerds / Comme une poignée de framboises

Com un grapat de gerds
que deixa al cor de la mà
un ombra dolça i morena,

la meva lletra s'aixeca
al matí i cull del món
les fruites brunes.

Plaer subtil del tecleig
lent i reflexiu mentre
el sol, fidel, despunta.

***

Comme une poignée de framboises
qui laisse au cœur de la main
une ombre douce et brune,

mon écriture se lève
matin et cueille du monde
les fruits bruns.

Plaisir subtil de la frappe
lente et réflexive pendant que
pointe le soleil fidèle.


mercredi 2 septembre 2020

Un telèfon nou

Un telèfon nou,
una finestra al món,
una llibreta oculta.

Una biblioteca buida,
sense poemes ni fotos.
Un rectangle de plàstic

i cristall, encara fred,
i que espera la mà amiga
i les converses de tardor.

Un animalot mansuet, vingut
de la llunyana Xina per uns
vaixells lents i determinats.

Un objecte qualsevol, a milers,
i que el tracte quotidià, lentament
farà teu, com un cafè cremant.

Poemes sense publicar

Poemes sense publicar,
versos confiats, sense
títol ni relectura.

Impressions de la nit,
delicadament reservades i
que la son, voraç, després

s'engollia. No en recordo
el fil ni les passes, però
ja sé que no nasqueren casuals.

Foren hores / Ce furent des heures

Foren hores de plaers petits
i de joies noves, callades,
de frecs subtils, necessaris,

com un aprenentatge sense cap
quadern, ni pissarra, ni guix.
Tot de paraules i llentiscles,

d'esquellots rodons i sargantanes
vives. Les excursions s'allunyaven
de les previstes. Tan poc i tant.

Sembràvem, no deixàvem de sembrar.
No ho dèiem ni ho sabíem. O no ho
volíem saber, sota el firmament ocult.

***

Ce furent des heures de petits plaisirs
et de joies neuves, tues,
de frôlements subtils, nécessaires,

comme un apprentissage sans aucun
cahier, ni tableau, ni craie.
Tout en mots et en pistachiers,

en clarines rondes et en lézards
vifs. Les randonnées s'éloignaient
des prévisions. Si peu et tant.

Nous semions, nous ne cessions de semer.
Nous ne le disions pas ni le savions. Ou nous
ne voulions le savoir, sous le firmament caché.

mardi 1 septembre 2020

Une pomme de pin

 à Martí

Une pomme de pin, de toutes les couleurs,
comme un arbre de Noël, à la toute fin de
l'été. Petite main soigneuse, tête baissée,

et qui colore, pétale par pétale, cette rose
de bois. Rangée sur l'étagère, au milieu des
livres graves qu'elle égaie en souriant des

mille nuances de la gouache déposée.
Une pomme de pin, cadeau d'un petit garçon
blond, timide et enjoué, qui est déjà un grand.


Cabells d'àngel / Cheveux d'ange

Cabells d'àngel,
tan clars i encongits,
callats i ben sucrats,

recordeu la cabellera bruna,
tan lliure i embruixada que
un dia d'estiu, us acompanyà?

Conserves petites, rere finestres
rodones, tancades per un barretet
discret i que m'omple la butxaca.

***

Cheveux d'ange,
si clairs et si serrés,
silencieux et bien sucrés,

vous rappelez-vous la chevelure brune,
si libre et ensorcelée qui,
un jour d'été, vous accompagna ?

Petites conserves, derrière des fenêtres
rondes, fermées par un petit chapeau
discret qui me remplit la poche.




Primera nit de setembre / Première nuit de septembre

Agost se n'ha anat,
tot son, sens insomnis,
al mig d'una nit callada,

plena de blats segats i
de coves ocultes. Encara
dormen els menuts, inquiets

abans de la reobertura. Aviat
t'aixecaràs i cantussejarà
la cafetera C'est en septembre.

***

Août s'en est allé,
tout sommeil, sans insomnie,
au milieu d'une nuit silencieuse,

pleine de bois moissonnés et
de grottes cachées. Les petits
dorment encore, inquiets

avant la rentrée. Bientôt
tu te lèveras et la cafetière
chantonnera C'est en septembre.


lundi 31 août 2020

Entre dos lenguas

Entre dos lenguas nuestras,
escogí una tercera, porque
te ibas durmiendo, rendida

por la vuelta al trabajo y
los quehaceres de un lunes
de casi otoño. Me dijiste

«Bonne nuit !», te contesté
lo mismo y la lengua tercera
me invitó a sentarme cómodo

para escribirte, cosas nimias,
tan tiernas como la sonrisa
milagrosa de un niño al salir

del colegio, el último día del
curso. No fue un día cualquiera,
fue un día de estima. Muy repetible.

Arribaran

Arribaran postes de sol
borroses, boiroses o plujoses,
cada dia més aviat,

fins a la cinc de la tarda lorquiana,
tot just abans del pessebre vivant,
a Eus o al poble de tota una vida.

Arribaran postes de sol,
glaçades, gebrades o nevades,
mes sempre les contemplaràs tu.

Posta de sol

El sol tardaner
s'ha trobat un barret blanc
i balla com balla...

Une bonté

À D. et R.

Dans l'immensité de la nuit,
comme une lune burinée, une
bonté. Lèvres closes, yeux

grand ouverts, le cheveu rare,
hâtivement ensaché. Nul mot,
juste une attention, pérenne.

Le regard est celui du géographe
attentif et de l'amant attentionné.
Quand le vide est un plein : dragă.





















By courtesy of Jean-François Caplat

dimanche 30 août 2020

Petjades per la costa / Pas sur la côte

Lenta, penetrant, la pluja
va desdibuixant les passes
llargues de les dues amigues.

No la veuen, la senten córrer
pels seus somriures d'anys.
Tantes llunes de complicitat

com granets de sorra dessota
la sola de les sabates. La mar
és grisa i l'amistat infinita.

***

Lente, pénétrante, la pluie
efface peu à peu les pas
longs des deux amies.

Elles ne la voient pas, elles la sentent couler
sur leurs sourires sans âge.
Tant de lunes de complicité

comme des grains de sable sous
la semelle de leurs chaussures. La mer
est grise est l'amitié sans fin.

samedi 29 août 2020

D.R.O DRO

B.A BA, tu apprends ma langue,
patiemment et l'alphabet défile
sagement. Et puis, tout à coup,

tu mélanges les lettres au hasard.
D.R.O DRO : D.O.R DOR. Il dort le
dromadaire d'un œil et sur sa bosse.

S'il était chameau (C.H.A CHA),
il dormirait sur ses deux bosses
et de ses deux yeux. Et s'il était

chat, il aurait sept vies pour, avec
toi, parcourir cette ville et y rêver.
R.E.V. REV : V.E.R. VER. Été et hiver.

A paso de buey

A paso de buey manso,
con el alma sosegada,
avanzaban entrambos

por la senda angosta.
Sin ningún silencio,
entrelazando con gracia

sus palabras cual parra
al sol. No pararon nunca
y la Tramontana amainó.

Nomadamistat

No hem deixat mai
de recòrrer terres
i continents.

Una amistat de passes
llargues o de peuets
embruixats. De dia

com de nit. En plena
llum o a les fosques.
En veu alta i aguda

o xiuxiuejant greu.
He vist com el temps
es feia més profund

i més lleuger, vora
els teus rínxols
apaivagats o bruscament

embogits. últims mots
del dia i primeres
paraules de l'alba.

Caragolina

Dansant vora el mar,
s'embriaga de ruixats
i cull uns cargols.

***

En dansant au bord de la mer,
elle s'enivre d'averses
et cueille des escargots.

LA VIE SE DANSE

La vie ne se vit pas, la vie se danse,
aujourd'hui tu es là, et demain, va savoir...
le soleil qui, à contre-jour, illumine les circonstances
me fait comprendre que la vit ne se vit pas, la vie se danse.
Prends le cap que le cœur te désigne,
évite les égards, les expressions trompeuses,
navigue sur la vaste mer, bien calme est ta lubie.
Il arrive que parfois la vie se vive
mais il te faut la danse

En ce moment même, il y a quelqu'un qui regrette
l'immensité de la vaste mer,
et veut revenir mais il se heurte aux vagues qui ne pardonnent pas,
alors vis et survis ta danse,
alors vis et survis ta danse.

© Raül Benéitez Casañas, traduit du catalan
    par Michel Bourret Guasteví


Tinc un mocador petit / J'ai un petit mouchoir

Tinc un mocador petit,
de flors i fulles estampat,
una peça de teixit fi

per apaivagar-me a la nit.
No eixuga els mocs, ni esborra
els plors mes m'acompanya

gràcil pel camí de la vida.
Tinc un mocador petit,
de fulles i flors teixit.

***

J'ai un petit mouchoir,
de fleurs et de feuilles imprimé,
une pièce en tissu fin

pour me rasséréner la nuit.
Il n'essuie pas la morve, ni efface
les pleurs mais il m'accompagne

gracile sur le chemin de la vie.
J'ai un petit mouchoir,
de feuilles et de fleurs tissé.

De síndria i taronja

De síndria i taronja
se'm pinta el cel.
Sucre fos i acidesa

sobtada. Tantes hores
a les fosques, guardant
en un pot de vidre clar

el sol viu de l'estiu
i el gruix de les molses.
De síndria i taronja...


Pluie de fin d'été

Que la pluie est belle,
qui longtemps se fit
attendre. La terre hoquette

devant sa profusion
et le ciel se fait noir
sans lune ni astre.

Il est temps de penser
à des lectures fortes
puis de cheminer, grave

ou léger, de Capharnaüm
à Jérusalem d'encre et
de papier. Définitivement.